{"id":2287,"date":"2014-07-03T22:28:28","date_gmt":"2014-07-03T20:28:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2287"},"modified":"2021-07-08T22:44:07","modified_gmt":"2021-07-08T20:44:07","slug":"le-livre-supercherie-coloniale-chapitre-7-la-propagande-coloniale-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2014\/07\/03\/le-livre-supercherie-coloniale-chapitre-7-la-propagande-coloniale-suite\/","title":{"rendered":"Le livre \u00ab\u00a0Supercherie Coloniale\u00a0\u00bb Chapitre 7 \u00ab\u00a0La Propagande Coloniale\u00a0\u00bb suite"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Supercherie Coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Suite du chapitre 7, page 184 du livre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>La Propagande coloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019analyse critique<\/strong><strong>&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les institutions&nbsp;: ont-elles \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnelles, aux fins de la propagande, dans leur organisation et dans leur fonctionnement&nbsp;? Non<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale des colonies et les agences \u00e9conomiques des territoires n\u2019ont jamais constitu\u00e9 la machine de guerre de la propagande coloniale volontiers d\u00e9crite par l\u2019historienne Lemaire et son collectif de chercheurs. Pour qui a pratiqu\u00e9 assez longtemps les administrations centrales, les moyens humains des agences correspondaient au maximum \u00e0 ceux d\u2019une sous direction d\u2019administration centrale. Rien \u00e0 voir avec les machines de propagande des Etats totalitaires&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait coiff\u00e9e par un conseil d\u2019administration compos\u00e9 pour partie de repr\u00e9sentants de l\u2019Etat et pour partie de repr\u00e9sentants des entreprises priv\u00e9es, les agences \u00e9conomiques \u00e9tant pilot\u00e9es elles-m\u00eames par des repr\u00e9sentants des administrations coloniales de l\u2019AOF, de l\u2019AEF, de l\u2019Indochine, de Madagascar et des Territoires sous mandat.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1926, l\u2019Agence g\u00e9n\u00e9rale comprenait quatre services, un service commun, un service de renseignements, un service administratif, et le service administratif des ports de commerce, Marseille, Bordeaux, Nantes et Le Havre. Au total, 160 personnes, avec une partie de personnels techniques, dont la moiti\u00e9 \u00e9tait affect\u00e9e dans les ports.(FM\/Agefom\/408) &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La structure des agences \u00e9tait celle d\u00e9crite par Mme Rabut, avec en g\u00e9n\u00e9ral, deux services un service administratif et un service de renseignements ayant des fonctions de documentation, de relations avec la presse, et ult\u00e9rieurement de propagande.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1937, ann\u00e9e du renforcement de la propagande gouvernementale, apr\u00e8s le hiatus des ann\u00e9es 1934-1937, les agences \u00e9conomiques de Madagascar, d\u2019AOF, d\u2019AEF, et des territoires sous mandat, comptaient respectivement, 8, 8, 7, et 9 cadres.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les rapports d\u2019activit\u00e9 r\u00e9capitulaient minutieusement, sur un mode militaire, les chiffres mensuels d\u2019activit\u00e9, nombre de visiteurs, demandes d\u2019emploi, demandes d\u2019information commerciale et industrielle, placement de capitaux, d\u00e9bouch\u00e9s, exposition d\u2019\u00e9chantillons de produits\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1932, l\u2019agence de Madagascar re\u00e7ut 1&nbsp;006&nbsp; visiteurs et traita 4 719 correspondances, dont 447 pour obtenir de l\u2019information sur les d\u00e9bouch\u00e9s et 591&nbsp; sur l\u2019industrie et le commerce. Elle examina 1 538 demandes d\u2019emploi (FM\/Agefom\/C834)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les activit\u00e9s de l\u2019agence d\u2019AOF \u00e9taient moins importantes, avec un nombre total de visiteurs de 397 seulement en 1933, et 1 546 demandes de renseignements. (FM\/Agefom\/C744)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le syst\u00e8me \u00e9tait plut\u00f4t hybride, les agences \u00e9conomiques faisaient partie du r\u00e9seau d\u2019agences pilot\u00e9 par l\u2019Agence g\u00e9n\u00e9rale, quand elle a exist\u00e9, mais agissaient comme donneurs d\u2019ordre de commandes de prestations aupr\u00e8s de l\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale. Chacune des agences disposait de son propre budget aliment\u00e9 par les ressources des budgets des diff\u00e9rents territoires.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et ces budgets n\u2019\u00e9taient pas consid\u00e9rables, comme nous le verrons.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il convient de noter enfin que le domaine de comp\u00e9tence de l\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale des colonies n\u2019a jamais port\u00e9 sur l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et le Maroc, alors que ces territoires repr\u00e9sentaient plus de la moiti\u00e9 du commerce colonial de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quant au tissage plus ou moins r\u00e9ussi d\u2019un r\u00e9seau de propagande coloniale, il est exact que les gouvernements, mais surtout dans les ann\u00e9es 30, ont donn\u00e9 des instructions aux pr\u00e9fets pour les inciter \u00e0 faciliter l\u2019organisation de la propagande, la cr\u00e9ation de comit\u00e9s de propagande coloniale plac\u00e9s sous la houlette des chambres de commerce et d\u2019industrie ou des unions patronales, surtout dans les ann\u00e9es 1936 et 1937, mais pour qui conna\u00eet le fonctionnement de l\u2019administration&nbsp; pr\u00e9fectorale, ce type d\u2019action fait partie du lot quotidien des fonctions pr\u00e9fectorales, mobilis\u00e9s au coup par coup, en fonction de la conjoncture et des objectifs de la politique gouvernementale. Il en a toujours \u00e9t\u00e9 ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u2019ailleurs, les ministres des Colonies avaient contribu\u00e9 \u00e0 la mise en place de ce qu\u2019on appellerait volontiers une&nbsp;<em>hi\u00e9rarchie parall\u00e8le<\/em>, selon les bons pr\u00e9ceptes communistes, mais qui n\u2019a jamais eu l\u2019efficacit\u00e9 des hi\u00e9rarchies parall\u00e8les communistes, et sans doute non plus celle de la hi\u00e9rarchie ma\u00e7onne, tr\u00e8s puissante alors. Hi\u00e9rarchie parall\u00e8le anim\u00e9e par les chambres de commerce et les unions patronales, mais comme les n\u00e9cessit\u00e9s de la conjoncture et d\u2019une action commune en font cr\u00e9er r\u00e9guli\u00e8rement dans l\u2019histoire politique, administrative et \u00e9conomique du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les archives (FM\/Agefom\/851) nous donnent la trace d\u2019instructions minist\u00e9rielles pr\u00e9cises \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1925, une circulaire minist\u00e9rielle de M Andr\u00e9 Hesse avait pr\u00e9vu l\u2019organisation sur tout le territoire m\u00e9tropolitain, de comit\u00e9s de propagande qui devaient avoir pour but d\u2019intensifier la vulgarisation de l\u2019id\u00e9e coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le 30 mai 1930, dans la perspective de la grande exposition coloniale de 1931,&nbsp; le Sous Secr\u00e9taire d\u2019Etat aux Colonies Delmont r\u00e9unit \u00e0 Paris les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des comit\u00e9s de propagande coloniale et des associations coloniales, lesquels existaient dans la plupart des grandes villes fran\u00e7aises. L\u2019ordre du jour \u00e9tait&nbsp;: organisation des comit\u00e9s de propagande coloniale et cr\u00e9ation d\u2019un lien entre ces comit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces comit\u00e9s \u00e9taient pour la plupart constitu\u00e9s de repr\u00e9sentants des chambres de commerce ou d\u2019entreprises int\u00e9ress\u00e9es par l\u2019outre-mer.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A titre d\u2019exemple, le Comit\u00e9 de propagande coloniale de Cherbourg \u00e9tait constitu\u00e9 d\u2019un Comit\u00e9 d\u2019honneur compos\u00e9&nbsp;du Pr\u00e9fet de la Manche, du Sous Pr\u00e9fet de Cherbourg, du Maire de Cherbourg, du Pr\u00e9sident et d\u2019un Vice Pr\u00e9sident de la Chambre de Commerce, et son conseil d\u2019administration de repr\u00e9sentants des entreprises de la Manche.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A cette r\u00e9union minist\u00e9rielle, il fut envisag\u00e9 de susciter des comit\u00e9s d\u00e9partementaux, mais avant tout de cr\u00e9er une commission permanente des groupements d\u2019action coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au cours de la s\u00e9ance, le repr\u00e9sentant du comit\u00e9 de Bergerac exposa qu\u2019il n\u2019avait pas obtenu aupr\u00e8s des membres du corps de l\u2019enseignement, tout l\u2019appui qu\u2019il aurait d\u00e9sir\u00e9 pour faire conna\u00eetre les colonies aux jeunes gens des \u00e9coles. Il demandait que le Ministre de l\u2019Instruction Publique donne des instructions \u00e0 ses subordonn\u00e9s pour qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir, il n\u2019y ait plus de malentendus. Le repr\u00e9sentant de Dijon s\u2019associa \u00e0 cette demande.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le repr\u00e9sentant du comit\u00e9 de Lyon y rappela les efforts faits par la Chambre de Commerce, 141&nbsp;000 euros par an (valeur 2002).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A la fin de la r\u00e9union&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Le ministre rappelle aux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des comit\u00e9s que l\u2019essentiel, c\u2019est de cr\u00e9er autour d\u2019eux une mentalit\u00e9, une foi coloniale et pour atteindre ce but, les collaborateurs les plus importants sont les instituteurs et les professeurs de coll\u00e8ge qui peuvent agir sur l\u2019esprit des enfants\u2026Lorsque cette mentalit\u00e9 coloniale sera cr\u00e9\u00e9e, la propagande verra ses fruits centupler et le public saura, tout comme en Hollande, que nos colonies permettent non seulement le placement des hommes, mais aussi celui des capitaux (vifs applaudissements)&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lecteur aura constat\u00e9, qu\u2019en 1930, la propagande coloniale n\u2019avait pas encore eu les effets escompt\u00e9s par certains sur l\u2019opinion publique, et que le corps enseignant ne manifestait pas un enthousiasme d\u00e9bordant pour la cause coloniale, alors que nous avons d\u00e9montr\u00e9 que les livres scolaires n\u2019accordaient pas une grande place aux colonies.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous rappelons \u00e0 la m\u00e9moire du lecteur que les appr\u00e9ciations de l\u2019historienne portent pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette p\u00e9riode.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le 7 juillet 1930, le Sous Secr\u00e9taire d\u2019Etat aux Colonies adressait une circulaire \u00e0 Messieurs les Pr\u00e9sidents des Comit\u00e9s d\u2019Action Coloniale en leur transmettant le proc\u00e8s verbal de la r\u00e9union du 30 mai, au cours de laquelle il y fut d\u00e9cid\u00e9 la consolidation, et l\u00e0, o\u00f9 besoin sera, la r\u00e9organisation des comit\u00e9s actuellement existants, voire la cr\u00e9ation de comit\u00e9s nouveaux, ainsi que la cr\u00e9ation d\u2019un organisme f\u00e9d\u00e9ral, la Commission permanente des Groupements d\u2019Action Coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le ministre \u00e9crivait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Je signale par une circulaire adress\u00e9e ce jour aux Pr\u00e9fets, l\u2019importance de vos Comit\u00e9s, en m\u00eame temps que je leur envoie copie du proc\u00e8s verbal de notre r\u00e9union, et que je les prie de vous accorder tout leur appui moral et mat\u00e9riel. Sign\u00e9 A.Delmont&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><\/strong>&nbsp;Les Comit\u00e9s locaux d\u2019action coloniale continu\u00e8rent \u00e0 exister au cours des ann\u00e9es ult\u00e9rieures, comme l\u2019indique une circulaire minist\u00e9rielle du 20 f\u00e9vrier 1934 qui adresse aux agences \u00e9conomiques des colonies la liste de ces groupements, en invitant les agences \u00e0 entrer en liaison avec ces comit\u00e9s, en les invitant \u00e0 vous faire conna\u00eetre les entreprises&nbsp; agricoles, industrielles, et commerciales de leur secteur, susceptibles d\u2019acheter les produits des territoires que vous repr\u00e9sentez ou d\u2019y \u00e9couler les leurs. (FM\/Agefom\/40)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les archives fournissent beaucoup d\u2019\u00e9chantillons des correspondances \u00e9chang\u00e9es entre l\u2019administration, les agences, et les comit\u00e9s. Leur contenu porte sur les informations de toute nature qui alimentaient ce r\u00e9seau d\u2019information \u00e9conomique, organisation du r\u00e9seau, relais d\u2019information, liste d\u2019entreprises et liste de produits export\u00e9s ou import\u00e9s, etc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019avis d\u2019un expert&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A la session parlementaire de 1928, le d\u00e9put\u00e9 Archimbaud, longtemps rapporteur inamovible du budget des colonies \u00e0 la Chambre, appelait le pays \u00e0 faire un effort de propagande \u00ab&nbsp;<em>pour parvenir \u00e0 cr\u00e9er en France une mentalit\u00e9 imp\u00e9riale, le premier effort devait \u00eatre tent\u00e9 par la presse, le second par l\u2019\u00e9cole, \u00e0 tous les degr\u00e9s d\u2019enseignement\u2026 le gouvernement doit tendre \u00e0 obtenir de la grande presse quotidienne qu\u2019elle accorde \u00e0 l\u2019information coloniale la place qu\u2019elle m\u00e9rite, et que les honneurs de la premi\u00e8re page ou des \u00ab&nbsp;leaders&nbsp;\u00bb ne soient pas uniquement r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019expos\u00e9 des grands scandales coloniaux. \u00ab&nbsp;(ASOM)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A la session de 1930, le m\u00eame rapporteur du budget consacrait une partie de son expos\u00e9 \u00e0 la propagande coloniale&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Quelle ignorance le Fran\u00e7ais moyen n\u2019a-t-il pas \u00e0 l\u2019endroit de cet admirable domaine&nbsp;! Que de pr\u00e9jug\u00e9s \u00e0 vaincre&nbsp;<\/em>!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et le rapporteur de proposer que la bonne propagande touche l\u2019enfant, le Fran\u00e7ais au r\u00e9giment, l\u2019industriel et le commer\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>A l\u2019heure actuelle, les questions de propagande coloniale sont enti\u00e8rement laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019activit\u00e9 des agences relevant des gouvernements coloniaux. Gr\u00e2ce aux moyens financiers dont elles disposent, les agences ont pu jouer un r\u00f4le incontestable. Il n\u2019en est pas moins vrai qu\u2019il n\u2019y a actuellement aucune coordination dans l\u2019effort de propagande\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les questions de propagande rev\u00eatent une trop grande importance pour qu\u2019elles ne soient pas plac\u00e9es imm\u00e9diatement sous l\u2019autorit\u00e9 du Ministre et il est regrettable qu\u2019il n\u2019existe pas encore au Minist\u00e8re des Colonies&nbsp;<strong>un service de propagande<\/strong>, comme il est regrettable qu\u2019un&nbsp;<strong>service bien organis\u00e9 de la colonisation<\/strong>, disposant de cr\u00e9dits suffisants, n\u2019ai pas encore \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 au sein de ce m\u00eame d\u00e9partement.&nbsp;\u00bb(ASOM)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;A la lecture de ces textes, le lecteur constatera qu\u2019en 1930, \u00e0 la veille de la fameuse exposition de 1931, aucun chef d\u2019orchestre n\u2019existait pour la propagande coloniale, contrairement aux assertions de l\u2019historienne, qu\u2019il n\u2019existait pas de service de propagande au sein du gouvernement, et qu\u2019un rapporteur du budget des Colonies constatait \u00e0 la fois l\u2019insuffisance notoire de la propagande et le peu d\u2019int\u00e9r\u00eat des Fran\u00e7ais pour&nbsp;<em>leurs<\/em>&nbsp;colonies. Il faudra attendre les ann\u00e9es 1937 pour qu\u2019il y soit rem\u00e9di\u00e9, mais dans une conjoncture tout \u00e0 fait particuli\u00e8re, celle de l\u2019avant-guerre. En rappelant que la fameuse Agence g\u00e9n\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e, sans \u00eatre remplac\u00e9e, entre 1934 et 1937&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas se poser la question des sources historiques de l\u2019historienne et de ses interpr\u00e9tations erron\u00e9es, pour ne pas utiliser un mot plus fort. L\u2019Agence n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, en tout cas jusqu\u2019en 1931, une \u00ab&nbsp;<em>machine \u00e0 informer et \u00e0 s\u00e9duire<\/em>,&nbsp;<em>l\u2019\u00e9picentre de l\u2019information<\/em>&nbsp;<em>coloniale&nbsp;\u00bb<\/em>, ou alors un petit \u00e9picentre, l\u2019Agence n\u2019a jamais \u00ab&nbsp;<em>inond\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 capable de \u00ab&nbsp;<em>manipuler l\u2019opinion ou de marteler un discours&nbsp;\u00bb<\/em>, ni \u00ab&nbsp;<em>de fabriquer du colonial&nbsp;\u00bb<\/em>, et n\u2019a jamais eu de \u00ab&nbsp;<em>strat\u00e9gie&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019y a pas eu de \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9seau tentaculaire d\u2019individus<\/em>, de&nbsp;<em>marchands d\u2019influence que sont<\/em>&nbsp;<em>les journalistes&nbsp;\u00bb<\/em>, et contrairement au dire de l\u2019historienne, \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>l\u2019ensemble de cette propagande savamment organis\u00e9e<\/em>&nbsp;(<strong>n\u2019<\/strong><em>) a (<\/em><strong>pa<em>s<\/em><\/strong><em>) contribu\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir une chape de plomb qui rendit impossible la facult\u00e9 de penser le r\u00e9el&nbsp; de la domination coloniale.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Comment une telle chose aurait-elle \u00e9t\u00e9 possible&nbsp;? Alors que les agences d\u00e9ployaient une activit\u00e9 qui avait plus avoir avec le travail d\u2019une repr\u00e9sentation diplomatique ou d\u2019une agence d\u2019information, dont le rapporteur du budget des Colonies reconnaissait qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas suffisante en mati\u00e8re de propagande, et cela jusqu\u2019en 1931.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les agences firent un travail remarquable de documentation g\u00e9n\u00e9rale et \u00e9conomique sur les territoires qu\u2019elles repr\u00e9sentaient, mais s\u2019agissait-il de propagande&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que les hommes politiques de cette \u00e9poque ne donnaient pas le m\u00eame sens au mot propagande que nous, comme indiqu\u00e9 en d\u00e9but de chapitre.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Et pour l\u2019anecdote<\/strong>, et au sujet d\u2019un commentaire de l\u2019historienne \u00e0 propos d\u2019une brochure d\u00e9di\u00e9e, en 1928, \u00e0 L\u00e9on Perrier,&nbsp;<em>ministre de la Propagande coloniale (IC\/84)&nbsp;:<\/em>&nbsp;L\u00e9on Perrier fut effectivement ministre des Colonies entre 1925 et 1928<em>,<\/em>&nbsp;mais aucune trace de l\u2019appellation Lemaire&nbsp;! En tout \u00e9tat de cause, son efficacit\u00e9 n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s grande, compte tenu de la teneur des observations qui ont \u00e9t\u00e9 faites plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des cr\u00e9dits de propagande cr\u00e9dibles&nbsp;? Dans une \u00e9chelle de grandeurs cr\u00e9dible&nbsp;? Encore non&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Nous allons \u00e0 pr\u00e9sent nous int\u00e9resser aux budgets de l\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale et des agences \u00e9conomiques des colonies, afin de mesurer leur capacit\u00e9 financi\u00e8re d\u2019action en mati\u00e8re de propagande coloniale, car comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9, les agences d\u00e9veloppaient une activit\u00e9 vari\u00e9e, et l\u2019examen rapide de leurs budgets permettra de d\u00e9montrer que les cr\u00e9dits de propagande \u00e9taient infiniment modestes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les subventions des agences&nbsp; \u00e0 la presse m\u00e9tropolitaine et coloniale feront, plus loin, l\u2019objet d\u2019un examen particulier, compte tenu de leur caract\u00e8re sensible, et de l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019en donne l\u2019historienne.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Tout d\u2019abord, les cr\u00e9dits de l\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale des colonies<\/strong>&nbsp;: il faut rappeler que le budget de l\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait aliment\u00e9 par les budgets des colonies, ainsi que les budgets des diff\u00e9rentes agences \u00e9conomiques, AOF, AEF, Indochine, Madagascar, et territoires sous mandat. Cela ne co\u00fbtait donc pas trop cher au contribuable de m\u00e9tropole, et donc au budget de l\u2019Etat&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1923, le budget de l\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale \u00e9tait de 1,3 million \u20ac, et en 1926, quasiment du m\u00eame montant (FM\/408). Le budget de l\u2019agence ne repr\u00e9sentait pas plus de 0,09 % du budget du minist\u00e8re des Colonies, soit 142 millions \u20ac, et plus de 95% des recettes de son budget provenaient des contributions des colonies associ\u00e9es \u00e0 chacune des agences \u00e9conomiques. Le budget du minist\u00e8re des colonies repr\u00e9sentait lui-m\u00eame 0,007 % du budget de fonctionnement de l\u2019Etat. (Archives\/Finances)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1926, les budgets de l\u2019Indochine, de l\u2019AOF, et de Madagascar, y contribuaient respectivement pour 416&nbsp;224 \u20ac, 370&nbsp;480 \u20ac, et 268&nbsp;137 \u20ac.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1926, l\u2019essentiel du budget de l\u2019agence \u00e9tait consacr\u00e9 aux d\u00e9penses de personnel, et le budget des ports de commerce correspondait \u00e0 38% du budget de l\u2019agence.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Indiquons au lecteur, que le cr\u00e9dit d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la propagande coloniale, participation aux foires, expositions et conf\u00e9rences se montait alors \u00e0 10 540 \u20ac. Vraiment pas de quoi inonder le pays de propagande coloniale&nbsp;! (FM\/Agefom\/408, chap.16 du budget).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rappelons que le commerce ext\u00e9rieur de la France en 1930 (exportations, plus importations) \u00e9tait de 17 500 millions \u20ac, dont pour le commerce colonial, polaris\u00e9 sur l\u2019Alg\u00e9rie, 2&nbsp;891 millions \u20ac. (Empire colonial et capitalisme fran\u00e7ais, J.Marseille)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La propagande coloniale au sens strict repr\u00e9sentait une fraction infinit\u00e9simale du commerce ext\u00e9rieur, dans l\u2019ordre des fractions de milli\u00e8mes, m\u00eame en comptant la totalit\u00e9 des cr\u00e9dits de la fameuse agence&nbsp;<strong>omnipr\u00e9sente<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1937, ann\u00e9e au cours de laquelle le gouvernement d\u00e9cida d\u2019intensifier la propagande coloniale, le budget de cette propagande \u00e9tait de 1,9 million \u20ac &nbsp;(FM\/Agefom\/908), \u00e0 comparer au chiffre du budget du minist\u00e8re des colonies, soit 0,005 % de 360 millions \u20ac (Archives\/Finances). Le minist\u00e8re lui-m\u00eame repr\u00e9sentait 0,016 % du budget de fonctionnement de l\u2019Etat.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019ensemble de ces chiffres situe les ordres de grandeur que l\u2019historien est bien oblig\u00e9 de prendre en compte pour porter un jugement&nbsp;<em>historique<\/em>&nbsp;sur la propagande coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Examinons \u00e0 pr\u00e9sent&nbsp;<strong>les budgets des agences \u00e9conomiques<\/strong>&nbsp;pour mesurer leur poids relatif sur le plan financier et \u00e9conomique, et voir la part qu\u2019elles accordaient au poste documentation propagande.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1933, le budget de l\u2019agence de l\u2019AOF \u00e9tait de 681&nbsp;000 \u20ac. Le poste publicit\u00e9 et propagande se montait \u00e0 76&nbsp;000 \u20ac. Sur ce cr\u00e9dit, les subventions&nbsp; \u00e0 la presse de m\u00e9tropole \u00e9taient de 56&nbsp;000 \u20ac. Le montant du budget de l\u2019agence repr\u00e9sentait 5,6% du budget de l\u2019AOF, ce qui n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9gligeable pour la f\u00e9d\u00e9ration, mais beaucoup moins significatif sur le plan m\u00e9tropolitain. (FM\/Agefom\/744)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;Pour donner un exemple, en 1931, ann\u00e9e de l\u2019exposition coloniale, la Ville de Paris avait consacr\u00e9 plus d\u2019un million d\u2019euros \u00e0 ses r\u00e9ceptions, f\u00eates et c\u00e9r\u00e9monies, \u00e0 comparer au 1,2 million \u20ac de l\u2019agence de l\u2019AOF. Le budget de la Ville \u00e9tait alors de plus de 2 milliards \u20ac.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1934, le budget de l\u2019agence de l\u2019AEF \u00e9tait d\u2019environ 524&nbsp;000 \u20ac, dont 83&nbsp;000 \u20ac pour la propagande et les expositions, et le budget de la f\u00e9d\u00e9ration \u00e9tait de l\u2019ordre de 57,7 millions d\u2019euros, soit 9,9% du budget f\u00e9d\u00e9ral, un chiffre relativement important, mais qui marquait \u00e0 la fois le besoin de cette f\u00e9d\u00e9ration de se faire conna\u00eetre, et la disproportion existant dans l\u2019\u00e9chelle des valeurs entre m\u00e9tropole et colonies. (FM\/Agefom\/408 et 901)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces budgets \u00e9taient sans commune mesure avec les budgets m\u00e9tropolitains, m\u00eame s\u2019ils pouvaient faire illusion dans leur rapport avec les budgets coloniaux. Nous allons confirmer cette appr\u00e9ciation dans notre analyse des subventions \u00e0 la presse et d\u00e9montrer que la presse m\u00e9tropolitaine et coloniale n\u2019\u00e9tait certainement pas en mesure de propager la bonne nouvelle coloniale gr\u00e2ce aux subventions qui lui \u00e9taient vers\u00e9es par les agences \u00e9conomiques des colonies.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous ne reviendrons pas sur les affirmations trompeuses de l\u2019historienne quant au r\u00f4le et \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019Agence dans les ann\u00e9es 1871-1931, dans&nbsp;<strong>Culture coloniale<\/strong>, alors que nous avons vu qu\u2019elle n\u2019avait exist\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir de 1919, et que son activit\u00e9 \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur des jugements r\u00e9troactifs et anachroniques de l\u2019historienne.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment est-il possible d\u2019\u00e9crire dans ce livre au sujet de cette Agence, et pour la m\u00eame p\u00e9riode&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Elle fut par cons\u00e9quent l\u2019un des plus grands outils f\u00e9d\u00e9rateurs de l\u2019opinion publique.&nbsp;\u00bb (CC\/142<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et gr\u00e2ce \u00e0 elle&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ainsi la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019ordre colonial \u00e9tait elle parfaitement int\u00e9rioris\u00e9e.&nbsp;\u00bb (CC\/147)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>La presse a-t-elle fait \u0153uvre de propagande<\/strong>&nbsp;<strong>coloniale ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;Dans le livre suivant,&nbsp;<strong>Culture imp\u00e9riale<\/strong>, et pour la p\u00e9riode 1931-1961, m\u00eame discours de l\u2019historienne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est la raison pour laquelle l\u2019apog\u00e9e colonial des ann\u00e9es 1930 se traduit par une v\u00e9ritable promotion de l\u2019id\u00e9e imp\u00e9riale men\u00e9s par la R\u00e9publique, via son agence de propagande officielle, et largement relay\u00e9e au sein de la soci\u00e9t\u00e9 par le monde scolaire ou d\u2019autres acteurs, en particulier la presse ou le cin\u00e9ma.&nbsp;\u00bb (CI\/45)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019historienne rappelle que l\u2019Agence g\u00e9n\u00e9rale des colonies avait disparu, sans en donner la p\u00e9riode, c\u2019est \u00e0 dire entre 1934 \u00e0 1937, ann\u00e9e de cr\u00e9ation par le Front Populaire du Service Intercolonial d\u2019Information et de Documentation.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019historienne donne l\u2019exemple de la presse comme indice de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019intrusion de l\u2019Empire<\/em>&nbsp;<em>dans les foyers m\u00e9tropolitains<\/em>&nbsp;\u00bbau cours de ces ann\u00e9es, et cite une liste de journaux qui, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930, \u00e9taient destinataires d\u2019articles et de subventions, en \u00e9crivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Cette \u00e9num\u00e9ration est loin d\u2019\u00eatre compl\u00e8te, mais elle r\u00e9v\u00e8le l\u2019importance de l\u2019emprise propagandiste sur l\u2019information \u00e9crite, qu\u2019elle soit strictement coloniale ou \u00e0 vocation plus g\u00e9n\u00e9rale, le rapport des montants de subvention \u00e9tant \u00e0 peu de choses \u00e9gal, ce qui atteste de la volont\u00e9 de toucher le plus large public et non pas seulement une partie de la population d\u00e9j\u00e0 sensibilis\u00e9e. Ainsi avons-nous pu relever cent soixante dix titres diff\u00e9rents qui ont \u00e9t\u00e9 subventionn\u00e9s sur les fonds de la propagande coloniale officielle entre 1936 et 1938. Autant dire que ce vaste panel a largement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019ancrage de l\u2019\u00e9l\u00e9ment colonial au sein de la soci\u00e9t\u00e9 &nbsp;fran\u00e7aise, puisqu\u2019on retrouve aussi bien les grands quotidiens ou hebdomadaires de la presse g\u00e9n\u00e9rale ou \u00ab&nbsp;coloniale&nbsp;\u00bb que les journaux affectant tous les genres et traitant de politique, de religion, d\u2019\u00e9conomie et de finance, mais aussi d\u2019agriculture, de cuisine, s\u2019adressant aux jeunes, aux hommes, aux femmes et \u00e0 toutes les cat\u00e9gories professionnelles.&nbsp;\u00bb (CI\/51,52) &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Litt\u00e9rature que tout cela&nbsp;! En donnant l\u2019illusion de la pr\u00e9cision intellectuelle et en osant une conclusion historique hardie, une de plus, celle de&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<strong>l\u2019ancrage&nbsp; de<\/strong><\/em>&nbsp;<strong><em>l\u2019\u00e9l\u00e9ment colonial au sein de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;!&nbsp;\u00bb Rien de moins&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Le lecteur est donc invit\u00e9 \u00e0&nbsp; confronter un tel discours aux pi\u00e8ces \u00e0 conviction des archives.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La liste de journaux fournie est, \u00e0 quelques diff\u00e9rences pr\u00e8s, conforme au proc\u00e8s verbal du 29 janvier 1937 et aux suivants de la commission minist\u00e9rielle qui se r\u00e9unissait pour attribuer des subventions aux journaux. La liste cit\u00e9e correspondait en gros \u00e0 moins de la moiti\u00e9 du lectorat de la presse parisienne, et au quart de la presse parisienne et provinciale, cette derni\u00e8re faisant jeu \u00e9gal avec la presse parisienne en tirage. Ce n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas mal, mais que repr\u00e9sentaient ces subventions pour ces journaux, car il faut donner \u00e0 la fois donner quelques chiffres et rappeler le fonctionnement administratif du syst\u00e8me des subventions.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1928, deux commissions&nbsp; centrales furent cr\u00e9\u00e9es, l\u2019une pour attribuer des subventions \u00e0 des \u00e9tablissements m\u00e9tropolitains de propagande coloniale, directement ou indirectement, les comit\u00e9s de propagande coloniale, la deuxi\u00e8me aux journaux. En 1930, l\u2019attribution des subventions aux journaux et revues fut rendue \u00e0 l\u2019initiative des gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux et gouverneurs, en pr\u00e9cisant qu\u2019il s\u2019agissait des&nbsp;<em>cr\u00e9dits pr\u00e9vus aux budgets locaux pour la propagande coloniale effectu\u00e9e dans la m\u00e9tropole<\/em>. (FM\/Agefom\/412-Circulaire minist\u00e9rielle du 16\/04\/1935)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les deux commissions \u00e9taient compos\u00e9es de repr\u00e9sentants du minist\u00e8re et des agences \u00e9conomiques des colonies et territoires.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1937, la presse coloniale proprement dite, c&rsquo;est-\u00e0-dire sp\u00e9cialis\u00e9e, re\u00e7ut au total 184&nbsp;000 \u20ac pour onze titres (FM\/Agefom\/412, PV du 29\/01\/37).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les budgets des colonies y contribu\u00e8rent pour les montants suivants&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Indochine&nbsp;: &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;37&nbsp;000 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; AOF&nbsp;: &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;63&nbsp;382 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; AEF&nbsp;: &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;33&nbsp;346 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Madagascar&nbsp;: 37&nbsp;130 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Territoires&nbsp;:&nbsp;&nbsp; 13 142 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u2019apr\u00e8s le proc\u00e8s verbal du 26 f\u00e9vrier 1937, et pour 1936, le total des subventions attribu\u00e9es \u00e0 la presse coloniale et \u00e0 la presse m\u00e9tropolitaine avait \u00e9t\u00e9 de 555&nbsp;000 \u20ac, le budget pr\u00e9vu pour 1937 \u00e9tant quasiment identique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le m\u00eame proc\u00e8s verbal, on rel\u00e8ve que le cr\u00e9dit de subvention pr\u00e9vu en 1937 pour les \u00e9tablissements de propagande \u00e9tait de 233&nbsp;000 \u20ac.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Situons \u00e0 pr\u00e9sent ces chiffres dans des \u00e9chelles de grandeur \u00e9conomiques ou financi\u00e8res cr\u00e9dibles, avant de les situer dans le contexte du financement concret de la presse de cette \u00e9poque, et sans doute encore de la n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout d\u2019abord par rapport au commerce ext\u00e9rieur des colonies et territoires avec la France. (Revue Economique Fran\u00e7aise, p.127)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces subventions repr\u00e9sentaient par rapport au chiffre du commerce ext\u00e9rieur de 1936, 0,46% pour l\u2019Indochine, 0,82% pour l\u2019AOF, et 1,20% pour Madagascar, ce qui n\u2019\u00e9tait pas consid\u00e9rable en mati\u00e8re de propagande, pour ne pas dire de publicit\u00e9 publique, par rapport aux chiffres d\u2019affaires de leur commerce ext\u00e9rieur avec la m\u00e9tropole.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il convient de rappeler que le commerce du Maghreb, Alg\u00e9rie, Maroc, Tunisie, repr\u00e9sentait \u00e0 lui seul, pas loin de la moiti\u00e9 du commerce de la France avec l\u2019Empire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019est pas superflu non plus de se poser la question de savoir s\u2019il s\u2019agissait de propagande coloniale ou de publicit\u00e9 pour des produits coloniaux, car l\u2019historienne entretient \u00e0 ce sujet une confusion compl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lecteur verra plus loin confirm\u00e9es &nbsp;les observations faites par les experts sur le peu de coop\u00e9ration que la grande presse manifestait pour la propagande coloniale, et sur le fait que, sans subvention, la presse coloniale aurait disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais il nous faut \u00e0 pr\u00e9sent aller au c\u0153ur du fonctionnement concret de la presse de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Citons tout d\u2019abord un extrait des conclusions du Colloque de 1993 qui atteste de la profonde m\u00e9connaissance du milieu concret de la presse par certains historiens, de la candeur aussi, et la sous-\u00e9valuation de la paresse journalistique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le du Parti colonial dans la production de cette imagerie&nbsp;? Charles Robert Ageron et d\u2019autres ont montr\u00e9, par exemple, que le Parti colonial ou l\u2019Agence de France d\u2019outre-mer pour le minist\u00e8re des Colonies avaient des officines qui r\u00e9digeaient des articles pr\u00eats \u00e0 \u00eatre repris, non sign\u00e9s, dans la presse.&nbsp;\u00bb&nbsp; (C\/145)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais beaucoup de journalistes ont toujours trouv\u00e9 plus facile de reproduire purement ou simplement les papiers qu\u2019on leur fournissait gratuitement, quitte \u00e0 leur donner un l\u00e9ger coup de patte, que de r\u00e9diger eux-m\u00eames leurs articles. Communiqu\u00e9s officiels ou non, d\u00e9p\u00eaches d\u2019agences, ont toujours \u00e9t\u00e9 les bienvenus dans beaucoup de journaux. M\u00eame de nos jours, combien de journaux ne font qu\u2019adapter des d\u00e9p\u00eaches de l\u2019agence France Presse ou Reuters au go\u00fbt du journal&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les proc\u00e8s verbaux de la commission cit\u00e9e plus haut font \u00e9tat \u00e0 la fois de subventions et de r\u00e9mun\u00e9rations de correspondants des journaux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019historienne Lemaire rel\u00e8ve cette situation dans ses contributions, mais elle \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre surprenante, compte tenu de la grande difficult\u00e9 que les gouvernements rencontraient pour faire passer de la propagande coloniale dans leurs journaux, comme le notait plus haut l\u2019historien Ageron.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut citer in extenso un extrait du projet de circulaire du ministre des Colonies, Marius Moutet, celui auquel, effectivement, l\u2019historienne aurait pu donner le surnom de ministre de la Propagande, extrait qui ne figure pas dans le texte officiel de la circulaire n\u00b0 1294 du 11 mai 1937, laquelle valait instruction aux gouverneurs g\u00e9n\u00e9raux et gouverneurs pour la propagande coloniale, texte sur lequel nous reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le r\u00e9dacteur du projet de circulaire \u00e9crivait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Venons-en \u00e0 la question de la presse proprement dite. C\u2019est peut \u00eatre la plus d\u00e9licate de toutes\u2026 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019abonnements ou de subventions, il serait pu\u00e9ril de dissimuler que la presse coloniale \u00e9dit\u00e9e en France tire la plupart de ses ressources de nos contributions budg\u00e9taires, et que la presse m\u00e9tropolitaine, pour autant qu\u2019elle veuille bien s\u2019int\u00e9resser aux questions coloniales, consid\u00e8re comme une contre partie n\u00e9cessaire le fait de recevoir, de vos budgets, sous une forme ou sous une autre, un concours financier, et d\u2019\u00e9voquer le t\u00e9moignage d\u2019un gouverneur g\u00e9n\u00e9ral des colonies qui \u00e9crivait&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019ai la tristesse de constater que les journaux consid\u00e8rent nos subventions comme une sorte de tribut rendu en hommage \u00e0 leur puissance et ne comportant aucune obligation de leur part.&nbsp;\u00bb (FM\/Agefom\/908)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Dans sa circulaire minist\u00e9rielle du 11 mai 1937, le ministre donnait les raisons de la cr\u00e9ation du nouveau Service Intercolonial d\u2019Information&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>L\u2019information, l\u2019\u00e9ducation coloniale du peuple fran\u00e7ais est une n\u00e9cessit\u00e9\u2026On s\u2019est install\u00e9 dans des habitudes administratives, l\u2019action de la propagande reste modeste, traditionnelle, habituelle&nbsp;;\u2026Il faut enfin, faire prendre \u00e0 notre pays, \u00e0 notre population toute enti\u00e8re, jusque ses couches profondes, jusque dans sa spontan\u00e9it\u00e9 populaire, conscience de sa valeur coloniale ou plut\u00f4t de sa mission d\u2019enseignement des peuples attard\u00e9s, il faut r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 la France sa famille humaine toute enti\u00e8re dans sa multiple vari\u00e9t\u00e9, dans son \u00e9troite solidarit\u00e9\u2026 Certes le dessein est vaste, g\u00e9n\u00e9reux, il requiert d\u00e9sint\u00e9ressement, foi, vocation et l\u2019effort d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration, mais en tra\u00e7ant le chemin, en marquant la direction, nous aurons amorc\u00e9 une oeuvre qui se r\u00e9alisera avec certitude.&nbsp;\u00bb (FM\/Agefom\/\/908)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;En mai 1937, il ne semblait donc pas que la situation de la propagande coloniale fut celle d\u00e9crite par l\u2019historienne, c&rsquo;est-\u00e0-dire mirobolante, alors qu\u2019il restait moins de trois ans avant le d\u00e9but de la deuxi\u00e8me guerre&nbsp;mondiale, qui allait tout changer et tout bouleverser.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notons en passant que le discours Moutet n\u2019avait pas beaucoup \u00e9volu\u00e9 par rapport \u00e0 celui de Jules Ferry.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La circulaire en question fixait des objectifs \u00e0 atteindre dans plusieurs domaines, la presse, la radio, la documentation photographique, le cin\u00e9ma, objectifs qui furent poursuivis par le r\u00e9gime de Vichy et la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, mais la France \u00e9tait alors entr\u00e9e dans un autre monde, un nouveau monde<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La consultation de ces sources montre qu\u2019il n\u2019est pas possible de prendre au mot les propos et jugements p\u00e9remptoires de l\u2019historienne, qui ne correspondent absolument pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Compl\u00e9tons cette analyse critique en proposant un \u00e9clairage sur le fonctionnement concret de la presse entre les deux guerres, \u00e0 partir notamment des analyses de l\u2019Histoire G\u00e9n\u00e9rale de la Presse (PUF 1972).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui comme dans celui de l\u2019entre deux guerres, et compte tenu de son influence, la presse n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 une soci\u00e9t\u00e9 de blancheur et de candeur. Les journaux \u00e9taient toujours \u00e0 la recherche \u00e0 la fois de lecteurs, et aussi de sources de financement compl\u00e9mentaires, publicit\u00e9, subventions ou fonds secrets.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1892, le scandale de Panama &nbsp;avait montr\u00e9 dans toute son ampleur les subventions occultes vers\u00e9es aux journaux, et le Tr\u00e9sor russe n\u2019avait pas m\u00e9nag\u00e9 son soutien \u00e0 la presse fran\u00e7aise pour faciliter le placement des fameux emprunts russes en 1905.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre 1919 et 1939, les journaux continu\u00e8rent \u00e0 solliciter des soutiens financiers d\u2019origine diverse. L\u2019usage des fonds secrets se perp\u00e9tuait&nbsp;: en 1933, le journal de Briand recevait une subvention mensuelle de 56&nbsp;000 euros, soit un total annuel de 672&nbsp;000 euros, montant sup\u00e9rieur au cr\u00e9dit de 550&nbsp;000 euros que nous avons cit\u00e9 plus haut pour le total des subventions&nbsp; \u00e0 la presse m\u00e9tropolitaine et coloniale. (HGP\/p, 488)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les ann\u00e9es 1930, le gouvernement grec versa des subventions \u00e0 la presse fran\u00e7aise, au Figaro, et au Temps.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel que soit l\u2019angle de l\u2019analyse, on voit bien que les budgets consacr\u00e9s \u00e0 la propagande coloniale n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 la hauteur des enjeux&nbsp;: presque anodins en ce qui concerne la presse m\u00e9tropolitaine, et transfusionnels pour la presse coloniale, dont les tirages \u00e9taient modestes, avec des r\u00e9sultats tr\u00e8s mitig\u00e9s, pour ne pas dire n\u00e9gligeables sur l\u2019opinion publique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Arr\u00eatons- nous encore un instant sur un cas concret, celui du Petit Parisien, cit\u00e9 par l\u2019historienne. D\u2019apr\u00e8s les proc\u00e8s verbaux de la commission officielle, ce quotidien re\u00e7ut une subvention de 39&nbsp;000 \u20ac en 1937. Le prix de vente au num\u00e9ro \u00e9tait en 1937 de 0,52 \u20ac, ce qui correspondait&nbsp; \u00e0 l\u2019achat officiel de 75&nbsp;000&nbsp; num\u00e9ros, alors que le tirage quotidien de ce journal \u00e9tait de l\u2019ordre du million. Donc une contribution anecdotique, pour ne pas dire anodine&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rapport\u00e9 au chiffre d\u2019affaires annuel du quotidien, cette subvention \u00e9tait purement hom\u00e9opathique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notons enfin qu\u2019aucune d\u00e9monstration statistique n\u2019est faite en ce qui concerne la place concr\u00e8te, c&rsquo;est-\u00e0-dire la surface des articles de la grande presse consacr\u00e9s aux questions coloniales par rapport \u00e0 la surface totale, et le contenu qualitatif des articles, c&rsquo;est-\u00e0-dire, favorable, d\u00e9favorable, ou neutre en ce qui concerne ces m\u00eames questions.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le lecteur aura donc pu se convaincre de la distance qui s\u00e9pare les propos outranciers de l\u2019historienne et la r\u00e9alit\u00e9 historique&nbsp;: on voit mal avec l\u2019organisation d\u00e9crite, les budgets d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la propagande coloniale, comment la Troisi\u00e8me R\u00e9publique aurait pu r\u00e9ussir \u00e0&nbsp;<strong><em>fabriquer du colonial<\/em><\/strong>, \u00e0 convaincre&nbsp;<strong><em>les marchands<\/em>&nbsp;<em>d\u2019opinion<\/em><\/strong>, \u00e0 obtenir&nbsp;<strong><em>le ralliement<\/em><\/strong>&nbsp;<em><strong>populaire au credo colonial<\/strong><\/em>. Non, vraiment, trop c\u2019est trop, c\u2019est vouloir faire prendre aux Fran\u00e7ais des vessies pour des lanternes historiques&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et pour raccorder la propagande ou la publicit\u00e9 du pass\u00e9 avec le pr\u00e9sent, indiquons que les fournisseurs d\u2019acc\u00e8s \u00e0 internet ont fait, en fin d\u2019ann\u00e9e 2006, des campagnes de publicit\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 chiffr\u00e9es de 9 millions \u00e0 27 millions d\u2019euros.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En contrepoint, un grain \u2026 de riz et un grain \u2026d\u2019histoire !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Exemple caricatural d\u2019un effet de loupe historique, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019un sophisme historique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ouf&nbsp;! Nous avons \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la publicit\u00e9 d\u2019Uncle Ben\u2019s et \u00e0 l\u2019Empire am\u00e9ricain dans nos assiettes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais le lecteur n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 notre travail de d\u00e9corticage du riz indochinois&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le livre&nbsp;<strong>Culture Imp\u00e9riale<\/strong>&nbsp;(CI\/75), l\u2019historienne nous livre, sous le titre&nbsp;<strong>Manipuler&nbsp;: A la conqu\u00eate des go\u00fbts<\/strong>, son analyse de la propagande imp\u00e9riale \u00e0 travers quelques cas de produits coloniaux, le th\u00e9 et le riz, avec pour le riz un sous-titre ravageur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;Du riz dans les assiettes, de l\u2019Empire dans les esprits \u00ab&nbsp;<\/strong>&nbsp;(CI\/82)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rien de moins&nbsp;! Et dans sa conclusion&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>De toute \u00e9vidence, au cours des ann\u00e9es 1930-1940, la propagande a accapar\u00e9 les Fran\u00e7ais dans leur vie quotidienne et tent\u00e9 de faire passer l\u2019id\u00e9e coloniale de la pens\u00e9e aux actes. Cette d\u00e9marche n\u2019\u00e9tait pas neutre puisqu\u2019elle visait \u00e0 imposer la notion de France imp\u00e9riale dans les pratiques journali\u00e8res afin de nouer puis de consolider les liens avec l\u2019Empire, avec les \u00ab&nbsp;autres&nbsp;\u00bb France. Leur consommation aujourd\u2019hui banalis\u00e9e, constitue l\u2019un des indices de cette culture imp\u00e9riale qui a impr\u00e9gn\u00e9 pour toujours, jusque dans les assiettes, les m\u0153urs et les habitudes quotidiennes des Fran\u00e7ais<\/em>.&nbsp;\u00bb (CI\/91)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne sais si Madame Lemaire a interrog\u00e9 ses parents \u00e0 ce sujet, mais je n\u2019ai moi-m\u00eame conserv\u00e9 aucun souvenir d\u2019avoir vu du riz dans mon assiette. Alors faut-il faire appel \u00e0 mon inconscient&nbsp;? Mais allons \u00e0 pr\u00e9sent au fond des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019historienne rappelle qu\u2019un comit\u00e9 du riz a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en octobre 1931, et que celui-ci \u00ab&nbsp;<em>avait choisi d\u2019aller \u00e0 la rencontre des Fran\u00e7ais afin de transformer leurs go\u00fbts et de les \u00ab&nbsp;convertir&nbsp;\u00bb au produit. Or la seule fa\u00e7on de faire conna\u00eetre un produit dont on ignore la saveur \u00e9tait d\u2019offrir au maximum de personnes la possibilit\u00e9 d\u2019en consommer avec la pr\u00e9paration ad\u00e9quate. Ainsi le Comit\u00e9 a-t-il consacr\u00e9 une large part de son budget \u00e0 cette tactique.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il lui fallait aussi \u00ab&nbsp;<strong><em>Fa\u00e7onner les go\u00fbts des jeunes consommateurs<\/em><\/strong>&nbsp;(CI\/87)\u2026&nbsp;<em>Les jeux n\u2019\u00e9chappaient pas \u00e0 la strat\u00e9gie globale. Un tr\u00e8s bel exemple nous est donn\u00e9 par un jeu de l\u2019oie, pour la r\u00e9alisation duquel une somme de trois cents mille francs sur le budget de 1932 fut accord\u00e9e \u00e0 hauteur d\u2019un million d\u2019exemplaires. Il \u00e9tait porteur de l\u2019ensemble des messages de la campagne\u2026 Ce jeu a connu une diffusion importante dans la mesure o\u00f9 un demi- million d\u2019exemplaires ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s dans les principales \u00e9coles primaires des trois cent cinquante villes de France ayant une population sup\u00e9rieure \u00e0 dix mille habitants.&nbsp;\u00bb (CI\/88).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Plus loin, l\u2019historienne \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>En effet, au-del\u00e0 de la publicit\u00e9 commerciale, la propagande \u00e9tait d\u00e9celable dans les orientations politiques des slogans\u2026. La marque de l\u2019id\u00e9ologique \u00e9tait pr\u00e9gnante et le slogan transformait alors le programme politique en \u00e9nonc\u00e9. \u00ab&nbsp;(CI\/89)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<strong>Le d\u00e9corticage du riz<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L\u2019historienne est beaucoup plus avare de chiffres que de paroles&nbsp;: les seuls cit\u00e9s concernent le fameux jeu de l\u2019oie, 300&nbsp;000 F en 1932, soit 150&nbsp;000 \u20ac (2002).<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rappelons que le budget de l\u2019agence \u00e9conomique de l\u2019Indochine \u00e9tait de plus de 416&nbsp;000 \u20ac en 1926, et que sur cette base l\u2019op\u00e9ration&nbsp;<strong>jeu de l\u2019oie<\/strong>&nbsp;aurait co\u00fbt\u00e9 36% de son budget, ce qui n\u2019est pas d\u00e9mesur\u00e9, compte tenu du poids consid\u00e9rable du riz dans les comptes de l\u2019Indochine, aussi bien pour le budget f\u00e9d\u00e9ral que pour son commerce.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rappelons \u00e9galement qu\u2019en 1937, la m\u00eame agence consacra 37&nbsp;000 \u20ac \u00e0 la seule presse coloniale. Dans les ann\u00e9es 1929-1930, le budget de l\u2019Indochine \u00e9tait de l\u2019ordre de 730 millions \u20ac, dont plus de la moiti\u00e9 des ressources provenait du commerce du riz.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 150&nbsp;000 \u20ac par rapport \u00e0 730 millions \u20ac, cet effort de publicit\u00e9 \u00e9tait n\u00e9gligeable.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quant au chiffre qu\u2019il repr\u00e9sente par rapport au chiffre du commerce ext\u00e9rieur total (importations&nbsp; et exportations de l\u2019Indochine, la conclusion est \u00e9galement \u00e9clairante, 150&nbsp;000 \u20ac par rapport \u00e0 646 millions \u20ac en 1935, ou \u00e0 902 millions en 1936, dont 278 millions pour les exportations. Alors que le riz repr\u00e9sentait entre 30 et 40% du montant des exportations.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 possible de faire des comparaisons \u00e0 m\u00eame date, mais les \u00e9carts sont tels qu\u2019ils ne sont pas de nature \u00e0 mettre en cause cette d\u00e9monstration.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Car ce que ne dit pas l\u2019historienne, c\u2019est que le riz rev\u00eatait une importance capitale pour l\u2019\u00e9conomie et la vie m\u00eame de l\u2019Indochine, confront\u00e9e en permanence aux al\u00e9as de la conjoncture internationale du commerce du riz, de la concurrence des autres pays asiatiques, et en m\u00e9tropole, \u00e0 celle du bl\u00e9 dont le prix venait en concurrence de celui du riz. (<strong><em>Le commerce franco-colonial-R.Bouvier-1936)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entre 1929 et 1933, les cours du riz s\u2019effondr\u00e8rent et provoqu\u00e8rent une grave crise \u00e9conomique, financi\u00e8re et humaine en Indochine. Il y avait en effet beaucoup de petits producteurs de riz en Cochinchine et au Tonkin. Il \u00e9tait donc vital pour l\u2019Indochine de tenter de maintenir ses exportations, notamment vers la France, et gr\u00e2ce \u00e0 ses efforts, la f\u00e9d\u00e9ration r\u00e9ussit \u00e0 y accro\u00eetre ses exportations, pass\u00e9es de 222 000 tonnes en 1929 \u00e0 605 000 tonnes en 1933. (Bourbon-1938)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais le lecteur sera sans doute int\u00e9ress\u00e9 aussi par un petit compl\u00e9ment d\u2019information, le fait que le riz indochinois n\u2019allait pas dans les assiettes, mais \u00e9tait un aliment de la volaille et du b\u00e9tail pour 95% du total. Il fallait donc bien un effort de publicit\u00e9 pour convaincre le consommateur fran\u00e7ais que le riz valait la peine d\u2019\u00eatre consomm\u00e9, d\u2019autant plus que le riz indochinois \u00e9tait r\u00e9put\u00e9 pour ses d\u00e9fauts de qualit\u00e9, compar\u00e9 \u00e0 des riz \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ajoutons enfin, pour que le contrepoint soit complet que les importations de riz indispos\u00e8rent les syndicats de d\u00e9fense du bl\u00e9, et qu\u2019il n\u2019en s\u2019est fallu de peu qu\u2019une loi soit vot\u00e9e en 1934 en vue de contingenter son importation, car il venait en concurrence avec le bl\u00e9 fran\u00e7ais. (<strong><em>Pigourier-1937<\/em><\/strong>)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Petite illustration, aussi, des bienfaits de la politique coloniale de la France&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le grain de riz est donc bien l\u2019exemple caricatural d\u2019une m\u00e9thodologie historique compl\u00e8tement d\u00e9faillante, laquelle n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 monter en \u00e9pingle un exemple, en le sortant de son contexte historique, et en l\u2019absence d\u2019une mise en perspective \u00e9conomique et humaine \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e, dans le sillage de la grande crise mondiale de 1929.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais grain de riz, ou cerise sur le g\u00e2teau, il pourrait en \u00eatre du sexe du riz, \u00e0 savoir s\u2019il s\u2019agit de publicit\u00e9 ou de propagande, comme du sexe des anges, et que dans ce cas de figure, le joueur de l\u2019histoire de ce jeu de l\u2019oie serait au choix, tomb\u00e9 dans le puits, mis en prison, ou revenu \u00e0 la case de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La propagande coloniale ne serait-elle pas aujourd\u2019hui largement d\u00e9pass\u00e9e par une autre propagande&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Supercherie Coloniale Suite du chapitre 7, page 184 du livre La Propagande coloniale L\u2019analyse critique&nbsp;: Les institutions&nbsp;: ont-elles \u00e9t\u00e9 op\u00e9rationnelles, aux fins de la propagande, dans leur organisation et dans leur fonctionnement&nbsp;? Non &nbsp;L\u2019agence g\u00e9n\u00e9rale des colonies et les agences \u00e9conomiques des territoires n\u2019ont jamais constitu\u00e9 la machine de guerre de la propagande coloniale volontiers &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2014\/07\/03\/le-livre-supercherie-coloniale-chapitre-7-la-propagande-coloniale-suite\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Le livre \u00ab\u00a0Supercherie Coloniale\u00a0\u00bb Chapitre 7 \u00ab\u00a0La Propagande Coloniale\u00a0\u00bb suite&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[2092,909,2401,2399,317,2402,2400,764,2398,285],"class_list":["post-2287","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-ageron","tag-archimbaud","tag-bouvier","tag-culture-imperiale","tag-lemaire","tag-perrier","tag-pigourier","tag-propagande","tag-scandale-de-panama","tag-supercherie-coloniale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2287"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2287\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2288,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2287\/revisions\/2288"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}