{"id":2195,"date":"2013-02-01T13:37:46","date_gmt":"2013-02-01T12:37:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2195"},"modified":"2021-07-07T13:41:08","modified_gmt":"2021-07-07T11:41:08","slug":"gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-madagascar-1897-la-reddition-de-rabezavana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2013\/02\/01\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-madagascar-1897-la-reddition-de-rabezavana\/","title":{"rendered":"Gallieni et Lyautey, ces inconnus! Madagascar 1897 La reddition de Rabezavana"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Gallieni et Lyautey, ces inconnus&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eclats de vie coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Morceaux choisis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Madagascar<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>12<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1897, Madagascar, avec Lyautey, commandant du territoire du Nord-Est, lac Alaotra, for\u00eat et vall\u00e9e de la Mahajamba<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Le reddition du chef rebelle Rabezavana<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Si le lecteur a pris la peine de lire les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, il aura pu prendre la mesure des h\u00e9sitations qui \u00e9taient celles de Lyautey entre la mise en valeur de l\u2019Indochine, le \u00ab&nbsp; joyau des colonies&nbsp;\u00bb et l\u2019aventure malgache.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Mais ses relations de confiance et d\u2019amiti\u00e9 \u00e9taient telles qu\u2019il n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0&nbsp;&nbsp;rejoindre le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni \u00e0 Madagascar, afin de le seconder dans son grand commandement.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A peine d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Tamatave, le 7 mars 1897<\/strong>, le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni le pressait d\u00e9j\u00e0 de le rejoindre dans la capitale&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>A mon fr\u00e8re,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2026<em>Log\u00e9, h\u00e9berg\u00e9, nourri chez lui, l\u2019accueil d\u2019un grand fr\u00e8re\u2026 bref s\u2019il me faisait monter \u00ab&nbsp;maoulen&nbsp;\u00bb (vite en annamite), c\u2019est que mon vieux camarade de promotion, le colonel Gonard, commandant le cercle de Babay, ne tenait plus debout, rentrait en France, et que c\u2019\u00e9tait moi qui le rempla\u00e7ait.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp; Le plateau central de Madagascar, seule partie de l\u2019int\u00e9rieur encore effectivement occup\u00e9e, \u00e9tait \u00e0 ce moment divis\u00e9 en deux territoires militaires&nbsp;: le premier, au Nord-Est, colonel Combes, lac Alaotra, la for\u00eat et la vall\u00e9e de la Mahajamba&nbsp;; &#8211; la deuxi\u00e8me, au Sud-Ouest, colonel Borbal-Combret. \u2013 La r\u00e9gion c\u00f4ti\u00e8re jusqu\u2019au plateau est territoire civil. Entre les deux territoires militaires, un cercle ind\u00e9pendant, ne relevant que du g\u00e9n\u00e9ral, celui de Babay, \u00e0 cheval sur le d\u00e9bouch\u00e9 Ouest de Tananarive, par la route de Majunga, allant au Sud jusqu\u2019\u00e0 un jour de marche de Tananarive, limit\u00e9 \u00e0 l\u2019Est \u00e0 la Betsiboka, \u00e0 l\u2019Ouest \u00e0 l\u2019Ikopa, au Nord \u00e0 Andriba, et au-del\u00e0 les terres \u00e0 conqu\u00e9rir. Grosse responsabilit\u00e9 \u00e0 cause de la route \u00e0 refaire et \u00e0 prot\u00e9ger (celle de Tananarive \u00e0 Majunga), ce qui, en tout pays<\/em>&nbsp;<em>d\u2019insurrection, est un des plus sales probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre. Ce terrain \u00e9tait d\u2019ailleurs enti\u00e8rement pacifi\u00e9, sauf un coin aux sources de la Betsiboka encore occup\u00e9 par les chefs Rabezavana et Rabozaka contre lesquels op\u00e9rait mon voisin de droite, le colonel Combes, l\u2019homme du Soudan\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Le colonel Combes<\/strong>, malade, demande \u00e0 rentrer, et le G\u00e9n\u00e9ral veut me donner le premier territoire plus mon cercle, c\u2019est-\u00e0-dire le tiers du Madagascar militaire occup\u00e9. Il me passe un petit frisson dans le dos \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de succ\u00e9der d\u2019embl\u00e9e dans ce vaste commandement, moi, ch\u00e9tif, tombant du Tonkin avec mes quatre galons, \u00e0 ce l\u00e9gendaire colonel Combes, la terreur du Soudan, commandeur de la l\u00e9gion d\u2019honneur, un des chefs les plus autoritaires et les plus \u00e9prouv\u00e9s de l\u2019Infanterie de Marine. Je ne me voyais pas, si r\u00e9cent colonial, m\u2019imposant \u00e0 ces troupes et surtout \u00e0 leurs chefs de m\u00eame grade que moi. Je me d\u00e9fends en invoquant ces motifs&nbsp;: le G\u00e9n\u00e9ral finit par reconna\u00eetre qu\u2019il y a int\u00e9r\u00eat \u00e0 me graduer la t\u00e2che, et, coupant le territoire en deux, ajoute simplement \u00e0 mon cercle la rive droite de la Betsiboka, jusqu\u2019\u00e0 la Mahajamnba, en me donnant autorit\u00e9 sur le cercle voisin, Ambatondrazaka, commandant B\u2026, pour assurer l\u2019unit\u00e9 d\u2019action\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Puis je pars seul, sans un officier, n\u2019en n\u2019ayant pas un disponible, avec seulement quelques hommes d\u2019escorte pour me mettre \u00e0 la recherche du colonel Combes et de sa colonne. Je le trouve, apr\u00e8s six jours de marche, le 18 avril, bivouaquant \u00e0 Vohilena, en pleine op\u00e9ration contre Rabezavana.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;J\u2019avoue que je n\u2019arrivais pas tr\u00e8s tranquille. La brusquerie et l\u2019accueil de sanglier du colonel Combes sont l\u00e9gendaires. On le disait de fort m\u00e9chante humeur, aigri, m\u00e9content du G\u00e9n\u00e9ral, dont, imbu d\u2019autres m\u00e9thodes de guerre, il ne partageait pas la doctrine, et demandant \u00e0 partir beaucoup plus par suite de ses divergences de vue que par raison de sant\u00e9. Je m\u2019appr\u00eatais donc \u00e0 \u00eatre fort mal re\u00e7u. Il n\u2019en fut rien. Il \u00e9tait r\u00e9ellement malade, en avait assez et m\u2019attendit avec impatience pour me passer le commandement. Il n\u2019avait qu\u2019un regret que je discernais vite, celui de ne pas achever l\u2019op\u00e9ration commenc\u00e9e contre Rabezavana qu\u2019il comptait atteindre \u00e0 Antsatrana, \u00e0 quatre journ\u00e9es plus loin, position fortifi\u00e9e o\u00f9 il pensait le trouver retranch\u00e9 et le r\u00e9duire par la force.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019insiste vivement pour qu\u2019il continu\u00e2t jusque-l\u00e0, invoquant l\u2019inconv\u00e9nient, r\u00e9el d\u2019ailleurs, de changer&nbsp;&nbsp;le commandement en pleine marche, en lui offrant de lui servir de major de colonne. \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le lendemain, faisant appel \u00e0 tous mes souvenirs d\u2019\u00e9tat-major de brousse du Tonkin, je fis le contr\u00f4le le plus s\u00e9v\u00e8re du convoi et de l\u2019approvisionnement des sacs de riz et gagnai ainsi la confiance du Colonel qui cessa de me regarder comme un<\/em>novice<em>. Nous dev\u00eenmes une paire d\u2019amis et, malgr\u00e9 quelques bourrades s\u00e9rieuses, nous le rest\u00e2mes<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La m\u00e9thode de pacification Combes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;J\u2019eus le m\u00eame jour, un aper\u00e7u de la fa\u00e7on dont il entendait la pacification&nbsp;? Le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni m\u2019avait annonc\u00e9 que je trouverais \u00e0 la colonne deux \u00e9missaires de premier choix, qu\u2019il avait envoy\u00e9s pour servir d\u2019interm\u00e9diaires avec les insurg\u00e9s&nbsp;: un magistrat malgache, personnage consid\u00e9rable, et un jeune interpr\u00e8te. Tous deux \u00e9taient venus dans le costume europ\u00e9en dont ils sont affubl\u00e9s, l\u2019un d\u2019eux m\u00eame en chapeau haut de forme&nbsp;; et comme je m\u2019en enqu\u00e9rais aupr\u00e8s du Colonel pour les interroger&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ces deux civils&nbsp;? me r\u00e9pondit-il, je n\u2019aime pas ces gens- l\u00e0, je ne les ai m\u00eame pas regard\u00e9s, je les ai fourr\u00e9s dans un silo&nbsp;; mais faites-en ce que vous voudrez, \u00e7a vous regarde.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne me le fis pas dire deux fois&nbsp;: je les fis remonter, ahuris et un peu d\u00e9fraichis, du fond de leur puits, et ce me furent, dans la suite, des agents incomparables.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le 21 avril, nous piquions avec 400 fusils et 2 canons sur Antsatrana, qui \u00e9tait en effet, l\u2019ancien si\u00e8ge de Rabezavana, lorsqu\u2019il \u00e9tait gouverneur royal, o\u00f9 il avait son rova (sa citadelle), ses r\u00e9serves, ses ressources\u2026. Le 28 avril, nous arrivons devant Antsatrana&nbsp;; mais nous y entrons sans combat, Rabezavana a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce m\u00e9compte exasp\u00e8re le colonel Combes&nbsp;; du coup, il d\u00e9clare qu\u2019il part le lendemain et me remet le commandement.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La m\u00e9thode Gallieni<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Libre de mon action, j\u2019en reviens sans d\u00e9lai aux m\u00e9thodes que m\u2019avait apprises Gallieni, et avant tout, renon\u00e7ant \u00e0 la colonne lin\u00e9aire poussant droit devant elle, j\u2019en reviens \u00e0 la m\u00e9thode des colonnes convergentes, la seule qu\u2019on m\u2019ait appris \u00e0 regarder comme efficace\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le 2 mai, sur un renseignement, je me rejette au Sud, o\u00f9 Rabezavana m\u2019est signal\u00e9&nbsp;; je ne le pince pas parce qu\u2019il me file sous le nez, mais c\u2019est \u00e0 deux heures pr\u00e8s que je tombe sur le village inconnu de Marotsipoy, bien cach\u00e9 dans une vall\u00e9e lat\u00e9rale, o\u00f9 aucun europ\u00e9en n\u2019avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9. J\u2019y pince cette fois d\u2019\u00e9normes approvisionnements, les silos pleins de riz, combien de poulets&nbsp;! des fusils, des cartouches. J\u2019y prends aussi ses instruments de musique&nbsp;: une trentaine de grosses caisses, de tambours, de violons, et une malle o\u00f9 \u00e9taient ses uniformes officiels de Gouverneur royal, un habit rouge brod\u00e9 et un chapeau de g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 plumes blanches. Mais ce que je trouve avec le plus de joie, c\u2019est un centre de rizi\u00e8res en pleine r\u00e9colte\u2026&nbsp;\u00bb (LTM\/p,533)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les op\u00e9rations continuent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le premier point \u00e0 occuper ensuite, c\u2019est Ambohimanjaka, que je sais \u00eatre un ancien et important centre, n\u0153ud de communications, \u00e0 mi-chemin entre moi et le cercle d\u2019Ambatondrazaka, avec qui il faut me relier. Je veux y aller, mais je n\u2019ai plus de fusils disponibles&nbsp;; \u00e9change de t\u00e9l\u00e9grammes optiques, d\u2019ultimatums avec Tananarive. Enfin, on m\u2019envoie le 14 mai 250 tirailleurs de renfort et, le lendemain 15, je pars avec 400 fusils et 2 canons.- L\u00e0, \u00e7\u2019a \u00e9t\u00e9 une jolie op\u00e9ration\u2026 tout cela me ramenait au centre 250 prisonniers, dont la m\u00e8re de Rabezavana, 50 fusils et 3&nbsp;000 boeufs, sans pertes de notre c\u00f4t\u00e9, avec 11 tu\u00e9s chez eux\u2026. Ce beau coup de filet met de plus en plus la troupe en confiance\u2026\u2026 Pour la premi\u00e8re fois, on sort du vide&nbsp;; on se sent sur un terrain qui commence \u00e0 se solidifier, et le d\u00eener, pour spartiate qu\u2019il soit encore, est joyeux. A la nuit, je vais contr\u00f4ler un de mes postes optiques&nbsp;; je me fais stupidement \u00e9clairer par mon photophore qui nous rep\u00e8re, et la balle d\u2019un guetteur voisin me tape en plein dans la lunette de l\u2019objectif. Le petit t\u00e9l\u00e9graphiste, un gamin de Paris, qui en avait retir\u00e9 son \u0153il une seconde avant, en est tout bleu\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le r\u00e9sultat de la razzia, qui atteignait notre adversaire dans ses ressources vives, ne s\u2019est pas fait attendre. Depuis avant-hier, Rabezavana me fait des offres de soumission.&nbsp;\u00bb (LTM\/p,535<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>Le commandant Lyautey disposait alors de forces relativement importantes,&nbsp;&nbsp;un effectif de 1 700 hommes, soit de l\u2019ordre de deux bataillons, avec 3 canons.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Antsatrana, 24 mai,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je rouvre ma lettre pour la terminer sur une nouvelle sensationnelle&nbsp;: Rabezavana s\u2019est rendu ce matin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le 22, je recevais un mot du capitaine Raymond me disant que, d\u2019apr\u00e8s tous ses renseignements, Rabezavana \u00e9tait sur ses fins, que la capture de ses troupeaux, de ses r\u00e9serves lui avait port\u00e9 le dernier coup, qu\u2019il ne trouvait plus \u00e0 vivre dans un pays d\u00e9sol\u00e9, que ses partisans le l\u00e2chaient par groupes, que le fruit \u00e9tait m\u00fbr, et qu\u2019il ne fallait plus pour le cueillir, qu\u2019une rapide et opportune d\u00e9monstration de forces. Je suis parti \u00e0 marche forc\u00e9e avant-hier, avant le jour, avec la colonne et je suis arriv\u00e9 hier soir. D\u00e8s l\u2019aube, un billet de Raymond m\u2019annon\u00e7ait que le Monsieur se pr\u00e9sentait aux avant-postes et serait ici dans deux heures. Personne au monde ne s\u2019en doutait&nbsp;: j\u2019avais gard\u00e9 pour moi le secret absolu, de crainte que cela ne rat\u00e2t. Comme il n\u2019y avait plus de doute, je me mis \u00e0 dicter un t\u00e9l\u00e9gramme pour le G\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 tenir tout pr\u00eat \u00e0 lancer par l\u2019optique d\u00e8s que la chose serait consomm\u00e9e. Au premier mot, la plume tomba des mains de mon interpr\u00e8te-secr\u00e9taire, le fid\u00e8le Jean-Baptiste Rahajarisafy, \u00e9l\u00e8ve des j\u00e9suites de Tananarive, parlant fran\u00e7ais comme toi et moi, et l\u2019\u00e9crivant, certes, mieux que moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est bien Rabezavana que vous dites, mon Commandant&nbsp;? \u2013 Parfaitement. \u2013 Mais alors, l\u2019insurrection est finie&nbsp;? \u2013 Parfaitement\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de Raymond, Rabezavana arriva \u00e0 cheval, suivi de 500 guerriers, dernier contingent de ses fid\u00e8les, tous arm\u00e9s de fusils \u00e0 tir rapide, et qui nous eussent certes donn\u00e9 bien du fil \u00e0 retordre, s\u2019ils avaient eu encore de quoi manger. Sa troupe d\u00e9fila entre les deux rangs de la colonne. Entr\u00e9 dans la cour du rova, il mit le pied \u00e0 terre, ses hommes jet\u00e8rent leurs fusils en un tas et tous se prostern\u00e8rent, tandis que leur chef, \u00e0 mes pieds, malgr\u00e9 mes instances pour le relever, me r\u00e9citait<\/em>&nbsp;<em>un discours de soumission qu\u2019on me traduisait \u00e0 mesure. Pour terminer, il tira de son doigt une bague, cabochon de corail mont\u00e9 en or, en me disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ceci est mon anneau de commandement&nbsp;; je ne commande plus. Prends-le pour que tous voient que d\u00e9sormais c\u2019est toi qui commandes.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je le passai \u00e0 mon doigt et ce fut le signal d\u2019une grande acclamation. Si Dieu me pr\u00eate vie, vous le verrez un jour en breloque \u00e0 ma chaine de montre, car je ne compte plus m\u2019en s\u00e9parer.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je n\u2019avais garanti \u00e0 Rabezavana que la vie sauve. Il s\u2019attendait pour le moins \u00e0 la d\u00e9portation et, dans sa lassitude, c\u2019est tout ce qu\u2019il osait esp\u00e9rer. Apr\u00e8s avoir t\u00e2t\u00e9 le bonhomme et caus\u00e9 avec les \u00e9missaires, j\u2019ai pris un grand parti&nbsp;: c\u2019est de le laisser libre, de le r\u00e9int\u00e9grer ici m\u00eame dans son ancien commandement et de lui confier la restauration de cette r\u00e9gion, o\u00f9 tous le connaissent et le respectent, et l\u2019\u0153uvre de r\u00e9conciliation qu\u2019il est temps de commencer. Je le lui ai annonc\u00e9. Il se T\u00e2te encore pour voir s\u2019il ne r\u00eave pas. Il vient de d\u00eener avec nous. Nous avons trouv\u00e9 au fond de nos caisses une bouteille de champagne et il y a fait honneur, retrouvant ses habitudes de haut fonctionnaire hova civilis\u00e9, accoutum\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter le \u00ab&nbsp;meilleur monde&nbsp;\u00bb, comme il apparaissait dans sa tenue \u00e0 table.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sa femme, qu\u2019il a tir\u00e9e de ses bagages, est venue nous rejoindre au caf\u00e9 et l\u2019entente est scell\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Demain, je commence avec lui une tourn\u00e9e o\u00f9 j\u2019aurai son anneau au doigt, mais o\u00f9 il me servira d\u2019ad latus et d\u2019interm\u00e9diaire pour ramener \u00e0 leurs foyers ces malheureuses populations et restaurer ce pays d\u00e9vast\u00e9. Et je verrai bien si je me suis tromp\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et, sans aucune exag\u00e9ration, c\u2019est vraiment une bonne journ\u00e9e, pleine de choses et de lendemains. Et vive la m\u00e9thode Gallieni&nbsp;! La voici ayant fait une fois de plus ses preuves&nbsp;; et c\u2019est bien la vraie m\u00e9thode coloniale.&nbsp;\u00bb&nbsp;(LTM\/p,539)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commentaire&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier a trait au comportement hova face \u00e0 l\u2019envahisseur qu\u2019\u00e9taient les troupes coloniales&nbsp;: certains commentateurs ont glos\u00e9 sur la faible r\u00e9sistance de l\u2019arm\u00e9e malgache lors de l\u2019exp\u00e9dition de conqu\u00eate, mais l\u2019histoire a montr\u00e9 que cette r\u00e9sistance, mal command\u00e9e, avait pris d\u2019autres formes, indirectes avec l\u2019insurrection qui se d\u00e9veloppa dans l\u2019\u00eele, une fois la capitale prise.<\/p>\n\n\n\n<p>Car les forces en pr\u00e9sence n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9gligeables&nbsp;: Rabezavana disposait de bandes qui comptaient des centaines de combattants, \u00e9quip\u00e9s d\u2019armes modernes, c\u2019est-\u00e0-dire des fusils \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9pisode montre que l\u2019administration de la reine Ranavalona disposait de fonctionnaires de qualit\u00e9, en tout cas sur les plateaux, tel l\u2019ancien gouverneur Rabezavana.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame r\u00e9cit&nbsp;&nbsp;fait \u00e9tat du syst\u00e8me de communication militaire qui avait \u00e9t\u00e9 mis en place par l\u2019arm\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire un r\u00e9seau de t\u00e9l\u00e9graphie optique, que viendra remplacer ult\u00e9rieurement un r\u00e9seau de t\u00e9l\u00e9graphie \u00e9lectrique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre&nbsp;<strong><em>\u00ab&nbsp;Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (editionsjpr.com) a d\u00e9crit le r\u00f4le que les communications, techniques et politiques, ont jou\u00e9 au cours des conqu\u00eates coloniales des ann\u00e9es 1880-1914 au Soudan, au Tonkin,&nbsp;&nbsp;\u00e0 Madagascar, et \u00e0 Fachoda.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame livre, un chapitre a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 la campagne de Combes sur le Niger, en 1885, et \u00e0&nbsp;<strong>sa m\u00e9thode militaire qui alluma \u00ab&nbsp;un grand incendie&nbsp;\u00bb sur le Niger.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gallieni et Lyautey, ces inconnus&nbsp;! Eclats de vie coloniale Morceaux choisis Madagascar 12 1897, Madagascar, avec Lyautey, commandant du territoire du Nord-Est, lac Alaotra, for\u00eat et vall\u00e9e de la Mahajamba Le reddition du chef rebelle Rabezavana &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Si le lecteur a pris la peine de lire les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents, il aura pu prendre la mesure des &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2013\/02\/01\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-madagascar-1897-la-reddition-de-rabezavana\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Gallieni et Lyautey, ces inconnus! 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