{"id":2164,"date":"2011-09-23T02:52:34","date_gmt":"2011-09-23T00:52:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2164"},"modified":"2021-07-07T03:11:41","modified_gmt":"2021-07-07T01:11:41","slug":"choc-des-cultures-des-civilsations-des-religions-1868-lincident-de-sakai-entre-la-france-et-le-japon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2011\/09\/23\/choc-des-cultures-des-civilsations-des-religions-1868-lincident-de-sakai-entre-la-france-et-le-japon\/","title":{"rendered":"Choc des cultures, des civilsations, des religions? 1868: l&rsquo;incident de Sakai entre la France et le Japon"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Choc des cultures, des civilisations, des religions&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Avec la multitude de questions que pose aujourd\u2019hui le multiculturalisme dans le cadre national fran\u00e7ais&nbsp;!&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Un exemple historique, pour la r\u00e9flexion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1868&nbsp;: l\u2019incident de Sakai entre la France et le Japon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le professeur Samuel P. Huttington s\u2019est taill\u00e9 un beau succ\u00e8s de librairie et de r\u00e9flexion en publiant, en 1996, le livre \u00ab&nbsp;<strong><em>Le choc des civilisations<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb, un livre qui a nourri beaucoup de pol\u00e9miques.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce livre avait le m\u00e9rite de mettre le doigt sur un des probl\u00e8mes majeurs, sinon le probl\u00e8me majeur qui a bien souvent caract\u00e9ris\u00e9 les relations entre civilisations, cultures, et donc pays diff\u00e9rents, et \u00e0 certaines \u00e9poques, \u00e9trangement diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il a paru int\u00e9ressant de revenir sur un \u00e9pisode historique tout \u00e0 fait caract\u00e9ristique du foss\u00e9, pour ne pas dire du gouffre, qui s\u00e9parait la civilisation traditionnelle du Japon et celle qui se consid\u00e9rait alors, comme \u00e9volu\u00e9e, moderne selon les canons de l\u2019\u00e9poque.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019\u00e9tait en 1868&nbsp;! Autre temps, autre monde, en \u00eates-vous s\u00fbr&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A l\u2019occasion de son voyage en Extr\u00eame Orient, et au Japon, dans les ann\u00e9es 1920, le c\u00e9l\u00e8bre journaliste reporter Albert Londres tra\u00e7a un portrait du Japon qui conservait encore beaucoup des traits du r\u00e9cit de l\u2019\u00e9crivain Ogai Mori.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et pourquoi ne pas souligner \u00e0 ce sujet que la rencontre entre les premiers blancs et beaucoup de communaut\u00e9s africaines situ\u00e9es loin des c\u00f4tes provoqua tr\u00e8s souvent un choc comparable, le blanc exhibant une couleur d\u2019extraterrestre&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et&nbsp;&nbsp;\u00e0 titre d\u2019autres exemples, r\u00e9cents&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Echos du 30\/05\/11, page 13&nbsp;: une interview du pr\u00e9sident et cofondateur d\u2019Infosys, M. Narayana Murthy&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;L\u2019inde est tant\u00f4t pr\u00e9sent\u00e9e comme une grande puissance du nouveau mill\u00e9naire, tant\u00f4t comme un pays toujours sous-d\u00e9velopp\u00e9. L\u2019impression est donc plut\u00f4t confuse. Comment voyez-vous la position r\u00e9elle de l\u2019Inde&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour moi, ce n\u2019est pas confus. Je vois l\u2019Inde avec une croissance forte. Mais je peux vivre en harmonie avec une Inde pleine de pauvret\u00e9, d\u2019illettrisme, de probl\u00e8mes de sant\u00e9, de malnutrition. Nous vivons en harmonie avec cela parce que la culture hindoue dit fondamentalement que ce que nous sommes dans cette vie est le r\u00e9sultat de ce que nous avons fait dans une vie pr\u00e9c\u00e9dente. Donc, si je fais des choses bien dans cette vie, mon sort sera meilleur dans la prochaine. Le r\u00e9sultat est que les pauvres ne ha\u00efssent pas les riches et les riches ne ha\u00efssent pas les pauvres. L\u2019Inde est l\u2019un de ces tr\u00e8s rares pays o\u00f9, quand vous allez dans les endroits les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s, les gens vous sourient, vous n\u2019avez rien \u00e0 craindre. C\u2019est parce que nous acceptons le principe de r\u00e9incarnation&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans notre monde \u00e0 nous&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Monde du 12\/08\/11, page 3&nbsp;: un entretien avec Mme Rahmeth Radjack, psychiatre transculturelle.<\/strong>&nbsp;Elle-m\u00eame fille de migrants, elle aide les adolescents en tenant compte de leur histoire familiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours d\u2019un voyage \u00e0 Karikal, ancien comptoir fran\u00e7ais des Indes, et pays de ses parents, c\u2019est le choc&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Chez moi en France, c\u2019\u00e9tait un petit peu l\u2019Inde, \u00e0 travers la cuisine que nous mangions, ou certains habits. Mais l\u00e0-bas, c\u2019\u00e9tait compl\u00e8tement diff\u00e9rent&nbsp;! Mes cousines n\u2019avaient pas du tout le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit&nbsp;; les m\u00eames objectifs de vie, les m\u00eames pr\u00e9occupations\u2026 Je me suis soudain rendu compte du d\u00e9calage qu\u2019avaient v\u00e9cu mes parents, en sens inverse, lorsqu\u2019ils sont venus en France.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Monde du 16 septembre, dans D\u00e9bats D\u00e9cryptages, page 21, avec un article de M.Jean-Louis Amselle, anthropologue, intitul\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00ab&nbsp;La soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise pi\u00e9g\u00e9e par la guerre des identit\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Echec du multiculturalisme&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le contenu de cet article \u00e9claire le sujet d\u2019une lumi\u00e8re que je consid\u00e9rerais volontiers comme plut\u00f4t&nbsp;&nbsp;nouvelle dans le milieu de ces chercheurs sp\u00e9cialis\u00e9s, dits \u00ab&nbsp;postcoloniaux&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les semaines qui viennent, nous reviendrons sur cette tribune qui soul\u00e8ve beaucoup de questions, notamment relatives \u00e0 la mesure et \u00e0 l\u2019\u00e9valuation des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u00e9crits, et des concepts propos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Signalons enfin que,&nbsp;<strong>sur ce m\u00eame blog,&nbsp;&nbsp;le 16 mai 2010<\/strong>, nous avons propos\u00e9 une lecture r\u00e9sum\u00e9e du livre \u00ab&nbsp;<strong>Diversit\u00e9 contre \u00e9galit\u00e9&nbsp;\u00bb, du professeur Walter Benn Michaels<\/strong>&nbsp;\u00bb, un texte qui pose bien le probl\u00e8me de l\u2019arbitrage, politiquement calcul\u00e9 ou non, entre \u00e9galit\u00e9 et diversit\u00e9, ou culture.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et, le 3 octobre 2010<\/strong>, nous avons fait \u00e9cho aux&nbsp;<strong>travaux du sociologue<\/strong>, quant au poids qu\u2019avait la culture dans la scolarisation des enfants d\u2019origine immigr\u00e9e, \u00e0 Mantes la Jolie, et aux Mureaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Le contexte historique de l\u2019affaire \u00ab&nbsp;Sakai&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En plein dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, le Japon \u00e9tait referm\u00e9 sur lui-m\u00eame comme un huitre<\/strong>, et vivait dans le secret et la tradition puissante d\u2019une culture originale et exigeante, au sein de laquelle l\u2019honneur tenait une place \u00ab&nbsp;capitale&nbsp;\u00bb, et c\u2019est tout \u00e0 fait le cas de le dire, comme nous allons le voir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans son introduction intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>La guerre dans l\u2019histoire de<\/em>&nbsp;<em>l\u2019humanit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>, John Keegan<\/strong>&nbsp;d\u00e9crit rapidement l\u2019histoire de ce Japon f\u00e9odal des samoura\u00efs, aussi brillants lettr\u00e9s que guerriers, avec une&nbsp;&nbsp;lutte permanente entre les grands f\u00e9odaux qui se disputaient le premier r\u00f4le, lutte qui s\u2019acheva au d\u00e9but du XVII\u00e8me si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019emploi de la poudre qui mit fin aux combats rituels.<\/p>\n\n\n\n<p>Etrangement, le shogoun, f\u00e9odal reconnu comme le plus puissant, interdit alors les armes \u00e0 feu, situation qui demeura inchang\u00e9e jusqu\u2019au milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Puis en 1854, l\u2019arriv\u00e9e dans la baie de Tokyo des \u00ab&nbsp;bateaux noirs&nbsp;\u00bb du commodore Perry r\u00e9introduisit la poudre au Japon.&nbsp;\u00bb (page 69)<\/p>\n\n\n\n<p>Keegan en tire la conclusion que l\u2019abandon de la poudre et le retour \u00e0 la tradition, le sabre, apporte la d\u00e9monstration que Clausewitz se trompait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Elle d\u00e9montre aussi que la guerre peut-\u00eatre, parmi bien d\u2019autres choses, la perp\u00e9tuation d\u2019une culture par ses propres moyens.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre&nbsp;<strong><em>\u00ab&nbsp;Carnage et Culture<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb de&nbsp;<strong>Victor Davis Hanson<\/strong>&nbsp;illustre parfaitement cette conclusion, mais l\u00e0 n\u2019est pas notre propos.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne fut donc qu\u2019en 1854, que le Japon accepta d\u2019ouvrir quelques-uns de ses ports au commerce international, sous la pression et apr\u00e8s l\u2019intervention arm\u00e9e de la marine am\u00e9ricaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de rappeler qu\u2019\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque les marines occidentales \u00e9taient tr\u00e8s actives en mer de Chine, notamment celle de Grande Bretagne, et que dans les ann\u00e9es 1856-1860, eut lieu en Chine, la deuxi\u00e8me guerre de l\u2019opium.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le trait\u00e9 du 29 juillet 1858 confirma cette ouverture au commerce international et ouvrit la voie \u00e0 la nouvelle \u00e8re du Japon, commun\u00e9ment appel\u00e9e de la \u00ab&nbsp;Meiji&nbsp;\u00bb, l\u2019empereur Mutsuhito succ\u00e9dant au dernier shogoun de la lign\u00e9e des Tokugava.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1868&nbsp;: l\u2019incident de Sakai entre la France et le Japon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Afin d\u2019illustrer ce que fut alors le choc des cultures et des civilisations entre la France et le Japon, nous avons choisi de raconter bri\u00e8vement ce que fut l\u2019incident de Sakai \u00e0 partir de la source pr\u00e9cieuse qu\u2019est le texte litt\u00e9raire qu\u2019a r\u00e9dig\u00e9 le talentueux&nbsp;<strong>\u00d4gai Mori intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019incident de Sakai&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La lecture de ce texte provoque un choc, en raison notamment de la description minutieuse et cruelle de la c\u00e9r\u00e9monie de la r\u00e9paration diplomatique avec le seppuku successif des vingt guerriers japonais offerts en sacrifice pour cette r\u00e9paration.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nous n\u2019avons donc retenu que le premier de ces seppuku, laissant au lecteur curieux le soin de se reporter, pour l\u2019ensemble de la nouvelle, au texte remarquable d\u2019\u00d4gai Mori.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les circonstances de l\u2019incident<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Au premier mois de l\u2019an un de Meiji, ann\u00e9e du Dragon de la Terre a\u00een\u00e9e (1868), les troupes de Yoshinobu Togugawa ayant \u00e9t\u00e9 vaincues \u00e0 Fushimi puis Toba, et n\u2019ayant pu d\u00e9fendre m\u00eame le ch\u00e2teau d\u2019\u00d4saka, reflu\u00e8rent en direction d\u2019Edo par la voie maritime&nbsp;: sur ce, les fonctionnaires d\u2019Osaka, de Hy\u00f6go et de Sakai, abandonnant leur poste, se r\u00e9fugi\u00e8rent dans la clandestinit\u00e9, et pendant quelque temps ces villes tomb\u00e8rent dans un \u00e9tat anarchique. Par ordre de l\u2019Empereur leur contr\u00f4le fut alors remis \u00e0 la charge de trois seigneurs&nbsp;: \u00e0 celui de Satsuma \u00e9chut \u00d6saka, \u00e0 celui de Nagato, ce fut Hy\u00f6go, et celui de Tosa eut Sakai\u2026L\u2019ordre fut bient\u00f4t r\u00e9tabli dans la ville, et les portes des th\u00e9\u00e2tres qui avaient \u00e9t\u00e9 temporairement ferm\u00e9es furent rouvertes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le quinzi\u00e8me jour de ce deuxi\u00e8me mois, les notables de la ville se pr\u00e9sent\u00e8rent \u00e0 la Pr\u00e9fecture militaire&nbsp;: ils avaient entendu dire que des soldats fran\u00e7ais partis d\u2019\u00d6saka devaient venir \u00e0 Sakai<\/strong>. Seize b\u00e2timents de guerre \u00e9trangers du mouillage de Yokohama \u00e9taient venus jeter l\u2019ancre au large du mont Temp\u00f4 en Setsu, et parmi eux se trouvaient, en compagnie d\u2019anglais et d\u2019am\u00e9ricains, des vaisseaux fran\u00e7ais. Sugi convoqua les chefs des Sixi\u00e8me et Huiti\u00e8me Corps et leur ordonna de se mettre en position au pont de Yamato. Si les soldats fran\u00e7ais \u00e9taient appel\u00e9s \u00e0 passer avec une autorisation officielle, il y aurait d\u00fb y avoir une notification pr\u00e9alable du secr\u00e9taire au Bureau des \u00e9trangers, Muneki Date Yyo-no-kami&nbsp;; or il n\u2019y avait rien de semblable. En admettant m\u00eame que cette notification eut \u00e9t\u00e9 retard\u00e9e, il fallait qu\u2019ils fussent munis d\u2019un laissez-passer pour voyager \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des terres. Si les Fran\u00e7ais n\u2019en avaient pas, il ne pouvait \u00eatre question de leur permettre le passage. Se faisant suivre de soldats des deux Corps, Surgi et et Ikoma s\u2019assur\u00e8rent du contr\u00f4le du pont de Yamato o\u00f9 ils attendirent. Les soldats fran\u00e7ais se pr\u00e9sent\u00e8rent. On fit demander \u00e0 l\u2019interpr\u00e8te qui les accompagnait s\u2019ils avaient un laissez-passer&nbsp;; ils n\u2019avaient rien de tel. Comme les Fran\u00e7ais \u00e9taient peu nombreux, un d\u00e9tachement de Tosa leur barra le chemin, et ils s\u2019en retourn\u00e8rent en direction d\u2019\u00d6saka.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au soir du m\u00eame jour, des citadins accoururent au campement des Corps d\u2019infanterie revenus du pont de Yamato et rapport\u00e8rent que des marins fran\u00e7ais avaient d\u00e9barqu\u00e9 au port.&nbsp;<strong>Un b\u00e2timent de guerre fran\u00e7ais \u00e9tait venu \u00e0 une lieue environ au large du port et avait envoy\u00e9 des marins \u00e0 terre dans une vingtaine de canots<\/strong>. Alors que les deux chefs des Corps d\u2019infanterie faisaient proc\u00e9der aux pr\u00e9paratifs d\u2019intervention, l\u2019ordre de d\u00e9part leur arriva de la Pr\u00e9fecture. Il fut aussit\u00f4t suivi, et on constata que les marins ne se livraient \u00e0 aucune violence particuli\u00e8re. Cependant, ils entraient effront\u00e9ment dans les sanctuaires et les temples&nbsp;; ils p\u00e9n\u00e9traient \u00e0 leur fantaisie dans les maisons des citadins&nbsp;; ils arr\u00eataient des femmes pour les importuner. Les habitants de Sakai, qui n\u2019\u00e9tait pas un port ouvert, n\u2019\u00e9tait pas habitu\u00e9s aux \u00e9trangers et nombreux \u00e9taient ceux qui ne sachant plus o\u00f9 se r\u00e9fugier dans leur stup\u00e9faction et leur crainte, se retranchaient dans leur demeure apr\u00e8s avoir verrouill\u00e9 la porte. Les deux chefs de corps voulurent persuader les marins de retourner \u00e0 leurs b\u00e2timents, mais il n\u2019y avait pas d\u2019interpr\u00e8te. On eut beau leur faire signe de rentrer par gestes, aucun ne voulut ob\u00e9ir. Lors, les chefs de corps donn\u00e8rent l\u2019ordre d\u2019entra\u00eener les marins de force jusqu\u2019au casernement. Les soldats voulurent se saisir des marins \u00e0 leur port\u00e9e et les ligoter. Ces derniers s\u2019enfuirent en direction du port. L\u2019un d\u2019eux s\u2019empara d\u2019un fanion du corps pos\u00e9 contre la porte d\u2019une maison et disparut \u00e0 toutes jambes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les deux chefs de corps les poursuivirent \u00e0 la t\u00eate de leurs troupes, mais sans parvenir \u00e0 rattraper les Fran\u00e7ais aux longues jambes et rompus \u00e0 la course.<\/strong>&nbsp;D\u00e9j\u00e0 les marins allaient embarquer sur leurs canots. Or en ce temps il y avait parmi les fantassins de Tosa des sapeurs&nbsp;: chaque patrouille de garde en ville en emmenait r\u00e9guli\u00e8rement quatre ou cinq. Il leur appartenait \u00e9galement de porter le fanion de leur corps, et l\u2019un de leurs chefs, qui avait pour nom Umekichi Porte Drapeau, \u00e9tait pr\u00e9sent. Il \u00e9tait si expert \u00e0 la course que lorsqu\u2019il partait en service \u00e0 Edo lors d\u2019un incendie, il n\u2019arrivait jamais \u00e0 plus de six pieds derri\u00e8re un cavalier au pas rapide. Cet Umekichi d\u00e9passa les fantassins et parvint \u00e0 la hauteur du marin qui avait ravi le fanion du Corps. Le croc qu\u2019il portait d\u00e9chira l\u2019air et s\u2019abattit dans le cr\u00e2ne du marin. Celui-ci poussa un hurlement et s\u2019\u00e9croula \u00e0 la renverse. Umekichi lui reprit le fanion.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que voyant, les marins qui attendaient dans les canots se mirent soudain \u00e0 tirer tous ensemble avec leurs pistolets.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux chefs de corps prirent instantan\u00e9ment la d\u00e9cision d\u2019ordonner le tir. Les fantassins impatient\u00e9s align\u00e8rent leurs soixante-dix et quelques fusils et les d\u00e9charg\u00e8rent en direction des barques o\u00f9 s\u2019\u00e9taient entass\u00e9s les marins. Six de ces derniers s\u2019\u00e9croul\u00e8rent ici ou l\u00e0. D\u2019autres bless\u00e9s tomb\u00e8rent \u00e0 l\u2019eau. Ceux qui \u00e9taient demeur\u00e9s indemnes se jet\u00e8rent en h\u00e2te \u00e0 la mer et, frappant les vagues du talon, une main sur les planches de bordage, man\u0153uvr\u00e8rent leurs barques, tant\u00f4t plongeant pour \u00e9viter les balles et tant\u00f4t \u00e9mergeant pour recracher l\u2019eau sal\u00e9e. Les canots s\u2019\u00e9loign\u00e8rent petit \u00e0 petit. Il y eut en tout treize morts, dont un sous-officier, parmi les marins fran\u00e7ais&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comptes rendus, enqu\u00eates d\u2019une hi\u00e9rarchie tr\u00e8s bureaucratique, et le compromis&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Au dix-huiti\u00e8me jour, par l\u2019interm\u00e9diaire de Tar\u00f4bei Nagao, on ordonna que fussent suspendus de leurs fonctions les deux chefs de corps, et les soldats sous leur commandement se virent interdire le franchissement des portes de la Repr\u00e9sentation\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 Ensuite arriva, en qualit\u00e9 de mandataire du Seigneur Retir\u00e9 de Tosa, le Gouverneur Toyoshige Yamamouchi, l\u2019Intendant g\u00e9n\u00e9ral Kanae Fukao accompagn\u00e9 de l\u2019Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral Gor\u00f4mon Kominami.&nbsp;<strong>C\u2019est que le ministre de France L\u00e9on Roches, \u00e0 bord du vaisseau militaire V\u00e9nus ancr\u00e9 \u00e0 \u00d4saka, avait entam\u00e9 des pourparlers de d\u00e9dommagement avec le secr\u00e9taire du Bureau des \u00e9trangers. Les exigences du ministre fran\u00e7ais furent aussit\u00f4t accept\u00e9es par le conseil de la Cour imp\u00e9riale. En premier lieu, le seigneur de Tosa devait se rendre en personne sur la V\u00e9nus afin de pr\u00e9senter des excuses. Deuxi\u00e8mement, il convenait que les deux officiers ayant command\u00e9 les troupes de Tosa \u00e0 Sakai et vingt soldats de la compagnie qui avait tu\u00e9 des Fran\u00e7ais fussent ex\u00e9cut\u00e9s sur les lieux du massacre, et cela dans les trois jours suivant l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Ky\u00f4to des documents du compromis. Enfin, comme compensation financi\u00e8re destin\u00e9e aux familles des Fran\u00e7ais tu\u00e9s, le seigneur de Tosa devait payer la somme de cent cinquante mille dollars\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le vingt-deuxi\u00e8me jour,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fukao d\u00e9clara&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Notre Seigneur Retir\u00e9 en personne devait vous parler, mais il est pr\u00e9sentement indispos\u00e9, et c\u2019est moi qui vais le faire en ses lieu et place. A la suite de cet incident de Sakai, les Fran\u00e7ais font de dures repr\u00e9sentations \u00e0 la Cour imp\u00e9riale, et en&nbsp;<strong>cons\u00e9quence il a plu \u00e0 sa Majest\u00e9 d\u2019ordonner que l\u2019on pr\u00e9sente vingt des pr\u00e9venus en tant que criminels de droit commun<\/strong>. C\u2019est une tr\u00e8s grande douleur pour notre Seigneur Retir\u00e9 qui veut bien cependant vous recommander d\u2019offrir vos vies avec une calme dignit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ces derniers mots, Fukao se releva et disparut dans la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite Kominami transmit les ordres de Toyonori, sire de Tosa&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quant aux vingt hommes que nous devons remettre \u00e0 l\u2019ex\u00e9cuteur, nous ne savons qui d\u00e9signer ni qui exempter. Allez tous au sanctuaire d\u2019Inari pour y prier les dieux, et d\u00e9cider qui vivra et qui mourra en tirant des billets au sort. Ceux qui trouveront un billet blanc seront exempt\u00e9s, et ceux qui auront un billet indiquant qu\u2019ils devront se soumettre \u00e0 la d\u00e9cision de notre ma\u00eetre seront condamn\u00e9s \u00e0 mort. Allez maintenant devant les dieux&nbsp;!&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les seize hommes du groupe des condamn\u00e9s, ainsi que les deux chefs de corps Minoura et Nishimura, et les deux chefs de compagnie Ikenoue et \u00d4ishi, furent plac\u00e9s en d\u00e9tention \u00e0 la r\u00e9sidence principale de la Repr\u00e9sentation\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>A la nuit, les d\u00e9favoris\u00e9s du tirage au sort r\u00e9dig\u00e8rent leur testament destin\u00e9 \u00e0 leurs parents, fr\u00e8res et s\u0153urs ou anciennes connaissances&nbsp;; ils y enroul\u00e8rent leur chignon de soldat qu\u2019ils avaient coup\u00e9 et remirent le tout aux policiers militaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les officiers des cinq compagnies qui gardaient la r\u00e9sidence vinrent alors adresser leurs adieux aux condamn\u00e9s en faisant apporter du sak\u00e9 et des mets d\u2019accompagnement. Les chefs de compagnie du corps et les seize soldats jouirent de cette faveur en groupes s\u00e9par\u00e9s. Les hommes de troupe, ivres s\u2019endormirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant Hachinosuke Doi du Huiti\u00e8me Corps s\u2019\u00e9tait abstenu de trop boire, et lorsqu\u2019il vit ses compagnons commencer \u00e0 ronfler, il rugit au plus fort de sa voix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Hol\u00e0, vous autres&nbsp;! Nous avons demain une journ\u00e9e des plus importantes. De quelle fa\u00e7on avez-vous l\u2019intention de mourir&nbsp;? Voulez-vous vous laisser simplement d\u00e9capiter&nbsp;?&nbsp;\u00bb\u2026<\/strong>&nbsp;(il convainquit Sugimoto du Sixi\u00e8me Corps)<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux hommes \u00e9veill\u00e8rent leurs compagnons en les appelant, et en secouant aux \u00e9paules ceux qui ne voulaient pas se lever. Tout le monde, une fois les yeux ouverts, \u00e9couta l\u2019avis des deux soldats, et il ne se trouva personne pour refuser son assentiment. Qu\u2019importait de mourir&nbsp;? Ils s\u2019y \u00e9taient r\u00e9sign\u00e9s du jour o\u00f9 ils avaient quitt\u00e9 leur province pour entrer dans l\u2019arm\u00e9e. Mais il ne pouvait \u00eatre question de p\u00e9rir dans la honte. C\u2019est ainsi que l\u2019assembl\u00e9e toute enti\u00e8re d\u00e9cida d\u2019obtenir \u00e0 tout prix l\u2019autorisation de se livrer au suicide honorable du&nbsp;<strong>seppuku.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et des n\u00e9gociations difficiles furent alors engag\u00e9es avec leur hi\u00e9rarchie qui aboutirent \u00e0 une d\u00e9cision favorable de l\u2019Empereur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;A la suite de l\u2019incident qui a lieu \u00e0 Sakai, Sa Majest\u00e9 l\u2019Empereur d\u00e9sire changer d\u2019attitude dans ses relations avec les pays \u00e9trangers, et en cons\u00e9quence elle a pris, selon le droit public, la mesure suivante&nbsp;:&nbsp;<strong>ordre- vous est donn\u00e9 de vous tuer demain de votre sabre \u00e0 Sakai. Que chacun d\u2019entre vous, conscient d\u2019agir pour notre Empire, re\u00e7oive cette sentence en toute gratitude<\/strong>. D\u2019autre part, divers hauts fonctionnaires et repr\u00e9sentants officiels des pays \u00e9trangers seront pr\u00e9sents sur les lieux&nbsp;; veillez donc \u00e0 faire montre de l\u2019esprit de courage et de probit\u00e9 qui est celui des guerriers de notre Empire.&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;S\u2019il en est ainsi, nous d\u00e9sirons qu\u2019ils consentent, chose bien naturelle, \u00e0 ce que nous soyons dor\u00e9navant trait\u00e9s sur le m\u00eame rang que les guerriers&nbsp;: c\u2019est en quelque sorte notre derni\u00e8re volont\u00e9.&nbsp;\u00bb ( le seppuku \u00e9tait un privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux guerriers (samurai)&nbsp;\u00bb\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;A la suite d\u2019une d\u00e9lib\u00e9ration exceptionnelle, ordre est donn\u00e9 de vous traiter tous selon le statut de guerriers. En cons\u00e9quence, on vous attribue \u00e0 chacun un assortiment de soie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et \u00d4gai Mori de d\u00e9crire en d\u00e9tail le processus de la c\u00e9r\u00e9monie du seppuku<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il faisait beau le vingt-troisi\u00e8me jour\u2026 Lorsque les vingt hommes pass\u00e8rent sous le portail de la r\u00e9sidence en faisant sonner les hautes planchettes de leurs socques, on fit mettre \u00e0 leur disposition vingt palanquins pr\u00e9par\u00e9s par les maisons Hosokawa et Asano\u2026. Arrivaient alors les vingt palanquins, chacun d\u2019eux, accompagn\u00e9 de six soldats arm\u00e9s de fusils avec la ba\u00efonnette engag\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Un moment apr\u00e8s le d\u00e9part de Nagabori, Kametar\u00f4 Yamakawa alla saluer un par un les passagers des palanquins, puis il revint \u00e0 la hauteur de celui de Minoura et dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous \u00eates certainement mal \u00e0 l\u2019aise dans ces \u00e9troits palanquins. De plus, le chemin est long, et avec les stores maintenus baiss\u00e9s, vous devez vous sentir oppress\u00e9s. Voulez-vous que l\u2019on rel\u00e8ve les stores&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je suis confus de votre bienveillance, mais si cela ne pr\u00e9sente pas d\u2019inconv\u00e9nient, je vous en prie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et les stores de tous les palanquins furent ainsi relev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque temps plus tard, Yamakawa repassa pr\u00e8s de chaque palanquin pour proposer&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai fait pr\u00e9parer du th\u00e9 et des g\u00e2teaux que je voudrais offrir \u00e0 ceux qui en d\u00e9sirent.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le traitement accord\u00e9 aux vingt hommes par les deux clans \u00e9tait d\u2019une grande pr\u00e9venance en toutes choses\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temple bouddhique My\u00f4kokuji avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour abriter la c\u00e9r\u00e9monie du seppuku. Sur le portail \u00e9tait d\u00e9ploy\u00e9 l\u2019\u00e9tendard imp\u00e9rial du chrysanth\u00e8me\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les vingt hommes, se parlant joyeusement comme s\u2019ils vivaient une journ\u00e9e normale, attendaient l\u2019heure.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Certains officiers des deux maisons avaient pr\u00e9par\u00e9 pour ce moment des pinceaux, du papier et de l\u2019encre qu\u2019ils apport\u00e8rent devant Minoura assis en t\u00eate des vingt hommes, en le priant de r\u00e9diger&nbsp;<strong>quelques mots en souvenir\u2026\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00ab&nbsp;Rejetons la funeste influence \u00e9trang\u00e8re et payons la dette due \u00e0 la patrie pour ses bienfaits.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Cette d\u00e9cision r\u00e9solument prise, peut-on se soucier de ce que disent les hommes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Qu\u2019il suffise de respecter cet id\u00e9al, afin que l\u2019on en parle encore dans mille ann\u00e9es, et la mort d\u2019un homme ne saurait entrer en compte.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019expulsion des Barbares \u00e9trangers \u00e9tait encore au c\u0153ur des pr\u00e9occupations de cet homme.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et comme l\u2019heure de la c\u00e9r\u00e9monie \u00e9tait encore lointaine, on proposa aux vingt hommes de visiter le temple.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tous remirent aux moines la totalit\u00e9 de l\u2019argent qu\u2019ils poss\u00e9daient, et parmi eux certains ajout\u00e8rent une pr\u00e9cision \u00e0 leur offre&nbsp;: ce n\u2019est pas que je veuille qu\u00e9mander le salut de mon \u00e2mes dans l\u2019autre monde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les moines recueillirent l\u2019argent et descendirent du pavillon de la grande cloche. Les condamn\u00e9s, quittant \u00e9galement le pavillon, furent ensuite mine d\u2019entrer dans l\u2019enceinte cern\u00e9e de tentures, en se proposant de jeter un regard sur le lieu qui allait abriter leur suicide\u2026 Quittant les lieux ainsi am\u00e9nag\u00e9s pour leur mort, les condamn\u00e9s se rendirent tous ensemble au H\u00f4guin, leur cimeti\u00e8re, pour y voir leurs tombes qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 creus\u00e9es sur deux rang\u00e9es. Devant ces tombes on avait d\u00e9j\u00e0 dispos\u00e9 de grandes jarres d\u2019une hauteur de plus de six pieds, et chacune d\u2019elles portait un nom coll\u00e9 sur sa surface. Lisant les inscriptions au passage, Yokota dit \u00e0 Doi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Toi et moi, nous avons mang\u00e9 et dormi c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pendant notre vie, et voici que nos jarres fun\u00e9raires sont l\u2019une \u00e0 c\u00f4te de l\u2019autre. Il semble que m\u00eame apr\u00e8s notre mort nous pourrons converser en voisin&nbsp;\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La c\u00e9r\u00e9monie du seppuku fut enfin fix\u00e9e pour l\u2019heure du Cheval (11-13 h). Dans l\u2019enclos entour\u00e9 de tentures s\u2019install\u00e8rent d\u2019abord les assistants des condamn\u00e9s\u2026 tous avaient relev\u00e9 leurs manches de leur tunique en les attachant en croix avec la dragonne de leur sabre, et ils attendaient en arri\u00e8re de l\u2019endroit o\u00f9 allait se d\u00e9rouler le seppuku.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019enclos ceint de tentures \u00e9taient dispos\u00e9s vingt autres palanquins qui serviraient \u00e0 transporter les cadavres au H\u00f4juin&nbsp;; ceux-ci devaient \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s dans les jarres fun\u00e9raires avant l\u2019ensevelissement\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment, le ciel se couvrit brusquement et une forte averse se mit \u00e0 tomber\u2026 La c\u00e9r\u00e9monie fut provisoirement \u2026 et les pr\u00e9paratifs auxquels on se livra de nouveau furent achev\u00e9s \u00e0 l\u2019heure du Singe (15 h \u2013 17 h)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le pr\u00e9pos\u00e9 aux appels cria le nom de Minoura Inokochi. A l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du temple un profond silence se fit soudain. Minoura, portant ce jour une veste d\u2019habit en drap noir et un large pantalon de c\u00e9r\u00e9monie resserr\u00e9 aux chevilles, prit place \u00e0 l\u2019endroit de sa mort.<\/strong>&nbsp;Son assistant Baba alla se tenir debout \u00e0 trois pieds derri\u00e8re lui. Apr\u00e8s avoir adress\u00e9 un salut au Surintendant et aux autres observateurs, Minoura attira pr\u00e8s de lui le petit plateau de bois blanc \u00e0 quatre pieds qu\u2019un pr\u00e9pos\u00e9 lui avan\u00e7ait et de sa main droite prit le sabre court qui y \u00e9tait pos\u00e9. Alors s\u2019\u00e9leva une voix de tonnerre qui retentit dans tout l\u2019enclos&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Vous autres les Fran\u00e7ais, \u00e9coutez&nbsp;! Ce n\u2019est pas pour des gens comme vous que je vais mourir, mais pour notre Empire. Regardez bien comment p\u00e9rit de son propre sabre un homme du Japon&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Minoura \u00e9carta ses v\u00eatements, agrippa son sabre en dirigeant la pointe vers lui et l\u2019enfon\u00e7a dans le c\u00f4t\u00e9 gauche de son ventre, qu\u2019il trancha sur trois pouces vers le bas, puis, tournant la lame vers la droite, la for\u00e7a de trois pouces encore vers le haut. L\u2019entaille ayant \u00e9t\u00e9 profonde, la blessure s\u2019ouvrit largement. Minoura rejeta son sabre, introduisit sa main dans la plaie b\u00e9ante et, tout en retirant ses entrailles \u00e0 la poign\u00e9e, fixa sur les Fran\u00e7ais un regard dur.<\/p>\n\n\n\n<p>Baba d\u00e9gaina son grand sabre et l\u2019abattit sur la nuque de Minoura, mais le coup \u00e9tait trop faible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Baba que t\u2019arrives-t-il&nbsp;? Fais ton \u0153uvre plus pos\u00e9ment&nbsp;!&nbsp;\u00bb cria Minoura.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me coup de Baba sectionna les vert\u00e8bres cervicales avec un bruit sec. Minoura s\u2019\u00e9cria encore d\u2019une voix retentissante&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Cela ne suffit point encore, tranche mieux&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier cri, plus fort que les pr\u00e9c\u00e9dents, r\u00e9sonna sur trois cents m\u00e8tres \u00e0 la ronde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le ministre fran\u00e7ais qui avait suivi les gestes de Minoura depuis le d\u00e9but, avait senti une stup\u00e9faction \u00e9pouvant\u00e9e prendre peu \u00e0 peu possession de lui. Et, au moment o\u00f9 il tenait plus que difficilement en place, cet \u00e9norme cri inattendu frappant ses oreilles le fit se lever de son si\u00e8ge sans plus savoir comment se comporter.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Baba d\u00e9colla enfin la t\u00eate de Minoura \u00e0 la troisi\u00e8me vol\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nushimura, dont le nom fut appel\u00e9 ensuite, \u00e9tait un homme d\u2019une grande douceur\u2026Le suivant fut Ikegami, assist\u00e9 par Kitagawa\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s lui, Sugimoto, Sh\u00f4gase, Yamamoto, Morimoto, Kitadait, Inada et Yanase s\u2019ouvrirent le ventre\u2026 Le douzi\u00e8me \u00e9tait Hashizume qui prit place au moment o\u00f9 le cr\u00e9puscule commen\u00e7ait \u00e0 tomber&nbsp;; on allumait les lampes dans le pavillon central.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ministre fran\u00e7ais, se levant et se rasseyant sans cesse, s\u2019\u00e9tait jusqu\u2019alors comport\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on trahissant un malaise insupportable. Son malaise atteignit peu \u00e0 peu les soldats fran\u00e7ais qui, fusil au pied, assistaient au spectacle. Leur attitude se rel\u00e2cha enti\u00e8rement, et ils en vinrent \u00e0 \u00e9changer des murmures soulign\u00e9s par des gestes de la main.&nbsp;<strong>Au moment o\u00f9 Hashizume prenait place, le ministre fran\u00e7ais lan\u00e7a quelques mots, et aussit\u00f4t les soldats, entourant leur ma\u00eetre, quitt\u00e8rent l\u2019enclos sans m\u00eame pr\u00e9senter leur salut ni au Prince ni aux fonctionnaires pr\u00e9sents. Puis, d\u00e8s qu\u2019ils eurent travers\u00e9 la cour du temple et franchi le portail, soldats et ministre prirent le pas de course et se h\u00e2t\u00e8rent vers le port.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur la natte o\u00f9 il devait mourir, Hashizume \u00e9cartait ses v\u00eatements de son ventre et se pr\u00e9parait \u00e0 plonger le sabre lorsqu\u2019un fonctionnaire accourut \u00e0 lui en s\u2019\u00e9criant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un moment&nbsp;!&nbsp;\u00bb Surpris, Hashizume arr\u00eata le mouvement de sa main&nbsp;; le fonctionnaire lui relata le d\u00e9part du ministre fran\u00e7ais et lui notifia qu\u2019il convenait en l\u2019occurrence de diff\u00e9rer son suicide jusqu\u2019\u00e0 nouvel avis. Hashizume s\u2019en retourna aupr\u00e8s des huit survivants et les informa de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les neuf hommes \u00e9taient domin\u00e9s par le sentiment qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e9raient mourir sans plus attendre, puisque c\u2019\u00e9tait leur lot\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les intendants des sept seigneuries concern\u00e9es avaient pris contact avec les Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Nous sommes all\u00e9s sur le vaisseau fran\u00e7ais et avons demand\u00e9 pourquoi ces gens ont quitt\u00e9 les lieux ce soir. C\u2019est alors que le ministre fran\u00e7ais nous a r\u00e9pondu ce qui suit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous admirons certes le m\u00e9pris de leur vie et l\u2019esprit de sacrifice au bien public dont les soldats de Tosa ont fait preuve, mais nous ne pouvons vraiment plus supporter ce spectacle \u00e0 ce point \u00e9prouvant, et nous nous en remettons au gouvernement quant \u00e0 la merci qui peut \u00eatre accord\u00e9e aux survivants.&nbsp;\u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au deuxi\u00e8me jour du troisi\u00e8me mois, la nouvelle parvint que la peine de mort \u00e9tait remise et que les neuf hommes seraient rendus \u00e0 leur province natale\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La seigneurie de Tosa \u00e9difia au temple H\u00f4juin onze pierres tombales pour ceux qui \u00e9taient morts au temple My\u00f4kokuji.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&amp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mori \u00d4gai (1862-1922), l\u2019auteur, de son vrai nom Rintar\u00f4 Mori, \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e8re Meiji, et m\u00e9decin. Il voyagea en Europe, en Allemagne, et traduisit des grands auteurs europ\u00e9ens tels que Daudet ou Calderon. Lire \u00ab&nbsp;L\u2019oie sauvage&nbsp;\u00bb, un \u00e9chantillon de ses \u0153uvres litt\u00e9raires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>1914, Originally published in Japan &#8211; Extraits de la traduction de Jean Cholley<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&amp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PS&nbsp;: et pour les amateurs de mangas, l\u2019incident de Sakai a fait l\u2019objet d\u2019une manga aux Editions Delcourt, une manga qu\u2019on lit \u00e0 la japonaise.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&amp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rappelons enfin qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne, le grand auteur Mishima s\u2019est fait seppuku, et que Viviane Moore, connue pour ses livres d\u2019aventures dans les anciens mondes normands ou celtes, a publi\u00e9 un roman intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Tokyo intramuros&nbsp;\u00bb dont une des h\u00e9ro\u00efnes japonaises, myst\u00e9rieuses et habit\u00e9e du m\u00eame sens de l\u2019honneur qui fut une des grandes traditions du Japon, se fait \u00e9galement seppuku \u00e0 la fin du roman.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et tr\u00e8s r\u00e9cemment, la catastrophe de la centrale nucl\u00e9aire de Fukushima a fait appara\u00eetre \u00e0 nouveau des qualit\u00e9s d\u2019unit\u00e9 et de dignit\u00e9 de la nation japonaise dont peu d\u2019autres nations sont capables de faire preuve.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors, cher lecteur, la culture ne pose-t-elle pas beaucoup de questions lorsqu\u2019elle est confront\u00e9e \u00e0 d\u2019autres cultures&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les caract\u00e8res gras sont de notre responsabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Choc des cultures, des civilisations, des religions&nbsp;? Avec la multitude de questions que pose aujourd\u2019hui le multiculturalisme dans le cadre national fran\u00e7ais&nbsp;!&nbsp; Un exemple historique, pour la r\u00e9flexion. 1868&nbsp;: l\u2019incident de Sakai entre la France et le Japon &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le professeur Samuel P. Huttington s\u2019est taill\u00e9 un beau succ\u00e8s de librairie et de r\u00e9flexion en publiant, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2011\/09\/23\/choc-des-cultures-des-civilsations-des-religions-1868-lincident-de-sakai-entre-la-france-et-le-japon\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Choc des cultures, des civilsations, des religions? 1868: l&rsquo;incident de Sakai entre la France et le Japon&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[2122,270,2130,114,1283,151,2126,159,2131,2124,2128,2129,2125,2120,2121,2127,2132,1427],"class_list":["post-2164","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-albert-londres","tag-france","tag-fukao","tag-inde","tag-interview","tag-japon","tag-jean-louis-amselle","tag-le-monde","tag-minoura-inokochi","tag-narayana-murthy","tag-ogai-mori-2","tag-osaka","tag-rahmeth-radjack","tag-sakai","tag-samuel-p-huttington","tag-victor-davis-hanson","tag-viviane-moore","tag-walter-benn-michaels-2"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2164","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2164"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2164\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2165,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2164\/revisions\/2165"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2164"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2164"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2164"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}