{"id":2055,"date":"2019-01-14T16:29:18","date_gmt":"2019-01-14T15:29:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2055"},"modified":"2021-07-06T16:47:02","modified_gmt":"2021-07-06T14:47:02","slug":"exercice-lobjet-dart-africain-dans-une-glace-sans-tain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2019\/01\/14\/exercice-lobjet-dart-africain-dans-une-glace-sans-tain\/","title":{"rendered":"Exercice : l&rsquo;objet d&rsquo;art africain dans une glace sans \u00ab\u00a0tain\u00a0\u00bb !"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Prologue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Pourquoi un tel titre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chacun connait l\u2019usage d\u2019une glace, usage mod\u00e9r\u00e9 ou immod\u00e9r\u00e9 selon les jours, l\u2019\u00e2ge, la soci\u00e9t\u00e9, ou l\u2019\u00e9poque dans laquelle on vit. Chacun sait tout autant que cet exercice peut \u00eatre aussi bien agr\u00e9able que d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;: tel est aussi le regard que nous sommes capables de poser sur notre pass\u00e9 national.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une glace a l\u2019avantage de refl\u00e9ter une image d\u2019un soi, qui est, ou n\u2019est pas celle de son vrai soi, et il en est de m\u00eame pour le pass\u00e9 d\u2019un pays qui se regarde dans une glace&nbsp;: il n\u2019est pas toujours facile d\u2019assumer totalement son pass\u00e9, pour autant qu\u2019il soit d\u2019ailleurs connu, ou qu\u2019il puisse l\u2019\u00eatre au fur et \u00e0 mesure des si\u00e8cles, et sur tous les continents.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tenter de mettre devant la glace du pass\u00e9, les objets d\u2019art africain que l\u2019on trouve dans les mus\u00e9es ou sur les march\u00e9s, constitue donc un art difficile, truff\u00e9 d\u2019\u00e9nigmes, alors que&nbsp;les histoires ou les m\u00e9moires ont toujours fait l\u2019objet de manipulations d\u2019\u00e9criture dans tous les pays et \u00e0 toutes les \u00e9poques, soit par servilit\u00e9 &#8211; l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 ou \u00e0 une id\u00e9ologie -,&nbsp; soit par l\u2019absence de sources \u00e9crites cr\u00e9dibles, soit tout simplement par ignorance ou incomp\u00e9tence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le dossier de \u00ab&nbsp;<em>restitution&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;d\u2019objets d\u2019art \u00ab&nbsp;conserv\u00e9s&nbsp;\u00bb soul\u00e8ve, comme nous le verrons, de redoutables questions de lecture historique des objets en question.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si une glace est un bon instrument d\u2019analyse historique du pass\u00e9, une glace sans tain ne peut manquer de fausser le regard, \u00e0 condition de le savoir ou de s\u2019en douter, \u00e0 partir du moment o\u00f9 quelqu\u2019un nous voit, sans qu\u2019on le voie et qu\u2019on le sache, et dans le cas de l\u2019histoire, joue son jeu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le cas consid\u00e9r\u00e9, je n\u2019aurai pas la cruaut\u00e9 de faire un jeu de mot facile en h\u00e9sitant entre les deux \u00e9critures de tain et de tin, pour ne pas nommer un Monsieur qui, au fil des ann\u00e9es, tisse sa toile anachronique de revendication et de r\u00e9paration.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>&nbsp;En<\/u><\/strong><strong><u>&nbsp;pr\u00e9lude<\/u><\/strong><strong><u>&nbsp;:<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Premier pr\u00e9lude, celui de Monsieur Marsal, un excellent professeur de philosophie et de logique qui, \u00e0 Louis Le Grand, forma ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 l\u2019esprit critique et \u00e0 la r\u00e9flexion&nbsp;: dans son exercice intellectuel favori, il nous faisait commenter un texte en exposant son contenu, premier mouvement, et en le critiquant, deuxi\u00e8me mouvement contraire. (<em>auteur du Que sais-je \u00ab&nbsp;L\u2019autorit\u00e9&nbsp;\u00bb)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce bel \u00e9tablissement, nous avions aussi d\u2019excellents professeurs d\u2019histoire, de g\u00e9ographie, de litt\u00e9rature, et d\u2019anglais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce premier pr\u00e9lude, en v\u00e9ritable parrainage, &nbsp;m\u2019autorise \u00e0 inviter de nombreux chercheurs postcoloniaux \u00e0 confronter leurs discours \u00e0 un pass\u00e9 africain qu\u2019ils connaissent mal ou pas du tout, je parle avant tout ici de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vise ici tout particuli\u00e8rement les livres du \u00ab&nbsp;<em>mod\u00e8le de propagande<\/em>&nbsp;<em>postcoloniale Blanchard and Co<\/em>&nbsp;\u00bb issus d\u2019un ouvrage collectif \u00ab&nbsp;<em>Images et &nbsp;Colonies- 1993)&nbsp;<\/em>dont le contenu n\u2019infusait pas&nbsp; une propagande coloniale ou postcoloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le cas des objets d\u2019art, je les inviterais volontiers \u00e0 confronter leurs&nbsp; th\u00e8ses \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019histoire africaine des ann\u00e9es de la colonisation fran\u00e7aise, \u00ab&nbsp;<em>face \u00e0 une glace sans tain<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En deuxi\u00e8me pr\u00e9lude, une comp\u00e9tence revendiqu\u00e9e de chercheur historien amateur qui vaut largement celles de chercheurs qui se piquent de savoir interpr\u00e9ter les images de propagande coloniale, sans avoir une connaissance approfondie de l\u2019histoire coloniale, ou qui se piquent de savoir interpr\u00e9ter ces images sans formation s\u00e9miologique, ou encore en oubliant compl\u00e8tement les donn\u00e9es de l\u2019histoire quantitative (\u00e9valuation des vecteurs et des effets), quand il ne s\u2019agit pas de faire tout simplement son \u00ab&nbsp;<em>march\u00e9&nbsp;<\/em>\u00bb \u00e9ditorial postcolonial.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les lecteurs int\u00e9ress\u00e9s peuvent consulter les chroniques de ce blog que je publie depuis 2010, et les ouvrages que j\u2019ai publi\u00e9s \u00e0 compte d\u2019auteur, notamment le livre&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Supercherie coloniale<\/em>&nbsp;\u00bb, une r\u00e9capitulation, en 2008, des critiques que je portais \u00e0 l\u2019endroit des ouvrages du&nbsp;<em>mod\u00e8le de propagande<\/em>&nbsp;cit\u00e9 plus haut.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En troisi\u00e8me pr\u00e9lude, celui d\u2019une France donatrice, pourquoi pas&nbsp;? Afin que les nouveaux Etats d\u2019Afrique de l\u2019Ouest connaissent mieux leur pass\u00e9, si tant est qu\u2019ils l\u2019ignorent, une France coloniale qui fut aussi \u00ab&nbsp;<em>conservatrice<\/em>&nbsp;\u00bb de leur patrimoine, avec le concours capital de l\u2019IFAN.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019exercice historique portera sur deux points essentiels&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Premier point, l\u2019art du B\u00e9nin, ou de l\u2019ancien \u00ab&nbsp;<em>Dahom\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb (dans le \u00ab&nbsp;<em>ventre de Dan<\/em>&nbsp;\u00bb), centr\u00e9 sur l\u2019ancien royaume de B\u00e9hanzin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deuxi\u00e8me point, les tr\u00e8s nombreuses questions religieuses, culturelles, juridiques, mon\u00e9taires, ne serait-ce que leur datation,&nbsp; que ces revendications d\u2019objets d\u2019art posent dans le contexte historique de l\u2019\u00e9poque coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi ne pas souligner que ce dossier est plein d\u2019\u00e9nigmes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;2 &#8211;&nbsp;<\/strong><strong>L\u2019art africain du B\u00e9nin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous ceux qui ont depuis longtemps appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019art africain, souvent des d\u00e9couvreurs, amateurs, collectionneurs, artistes ou marchands dans les premiers temps, puis de plus en plus nombreux au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on les exposait en Europe ou ailleurs, trouveront peut-\u00eatre que le d\u00e9bat actuel est tout \u00e0 fait d\u00e9risoire, d\u2019autant plus que les transferts en question ont contribu\u00e9 \u00e0 mettre en valeur les \u0153uvres d\u2019art du continent africain, alors que cet art n\u2019\u00e9tait le plus souvent pas reconnu comme un art, en Afrique ou ailleurs.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi ne pas souligner d\u00e8s le d\u00e9part, qu\u2019un tel sujet aurait vivement besoin d\u2019un bon \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9cad\u00e8re&nbsp;<\/em>\u00bb historique, de comp\u00e9tence \u00e9gale dans ce domaine \u00e0 ceux qui ouvraient la voie \u00e0 l\u2019\u00e9tranger avec leurs \u00ab&nbsp;<em>b\u00e2tons<\/em>&nbsp;\u00bb dans les royaumes du&nbsp;<em>Dahom\u00e9<\/em>&nbsp;de l\u2019\u00e9poque au nom de leurs rois&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Premi\u00e8re interrogation\u00a0:<\/u>le mot \u00ab\u00a0B\u00e9nin\u00a0\u00bb ne serait-il pas un pi\u00e8ge\u00a0? L\u2019ouverture d\u2019une boite de Pandore\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Il ne faut pas en effet \u00ab&nbsp;confondre le B\u00e9nin historique \u2013 royaume prestigieux connu depuis le XV\u00e8me si\u00e8cle et situ\u00e9 dans le centre-Ouest de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale du Nig\u00e9ria (ville de B\u00e9nin City sur la carte) \u2013 avec la \u00ab&nbsp;R\u00e9publique populaire du B\u00e9nin&nbsp;\u00bb qui a&nbsp; succ\u00e9d\u00e9 en 1975 \u00e0 la R\u00e9publique du Dahomey.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est le commandant K\u00e9r\u00e9kou (un Somba du massif de l\u2019Atakora), alors adepte du socialisme scientifique qui a mis en avant ce nouveau nom. .. Peut-\u00eatre voulait-il prendre ses distances vis-\u00e0-vis des gens d\u2019Abomey.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand il est question dans les ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s et les expositions de \u00ab&nbsp;l\u2019art du B\u00e9nin&nbsp;\u00bb, c\u2019est le B\u00e9nin historique dont il s\u2019agit. Ce sont surtout des bronzes, (t\u00eates comm\u00e9moratives, plaques de piliers).<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces objets ont fait leur apparition dans les collections \u00e0 la suite d\u2019une \u00ab&nbsp;exp\u00e9dition punitive&nbsp;\u00bb des Anglais contre le roi du B\u00e9nin (l\u2019iba) en 1897. Les Anglais ont conserv\u00e9 une partie de ce tr\u00e9sor royal pour le British Mus\u00e9um et vendu l\u2019autre pour couvrir les frais de \u00ab&nbsp;l\u2019exp\u00e9dition punitive&nbsp;\u00bb. Le Mus\u00e9e ethnographique de Vienne avait \u00e9t\u00e9 un gros acheteur&nbsp;; en 1990, il a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Fondation Dapper un \u00e9chantillon de ses acquisitions.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour les connaisseurs, c\u2019est du grand art, sans doute au-dessus des productions du Dahomey.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par ailleurs \u00e0 son apog\u00e9e, au XVI\u00e8me si\u00e8cle, le Royaume du B\u00e9nin s\u2019est \u00e9tendu vers l\u2019Ouest jusqu\u2019\u00e0 Ouidah, les \u00e9tudiants qui entouraient K\u00e9r\u00e9kou lui ont peut-\u00eatre dit.&nbsp;\u00bb (M.A, un vieil ami de promotion, bon connaisseur du sujet).<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les revendications du B\u00e9nin ne risquent-t-elles pas d\u2019inciter l\u2019Etat voisin de Nig\u00e9ria \u00e0 revendiquer les m\u00eames objets, \u00e9tant donn\u00e9 que le si\u00e8ge du royaume puissant du B\u00e9nin \u00e9tait situ\u00e9 en Nig\u00e9ria&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans d\u2019autres pays d\u2019Afrique, leur d\u00e9nomination officielle risque de poser le m\u00eame type de question.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>Deuxi\u00e8me interrogation&nbsp;<\/u>: il est tout \u00e0 fait exact que la conqu\u00eate du Dahom\u00e9 s\u2019est traduite lors de la prise d\u2019Abomey par un pillage des \u0153uvres qui se trouvaient dans le Palais de B\u00e9hanzin, mais les conditions historiques de cette conqu\u00eate m\u00e9riteraient sans doute d\u2019\u00eatre mieux connues, pour au moins deux raisons, les coutumes sanguinaires de ce royaume \u2013 avec des sacrifices humains d\u2019importance (esclaves ou prisonniers) \u2013 et d\u2019autre part les pratiques esclavagistes du&nbsp;<em>Dahom\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De multiples t\u00e9moignages existent \u00e0 la fois sur ces sacrifices \u2013 Mme Zinzou a d\u2019ailleurs fait, sauf erreur, l\u2019acquisition d\u2019un des grands plateaux de sacrifice de la Cour royale -, de m\u00eame que sur le soulagement qu\u2019\u00e9prouv\u00e8rent alors les habitants des royaumes voisins, les Nagos, les Mahis, de Sav\u00e9, ou encore les Baribas, tr\u00e8s guerriers eux-m\u00eames, des royaumes d\u00e9vast\u00e9s par les razzias du&nbsp;<em>Dahom\u00e9<\/em>, aussi bien pour se procurer des esclaves que pour piller les richesses locales.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il serait donc int\u00e9ressant de savoir ce que les descendants des royaumes en question pensent des restitutions demand\u00e9es, de la destination pr\u00e9vue, et de leur contexte historique de pr\u00e9sentation locale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;J\u2019oubliais, mais ce peut \u00eatre int\u00e9ressant pour un \u00ab&nbsp;historien amateur&nbsp;\u00bb. Le Royaume du B\u00e9nin avait lui aussi des \u00ab&nbsp;coutumes barbares&nbsp;\u00bb (sanguinaires&nbsp;\u00bb.(M.A.)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ceci dit, et \u00e0 mes yeux, pour avoir beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019histoire de la colonisation fran\u00e7aise de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, trop peut-\u00eatre, je me suis souvent demand\u00e9 quel pouvait \u00eatre l\u2019int\u00e9r\u00eat, pour ne pas dire la justification de la conqu\u00eate du&nbsp;<em>Dahom\u00e9,<\/em>&nbsp;du Soudan, ou de la Mauritanie, sans citer d\u2019autres territoires, Haute Volta, Niger ou Tchad\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3 \u2013 De multiples questions pos\u00e9es&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelle est la d\u00e9finition de l\u2019art africain&nbsp;? Ce que nous appelons l\u2019art africain existerait-il sans la p\u00e9riode des conqu\u00eates coloniales et des colonisations de l\u2019Occident.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A l\u2019\u00e9poque de leur cr\u00e9ation, s\u2019agissait-il d\u2019art, d\u2019objets de culte, d\u2019ornements ou de signes de pouvoir&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces objets ne baignaient-ils pas dans un univers culturel ou religieux, visible ou invisible, b\u00e9n\u00e9fique ou mal\u00e9fique selon les \u00e9poques ou leur origine ethnique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019\u00e9nigme de la datation &#8211; Faute de pouvoir dater beaucoup d\u2019objets, nombreux ont \u00e9t\u00e9 les objets, masques, statuettes, ou sculptures, &nbsp;qui ont \u00e9t\u00e9 mis en vente sur le march\u00e9, sans qu\u2019ils soient authentiques, un trafic on ne peut plus lucratif.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une fois ces premi\u00e8res difficult\u00e9s r\u00e9solues, il conviendrait de pouvoir identifier les conditions de la cession de tel ou tel objet, &#8211; cadeau, troc ou cession en cauris, vol &#8211; en fonction de sa contr\u00e9e d\u2019origine (Sahel, savane ou for\u00eat), sinon de son ethnie d\u2019origine, en pouvant distinguer entre celles sous influence musulmane, disposant d\u2019une armature de lettr\u00e9s et de textes \u00e9crits, mais r\u00e9fractaires \u00e0 toute image, et celles sous influence animiste ou f\u00e9tichiste, de civilisation verbale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce dernier domaine g\u00e9ographique, le&nbsp; rayonnement des objets \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9colt\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb est historiquement difficile \u00e0 identifier, tant ce domaine de la cr\u00e9ation nous plonge dans un univers \u00e0 cl\u00e9s de type magique d\u00e9tenues par des f\u00e9ticheurs ou des sorciers. Est-ce que \u00e7a ne pourrait pas \u00eatre le cas dans le B\u00e9nin d\u2019aujourd\u2019hui, un pays o\u00f9 les couvents de f\u00e9ticheurs et f\u00e9ticheuses, notamment \u00e0 Ouidah, ont toujours eu beaucoup d\u2019adeptes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est \u00e9vident que derri\u00e8re ce type de revendication que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme en partie l\u00e9gitime, l\u2019on voit en permanence la main d\u2019un courant id\u00e9ologique, politique, culturel, universitaire, encore puissant, lequel, comme \u00e0 son habitude, met les pleins feux sur la&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;face nocturne<\/em>&nbsp;\u00bb, et peu ou pas du tout, sur la \u00ab&nbsp;<em>face diurne&nbsp;<\/em>\u00bb, la distinction historique que proposait Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 pour faire le bilan de la colonisation fran\u00e7aise.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une sorte de concours de beaut\u00e9 historique est entre les mains d\u2019un courant d\u2019autoflagellation historique, comme si nous avions r\u00e9ellement cach\u00e9 le pass\u00e9 de la France, avec sans le dire ou en le disant (voir M.Tin), la revendication d\u2019une r\u00e9paration en monnaie sonnante et tr\u00e9buchante.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je conclurai volontiers ma chronique en \u00e9largissant ce d\u00e9bat par nature aust\u00e8re, difficile, et relatif, \u00e0 la question de la d\u00e9finition de ce qu\u2019est l\u2019art<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les domaines de la sculpture ou de la peinture, chacun sait que, chez nous, \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, la peinture impressionniste ou abstraite n\u2019a pas eu beaucoup de succ\u00e8s, alors qu\u2019un Picasso a \u00e9t\u00e9 un des premiers \u00e0 reconna\u00eetre certaines formes de l\u2019art africain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que dire enfin, lorsqu\u2019il s\u2019agit de tr\u00e8s grosses sommes de monnaie bien sonnante et bien tr\u00e9buchante telles que celles de certaines ventes aux ench\u00e8res internationales&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jean Pierre Renaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prologue Pourquoi un tel titre&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chacun connait l\u2019usage d\u2019une glace, usage mod\u00e9r\u00e9 ou immod\u00e9r\u00e9 selon les jours, l\u2019\u00e2ge, la soci\u00e9t\u00e9, ou l\u2019\u00e9poque dans laquelle on vit. Chacun sait tout autant que cet exercice peut \u00eatre aussi bien agr\u00e9able que d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;: tel est aussi le regard que nous sommes capables de poser sur notre pass\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2019\/01\/14\/exercice-lobjet-dart-africain-dans-une-glace-sans-tain\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Exercice : l&rsquo;objet d&rsquo;art africain dans une glace sans \u00ab\u00a0tain\u00a0\u00bb !&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,8,7,6,5],"tags":[249,731,140,270],"class_list":["post-2055","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-colonies","category-communication","category-culture","category-histoire","tag-afrique","tag-art","tag-benin","tag-france"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2055"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2055\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2056,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2055\/revisions\/2056"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}