{"id":2172,"date":"2011-05-20T03:27:42","date_gmt":"2011-05-20T01:27:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2172"},"modified":"2021-07-07T03:51:43","modified_gmt":"2021-07-07T01:51:43","slug":"guerres-dafrique-130-ans-de-guerres-coloniales-lexperience-francaise-de-vincent-joly-lecture-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2011\/05\/20\/guerres-dafrique-130-ans-de-guerres-coloniales-lexperience-francaise-de-vincent-joly-lecture-2\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Guerres d&rsquo;Afrique, 130 ans de guerres coloniales, l&rsquo;exp\u00e9rience fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, de Vincent Joly, lecture 2"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Guerres d\u2019Afrique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>130 ans de guerres coloniales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>L\u2019exp\u00e9rience fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Vincent Joly<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Lecture critique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Volet 2 (volet 1 sur le blog du&nbsp;11 mai 2011&nbsp;)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:18px\"><strong>La probl\u00e9matique de la guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;une esp\u00e8ce de guerre coloniale&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le premier chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Guerres et violences coloniales&nbsp;: th\u00e8mes et d\u00e9bats&nbsp;\u00bb ouvre le livre sur le v\u00e9ritable d\u00e9bat de fond, le contenu du concept de guerre, son \u00e9volution et sa d\u00e9finition selon les auteurs, et sa signification en tant qu\u2019une \u00ab&nbsp;esp\u00e8ce de&nbsp;&nbsp;guerre coloniale&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ma premi\u00e8re remarque porterait sur la qualification coloniale&nbsp;: est-ce qu\u2019une guerre coloniale, petite ou grande, courte ou longue, n\u2019est pas, avant toute chose,&nbsp;<strong>celle qui est faite par une puissance qui entend en dominer \u00ab&nbsp;une autre&nbsp;\u00bb, un nouveau territoire<\/strong>, une colonie, donc une guerre coloniale par destination.<\/p>\n\n\n\n<p>La distinction que font les auteurs anglo-saxons entre celles qui ont eu lieu avant 1914, les \u00ab&nbsp;small wars&nbsp;\u00bb, et celles d\u2019apr\u00e8s, les \u00ab&nbsp;imperial policing&nbsp;\u00bb ne suffit pas \u00e0 d\u00e9crire les diff\u00e9rents \u00e9tats de guerre coloniale, selon les \u00e9poques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma pr\u00e9f\u00e9rence irait plut\u00f4t, en ce qui concerne la France, vers des crit\u00e8res techniques plus rigoureux<\/strong>, le th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations (d\u00e9sert, savane ou for\u00eat), la latitude (tropicale ou non), une mise en \u0153uvre artisanale (Soudan) ou industrielle (Tonkin, Dahomey, ou Madagascar), les effectifs mis en \u0153uvre (africains ou non), les technologies disponibles et mises en \u0153uvre, et \u00e9videmment la date, et tout autant la saison.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La th\u00e8se d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019historien Headricks dans le livre \u00ab&nbsp;The tools of imperialism&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;est tout \u00e0 fait stimulante \u00e0 cet \u00e9gard&nbsp;: pas de conqu\u00eate du Soudan sans vapeurs sur le fleuve S\u00e9n\u00e9gal, et pas de conqu\u00eate du bassin du Niger, sans t\u00e9l\u00e9graphe (ce que releva d\u2019ailleurs l\u2019historien Brunschwig), canons, et fusils \u00e0 tir rapide, mais tout autant, sans quinine, et sans recours \u00e0 une troupe africaine nombreuse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le recrutement de ce type de troupe donnait la possibilit\u00e9 de financer la conqu\u00eate au moindre co\u00fbt, en faisant appel au minimum de soldats europ\u00e9ens mal adapt\u00e9s, sur le plan de la sant\u00e9 et de l\u2019acclimatation, \u00e0 ce th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations<\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les crit\u00e8res d\u2019analyse retenus par&nbsp;<strong>l\u2019historien Keegan dans son \u00ab&nbsp;Histoire de la Guerre&nbsp;\u00bb seraient sans doute plus pertinents<\/strong>, notamment ceux de&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;feu&nbsp;\u00bb,<\/strong>&nbsp;de \u00ab&nbsp;<strong>logistique&nbsp;<\/strong>\u00bb, marginalement de \u00ab&nbsp;<strong>fortifications<\/strong>&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019occasion de la conqu\u00eate de l\u2019ouest africain (les fameux tatas), mais en y ajoutant la nature des troupes, la contrainte climatique, et l\u2019importance de l\u2019outil militaire de la conqu\u00eate, la&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;colonne<\/strong>&nbsp;\u00bb, au cours de ce qu\u2019il conviendrait d\u2019appeler la premi\u00e8re phase des guerres \u00ab&nbsp;coloniales&nbsp;\u00bb modernes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au cours de la premi\u00e8re p\u00e9riode, c\u2019est sans doute l\u2019outil militaire de la \u00ab&nbsp;colonne&nbsp;\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019instrument majeur de la conqu\u00eate coloniale, mis en pratique par les puissances europ\u00e9ennes avec des caract\u00e9ristiques et&nbsp;&nbsp;une intensit\u00e9 militaire diff\u00e9rente selon les enjeux, les \u00e9poques et les th\u00e9\u00e2tres d\u2019op\u00e9ration.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quoi de commun entre les premi\u00e8res colonnes de Gallieni en marche vers le Niger dans les ann\u00e9es 1880 et celles qu\u2019il commanda au Tonkin dans les ann\u00e9es 1890 contre le D\u00e9 Tham dans le Yen Th\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur propose sa propre d\u00e9finition de la guerre coloniale qui r\u00e9unirait trois caract\u00e9ristiques, une d\u00e9faite d\u2019exception, la disproportion des pertes subies, la composition africaine de l\u2019arm\u00e9e coloniale. (page 32)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une telle d\u00e9finition appauvrit consid\u00e9rablement le concept historique, et n\u2019est de toute fa\u00e7on plus applicable dans des contextes historiques tels que la guerre du Rif, ou celles d\u2019Indochine et d\u2019Alg\u00e9rie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et en ce qui concerne un des crit\u00e8res, celui des pertes, dans quelle case du bilan, conviendrait-il de mettre les pertes europ\u00e9ennes caus\u00e9es par les maladies (le tiers des effectifs de l\u2019exp\u00e9dition malgache en 1895-1896)&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le crit\u00e8re propos\u00e9 par l\u2019historien Henri Brunschwig, m\u00eame s\u2019il est \u00e9galement tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral, traduit beaucoup mieux la relation coloniale entretenue par la m\u00e9tropole pour laquelle toute guerre coloniale, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 que \u00ab&nbsp;secondaire<\/strong>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A ce stade de la lecture et de la r\u00e9flexion, je serais tent\u00e9 de dire que faute d\u2019avoir choisi un fil conducteur et une chronologie historique, une d\u00e9finition pr\u00e9cise de la guerre coloniale, l\u2019auteur brosse un tableau plus r\u00e9capitulatif que comparatif et synth\u00e9tique des guerres d\u2019Afrique, dites \u00ab&nbsp;coloniales&nbsp;\u00bb, sans que la rigueur historique y trouve en d\u00e9finitive son compte, en juxtaposant exp\u00e9riences et guerres \u00ab&nbsp;coloniales&nbsp;\u00bb, sans qu\u2019on en voie toujours les lignes de force communes ou antagonistes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><strong>Les ambigu\u00eft\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le titre du livre vise les guerres d\u2019Afrique, et il parait tout \u00e0 fait surprenant d\u2019y inclure la guerre d\u2019Indochine, m\u00eame si on voit bien le lien que fait l\u2019auteur entre la guerre d\u2019Indochine et la guerre d\u2019Alg\u00e9rie<\/strong>, compte tenu des id\u00e9es de guerre subversive, psychologique, r\u00e9volutionnaire, qui ont inspir\u00e9, en Alg\u00e9rie, une partie des officiers d\u2019active dans la guerre qu\u2019ils y ont men\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce rapprochement est tout \u00e0 fait discutable, sauf \u00e0 passer \u00e0 un autre type d\u2019analyse, celle des guerres \u00ab&nbsp;coloniales&nbsp;\u00bb modernes, de type d\u2019abord asym\u00e9trique, puis de plus en plus sym\u00e9triques, en raison des moyens militaires mis en \u0153uvre, telle celle du Vietnam, qu\u2019ont \u00e9t\u00e9 certaines guerres d\u2019ind\u00e9pendance nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autant plus discutable qu\u2019en Indochine, la confrontation est-ouest a tr\u00e8s rapidement donn\u00e9 une coloration tr\u00e8s diff\u00e9rente au conflit, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas de l\u2019Alg\u00e9rie, m\u00eame si certains officiers ont tent\u00e9 d\u2019accr\u00e9diter cette th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une \u00e9cole alg\u00e9rienne&nbsp;de la guerre coloniale?<\/strong>&nbsp;<strong>Et la doctrine du fait accompli&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur fait un sort \u00e0 une \u00e9cole militaire alg\u00e9rienne \u00e0 la mode Bugeaud, et classe Faidherbe dans la mouvance de cette \u00e9cole<\/strong>, mais cette ascendance, m\u00eame si elle a exist\u00e9, n\u2019a pas obligatoirement conduit Faidherbe \u00e0 mener ce type de guerre sur un th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations compl\u00e8tement diff\u00e9rent, avec l\u2019innovation des op\u00e9rations amphibies,&nbsp;&nbsp;et avec une conception coloniale encore plus diff\u00e9rente de celle de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur \u00e9crit&nbsp;:<\/strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Comme Bugeaud, il estime (Faidherbe) qu\u2019il ne peut y avoir de s\u00e9curit\u00e9 sans occupation militaire m\u00eame si celle-ci va \u00e0 l\u2019encontre de la politique voulue \u00e0 Paris. Ainsi, en 1859, alors que de nouvelles instructions lui ordonnent de consolider le territoire acquis, il lance une colonne dans le Sin\u00e9 afin de \u00ab&nbsp;restaurer le prestige de la France&nbsp;\u00bb. En agissant ainsi, il inaugure une pratique du fait accompli et de lace vis-\u00e0-vis des pouvoirs civils m\u00e9tropolitains qui est \u00e9rig\u00e9e en principe par ses successeurs \u00ab&nbsp;soudanais&nbsp;\u00bb. Il est ici, selon la juste expression de R.Kanya-Forstner, le v\u00e9ritable p\u00e8re de l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais au sud du Sahara.&nbsp;\u00bb (page 95)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai consacr\u00e9 plusieurs ann\u00e9es de recherches historiques dans les archives militaires et dans les r\u00e9cits de campagne des officiers, et il y en a eu beaucoup, afin de tenter de d\u00e9terminer la place du fameux \u00ab&nbsp;fait accompli&nbsp;\u00bb dans l\u2019histoire des conqu\u00eates coloniales. J\u2019ai livr\u00e9 le r\u00e9sultat de ces recherches dans le livre \u00ab&nbsp;Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large&nbsp;\u00bb, et ces recherches d\u00e9montrent&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;1) que dans le contexte des communications de l\u2019\u00e9poque, il existait effectivement une libert\u00e9 large et in\u00e9vitable de commandement. Au cours m\u00eame de la guerre de 1914-1918, l\u2019historien Keegan a montr\u00e9 les limites du commandement, m\u00eame au plus pr\u00e8s des combats, le chef n\u2019\u00e9tant le plus souvent pas inform\u00e9, ou avec retard, de ce qui se passait en avant des tranch\u00e9es,<\/p>\n\n\n\n<p>2) que le fameux fait accompli \u00e9tait le plus souvent au moins autant celui du petit groupe politique colonial qui tirait les ficelles \u00e0 Paris que celui d\u00e9crit comme le clan des \u00ab&nbsp;Soudanais&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;les \u00e9pigones de Bugeaud&nbsp;\u00bb (page 115)<\/p>\n\n\n\n<p>3) que la th\u00e8se de R.Kanya-Forstner avait le m\u00e9rite d\u2019exister, mais qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas toujours fond\u00e9e dans tous ses d\u00e9veloppements,<\/p>\n\n\n\n<p>4) qu\u2019en tout \u00e9tat de cause, aucune op\u00e9ration militaire ne pouvait se d\u00e9rouler sans que son chef ait un minimum de libert\u00e9 de commandement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et j\u2019ajouterais volontiers que la course vers Fachoda, ou le lac Tchad, avec le d\u00e9sastre de la colonne Voulet-Chanoine, la guerre du Dahomey, l\u2019exp\u00e9dition de Madagascar, pour ne citer que ces quatre exemples, ne s\u2019inscrivaient pas dans la th\u00e8se du fait accompli colonial,&nbsp;<strong>mais bien dans celle de la d\u00e9cision politique ou du fait accompli politique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors parler d\u2019\u00e9cole alg\u00e9rienne de l\u2019imp\u00e9rialisme parait tout simplement exag\u00e9r\u00e9, pour ne pas utiliser un qualificatif plus fort. L\u2019extension de cette conception g\u00e9n\u00e9tique de la guerre coloniale \u00e0 la guerre d\u2019Indochine ou \u00e0 celle d\u2019Alg\u00e9rie, serait encore plus \u00e9trange&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais tout \u00e0 fait curieusement, il semble qu\u2019\u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan de ce type d\u2019analyse se profile l\u2019ombre de l\u2019Alg\u00e9rie, toujours l\u2019Alg\u00e9rie, et sa guerre d\u2019ind\u00e9pendance qui aurait effac\u00e9 les autres colonies, m\u00eame si l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019\u00e9tait pas une colonie, une \u00ab&nbsp;ombre&nbsp;\u00bb famili\u00e8re \u00e0 beaucoup de chercheurs de l\u2019histoire coloniale ou postcoloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ecole alg\u00e9rienne, celle de Gallieni ou de Lyautey&nbsp;? Cette th\u00e8se n\u2019est pas fond\u00e9e, en tout cas pour ceux qui ont fr\u00e9quent\u00e9, et leurs r\u00e9cits, et leurs campagnes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une arm\u00e9e d\u2019Afrique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019avouerai qu\u2019\u00e0 la lecture de ce livre par ailleurs bien document\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 son abondante historiographie, et int\u00e9ressant, j\u2019ai eu de la peine \u00e0 retrouver les justes rep\u00e8res sur la nature des arm\u00e9es coloniales, sauf en ce qui concerne leur appel \u00e0 un recrutement toujours tr\u00e8s important de soldats africains.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A mes yeux, l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique \u00e9tait celle d\u2019Alg\u00e9rie, et plus largement celle de l\u2019Afrique du nord, et pas celle des colonies africaines, form\u00e9e de r\u00e9giments d\u2019infanterie ou d\u2019artillerie coloniale, et pas du tout de r\u00e9giments de zouaves ou de chasseurs d\u2019Afrique. Il me semble que c\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019acception retenue par les sp\u00e9cialistes, notamment&nbsp;&nbsp;<strong>Anthony Clayton, Troisi\u00e8me partie, L\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique (pages 243 et suivantes).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ne s\u2019agit-il pas l\u00e0 d\u2019une confusion historique&nbsp;?&nbsp;&nbsp;D\u2019autant plus \u00e9trange que l\u2019auteur cite \u00e0 la fois dans son livre et dans sa bibliographie le livre de Clayton, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise en Afrique&nbsp;: 1830-1962&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse du concept de l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique, de son contenu, de son recrutement, aurait \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant en tant que tel, \u00e9tant donn\u00e9 la relation qu\u2019il instituait entre le gouvernent, la nation, et la politique coloniale qui \u00e9tait men\u00e9e en leur nom.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire des troupes coloniales montre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019elles ont le plus souvent servi des guerres consid\u00e9r\u00e9es comme secondaires, ignor\u00e9es le plus souvent comme le rel\u00e8ve d\u2019ailleurs ce livre, d\u2019autant plus facilement, qu\u2019elles n\u2019impliquaient pas l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise dans son ensemble, mais surtout, absolument pas dans son syst\u00e8me de recrutement, c\u2019est-\u00e0-dire la conscription citoyenne, et donc en cons\u00e9quence dans son fonctionnement et ses missions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce que l\u2019auteur appelle \u00ab&nbsp;l\u2019arm\u00e9e d\u2019Afrique&nbsp;\u00bb, hors Alg\u00e9rie, a g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e par des officiers de m\u00e9tier, second\u00e9s par un petit noyau europ\u00e9en de soldats de m\u00e9tier, d\u2019engag\u00e9s, ou de volontaires, mais constitu\u00e9e, pour l\u2019essentiel, de troupes africaines.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exp\u00e9dition de Madagascar avait par exemple montr\u00e9 les limites de l\u2019appel \u00e0 des formations militaires de la m\u00e9tropole. Les unit\u00e9s de soldats recrut\u00e9s en m\u00e9tropole, f\u00eat\u00e9es par la population \u00e0 leur d\u00e9part, le 200<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;de ligne et le 40<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;Chasseurs, avaient perdu, \u00e0 la fin de&nbsp;1895, plus de la moiti\u00e9 de leur effectif.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019historien Brunschwig avait fort justement qualifi\u00e9 cette exp\u00e9dition de \u00ab&nbsp;criminelle&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est entre autres, la raison pour laquelle je remarquais au d\u00e9but de cette analyse que les guerres coloniales n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 celles de la France, de son peuple, mais celles de ce que j\u2019appellerais la France coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et c\u2019est sans doute pour les m\u00eames raisons que, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019existence d\u2019un article 35 tout \u00e0 fait curieux de la Constitution, \u00e0 la suppression du service militaire et&nbsp;&nbsp;\u00e0 la disposition d\u2019une arm\u00e9e professionnelle, la France s\u2019engage aujourd\u2019hui dans des guerres ext\u00e9rieures, sans trop se soucier de l\u2019avis du Parlement ou de l\u2019opinion des citoyens.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous touchons ici du doigt une des causes de nos guerres coloniales, celle qui mettait \u00e0 la disposition des gouvernements de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique une force militaire professionnelle dont l\u2019emploi ne soulevait&nbsp;&nbsp;pas de conflit politique majeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les deux guerres \u00ab&nbsp;perdues&nbsp;\u00bb d\u2019Indochine et d\u2019Alg\u00e9rie, le facteur principal de la d\u00e9faite fut dans un cas, l\u2019absence de la mobilisation des citoyens pour assumer le conflit, et dans l\u2019autre cas, l\u2019engagement des citoyens, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un contingent rapidement hostile aux buts de cette guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant d\u2019en terminer, toutefois un regret, que l\u2019auteur n\u2019ait pas assez fait \u00e9tat des archives d\u2019op\u00e9rations militaires elles-m\u00eames, et pu consacrer plus de temps \u00e0 la lecture des r\u00e9cits des officiers qui ont \u00e9t\u00e9 les acteurs de ces guerres coloniales, je pense notamment \u00e0 Gallieni et \u00e0 Lyautey, mais il y en a eu beaucoup d\u2019autres.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au-del\u00e0 de leur m\u00e9tier militaire, ils avaient souvent un talent de plume incontestable&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;Et le regret aussi que l\u2019analyse historique n\u2019ait pas \u00e9pous\u00e9 strictement le concept de comparaison entre \u00ab&nbsp;guerres&nbsp;\u00bb chronologiquement et conceptuellement comparables.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n\n\n\n<p>(1)&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large&nbsp;\u00bb Editions JPR 2006<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00f4le de la communication et des communications dans les conqu\u00eates coloniales (1870-1900)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Guerres d\u2019Afrique 130 ans de guerres coloniales L\u2019exp\u00e9rience fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb Vincent Joly Lecture critique Volet 2 (volet 1 sur le blog du&nbsp;11 mai 2011&nbsp;) La probl\u00e9matique de la guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;une esp\u00e8ce de guerre coloniale&nbsp;\u00bb&nbsp;? Le premier chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Guerres et violences coloniales&nbsp;: th\u00e8mes et d\u00e9bats&nbsp;\u00bb ouvre le livre sur le v\u00e9ritable d\u00e9bat de fond, le contenu &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2011\/05\/20\/guerres-dafrique-130-ans-de-guerres-coloniales-lexperience-francaise-de-vincent-joly-lecture-2\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0Guerres d&rsquo;Afrique, 130 ans de guerres coloniales, l&rsquo;exp\u00e9rience fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, de Vincent Joly, lecture 2&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[249,236,2265,2079,2264,500,270,1998,310,2262,99,2263,2274,504],"class_list":["post-2172","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-afrique","tag-algerie","tag-anthony-clayton","tag-brunschwig","tag-bugeaud","tag-constitution","tag-france","tag-gallieni","tag-guerre","tag-headricks","tag-indochine","tag-keegan","tag-lyautey","tag-vincent-joly"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2172","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2172"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2172\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2173,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2172\/revisions\/2173"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2172"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2172"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2172"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}