{"id":2176,"date":"2012-06-03T03:40:21","date_gmt":"2012-06-03T01:40:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2176"},"modified":"2021-07-07T03:55:31","modified_gmt":"2021-07-07T01:55:31","slug":"gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-1895-1896-indochine-lempereur-dannam-than-tai","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2012\/06\/03\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-1895-1896-indochine-lempereur-dannam-than-tai\/","title":{"rendered":"Gallieni et Lyautey ces inconnus! 1895-1896: Indochine, l&rsquo;Empereur d&rsquo;Annam Than Ta\u00ef"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Gallieni et Lyautey ces inconnus&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eclats de vie coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Morceaux choisis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Empire d\u2019Annam<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>4<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Indochine 1895-1896&nbsp;: protectorat ou administration directe&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>L\u2019empereur d\u2019Annam Than-Ta\u00ef,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>vu par Lyautey&nbsp;: \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tout d\u2019abord, un bref rappel&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le blog a d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 ce sujet \u00e0 deux reprises&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Le 30 novembre 2010, avec la lecture critique du livre \u00ab&nbsp;La vie militaire aux colonies&nbsp;\u00bb de M.Deroo. Nous avions not\u00e9 qu\u2019une tr\u00e8s belle photographie de l\u2019empereur en question ouvrait le chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;la grande vie&nbsp;\u00bb, et qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un empereur compl\u00e8tement fou, qui avait \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 en 1907, parce qu\u2019il torturait et assassinait ses concubines, une ouverture de chapitre tout \u00e0 fait curieuse, et en tout cas inappropri\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Le 2 f\u00e9vrier 2011, nous \u00e9tions revenus sur le m\u00eame personnage historique, en commentant les pages de \u00ab&nbsp;Le Petit Journal Militaire, Maritime et Colonial&nbsp;\u00bb de l\u2019ann\u00e9e 1904.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans l\u2019une de ses pages, le journal \u00e9voquait la \u00ab&nbsp;folie&nbsp;\u00bb de l\u2019empereur d\u2019Annam et rapportait \u00ab&nbsp; les journaux d\u2019Indochine sont en effet remplis de d\u00e9tails sur les actes de cruaut\u00e9 etc\u2026&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La question que la destin\u00e9e historique de l\u2019empereur Than-Ta\u00ef posait \u00e9tait celle de savoir si sa d\u00e9position avait \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9e par son \u00ab&nbsp;indocilit\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale ou par son \u00e9tat mental.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Gr\u00e2ce au t\u00e9moignage, qui suit, du commandant Lyautey, le lecteur aura la possibilit\u00e9 de se faire une opinion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le texte qui suit,&nbsp;&nbsp;illustre parfaitement la probl\u00e9matique de l\u2019exercice du pouvoir dans la colonie de l\u2019Indochine&nbsp;: qui commandait r\u00e9ellement&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Empereur d\u2019Annam et son administration mandarinale ou le Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral avec ses administrateurs ou ses officiers&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Dans quelle configuration d\u2019organisation des pouvoirs&nbsp;? Dans celle d\u2019un protectorat au sein duquel la puissance coloniale se r\u00e9servait les relations ext\u00e9rieures et un certain nombre de pouvoirs r\u00e9galiens, ou dans celle d\u2019une administration coloniale directe \u00e0 laquelle l\u2019ancienne administration annamite ob\u00e9issait&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;A l\u2019\u00e9poque de Gallieni et de Lyautey, la France avait conserv\u00e9 les apparences d\u2019un protectorat, en pla\u00e7ant des r\u00e9sidents aupr\u00e8s des diff\u00e9rents \u00e9chelons de pouvoir annamite, r\u00e9gion ou pr\u00e9fectures, mais cette r\u00e9partition des pouvoirs \u00e9tait de plus en plus largement une fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Nous verrons, une fois de plus, \u00e0 la lecture des extraits de lettres de Lyautey qu\u2019il \u00e9tait un chaud partisan de la solution du protectorat, du maintien en place des pouvoirs traditionnels, pour tout un ensemble de raisons qu\u2019il y exposait.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Son opinion \u00e9tait d\u2019autant plus int\u00e9ressante que le personnage d\u2019un Than-Ta\u00ef, mis en place par le pouvoir colonial pour \u00eatre docile, soulevait beaucoup de questions, que Lyautey n\u2019esquivait pas dans ses lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Peu de temps avant le limogeage par le gouvernement&nbsp;&nbsp;du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de Lanessan,&nbsp;&nbsp;Lyautey l\u2019accompagnait&nbsp;&nbsp;au cours de son d\u00e9placement \u00e0 Hano\u00ef, capitale du Tonkin. Sur ce trajet, le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral allait faire escale \u00e0 Tourane, pour aller saluer l\u2019Empereur d\u2019Annam, \u00e0 Hu\u00e9, le si\u00e8ge de son Empire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>A bord de&nbsp;<em>la Tamise<\/em>, en rade de Tourane, 16 novembre 1895,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le bateau vient de stopper. Le canon a tir\u00e9, r\u00e9pondant au salut. Les embarcations se pressent autour de nous\u2026L\u2019une d\u2019elles a accost\u00e9, et Huong-Triep, le troisi\u00e8me R\u00e9gent de l\u2019Empire d\u2019Annam, est \u00e0 bord&nbsp;; il est en robe rouge brod\u00e9e de cercles d\u2019or, la plaque de grand-officier et les insignes indig\u00e8nes de son rang, breloques d\u2019or et de soie\u2026. Le R\u00e9gent tend au Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral sa petite main de momie o\u00f9, sous le gant blanc, pointent les ongles du lettr\u00e9&nbsp;; puis, se retournant, il prend des mains d\u2019un mandarin un grand cylindre de soie rouge qu\u2019il d\u00e9paquette lentement. C\u2019est une lettre de l\u2019empereur d\u2019Annam. Le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral parait satisfait. Congratulations\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Lyautey s\u2019\u00e9clipsa pour visiter Tourane et laissa les autorit\u00e9s sup\u00e9rieures \u00e9changer leurs visites de courtoisie. A son retour, M.de Lanessan lui reprocha \u00ab&nbsp;<em>de ne lui avoir pas laiss\u00e9 le moyen de me faire causer avec Huong-Triep, le troisi\u00e8me r\u00e9gent, le vrai souverain de l\u2019Annam, l\u2019intime participant de sa fameuse et discut\u00e9e politique.&nbsp;\u00bb (LTM\/ p,71)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;En 1896, Lyautey compl\u00e9tait son \u00e9vocation du personnage&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Dans une autre correspondance dat\u00e9e d\u2019ao\u00fbt 1896, escortant le nouveau Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral, M.Rousseau, Lyautey racontait sa visite \u00e0 Hu\u00e9, si\u00e8ge de&nbsp;<strong>la Cour d\u2019Annam \u00e0 Hu\u00e9, et les festivit\u00e9s brillantes et toujours aussi color\u00e9es, qui s\u2019y d\u00e9roul\u00e8rent, et voici maintenant dans un des palais, le jeune Empereur en personne&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Une seconde salle du tr\u00f4ne, le tr\u00f4ne vide toujours et drap\u00e9 de la couleur royale&nbsp;; le cort\u00e8ge, toujours grossi, s\u2019y enfonce dans des profondeurs sombres o\u00f9 luisent dans l\u2019obscurit\u00e9 maintenue les nacres incrust\u00e9es, l\u2019or de caract\u00e8res, les reflets bleus des porcelaines. Puis un long corridor, un clo\u00eetre plut\u00f4t, o\u00f9, dans de beaux vieux cadres en bois sculpt\u00e9s, s\u2019alignent aux murs les plans symboliques et fantaisistes des villes de l\u2019Annam, et enfin, \u00e9clairant l\u2019ombre, venant du fond, une note lumineuse et \u00e9clatante&nbsp;: un joli, mince et \u00e9l\u00e9gant \u00e9ph\u00e8be, dans une gaine de soie jaune or sur laquelle flamboient le grand cordon de la L\u00e9gion d\u2019Honneur et la grande sap\u00e8que des dix mille soutiens&nbsp;; au cou une rivi\u00e8re de diamants, sur la t\u00eate un haut turban de la soie royale de la robe. C\u2019est Than-Ta\u00ef, le roi de l\u2019Annam.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Il s\u2019avance \u00e0 la rencontre du Gouverneur, seul entre deux h\u00e9rauts en velours grenat, portant les sabres, courb\u00e9s en deux. Il prend le Gouverneur par la main, gracieux et hautain, et avec ce singulier dandinement f\u00e9minin et presque provocant que lui imposent les rites, il l\u2019emm\u00e8ne dans la troisi\u00e8me salle d\u2019apparat, gravit une premi\u00e8re estrade, une seconde estrade, s\u2019assied sur son tr\u00f4ne d\u2019or, sous le baldaquin d\u2019une vielle broderie chinoise \u00e0 grands caract\u00e8res d\u2019or et, au haut bout d\u2019une longue table o\u00f9 le champagne est vers\u00e9 parmi les fleurs. Le Gouverneur est \u00e0 sa droite, le R\u00e9sident sup\u00e9rieur \u00e0 sa gauche, puis tous les Europ\u00e9ens dans l\u2019ordre des pr\u00e9s\u00e9ances, puis les R\u00e9gents et Hguyen-Tanh, et c\u2019est tout. Les suites ont disparu&nbsp;; seuls restent, derri\u00e8re le Roi, les eunuques portant le crachoir d\u2019or, le service \u00e0 th\u00e9 toujours pr\u00e9par\u00e9, envelopp\u00e9 de soie rouge, les porte-sabres et, derri\u00e8re chacun de nous, les porteurs d\u2019\u00e9ventails de plumes&nbsp;; rythmant tous ensemble leur coup de vent net et sec.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Il est grave comme une idole, le petit roi<\/em><\/strong><em>, sa robe \u00e9clatante et le feu de ses diamants se d\u00e9tachent sur une grande tapisserie des Gobelins, douce, discr\u00e8te, aux tons fondus&nbsp;; et sous le masque de l\u2019enfant pensif, presque de jeune fille,&nbsp;<strong>on a peine \u00e0 imaginer le petit tigre que racontent les rapports du palais, le petit N\u00e9ron<\/strong>&nbsp;qui, l\u2019an pass\u00e9, \u00e0 seize ans, faisait ouvrir une femme en deux apr\u00e8s l\u2019avoir poss\u00e9d\u00e9e, enduisait une autre de p\u00e9trole et la faisait flamber la t\u00eate en bas, faisait sur une troisi\u00e8me d\u00e9couper des lani\u00e8res des \u00e9paules aux cuisses, et qui, aux remontrances des quatre v\u00e9n\u00e9rables r\u00e9gents ici pr\u00e9sents, r\u00e9pondait par une vol\u00e9e de coups de pied.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019audience passe rapide dans l\u2019\u00e9change des paroles d\u2019apparat\u2026Le Gouverneur se l\u00e8ve, le Roi le prend par la main et le quitte au seuil du clo\u00eetre&nbsp;: \u00e0 chacun de nous la main tendue avec une toute petite inclinaison de t\u00eate tr\u00e8s protectrice, exactement celle \u00e0 Paris d\u2019une maitresse de maison tr\u00e8s hautaine, tr\u00e8s snob. J\u2019\u00e9voque des noms\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est cinq heures du soir, le lieutenant Lagarde et moi attendons en grande tenue sur la derni\u00e8re marche du large escalier qui descend de la R\u00e9sidence au fleuve&nbsp;; le parvis d\u2019un palais de Venise. Le sampan royal de la berge oppos\u00e9e a d\u00e9marr\u00e9. Thanh-Ta\u00ef vient rendre sa visite au Gouverneur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019heure flamboie. Le fleuve, les ar\u00e9quiers de la rive, les fonds de verdure, l\u2019\u00e9cran des montagnes, si vaporeux ce matin, baignent dans l\u2019or\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;(LT\/p,62)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais le sampan a accost\u00e9, Than-Ta\u00ef d\u00e9barque. Il a ce soir une robe verte, mais toujours le royal turban jaune, le grand cordon, le grand collier de diamants qui flamboie au couchant du soleil\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Gouverneur l\u2019attend sur le perron, et cette fois, dans le salon de la R\u00e9sidence, le Gouverneur, le R\u00e9sident, les R\u00e9gents s\u2019assoient seuls avec lui. Lui au bout de la table o\u00f9 est pr\u00e9par\u00e9 le champagne, qui passe ici \u00e0 l\u2019\u00e9tat de vin sacr\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb (LT\/p,64)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>26 ao\u00fbt 1896<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Remise de la barrette aux cardinaux, &#8211; je ne vois pas d\u2019autre comparaison, &#8211; Le Roi, suivant la tradition suivie \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux, conf\u00e8re \u00e0 M.Rousseau le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;degr\u00e9 de noblesse au titre de Pho-Nam-Vuong ou Prince de Pho-Nam, et \u00e0 M.B., R\u00e9sident sup\u00e9rieur, le 3<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;degr\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Lyautey d\u00e9crivait avec beaucoup d\u2019humour et de piquant cette c\u00e9r\u00e9monie, et reproduisait in extenso le discours de Than-Ta\u00ef lors de la remise de sa barrette \u00e0 M.Rousseau&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le 6<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;&nbsp;jour, 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;mois, de la 8<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;&nbsp;ann\u00e9e du r\u00e8gne de Than-Ta\u00ef (1896)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par ob\u00e9issance aux volont\u00e9s du Ciel, l\u2019empereur d\u2019Annam ordonne&nbsp;:&nbsp;etc\u2026\u00bb (LT\/p, 66)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et Lyautey de poursuivre la description des f\u00eates fastueuses qui accompagn\u00e8rent la visite de M. Rousseau \u00e0 Hu\u00e9, processions, festins, embrasement des eaux, car le palais comprenait toute une succession de bassins,&nbsp;&nbsp;une lecture \u00e0 recommander.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans sa lettre \u00ab&nbsp;Tourane, lundi 31 ao\u00fbt 1896<\/strong>, Lyautey rendait compte de leur excursion au Col des Nuages. Le Roi monte \u00e0 bord de la chaloupe \u00e0 vapeur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Est-il rassur\u00e9&nbsp;? Toujours nous avoue-t-il na\u00efvement, quand sonne le d\u00eener que sa m\u00e8re lui a express\u00e9ment d\u00e9fendu de manger d\u2019autre cuisine que la sienne&nbsp;; et il fait riz \u00e0 part, tirant sa popote de grandes boites laqu\u00e9es. Dame&nbsp;! La dynastie est pay\u00e9e pour se m\u00e9fier. Et encore il est tr\u00e8s royal dans sa visite du bateau, pendant le \u00ab&nbsp;cercle&nbsp;\u00bb du soir, o\u00f9 assis \u00e0 l\u2019avant il r\u00e9pond n\u00e9gligemment aux amabilit\u00e9s du Gouverneur et des siens. Et puis, la nuit tomb\u00e9e, le \u00ab&nbsp;gosse&nbsp;\u00bb reprend le dessus, il n\u2019a pas ou \u00e0 peu pr\u00e8s pas de surveillants&nbsp;: zut pour la Cour&nbsp;! zut pour les rites&nbsp;! zut pour Trong-Hiep le censeur&nbsp;! et le voil\u00e0 qui \u00e0 partir de minuit court le bateau avec le petit fr\u00e8re, ayant avec ses croix et ses robes broch\u00e9es d\u00e9pouill\u00e9 tout d\u00e9corum, faisant des farces aux officiers du bord, r\u00e9veillant l\u2019un en lui chatouillant le nez et se tordant, invitant l\u2019autre \u00e0 boire, grimpant aux bastingages, fouillant dans nos affaires&nbsp;; mon sac de voyage l\u2019\u00e9pate.&nbsp;\u00bb (LT\/p,77)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019excursion au Col des Nuages se d\u00e9roula parfaitement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et avant le d\u00e9part de M.Rousseau, le Roi vint visiter le&nbsp;<em>Ha\u00efphong,<\/em>&nbsp;le plus grand bateau qu\u2019il ait vu jusqu\u2019ici,<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et sur ce bateau, Lyautey rapportait la conversation int\u00e9ressante qu\u2019il avait eue avec&nbsp;&nbsp;l\u2019ing\u00e9nieur en chef, Directeur des Travaux Publics, qui ne partageait absolument pas la philosophie du pouvoir du commandant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;A bord du&nbsp;<em>Ha\u00efphong,<\/em>&nbsp;en route de Tourane \u00e0 Sa\u00efgon, 1<sup>er<\/sup>&nbsp;septembre soir,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u2026<\/em><\/strong>&nbsp;<em>C\u2019est depuis huit jours ma constante, tr\u00e8s cordiale et plaisante querelle avec l\u2019ami R\u2026, ing\u00e9nieur en chef des Ponts, directeur des Travaux publics\u2026 au Parlement, nous serions vraisemblablement sur les m\u00eames bancs, poursuivant le m\u00eame but\u2026 R\u2026 \u00e9cume de se courber, de se d\u00e9couvrir, de rester debout, de voir M.Rousseau, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des Ponts, po-ly-tech-ni-cien, etc, etc, c\u00e9der le pas \u00e0 ce m\u00f4me vicieux, et ronchonne les mots \u00ab&nbsp;mascarade, humiliation&nbsp;\u00bb&nbsp;; moi, je rigole&nbsp;; j\u2019\u00e9mets l\u2019id\u00e9e, qui le fait bondir, que je ne sais pas pourquoi nous ne lui baisons pas la main.- eh&nbsp;! qu\u2019est-ce que \u00e7a me fait ses vices, la gale de son petit fr\u00e8re, ses n\u00e9roneries de palais&nbsp;; c\u2019est le petit-fils des Gia-Long et des Ming-Mang, le dernier des Nguyen, c\u2019est la grande force sociale de cet empire de 20 millions d\u2019hommes, au passage duquel les populations se couchent dans la poussi\u00e8re, dont un signe du petit doigt est un ordre absolu&nbsp;; et grand Dieu&nbsp;! servons-nous en et n\u2019\u00e9nervons pas cette force, puisque nous tenons les ficelles, et persuadons-nous que ce n\u2019est ni l\u2019Administration directe, ni toute la comp\u00e9tence technique des B\u2026 et des N\u2026 qui la remplaceront, et ne f\u00fbt-ce que par conviction, honorons-le par politique. Toute la philosophie du Protectorat est l\u00e0-dedans&nbsp;; et c\u2019est pourquoi\u2026 il ne fallait pas annexer Madagascar.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et maintenant que la f\u00e9\u00e9rie est finie, Than-Ta\u00ef parti, et le courrier en marche, examinons notre conscience.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il n\u2019y a pas de mot assez fort pour fl\u00e9trir la conduite de la France vis-\u00e0-vis de ce petit Roi. Nous avons beau jeu de nous indigner de ses vices, de ses cruaut\u00e9s, de son insouciance. On connait son histoire. En 1889, \u00e0 la mort de Dong-Khan notre cr\u00e9ature, ne voulant naturellement pas remettre sur le tr\u00f4ne Ham-Nghi, chef du parti national, le d\u00e9port\u00e9 d\u2019Alger, nous all\u00e2mes chercher un fils de Duc-Dui, fils adoptif et h\u00e9ritier de Tu-Duc qui avait r\u00e9gn\u00e9 quelques heures \u00e0 la mort de ce prince, en 1883. Ce fils c\u2019\u00e9tait Than-Ta\u00ef qui avait 11 ans. Elev\u00e9 en prison avec sa m\u00e8re, dans les besognes serviles, loin des partis et des \u00e9chos de la cour, il \u00e9tait \u00e0 notre merci, mall\u00e9able \u00e0 volont\u00e9\u2026Qu\u2019avons-nous fait&nbsp;? Pendant deux ans, nous avons plac\u00e9 aupr\u00e8s de lui, au Palais, un commis subalterne, sous pr\u00e9texte de lui apprendre le fran\u00e7ais. Et puis, c\u2019est tout. On lui a donn\u00e9 des joujoux\u2026 Et on l\u2019a laiss\u00e9 pousser comme il a voulu, oisif et tout puissant, dans le myst\u00e8re de cde monde d\u2019eunuques, de harem, de bas serviteurs\u2026 Et la s\u00e8ve est venue, et le petit homme est tr\u00e8s vivant, et les flatteurs et les pourvoyeurs \u00e9taient l\u00e0 tout pr\u00eats&nbsp;; et \u00e7a s\u2019est d\u00e9chain\u00e9 en d\u00e9bauches et cruaut\u00e9s, avec les raffinements et l\u2019ampleur que comporte l\u2019exercice absolu de la tyrannie domestique. Mais enfin, enfin, \u00e0 qui la faute&nbsp;? Et alors, ce furent des punitions de coll\u00e8ge, le R\u00e9sident sup\u00e9rieur venant faire des sc\u00e8nes de pion, le mettant aux arr\u00eats pendant 30 jours dans une pagode avec trois femmes seulement, des remontrances solennelles du conseil des R\u00e9gents, ravis au fond et faisant courir le bruit que le Roi \u00e9tait fou pour se m\u00e9nager le moyen de le d\u00e9poser et de nous proposer une cr\u00e9ature de leur choix\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin, Lyautey mettait en cause le comportement et la qualit\u00e9 de nos R\u00e9sidents sup\u00e9rieurs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Et ce n\u2019est pas un des moindres vices de notre panier \u00e0 salade social que cette disparition des gentlemen dans les hauts postes\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong>&nbsp;<em>(LT\/p,83)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sans commentaire&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les caract\u00e8res gras sont de ma responsabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Indochine&nbsp;: \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents sur ce blog les 5 avril, 20 avril, 4 mai et 21 mai<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gallieni et Lyautey ces inconnus&nbsp;! Eclats de vie coloniale Morceaux choisis Empire d\u2019Annam 4 Indochine 1895-1896&nbsp;: protectorat ou administration directe&nbsp;? L\u2019empereur d\u2019Annam Than-Ta\u00ef, vu par Lyautey&nbsp;: \u00ab&nbsp;fou&nbsp;\u00bb&nbsp;? Tout d\u2019abord, un bref rappel&nbsp;: Le blog a d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 ce sujet \u00e0 deux reprises&nbsp;: &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le 30 novembre 2010, avec la lecture critique du livre \u00ab&nbsp;La vie militaire &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2012\/06\/03\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-1895-1896-indochine-lempereur-dannam-than-tai\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Gallieni et Lyautey ces inconnus! 1895-1896: Indochine, l&rsquo;Empereur d&rsquo;Annam Than Ta\u00ef&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[2272,2097,1998,99,2068,2274],"class_list":["post-2176","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-annam-than-tai","tag-eric-deroo","tag-gallieni","tag-indochine","tag-le-petit-journal","tag-lyautey"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2176","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2176"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2176\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2177,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2176\/revisions\/2177"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2176"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2176"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2176"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}