{"id":2232,"date":"2013-02-25T15:25:00","date_gmt":"2013-02-25T14:25:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2232"},"modified":"2021-07-07T15:29:04","modified_gmt":"2021-07-07T13:29:04","slug":"gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-1898-avec-la-reine-sakhalave-bibiassy-a-maintirano","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2013\/02\/25\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-1898-avec-la-reine-sakhalave-bibiassy-a-maintirano\/","title":{"rendered":"Gallieni et Lyautey, ces inconnus-1898, avec la reine sakhalave Bibiassy \u00e0 Maintirano"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Gallieni et Lyautey, ces inconnus&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eclats de vie coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Morceaux choisis<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Madagascar<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Lyautey \u00e0 Madagascar en 1898<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>13<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Le retour de la reine sakhalave Bibiassy \u00e0 Maintirano<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En 1898, \u00ab&nbsp;<em>\u2026 \u00e0 la fin de janvier, le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre mon commandement \u00e0 l\u2019Ouest jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Andranomava, puis, en mars, \u00e0 disloquer le territoire sakhalave et \u00e0 m\u2019en donner la partie Nord.&nbsp;\u00bb (LTM\/p,571)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans une lettre \u00e0 Chailley, le secr\u00e9taire de l\u2019Union coloniale, du 6 f\u00e9vrier 1899, Gallieni \u00e9crivait&nbsp; au sujet de la r\u00e9sistance sakhalave&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>\u2026 J\u2019ai justement sous les yeux le rapport du colonel commandant le deuxi\u00e8me territoire militaire (territoire comprenant les vall\u00e9es de la Tsirihibina, du Manambolo et du Mangoky) sur les r\u00e9sultats obtenus en 1898 et j\u2019y lis que nous avons eu, durant cette ann\u00e9e, 1 officier tu\u00e9 et 3 bless\u00e9s, 3 sous-officiers et soldats tu\u00e9s et 4 bless\u00e9s, 37 indig\u00e8nes ( S\u00e9n\u00e9galais et Malgaches) tu\u00e9s ou noy\u00e9s et 77 bless\u00e9s, et tous, dans des surprises, des embuscades, des attaques de convois, etc\u2026 Vous voyez, rien que par ces chiffres, que nos adversaires Sakalaves sont autrement dangereux que les Hovas de 1895.&nbsp;\u00bb (G\/p,41)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne fut en effet pas une partie de plaisir, car la pacification fut longue et difficile, avec de nombreux morts et bless\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son livre \u00ab&nbsp;<strong>De Madagascar \u00e0 Verdun&nbsp;\u00bb, le colonel Charbonnel<\/strong>&nbsp;qui fut chef de poste dans cette r\u00e9gion c\u00f4ti\u00e8re, et \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, et qui servit longtemps \u00e0 l\u2019ombre de Gallieni, \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Nous n\u2019\u00e9tions pas \u00e0 Adembe les plus \u00e9prouv\u00e9s. Le m\u00eame jour, 10 octobre 1897, \u00e0 la m\u00eame heure, l\u2019assaut avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux dix Postes cr\u00e9es par le commandant G\u00e9rard. Quatre avaient \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s, dont Mahabe o\u00f9 \u00e9tait rest\u00e9e la pi\u00e8ce de Sangouard. Nos pertes \u00e9taient importantes&nbsp;: un quart de notre effectif, dont cinq officiers, tu\u00e9s&nbsp;; autant de bless\u00e9s. Le succ\u00e8s de la conqu\u00eate du pays sakhalave \u00e9tait compromis. Cependant un d\u00e9sastre total avait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9. On annon\u00e7ait que Mahabe \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9occup\u00e9. \u00ab&nbsp; (C\/p, 69)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et plus loin, le m\u00eame officier \u00e9crivait&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Pendant cette p\u00e9riode de concentration des troupes, j\u2019allais parfois \u00e0 Monrondava revoir les survivants de la colonne G\u00e9rard. Sur les vingt officiers appartenant aux armes combattantes qu\u2019elle comptait \u00e0 son d\u00e9part, nous restions neuf vivants. Un seul \u00e9tait mort de maladie. Les dix autres avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s au combat ou \u00e9taient morts de leurs blessures.&nbsp;\u00bb (C\/p,73)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le nouveau territoire de Lyautey allait donc jusqu\u2019\u00e0 la mer, puisqu\u2019il comprenait \u00e0 pr\u00e9sent le cercle de Maintarano. Lyautey allait donc, \u00e0 l\u2019exemple de Gallieni, pouvoir emprunter, comme nouveau moyen de communication, une des canonni\u00e8res c\u00f4ti\u00e8res de la Marine, pour effectuer certains de ses d\u00e9placements.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9cisons en effet que non seulement le Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral passa la moiti\u00e9 de son temps en tourn\u00e9es, mais qu\u2019il fit le tour de Madagascar en bateau plusieurs fois pendant son s\u00e9jour, alors seul moyen efficace d\u2019atteindre les provinces les plus \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La relation de sa tourn\u00e9e sur la c\u00f4te ouest est int\u00e9ressante \u00e0 un double titre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; elle montre que l\u2019opinion de Lyautey sur l\u2019avenir de la nouvelle colonie a un peu chang\u00e9, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il a pu prendre conscience des atouts quelle pouvait faire valoir sur le plan \u00e9conomique, \u00e0 la condition de r\u00e9orienter la politique en direction du canal du Mozambique, et donc de l\u2019Afrique Orientale, et ne plus d\u00e9pendre de la seule influence de la R\u00e9union.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; elle propose un exemple d\u2019application de la fameuse&nbsp; \u00ab&nbsp;politique des races&nbsp;\u00bb de Gallieni qui, peut se pr\u00eater \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations historiques ou id\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Un avenir pour Madagascar, vers l\u2019ouest, le canal du Mozambique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>A Max Leclerc, A Ankazob\u00e9, le 14 mai 1898,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong>&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Ici, notre majeure raison d\u2019\u00eatre \u00e9conomique, c\u2019est la c\u00f4te orientale d\u2019Afrique&nbsp;: il y l\u00e0 un march\u00e9 \u00e0 prendre, et il nous attend. J\u2019ai de ce c\u00f4t\u00e9 avec le Transvaal, avec Mozambique, avec Zanzibar des relations personnelles suivies, et c\u2019est en homme inform\u00e9 que je vous \u00e9cris&nbsp;: ils attendent que notre \u00e9levage leur fournisse des b\u0153ufs et des moutons, que notre Emyrne leur envoie du riz, notre c\u00f4te du ma\u00efs&nbsp;; ils manquent des trois articles et n\u2019attendent que l\u2019offre&nbsp;; le march\u00e9 est \u00e0 prendre, je le r\u00e9p\u00e8te.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Or, nous ne sommes gu\u00e8re ici \u00e0 nous en pr\u00e9occuper. Les coulisses \u00e9lectorales ont tout d\u00e9tourn\u00e9 sur la c\u00f4te Est et la R\u00e9union. Tout pour Tamatave et Saint Denis. Or, franchement, quand on a \u00e0 choisir entre le march\u00e9 de l\u2019Afrique australe et celui de la R\u00e9union, c\u2019est trop b\u00eate d\u2019h\u00e9siter, &#8211; et on n\u2019est plus \u00e0 m\u00eame d\u2019h\u00e9siter. On enfouit des millions dans cette route de Tamatave dont la terminaison est encore si \u00e9loign\u00e9e, tandis qu\u2019un seul million mis sur la route de Majunga, o\u00f9 il ne pleut que quatre mois par an et dont le sol est un macadam naturel, e\u00fbt permis d\u2019y assurer d\u00e8s cette ann\u00e9e des transports de voitures ininterrompus&nbsp;; j\u2019en ai fait<\/em>&nbsp;<em>l\u2019exp\u00e9rience l\u2019an pass\u00e9 en l\u2019am\u00e9nageant presque sans cr\u00e9dits, de mani\u00e8re \u00e0 y faire passer un premier convoi de voitures et \u00e0 d\u00e9montrer ce qu\u2019un million consacr\u00e9 \u00e0 faire les quinze ou vingt ponts n\u00e9cessaires e\u00fbt permis de faire le d\u00e9finitif\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Malheureusement, le G\u00e9n\u00e9ral a trouv\u00e9 engag\u00e9e cette entreprise de Tamatave&nbsp;; il n\u2019a pas pu, et je le comprends, revenir en arri\u00e8re quand tant d\u2019int\u00e9r\u00eats et d\u2019argent y \u00e9taient engren\u00e9s. Mais cela ne devait pas emp\u00eacher d\u2019aller concurremment au plus press\u00e9 et de faire ceci d\u2019abord beaucoup plus vite et beaucoup moins cher. Un \u00e9l\u00e9ment, h\u00e9las&nbsp;! est intervenu contre Majunga et la c\u00f4te Ouest&nbsp;: les influences politiques et parlementaires de la R\u00e9union.&nbsp;\u00bb (LTM\/p,579, 580<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Lyautey \u00e0 Maintirano, o\u00f9 doit le rejoindre le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni, en tourn\u00e9e sur la c\u00f4te Ouest.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le 27 juin, Lyautey embarquait \u00e0 Majunga sur une des canonni\u00e8res de la Division navale, pour rejoindre le poste de Maintirano.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Maintirano, le 23 juillet 1898,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A mon fr\u00e8re, mon bon vieux,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026 le 2 au soir, c\u2019\u00e9tait l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Maintirano o\u00f9 commande mon excellent, loyal, cordial et vaillant camarade le commandant Ditte&nbsp;; qui apr\u00e8s avoir excell\u00e9 dans l\u2019Oubangui, au Dahomey, au Tonkin, m\u2019a fait depuis trois mois de l\u2019excellent travail\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De l\u2019\u00eelot de Maintirano, blanc de sable, \u00e9gay\u00e9 de quelques cocotiers, o\u00f9 voici un an \u00e9taient \u00e0 peine quelques pauvres cases, Ditte a fait en quelques mois un petit centre coquet qui se d\u00e9veloppe et draine le commerce de l\u2019int\u00e9rieur renaissant. Aid\u00e9 d\u2019officiers prodigieusement actifs, il a fait de belles cases en bois, grandes, propres, confortables, avec de larges v\u00e9randas. La mer est en bordure de la mer qui, \u00e0 la haute mar\u00e9e en baigne la terrasse. Les officiers sont gais et jeunes, ils re\u00e7oivent des revues et des journaux multiples, ont un commencement de biblioth\u00e8que intelligente&nbsp;; le docteur joue du violon, et ce soir m\u2019a donn\u00e9 la joie de r\u00e9entendre, apr\u00e8s combien d\u2019ann\u00e9es, les morceaux des Noces de Figaro que pr\u00e9f\u00e9rait papa&nbsp;; une cavatine de Raff, la Marche turque, Plaisir d\u2019amour ne dure qu\u2019un moment et autres vieilleries tr\u00e8s vielles, mais qui gardent combien de saveur \u00e0 cette distance, sous ce ciel, et \u00e9voquent combien de pass\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb (LTM\/p,590)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Lyautey rend \u00e9videmment compte, dans les m\u00eames lettres, des op\u00e9rations qu\u2019il m\u00e8ne contre les rebelles Sakhalaves, et fait \u00e9tat de la rencontre qu\u2019il fit avec le professeur Gautier, directeur de l\u2019Enseignement \u00e0 Tananarive<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il explore Madagascar depuis sept ans. Interpr\u00e8te \u00e9m\u00e9rite, il m\u00e8ne de front la g\u00e9ologie, l\u2019ethnologie et la guerre, se joint aux reconnaissances, en prend le commandement et conquiert ses fossiles \u00e0 coups<\/em>&nbsp;<em>de fusil.&nbsp;\u00bb (LTM\/p,591)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Donc un personnage haut en couleurs que nous avons d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 sur ce blog en citant son r\u00e9cit de la vie et de la mort de Rainaindrampandry, ministre de l\u2019Int\u00e9rieur de Gallieni, qu\u2019il avait baptis\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Le prince de la paix<\/em>&nbsp;\u00bb dans son livre \u00ab&nbsp;<em>Les trois h\u00e9ros<\/em>&nbsp;\u00bb. (voir blog du 15 avril 2011)<\/p>\n\n\n\n<p>Retour d\u2019op\u00e9rations, Lyautey rentre \u00e0 Maintirano, pour y accueillir le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La surprise de Gallieni&nbsp;! La reine sakhalave Bibiassy&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;<\/em><\/strong>&nbsp;<em>A mon fr\u00e8re,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2026 Nous y rentrons le 12 juillet, et, le 14, trois coups de canon \u00e0 7 heures du matin, signalent un bateau, puis un second. C\u2019est le Lapeyrouse et le Pourvoyeur, le G\u00e9n\u00e9ral et sa suite. Toute la flottille des pirogues-oiseaux de mer se mobilise, et \u00e0 10 heures, nous sommes \u00e0 bord o\u00f9 nous d\u00e9jeunons tous. A midi d\u00e9barque le G\u00e9n\u00e9ral&nbsp;; je ne r\u00e9\u00e9dite pas le tableau de notre arriv\u00e9e. Mais le G\u00e9n\u00e9ral a m\u00e9nag\u00e9 un coup de th\u00e9\u00e2tre. Sur nos instances, il nous a ramen\u00e9 de Nossi-B\u00e9 la reine sakhalave Bibiassy, exil\u00e9e maladroitement il y a un an, et que Ditte et moi jugeons devoir \u00eatre ici un utile moyen d\u2019action. Tous les rois sakhalaves de la c\u00f4te Ouest de Madagascar, depuis le cap d\u2019Ambre jusqu\u2019au cap Sainte Marie, appartiennent \u00e0 une m\u00eame dynastie, descendant d\u2019un anc\u00eatre commun assez r\u00e9cent, presque autant dieu ou f\u00e9tiche que roi&nbsp;; ils ont un caract\u00e8re essentiellement religieux, plus encore que politique, car au fond leurs sujets ob\u00e9issent assez mal. Les rois ou chefs actuellement encore dans la brousse sont donc tous plus ou moins cousins de Bibiassy, et son enl\u00e8vement et sa d\u00e9portation de l\u2019an dernier sont un des arguments le plus souvent invoqu\u00e9s par eux pour ne pas rentrer. D\u00e8s le 15, nous avons \u00e9t\u00e9 avec le G\u00e9n\u00e9ral r\u00e9installer solennellement Bibiassy chez elle, \u00e0 Antsamaka, \u00e0 quatre heures d\u2019ici&nbsp;; le peu qu\u2019il reste de population, 500 environ, y avait \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9. Bibiassy a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e sous un velum et repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 son peuple, et rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 curieux comme la v\u00e9ritable c\u00e9r\u00e9monie d\u2019adoration qui a suivi le Kabary (le discours)&nbsp;: prosternation, bras \u00e9tendus, chants, puis danses&nbsp;; elle recevait l\u2019hommage en idole impassible et son caract\u00e8re f\u00e9tichiforme explique seul son influence, car elle est affreuse, boiteuse, abrutie. Les lobes de ses oreilles d\u00e9coup\u00e9s pendent en longs et hideux anneaux de chair. Les hommes de son peuple sont assez beaux et fiers avec leurs seules ceintures, leurs armes et leurs gris-gris. Les femmes sont hideuses, au nez perc\u00e9, aux oreilles surcharg\u00e9es, beaucoup couvertes d\u2019un masque de pl\u00e2tre qui en fait de vrais monstres \u00e0 effrayer les enfants. Nous sommes loin des Hovas en redingote et en kinkerbroker. Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 au peuple ce Saint-Sacrement de reine, nous nous sommes empress\u00e9s de la ramener \u00e0 Maintirano, ne voulant pas laisser aux rois de la brousse la tentation de venir enlever ce f\u00e9tiche\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le G\u00e9n\u00e9ral est parti le 17. Depuis six jours, je me suis mis en demi-vacances. Cette plage est exquise, une brise d\u00e9licieuse\u2026 (LTM\/p,594)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commentaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier commentaire a trait \u00e0 la philosophie \u00ab&nbsp;coloniale&nbsp;\u00bb de Lyautey&nbsp;: incontestablement, dans le sillage de Gallieni qui avait toujours en t\u00eate la place de la France sur les march\u00e9s internationaux, Lyautey ne perdait jamais de vue cette question comme le montre l\u2019extrait de texte choisi.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut ne pas aimer le portrait que Lyautey campe de la reine Bibiassy, ou tout simplement consid\u00e9rer qu\u2019il correspondait \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9termin\u00e9e de la grande ile.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que l\u2019\u00e9pisode caract\u00e9rise parfaitement la politique des races, telle que le G\u00e9n\u00e9ral Gallieni la concevait et la mettait en application, \u00e0 l\u2019occasion de son proconsulat.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas consid\u00e9r\u00e9, hors Emyrne, o\u00f9 il avait mis une \u00ab&nbsp;croix&nbsp;\u00bb sur la monarchie hova, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 jouer la carte des autres pouvoirs religieux ou politiques traditionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>A Maintirano, il s\u2019appuyait effectivement sur les structures traditionnelles du commandement local, constitu\u00e9&nbsp;des rois et des chefs sakhalaves.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons vu, qu\u2019au&nbsp;&nbsp;Tonkin, Lyautey donnait la pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019administration indirecte, celle du protectorat, et sans refaire l\u2019histoire, il est possible d\u2019\u00e9mettre l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019\u00e0 la place de Gallieni, le colonel&nbsp;&nbsp;aurait sans doute beaucoup h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 se priver de l\u2019appui de la monarchie hova qui, elle aussi, avait un double caract\u00e8re politique et religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment ne pas ajouter qu\u2019une des cl\u00e9s de la r\u00e9ussite de Lyautey au Maroc fut pr\u00e9cis\u00e9ment son respect des pouvoirs \u00e9tablis, ceux d\u2019un sultan, \u00e0 la fois monarque et commandeur des croyants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gallieni et Lyautey, ces inconnus&nbsp;! Eclats de vie coloniale Morceaux choisis Madagascar Lyautey \u00e0 Madagascar en 1898 13 Le retour de la reine sakhalave Bibiassy \u00e0 Maintirano En 1898, \u00ab&nbsp;\u2026 \u00e0 la fin de janvier, le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre mon commandement \u00e0 l\u2019Ouest jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Andranomava, puis, en mars, \u00e0 disloquer le &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2013\/02\/25\/gallieni-et-lyautey-ces-inconnus-1898-avec-la-reine-sakhalave-bibiassy-a-maintirano\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Gallieni et Lyautey, ces inconnus-1898, avec la reine sakhalave Bibiassy \u00e0 Maintirano&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[2316,1998,2302,2274,313,2333,2331,2332],"class_list":["post-2232","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-charbonnel","tag-gallieni","tag-gautier","tag-lyautey","tag-madagascar","tag-maintirano","tag-mozambique","tag-sakhalave-bibiassy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2232","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2232"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2232\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2233,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2232\/revisions\/2233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2232"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2232"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2232"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}