{"id":2174,"date":"2012-06-22T03:34:42","date_gmt":"2012-06-22T01:34:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2174"},"modified":"2021-07-07T03:56:03","modified_gmt":"2021-07-07T01:56:03","slug":"gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-tonkin-1894-gallieni-en-chine-chez-le-marechal-sou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2012\/06\/22\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-tonkin-1894-gallieni-en-chine-chez-le-marechal-sou\/","title":{"rendered":"Gallieni et Lyautey, ces inconnus. Tonkin 1894, Gallieni en Chine chez le mar\u00e9chal Sou"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Gallieni et Lyautey, ces inconnus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Eclats de vie coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Morceaux choisis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Tonkin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>5<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1894, Gallieni en Chine : son premier voyage en Chine chez le mar\u00e9chal Sou, le commandant militaire de la province du Quang-Si<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>En 1892, lorsque le colonel Gallieni fut affect\u00e9 au Tonkin, apr\u00e8s avoir servi pendant de longues ann\u00e9es, en Afrique de l\u2019Ouest, au Soudan,&nbsp;&nbsp;la retraite des troupes fran\u00e7aises devant les troupes chinoises, \u00e0 Lang Son, en 1885, \u00e0 une des portes de la Chine, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 du pass\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par le trait\u00e9 de Tien- Tsin, sign\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e, la Chine avait reconnu la tutelle de la France sur le royaume d\u2019Annam, et au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es, le delta du Tonkin, partie la plus peupl\u00e9e du royaume, fut pratiquement pacifi\u00e9 \u00e0 l\u2019exception de la petite zone du Yen-Th\u00e9, proche du 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;Territoire Militaire, dont Gallieni allait prendre le commandement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gallieni avait re\u00e7u la mission de pacifier la Haute R\u00e9gion du Tonkin, \u00e0 la fronti\u00e8re de la Chine, dans sa province du Quang-Si, dont le mar\u00e9chal Sou \u00e9tait le commandant militaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Une tr\u00e8s grande ins\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gnait dans cette r\u00e9gion, habit\u00e9e par les Mongs et les Thos, faite de massifs \u00e9lev\u00e9s et d\u00e9chiquet\u00e9s, coup\u00e9s de vall\u00e9es profondes, dans un paysage montagneux sauvage que Lyautey repr\u00e9senta fort bien dans les nombreux croquis qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9s, car Lyautey \u00e9tait un fin dessinateur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9vocation de sa mission de pacification dont il rend compte avec minutie dans son livre, celle de ses voyages en Chine est tout \u00e0 fait int\u00e9ressante. Elle nous ouvre en effet une fen\u00eatre historique sur la Chine de l\u2019\u00e9poque, laquelle avait conserv\u00e9 beaucoup des attributs de sa puissance pass\u00e9e, tout en s\u2019engageant dans la voie de la modernit\u00e9 occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Gallieni \u00e9crivait&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il ne se passait gu\u00e8re de jour sans que nous ayons \u00e0 enregistrer des attaques de poste, de convois, des assassinats de courriers, d\u2019habitants, des villages incendi\u00e9s, etc.&nbsp;\u00bb&nbsp;(G\/p, 25)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Plusieurs bandes de pirates avaient mis ce territoire en coupe r\u00e9gl\u00e9e, sans qu\u2019on ne sache jamais s\u2019il s\u2019agissait de pirates annamites ou de pirates chinois.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gallieni d\u00e9crivait fort bien cette situation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Les Chinois savent ce qu\u2019ils font en favorisant la piraterie au Tonkin&nbsp;: ils l\u2019\u00e9loignent ainsi de leur territoire. Tous les malandrins des fronti\u00e8res savent qu\u2019ils pourront piller, voler et tuer \u00e0 leur aise au Tonkin, et transporter ensuite, en toute s\u00e9curit\u00e9, leur butin, femmes, buffles, riz en Chine, mais \u00e0 condition d\u2019\u00e9pargner leurs compatriotes chinois. Les mandarins de cette partie du Quang-Si favorisent la piraterie, parce qu\u2019ils en vivent\u2026&nbsp;\u00bb (G\/p,30)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;Les chefs des bandes les plus importantes, les Ba-Ky, Luong-Tam-Ky, Luc-A-Song, A-Coc-Thuong, etc\u2026 se trouvaient \u00e0 la t\u00eate d\u2019une vaste association, en quelque sorte commerciale, qui avait ses profits et ses pertes. De leurs repaires, situ\u00e9s surtout dans le 3<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;Territoire militaire et dans cette r\u00e9gion qui s\u2019avan\u00e7ait en coin entre le 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;et le 3<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;Territoires, ils dirigeaient leurs incursions, dans toute la Haute R\u00e9gion, ramassant surtout des buffles, indispensables aux indig\u00e8nes pour leurs cultures, et des femmes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les femmes sont rares dans le Quang-Si, ou tout au moins dans la partie m\u00e9ridionale de cette vaste province o\u00f9, me disait-on \u00e0 Long -Tch\u00e9ou, on comptait \u00e0 peine une femme pour cinq ou six hommes&nbsp;; de plus, les femmes annamites \u00e9tant particuli\u00e8rement recherch\u00e9es pour leurs qualit\u00e9s d\u2019activit\u00e9, de travail, d\u2019\u00e9conomie et leurs aptitudes au n\u00e9goce, les marchands chinois \u00e9taient tr\u00e8s d\u00e9sireux d\u2019en acqu\u00e9rir pour se faire aider dans leur commerce. Notre consul me fit remarquer plusieurs fois, dans nos visites aux boutiques de Long-Tch\u00e9ou, la pr\u00e9sence de femmes qui, malgr\u00e9 leur costume chinois et leur chignon caract\u00e9ristique, \u00e9taient annamites et avaient \u00e9t\u00e9 ainsi import\u00e9es du Tonkin\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>En \u00e9change des buffles et des femmes, les pirates rapportaient au Tonkin de l\u2019opium, avidement recherch\u00e9 par les habitants de la Haute r\u00e9gion, et m\u00eame par les Annamites du Delta. Mais pour se procurer cet opium ainsi que les fusils et cartouches qui leur \u00e9taient n\u00e9cessaires, les chefs de bande avaient besoin d\u2019interm\u00e9diaires&nbsp;: c\u2019\u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment les honn\u00eates marchands de soie, au souvenir si pr\u00e9venant, que je visitais ce jour-m\u00eame\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019\u00e9tait bien une v\u00e9ritable entreprise commerciale qui s\u2019ex\u00e9cutait sous l\u2019\u0153il bienveillant des mandarins chinois, qu\u2019on aurait certainement trouv\u00e9s \u00e9galement \u00e0 l\u2019article d\u00e9penses, si on avait pu consulter d\u2019un peu plus pr\u00e8s les registres en question.&nbsp;\u00bb (G\/p, 134)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En mars 1894, le colonel Gallieni se rendit donc en territoire chinois pour y rencontrer le mar\u00e9chal Sou, commandant des troupes chinoises de cette province, et \u00e0 Long-Tch\u00e9ou, son chef- lieu, le Tao-Ta\u00ef,&nbsp;&nbsp;c\u2019est-\u00e0-dire le pr\u00e9fet de cette m\u00eame province, ainsi que le maire de Long-Tch\u00e9ou, afin de mettre au point le dossier d\u00e9finitif de l\u2019abornement de la fronti\u00e8re qui arrivait \u00e0 son terme, et de tenter d\u2019obtenir la neutralit\u00e9 de la Chine \u00e0 l\u2019\u00e9gard des fameuses bandes pirates qui d\u00e9vastaient encore la Haute R\u00e9gion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en Chine, l\u2019impression \u00e9tait bonne, avec des villages propres, mais des villes sales, o\u00f9 l\u2019on sentait partout une odeur naus\u00e9abonde d\u2019excr\u00e9ments et d\u2019ordures.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Premier contact avec le mar\u00e9chal Sou<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Nous nous d\u00e9barrassons de nos v\u00eatements de voyage, rev\u00eatant nos uniformes de petite tenue, et, par une rue tr\u00e8s \u00e9troite, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de plusieurs r\u00e9guliers \u00e0 hallebardes et suivis d\u2019une foule de curieux, nous parvenons \u00e0 la Pagode des Mandarins, o\u00f9 nous sommes re\u00e7us avec tout le c\u00e9r\u00e9monial cher aux Chinois, dont nous avions d\u00e9j\u00e0 eu un \u00e9chantillon dans la matin\u00e9e.. Des soldats \u00e0 casaques rouges, arm\u00e9s de fusils \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de mod\u00e8les divers, ou porteurs de drapeaux, forment la haie dans une premi\u00e8re pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de laquelle Sou vient au- devant de nous, la main tendue. Il nous salue \u00e0 la chinoise, les poings lev\u00e9s \u00e0 la hauteur du visage et nous conduit aussit\u00f4t sur des si\u00e8ges \u00e9lev\u00e9s, dispos\u00e9s autour d\u2019une deuxi\u00e8me salle, pr\u00e8s de petites tables supportant des tasses de th\u00e9, sans sucre, \u00e0 la mode chinoise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le mar\u00e9chal Sou ne d\u00e9ment pas l\u2019excellente impression qu\u2019il avait faite, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, sur tous les Europ\u00e9ens qui avaient pu l\u2019approcher. C\u2019est un homme grand, vigoureux, de belle prestance, avec la t\u00eate assez petite, le visage plein, sous la calotte de soie des mandarins de rang \u00e9lev\u00e9. Ses yeux sont vifs et intelligents&nbsp;; ils regardent bien en face. Il porte avec aisance un \u00e9l\u00e9gant costume de soie rose et jaune.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Nous sommes tout de suite en confiance.&nbsp;\u00bb (G\/p,34)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plusieurs sujets sont abord\u00e9s au cours de ce premier entretien, la piraterie, le r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9graphique et le chemin de fer de Lang-Son qui int\u00e9ressent les Chinois, et enfin le dossier de l\u2019abornement de la fronti\u00e8re entre Chine et Tonkin.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Puis, nous passions \u00e0 table o\u00f9 nous attendait une copieuse collation. Les mets \u00e9taient servis \u00e0 la mode chinoise&nbsp;; nous leur f\u00eemes honneur sans aucune contrainte. La boisson offerte \u00e9tait du champagne, mais de qualit\u00e9 m\u00e9diocre. Sou continua, pendant le repas, \u00e0 nous entretenir de questions diverses, d\u00e9veloppant sur beaucoup de sujets, notamment au point de vue des cultures du pays et des aptitudes commerciales des Chinois, des id\u00e9es r\u00e9ellement int\u00e9ressantes \u00e0 entendre. Bref, nous nous s\u00e9par\u00e2mes tr\u00e8s satisfaits l\u2019un de l\u2019autre, en nous donnant rendez-vous pour le surlendemain \u00e0 Long-Tch\u00e9ou (le chef- lieu de la province). Avant de partir, il exigea que nous emportions avec nous des pi\u00e8ces et poteries chinoises que nous avions admir\u00e9es en entrant et qu\u2019il remit, malgr\u00e9 notre refus, \u00e0 l\u2019un de nos boys.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Telle fut ma premi\u00e8re entrevue avec le mar\u00e9chal Sou. Depuis, nous nous rev\u00eemes bien souvent et nos relations devinrent de plus en plus \u00e9troites. De v\u00e9ritables liens d\u2019amiti\u00e9 s\u2019\u00e9tablirent entre nous.&nbsp;\u00bb (G\/p,35)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Par souci de s\u00e9curit\u00e9 et de conservation des secrets militaires, les Chinois ne permirent pas au colonel de se rendre \u00e0 \u00e0 Long-Tch\u00e9ou par la belle route large et strat\u00e9gique qui existait, mais par de mauvaises pistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9couvrit la ville chef-lieu, accompagn\u00e9 du consul de France, M.. Bons d\u2019Anty&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Long-Tch\u00e9ou pr\u00e9sente l\u2019aspect de toutes les villes chinoises&nbsp;: rues \u00e9troites, pav\u00e9es, d\u2019une salet\u00e9 et d\u2019une odeur repoussantes, bord\u00e9es de nombreuses boutiques parmi lesquelles dominent les boucheries, r\u00f4tisseries p\u00e2tisseries. Tout cela sent la viande faisand\u00e9e, l\u2019huile, la graisse rance et l\u2019ordure.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il y rencontra le Directeur des Douanes qui y \u00e9tait domicili\u00e9, car il convient de rappeler ici que les douanes chinoises \u00e9taient contr\u00f4l\u00e9es par les nations occidentales, en garantie des emprunts que le gouvernement de P\u00e9kin avait contract\u00e9s aupr\u00e8s d\u2019elles.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les visites officielles du colonel et du consul s\u2019effectuaient dans des chaises \u00e0 porteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de ces visites, le colonel eut l\u2019occasion de visiter la jonque de Canton, et nous \u00e9voquons cette visite pour illustrer la vie qui \u00e9tait celle de la Chine de la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Nous visitons une grande et belle jonque chinoise, d\u2019une trentaine de m\u00e8tres de long, qui fait le service de Canton. Le bateau est bien am\u00e9nag\u00e9, avec salon, cabines relativement propres. Le commandant du bateau, un Chinois de pure race, nous re\u00e7oit tr\u00e8s courtoisement, nous offre la tasse de th\u00e9 traditionnelle et nous donne des renseignements utiles sur les voyages qu\u2019il accomplit. Il met en moyenne, quarante &#8211; cinq jours pour monter de Canton \u00e0 Long-Tch\u00e9ou et vingt &#8211; cinq jours pour en descendre. La navigation est p\u00e9nible, le cours du fleuve \u00e9tant accident\u00e9 et coup\u00e9 de nombreux rapides.&nbsp;\u00bb (G\/p,40)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le colonel se rendit ensuite au Yamen, la r\u00e9sidence officielle du Tao-Ta\u00ef&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;beau vieillard de haute taille, ayant r\u00e9ellement grand air avec sa barbe blanche et sa robe constell\u00e9e de broderies\u2026 Il nous salue \u00e0 la chinoise et nous conduit imm\u00e9diatement \u00e0 une table o\u00f9 est servie une copieuse collation&nbsp;; mais les vins, Champagne, Bordeaux sont ex\u00e9crables et d\u00e9notent la mauvaise qualit\u00e9 des marchandises que l\u2019Europe envoie vers ces r\u00e9gions lointaines.&nbsp;\u00bb (G\/p,43),<\/em>&nbsp;puis s\u2019encha\u00eene la visite au maire de Long-Tch\u00e9ou&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Le Maire de Long-Tch\u00e9ou vient au-devant de nous, empress\u00e9 et souriant. C\u2019est un homme de taille moyenne, encore jeune, sans barbe, au visage franc et ouvert, intelligent et sympathique. Il nous fait la meilleure impression. On reconnait en lui un Chinois de la nouvelle \u00e9cole, ami du progr\u00e8s et de la civilisation europ\u00e9enne. Il faut se remettre \u00e0 table et \u00ab&nbsp;collationner&nbsp;\u00bb \u00e0 nouveau. Les mets servis, g\u00e2teaux, p\u00e2tes de fruit, confitures, bonbons \u00e0 la menthe, sont d\u2019ailleurs excellents.&nbsp;\u00bb (G\/p,45)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le colonel d\u00e9crivait alors le syst\u00e8me de pouvoir chinois&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il faut bien se reporter d\u2019ailleurs ici aux mobiles qui dominent les actions de l\u2019administration du C\u00e9leste Empire. Tout le syst\u00e8me de cette administration repose sur la suspicion. Dans cette partie du Quang-Si, il y avait trois autorit\u00e9s&nbsp;: le mar\u00e9chal Sou, le Tao-Ta\u00ef et le Maire, tous les trois ind\u00e9pendants l\u2019un de l\u2019autre et charg\u00e9s de se surveiller r\u00e9ciproquement. Sou, tant par la dignit\u00e9 et le rang qu\u2019il occupait \u00e0 la Cour de P\u00e9kin que par l\u2019importance du commandement militaire sur les fronti\u00e8res du Quang-Si, semblait bien avoir le pas sur les deux autres&nbsp;; mais, outre que les mandarins civils affectaient de m\u00e9priser leurs coll\u00e8gues militaires, il n\u2019ignorait pas que toutes ses paroles et tous ses actes \u00e9taient espionn\u00e9s et rapport\u00e9s aux agents du Tsong-Ly-Yamen (Cour de P\u00e9kin). \u00ab&nbsp;(G\/p,45)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le colonel continuait \u00e0 n\u00e9gocier avec le Tao-Ta\u00ef, \u00e0 son Yamen, le dossier de l\u2019abornement des fronti\u00e8res, n\u00e9gociation qui fut conclue, une fois de plus, par une collation.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Apr\u00e8s cette longue s\u00e9ance, nous prenons part au copieux d\u00eener auquel nous sommes invit\u00e9s, en m\u00eame temps que nous, tous les officiers fran\u00e7ais et chinois qui ont collabor\u00e9 aux travaux de la Commission d\u2019abornement. Suivant l\u2019usage, de ces sortes d\u2019agapes chinoises, il y a un tr\u00e8s grand nombre de plats. J\u2019en ai compt\u00e9 trente au moins, parmi lesquels le potage traditionnel aux nids d\u2019hirondelles, le rago\u00fbt aux ailerons de requins, de nombreuses esp\u00e8ces de porc r\u00f4ti ou grill\u00e9, etc\u2026 Tous ces plats \u00e9taient bien pr\u00e9par\u00e9s et se mangeaient avec plaisir. Mais, h\u00e9las, avec les Chinois, il faut boire. Sans cesse, il me fallait r\u00e9pondre aux toasts que le Tao-Ta\u00ef, le Maire, le mar\u00e9chal Sou, qui assistaient aussi \u00e0 la r\u00e9union et les nombreux mandarins, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous, me portaient. Le champagne qui nous \u00e9tait offert \u00e9tait atrocement mauvais. De plus, d\u00e8s que nos verres \u00e9taient vides, les boys allaient prendre dans une armoire plac\u00e9e dans un coin de la salle, des bouteilles nouvelles qu\u2019ils choisissaient au hasard, de sorte que nos coupes \u00e9taient remplies successivement de bordeaux, de mad\u00e8re, de kirsch, de cognac, de pipermint, de cura\u00e7ao, d\u2019anisette, etc\u2026 Et moi qui, depuis de longues ann\u00e9es, suis un abstinent, ne buvant que de l\u2019eau&nbsp;! Mon estomac fut soumis \u00e0 une rude \u00e9preuve bien que, pour r\u00e9pondre \u00e0 tous ces toasts port\u00e9s, j\u2019eusse d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 mes officiers, les lieutenants D\u00e9tri\u00e9 et Dumat, de la L\u00e9gion et le lieutenant Querette de l\u2019infanterie de marine, qui, pendant ce festin, pouss\u00e8rent tr\u00e8s loin leur d\u00e9vouement \u00e0 leur chef. Quant aux convives chinois, ils semblaient absorber tous ces affreux m\u00e9langes avec un plaisir \u00e9vident. On devine dans quel \u00e9tat ils se trouvaient quand nous quitt\u00e2mes la salle de banquet vers huit heures du soir.&nbsp;\u00bb (G&nbsp;\/p,50)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais il fallut que le colonel Gallieni fasse un deuxi\u00e8me voyage en Chine, en juin 1894, pour signer la convention d\u2019abornement de la fronti\u00e8re. Ce voyage sera \u00e9voqu\u00e9 dans le prochain chapitre.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Jean Pierre Renaud<\/p>\n\n\n\n<p>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent sur le blog du 3 juin 2012&nbsp;: Than-Ta\u00ef, l\u2019Empereur d\u2019Annam<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gallieni et Lyautey, ces inconnus. Eclats de vie coloniale Morceaux choisis Tonkin 5 1894, Gallieni en Chine : son premier voyage en Chine chez le mar\u00e9chal Sou, le commandant militaire de la province du Quang-Si &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En 1892, lorsque le colonel Gallieni fut affect\u00e9 au Tonkin, apr\u00e8s avoir servi pendant de longues ann\u00e9es, en Afrique de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2012\/06\/22\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-tonkin-1894-gallieni-en-chine-chez-le-marechal-sou\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Gallieni et Lyautey, ces inconnus. 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