{"id":2201,"date":"2013-01-12T13:59:10","date_gmt":"2013-01-12T12:59:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2201"},"modified":"2021-07-07T14:02:55","modified_gmt":"2021-07-07T12:02:55","slug":"gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-a-tananarive-le-15-octobre-1896-la-main-lourde-de-gallieni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2013\/01\/12\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-a-tananarive-le-15-octobre-1896-la-main-lourde-de-gallieni\/","title":{"rendered":"Gallieni et Lyautey, ces inconnus! A Tananarive, le 15 octobre 1896, la \u00ab\u00a0main lourde\u00a0\u00bb de Gallieni"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Gallieni et Lyautey, ces inconnus&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eclats de vie coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Morceaux choisis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Madagascar<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale sur le blog du 24 novembre 2012<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>11<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Le&nbsp;&nbsp;&nbsp;15 octobre 1896, \u00e0 Tananarive, \u00ab&nbsp;la main lourde&nbsp;\u00bb de Gallieni<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Une cl\u00e9 pour comprendre l\u2019histoire actuelle de Madagascar&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 sur le blog des 15 avril et 21 avril 2011, cet \u00e9pisode de la conqu\u00eate de Madagascar, qui se pr\u00eate naturellement \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations historiques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Pourquoi revenir sur un tel \u00e9pisode&nbsp;? Parce qu\u2019il me parait repr\u00e9senter un excellent exemple de l\u2019amateurisme de la politique coloniale de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, servi dans le cas d\u2019esp\u00e8ce par un acteur de terrain, le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni, un des meilleurs officiers de nos aventures coloniales de l\u2019\u00e9poque.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Revenir aussi sur ce sujet, parce qu\u2019il n\u2019est pas interdit de s\u2019interroger sur les causes profondes des&nbsp;&nbsp;crises politiques et institutionnelles successives que connait ce pays, depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, entre autres peut-\u00eatre celle de la suppression de la monarchie merina, laquelle a suivi rapidement l\u2019\u00e9pisode historique rapport\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Nous \u00e9voquerons bri\u00e8vement&nbsp;&nbsp;ce type de probl\u00e9matique des causes dans la conclusion, en pr\u00e9cisant que je n\u2019ai jamais nourri de fibre monarchique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>C\u2019est \u00e0 partir du livre tout \u00e0 fait curieux et int\u00e9ressant du professeur Gautier, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Les trois h\u00e9ros&nbsp;\u00bb que le sujet a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 trait\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Comme nous l\u2019avions indiqu\u00e9, ce titre mettait sur le m\u00eame plan, le g\u00e9n\u00e9ral Laperrine, le p\u00e8re de Foucauld, et le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, M Rainadriamanpandry que fit fusiller Gallieni. M.Gautier avait servi un temps au cabinet du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral Gallieni o\u00f9 il avait&nbsp;&nbsp;c\u00f4toy\u00e9 et appris \u00e0 conna\u00eetre le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Il est difficile de ne pas interpr\u00e9ter cette mise en parall\u00e8le, sur le m\u00eame plan de l\u2019\u00e9vocation historique,&nbsp;&nbsp;de trois personnages aussi diff\u00e9rents dans leur parcours de vie, dont deux d\u2019entre eux s\u2019\u00e9taient illustr\u00e9s au Sahara, comme la reconnaissance posthume d\u2019un des grands seigneurs de la noblesse malgache qui avait eu le courage de r\u00e9sister \u00e0 la nouvelle puissance coloniale, au prix du sacrifice de sa vie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le professeur Gautier le nommait \u00ab&nbsp;Le prince de la paix&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M.Gautier devint un des sp\u00e9cialistes de la g\u00e9ographie du Sahara.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Rappelons que le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, alors gouverneur \u00e0 Tamatave, s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9 avec succ\u00e8s \u00e0 la premi\u00e8re tentative de d\u00e9barquement sur la c\u00f4te est en 1885.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni eut l\u2019occasion d\u2019expliquer les raisons de cette ex\u00e9cution dans une lettre qu\u2019il adressa \u00e0 M.Grandidier (1)&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Tananarive, 25 octobre 1896,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon cher Monsieur Grandidier,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je vous remercie beaucoup de votre aimable lettre. J\u2019ai besoin, pour faire face \u00e0 ma rude t\u00e2che, de l\u2019encouragement de ceux, qui, comme vous connaissent si bien Madagascar et les difficult\u00e9s de la situation actuelle. Comme je vous le disais pr\u00e9c\u00e9demment,&nbsp;<strong>arrivant dans un pays qui m\u2019\u00e9tait inconnu, au milieu de circonstances des plus critiques<\/strong>, j\u2019ai commenc\u00e9 par \u00eatre effray\u00e9 et par douter r\u00e9ellement que l\u2019on p\u00fbt tout remettre en place. Aujourd\u2019hui, depuis 20 jours que j\u2019ai pris la direction des affaires et que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me rendre compte sur place de la situation, j\u2019ai meilleur espoir et je pense que je parviendrai \u00e0 nous sortir de la mauvaise passe o\u00f9 nous sommes. Mais nous ne pouvons esp\u00e9rer obtenir ce r\u00e9sultat en quelques jours, par suite des grosses fautes commises et de l\u2019anarchie r\u00e9ellement extraordinaire que j\u2019ai trouv\u00e9e partout ici.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026L\u2019Imerina a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e en centres militaires correspondant autant que possible aux districts indig\u00e8nes&nbsp;; \u00e0 la t\u00eate de chacun d\u2019eux se trouve un officier sup\u00e9rieur, ayant tous les pouvoirs civils et militaires, second\u00e9 par les autorit\u00e9s hovas, plac\u00e9es sous ses ordres. Pour contenir l\u2019insurrection, une premi\u00e8re ligne de postes a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie \u00e0 15 kilom\u00e8tres autour de Tananarive\u2026 Cela fait, nos postes se porteront en avant, de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9largir la zone pacifi\u00e9e et \u00e0 ne mettre une jambe en l\u2019air que lorsque l\u2019autre est bien assise. On arrivera ainsi peu \u00e0 peu aux limites de l\u2019Imerina&nbsp;. M\u00eame programme est adopt\u00e9 pour le Betsileo, avec Fianarantsoa comme centre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce syst\u00e8me vaut mieux que celui des colonnes mobiles pouss\u00e9es au loin qui avaient peu d\u2019effet contre un ennemi aussi insaisissable que les Fahavalo. D\u00e8s qu\u2019elles rentraient, ceux-ci revenaient sur leurs talons et massacraient les habitants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En m\u00eame temps, j\u2019ai demand\u00e9 au gouvernement malgache qu\u2019il fallait qu\u2019il change son attitude. J\u2019ai conserv\u00e9 la reine, parce que Ranavalonana a sur les populations un r\u00e9el prestige, que je compte utiliser. Mais j\u2019ai pri\u00e9 le premier ministre de donner sa d\u00e9mission et j\u2019ai traduit devant le conseil de guerre Rainandriampandry, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, et le prince Ratsimamanga, oncle de la reine, contre lesquels il existait des preuves de culpabilit\u00e9 suffisantes&nbsp;: ils ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 mort et fusill\u00e9s le 15 octobre. De plus, j\u2019ai exil\u00e9 \u00e0 Sainte Marie la princesse Ramasindransana, tante de la reine. Les biens de tous ces personnages ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s. Enfin, tous les officiers, cadets de la reine, ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s dans les campagnes environnantes avec mission de rappeler les habitants, sous peine d\u2019\u00eatre rendus responsables, eux et leurs familles, des nouveaux troubles autour de Tananarive\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En dehors de l\u2019Imerina, les instructions aux r\u00e9sidents et officiers sont diff\u00e9rentes. Elles se r\u00e9sument en ceci&nbsp;: d\u00e9truire l\u2019h\u00e9g\u00e9monie hova en constituant avec chaque peuplade un \u00e9tat s\u00e9par\u00e9, administr\u00e9 par un chef nomm\u00e9 par nous et contr\u00f4l\u00e9 par nous\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Telles sont les premi\u00e8res mesures prises et sur lesquelles je n\u2019ai pas le temps de m\u2019\u00e9tendre plus longtemps. Par exemple, je ne me pr\u00e9occupe, ni des textes, ni des r\u00e8glements. Je vais droit au but g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: ramener la paix&nbsp;; franciser l\u2019\u00eele et donner le plus grand appui possible \u00e0 la colonisation fran\u00e7aise. Si je ne suis pas approuv\u00e9, je rentrerai\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<em>(Lettres de Madagascar, page 14 &#8211;&nbsp;&nbsp;Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Editions G\u00e9ographiques, Maritimes et Coloniales \u2013 Paris 1928)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Commentaire&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong>&nbsp;<em>Les caract\u00e8res gras sont de ma main<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>M.Grandidier (1), naturaliste, apr\u00e8s y avoir effectu\u00e9 un long s\u00e9jour, avait publi\u00e9 un ouvrage scientifique de type encyclop\u00e9dique sur la grande \u00eele. Il \u00e9tait alors consid\u00e9r\u00e9 comme la principale autorit\u00e9 scientifique pour tout ce qui touchait Madagascar<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Ce texte a le m\u00e9rite de la clart\u00e9&nbsp;: le gouvernement envoie le proconsul Gallieni \u00e0 Madagascar pour y r\u00e9tablir l\u2019ordre,<\/strong>&nbsp;sans avoir encore une id\u00e9e pr\u00e9cise sur la destin\u00e9e coloniale de ce nouveau territoire, et le g\u00e9n\u00e9ral met en \u0153uvre la m\u00e9thode militaire et civile qu\u2019il estime la plus appropri\u00e9e, sans trop s\u2019embarrasser&nbsp;&nbsp;d\u2019autres consid\u00e9rations, car c\u2019est au fond ce qu\u2019on lui demande de faire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans cette lettre, il avoue qu\u2019il d\u00e9barque dans un pays qui lui \u00e9tait inconnu<\/strong>, et c\u2019est toute la probl\u00e9matique de la politique coloniale fran\u00e7aise qui est ainsi mise en question, car le gouvernement fran\u00e7ais a pris lui aussi une d\u00e9cision d\u2019exp\u00e9dition sans mieux connaitre ce nouveau pays, et sans avoir encore d\u2019id\u00e9e pr\u00e9cise sur le statut de cette nouvelle conqu\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ministre Hanotaux est \u00e0 la man\u0153uvre, sans avoir en d\u00e9finitive une position claire sur les destin\u00e9es de Madagascar, nouvelle colonie ou nouveau protectorat&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il fit voter par la Chambre des D\u00e9put\u00e9s&nbsp;&nbsp;l\u2019annexion de Madagascar qui devint donc une colonie, laquelle eut, jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9position de la reine Ravalonana, la particularit\u00e9 de faire partie de la R\u00e9publique, tout en \u00e9tant encore une monarchie<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Concr\u00e8tement, et sur le terrain, compte tenu des grandes difficult\u00e9s de communication entre l\u2019\u00eele et la m\u00e9tropole, le proconsul r\u00e9publicain usa pleinement de ces derni\u00e8res pour d\u00e9poser la reine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9changes de courrier entre Paris et Tananarive mettaient alors plusieurs semaines, et \u00ab&nbsp;<em>Le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni n\u2019eut d\u2019acc\u00e8s direct au c\u00e2ble de Majunga que le 29 juillet 1897, date \u00e0 laquelle une ligne t\u00e9l\u00e9graphique relia ce port \u00e0 Tananarive.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le livre \u00ab&nbsp;<strong><em>Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (editionsjpr.com), j\u2019ai longuement analys\u00e9 cette probl\u00e9matique des communications coloniales, afin de d\u00e9terminer&nbsp;<strong>o\u00f9 se situaient les fameux \u00ab&nbsp;faits accomplis&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;au cours des conqu\u00eates coloniales du Soudan, du Tonkin, et de Madagascar.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Historiquement, il est possible de dire qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 bien pr\u00e9f\u00e9rable de s\u2019appuyer sur la monarchie hova<\/strong>&nbsp;qui disposait d\u00e9j\u00e0, sur la plus grande partie du territoire d\u2019un embryon d\u2019administration, plut\u00f4t que de vouloir y substituer une administration directe qui ne disait pas son nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous l\u2019avons vu, pour l\u2019Indochine, le m\u00eame d\u00e9bat divisait les coloniaux, alors que l\u2019Empire d\u2019Annam disposait d\u2019une administration mandarinale qui n\u2019avait rien \u00e0 voir avec l\u2019administration hova, c\u2019est vrai, mais en oubliant que le symbole monarchique \u00e9tait au moins aussi fort, sinon plus, \u00e0 Madagascar qu\u2019en Indochine.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nous avons d\u2019ailleurs cit\u00e9 sur ce blog un extrait de lettre dans lequel Lyautey pr\u00f4nait le respect des institutions de la monarchie annamite, mais ce dernier n\u2019avait pas la fibre r\u00e9publicaine de Gallieni.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lyautey prit son commandement, alors que la partie \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9e, et il n\u2019est pas s\u00fbr du tout, s\u2019il avait eu son mot \u00e0 dire,&nbsp;&nbsp;qu\u2019il ait adopt\u00e9 la ligne Gallieni, mais on ne refait pas l\u2019histoire, sauf dans certains ouvrages \u00e0 la mode.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La \u00ab&nbsp;main lourde&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une lettre dat\u00e9e du 6 f\u00e9vrier 1899, Gallieni revient sur cette ex\u00e9cution qu\u2019il ent\u00e9rina quelques semaines seulement apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Tananarive&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Mon cher Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral (1),<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026J\u2019examine maintenant les divers points sur lesquels vous avez \u00e9t\u00e9 assez bon pour appeler mon attention. Certainement, les mesures de bienveillance sont bonnes vis-\u00e0-vis des indig\u00e8nes, mais \u00e0 la condition formelle qu\u2019elles ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent pas en faiblesse. Si mon pr\u00e9d\u00e9cesseur avait \u00e9t\u00e9 moins faible vis-\u00e0-vis des Hovas, je n\u2019aurais pas eu \u00e0 prendre les mesures de rigueur, que quelques personnes m\u2019ont reproch\u00e9es et, surtout, nos troupes n\u2019auraient pas eu \u00e0 faire cette p\u00e9nible campagne d\u2019hivernage 1896-1897, qui a fini par rejeter les bandes insurg\u00e9es en dehors de l\u2019Imerina, mais nous a co\u00fbt\u00e9 les pertes les plus s\u00e9rieuses. Avec les indig\u00e8nes de nos colonies, que nous ne tenons qu\u2019avec des forces europ\u00e9ennes insuffisantes, il faut toujours, sinon \u00eatre, du moins para\u00eetre les plus forts. Le jour o\u00f9 cette conviction n\u2019existe plus dans leur esprit, surtout \u00e0 Madagascar, o\u00f9 nous avons contre nous tant d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019opposition, Anglais, Mauriciens, Indiens, Arabes, les habitants se soul\u00e8vent, surtout \u00e0 l\u2019origine de toute nouvelle conqu\u00eate.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lors de mon arriv\u00e9e \u00e0 Tananarive, en pr\u00e9sence de la gravit\u00e9 de la situation, de l\u2019incendie qui se propageait partout, j\u2019ai d\u00fb avoir la main lourde. D\u00e8s que je me suis senti ma\u00eetre de cette situation, j\u2019ai eu recours \u00e0 la douceur, \u00e0 la persuasion, \u00e0 la bienveillance. J\u2019ai graci\u00e9 des bandits, des assassins, qui auraient m\u00e9rit\u00e9 cent fois la mort. Mais je pouvais \u00eatre faible et je peux l\u2019\u00eatre encore maintenant parce que les Hovas savent que je sais \u00eatre ferme, quand il le faut. Le peloton d\u2019ex\u00e9cution ne s\u2019est pas r\u00e9uni une seule fois \u00e0 Tananarive, depuis f\u00e9vrier 1897\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<em>(Lettres de Madagascar, pages 45 et 46) (1) J.Chailley \u00e9tait alors secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019un des groupes de pression&nbsp;&nbsp;coloniaux, l\u2019Union Coloniale)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La justification r\u00e9troactive de cette ex\u00e9cution&nbsp;&nbsp;de la part de Lyautey, \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019\u00e9vocation de la reddition du chef Rabezavana, objet du prochain chapitre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Au bivouac, Antsigimialoha, 100 kilom\u00e8tres, de la c\u00f4te Ouest, \u00e0 hauteur de Maintirano, le 1\u00b0ao\u00fbt 1898<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bien cher ami (Paul Desjardins)(1),<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026 Je n\u2019ai pas ici le temps de vous refaire l\u2019histoire d\u00e9taill\u00e9e et v\u00e9ridique de de qui qu\u2019il a cont\u00e9 l\u00e0. Tout ce qui s\u2019est \u00e9coul\u00e9 depuis, tous les papiers trouv\u00e9s chez les chefs de l\u2019insurrection et, pour ce qui me concerne, les r\u00e9v\u00e9lations tr\u00e8s curieuses que j\u2019ai re\u00e7ues de Rabezavana et des autres chefs&nbsp;&nbsp;qui m\u2019ont par la suite fait leur soumission, ont prouv\u00e9 que le G\u00e9n\u00e9ral ne s\u2019est pas tromp\u00e9 d\u2019adresse, notamment en ce qui concerne Rainandriamanpandry, dont j\u2019ai trouv\u00e9 la main contre nous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bref, c\u2019est du jour de cette ex\u00e9cution que nous tenons l\u2019Emyrne, et elle a certainement \u00e9pargn\u00e9 des milliers de vies humaines\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mais je vous rase, mon cher ami, et vraiment le lieu est singuli\u00e8rement choisi&nbsp;: je suis blotti sous ma&nbsp;tente, dans une gorge sauvage et pittoresque de la chaine du Bemahara, tandis que l\u2019orage est d\u00e9cha\u00een\u00e9 et que la pluie et le vent secouent ma \u00ab&nbsp;maison&nbsp;\u00bb de quelques heures\u2026.&nbsp;\u00bb (Lettres du Tonkin et de Madagascar, page 595)-(1) Paul Desjardins, journaliste et homme de lettres, ami de Lyautey<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pas d\u2019autre commentaire&nbsp;! Sauf quatre, tr\u00e8s courts&nbsp;:&nbsp;<em>un<\/em>, il ne faut jamais oublier que Madagascar couvre une superficie plus grande que celle de la France,&nbsp;<em>deux,<\/em>&nbsp;qu\u2019il n\u2019existait alors aucune voie de communication entre la c\u00f4te et les plateaux, et entre les diff\u00e9rentes provinces,&nbsp;<em>trois<\/em>&nbsp;que le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni \u00e9tait alors coup\u00e9 de toute communication rapide avec le gouvernement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Quatre,<\/em><\/strong>&nbsp;<strong>qu\u2019un ministre des Colonies avait parfaitement r\u00e9sum\u00e9 ce type de probl\u00e9matique coloniale, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un d\u00e9bat \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, en d\u00e9clarant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les \u00e9v\u00e9nements ont march\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parmi les causes des crises successives que connait Madagascar depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, il est difficile de ne pas \u00e9voquer cette op\u00e9ration chirurgicale qui a priv\u00e9 la grande \u00eele de la seule institution, hors les \u00e9glises&nbsp;, capable de proposer une sorte de mythe unitaire qui r\u00e9pondait bien \u00e0 la culture du pouvoir et des anc\u00eatres de ses habitants.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour ne citer qu\u2019un seul exemple du rayonnement de ce type de monarchie, la c\u00e9l\u00e9bration annuelle du&nbsp;<em>fandroana<\/em>, le bain sacr\u00e9 de la reine&nbsp;: une fois sortie de son bain, la foule \u00e9tait asperg\u00e9e de l\u2019eau \u00ab&nbsp;<em>lustrale<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parmi les autres causes, la colonisation bien s\u00fbr qui n\u2019a pas toujours favoris\u00e9 un processus institutionnel unitaire, l\u2019ing\u00e9rence de groupes de pression \u00e9trangers ou crypto-\u00e9trangers, qu\u2019il s\u2019agisse du gouvernement fran\u00e7ais ou de groupes d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9unionnais, indien, ou chinois\u2026, des ing\u00e9rences permanentes des \u00e9glises ou de l\u2019arm\u00e9e dans le fonctionnement du pouvoir malgache, et peut-\u00eatre tout simplement une culture malgache avant tout tourn\u00e9e vers la famille, plus que vers le national, une culture que le client\u00e9lisme, c\u2019est-\u00e0-dire les gros sous, a gravement pollu\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gallieni et Lyautey, ces inconnus&nbsp;! Eclats de vie coloniale Morceaux choisis Madagascar Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale sur le blog du 24 novembre 2012 11 Le&nbsp;&nbsp;&nbsp;15 octobre 1896, \u00e0 Tananarive, \u00ab&nbsp;la main lourde&nbsp;\u00bb de Gallieni Une cl\u00e9 pour comprendre l\u2019histoire actuelle de Madagascar&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 sur le blog des 15 avril et 21 avril 2011, cet &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2013\/01\/12\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-a-tananarive-le-15-octobre-1896-la-main-lourde-de-gallieni\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Gallieni et Lyautey, ces inconnus! 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