{"id":2318,"date":"2015-01-15T00:59:00","date_gmt":"2015-01-14T23:59:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2318"},"modified":"2021-07-09T01:04:00","modified_gmt":"2021-07-08T23:04:00","slug":"francais-et-africains-les-noirs-dans-le-regard-des-blancs-1530-1880-william-b-cohen-lecture-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/01\/15\/francais-et-africains-les-noirs-dans-le-regard-des-blancs-1530-1880-william-b-cohen-lecture-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains Les Noirs dans le regard des Blancs-1530-1880 -William B. Cohen-Lecture critique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais et Africains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Les Noirs dans le regard des Blancs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1530-1880&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>William B.Cohen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>( NRF Gallimard 1981)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Lecture critique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette publication a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e le 27 octobre 2014, \u00e0 l\u2019occasion de ma lecture critique d\u2019une chronique du journal Le Monde du 29 ao\u00fbt 2014 intitul\u00e9e \u00ab&nbsp; Afro-Am\u00e9ricains et Noirs de France, les Faux Fr\u00e8res&nbsp;\u00bb d\u2019Elise Vincent.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\">&nbsp;<strong>Une remarque pr\u00e9alable&nbsp;:<\/strong>&nbsp;<strong><em>Payot vient de publier un ouvrage de Frederick Cooper sous le m\u00eame titre, un ouvrage qui fera l\u2019objet d\u2019une lecture critique ult\u00e9rieurement.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:17px\"><strong><em>Les caract\u00e8res gras sont de ma responsabilit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En reprenant la lecture d\u2019un autre livre du m\u00eame historien, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<strong><em>Empereurs sans sceptre<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise, un ouvrage dont j\u2019avais appr\u00e9ci\u00e9 le contenu,&nbsp; j\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019existence de ce livre, dont le contenu, \u00e0 l\u2019inverse, ne m\u2019a pas du tout convaincu, et voici pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>S\u2019agit-il v\u00e9ritablement d\u2019un ouvrage historique dont l\u2019objet serait celui des Noirs dans le regard des Blancs ou d\u2019une th\u00e8se id\u00e9ologique qui tend \u00e0 vouloir d\u00e9montrer, sans exc\u00e8s de preuves, et c\u2019est un euph\u00e9misme, que les Fran\u00e7ais ont toujours \u00e9t\u00e9 racistes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Ce qu\u2019annonce la pr\u00e9face&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Ses exp\u00e9riences (la France) et sa conception des peuples noirs ont contribu\u00e9 \u00e0 la formation de l\u2019image de l\u2019homme noir dans la culture occidentale\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par&nbsp; cons\u00e9quent, quoique cet ouvrage veuille \u00eatre avant tout l\u2019histoire des r\u00e9actions fran\u00e7aises devant le ph\u00e9nom\u00e8ne noir, il aimerait aussi contribuer \u00e0 l\u2019\u00e9tude plus g\u00e9n\u00e9rale des relations entre races, et prouver, dans le contexte fran\u00e7ais, l\u2019exactitude de certaines th\u00e9ories concernant ces relations (p,7)\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A sa grande surprise (l\u2019auteur), les documents historiques consult\u00e9s se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent impr\u00e9gn\u00e9s d\u2019une forte tradition raciale, insoup\u00e7onn\u00e9e jusqu\u2019 \u00e0 ce jour\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La pr\u00e9sente \u00e9tude examine les r\u00e9actions des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Noirs \u2013 et cela \u00e0 diff\u00e9rentes&nbsp; \u00e9poques -, et d\u00e9voile la continuit\u00e9 d\u2019attitudes et de st\u00e9r\u00e9otypes enfouis dans la culture et dans les institutions fran\u00e7aises.<\/em><\/strong><em>Pour ce faire, on a eu recours \u00e0 deux m\u00e9thodes&nbsp;: la m\u00e9thode chronologique et la m\u00e9thode th\u00e9matique. L\u2019approche historique s\u2019impose chaque fois que l\u2019on veut analyser l\u2019homme, ses pens\u00e9es et ses actes dans le contexte temporel qui fut le sien. Mais comme l\u2019histoire seule reste insuffisante, il faut s\u2019adresser parfois \u00e0 la psychologie, \u00e0 l\u2019anthropologie et \u00e0 la sociologie<strong>. N\u00e9anmoins cet ouvrage reste avant tout un ouvrage historique traitant des questions soulev\u00e9es par l\u2019origine, le d\u00e9veloppement et la continuit\u00e9 d\u2019une attitude bas\u00e9e sur des principes d\u2019in\u00e9galit\u00e9 raciale, attitude que les Fran\u00e7ais d\u00e9velopp\u00e8rent envers l\u2019homme noir, que ce dernier f\u00fbt sur son sol natal, dans&nbsp;les plantations des Antilles et de l\u2019Oc\u00e9an Indien ou en France m\u00eame<\/strong><\/em><strong>.&nbsp;<em>(p,9)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette \u00e9tude s\u2019arr\u00eate en 1880,<\/em><\/strong><em>date d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisie parce qu\u2019elle se situe \u00e0 la veille de l\u2019expansion fran\u00e7aise en Afrique noire. Elle permet donc de voir dans quelle mesure l\u2019image de l\u2019Africain se d\u00e9veloppa ind\u00e9pendamment de la conqu\u00eate m\u00eame\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais et Africains&nbsp;\u00bb&nbsp;<em>ne s\u2019appuie que sur des documents \u00e9crits. N\u2019oublions pas que jusqu\u2019au XIX\u00e8me si\u00e8cle la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais \u00e9taient illettr\u00e9s<\/em><\/strong><em>. On peut supposer qu\u2019il existait une sous-culture s\u2019opposant \u00e0 la tradition \u00e9crite, mais cela est peu probable. Les r\u00e9actions devant l\u2019indig\u00e8ne s\u2019accordent si totalement entre elles qu\u2019il serait surprenant de d\u00e9couvrir une pens\u00e9e populaire qui n\u2019aurait trouv\u00e9 aucun \u00e9cho dans&nbsp;la pens\u00e9e \u00e9crite. En fait, les recherches portant sur&nbsp;<strong>la culture populaire<\/strong>, telle qu\u2019on peut la saisir dans les ballades et les r\u00e9cits folkloriques,&nbsp;<strong>r\u00e9v\u00e8lent des attitudes dans l\u2019ensemble fort proches de celles exprim\u00e9es dans les sources \u00e9crites.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cet ouvrage repose essentiellement sur des documents qui ne s\u2019adressaient pas au grand public<\/em><\/strong><em>.&nbsp;<strong>Pour le XIX\u00e8me si\u00e8cle, il faut donc signaler l\u2019absence de toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la presse quotidienne \u00e0 grand tirage<\/strong>. Ajoutons cependant que d\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude r\u00e9cente (1), les journaux reprenaient avec un certain retard, les th\u00e8mes d\u00e9velopp\u00e9s par les savants, les th\u00e9oriciens et&nbsp;les hauts fonctionnaires de l\u2019\u00e9poque<strong>. Aussi ne constituent-ils pas pour l\u2019historien une source d\u2019\u00e9l\u00e9ments nouveaux&nbsp;\u00bb&nbsp; (p11)<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; (1)&nbsp;<\/em>&nbsp;Une \u00e9tude am\u00e9ricaine portant sur les ann\u00e9es 1870-1900)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que d\u2019hypoth\u00e8ses<\/strong>&nbsp;!&nbsp;<strong>A partir de quelles sources, de quels vecteurs de culture mesurables ou mesur\u00e9s au cours des trois si\u00e8cles examin\u00e9s&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S\u2019agit-il d\u2019histoire ou de litt\u00e9rature, pour ne pas dire de propagande&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai mis en caract\u00e8res gras les quelques mots et phrases cl\u00e9s qui marquent les points faibles, ambigus, ou contradictoires de cette analyse pr\u00e9tendument historique, son objet lui-m\u00eame, quant \u00e0 l\u2019anciennet\u00e9 et \u00e0 la continuit\u00e9 du racisme des Fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Africains tout au long des ann\u00e9es 1530-1880, quant \u00e0 une m\u00e9thode historique fond\u00e9e sur l\u2019analyse de sources \u00e9crites, mais savantes, en d\u00e9calage chronologique complet avec l\u2019\u00e9tat de la France tout au long des ann\u00e9es et des si\u00e8cles \u00e9tudi\u00e9s sous l\u2019angle des conditions d\u2019information ou de culture des Fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur brosse un portrait de l\u2019\u00e9volution du regard des Blancs, Europ\u00e9ens ou Fran\u00e7ais, \u00e0 partir de 1530, et&nbsp;<strong>d\u00e8s le d\u00e9part, il marque une contradiction d\u2019analyse des rapports entre Blancs et Noirs, en \u00e9crivant&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Si les contacts se firent plus fr\u00e9quents \u00e0 la fin du XVII\u00e8me si\u00e8cle, il n\u2019en est pas moins vrai que pendant la p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend de 1530 \u00e0 1720, un nombre relativement restreint de Fran\u00e7ais \u00e9taient arriv\u00e9s \u00e0 conna\u00eetre l\u2019Afrique. Le point de rencontre le plus commun entre les deux races \u00e9tait la traite des Noirs et m\u00eame dans ce domaine la pr\u00e9sence fran\u00e7aise se faisait peu sentir. Par cons\u00e9quent, les Fran\u00e7ais se tourn\u00e8rent vers ceux qui les avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s et continu\u00e8rent, pour alimenter leurs \u00e9crits, \u00e0 faire appel aux anciens.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(p,61)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Donc peu de contacts, l\u2019importance relative de la traite des Noirs, inconnue ou connue, et toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019appellation les Fran\u00e7ais&nbsp;! Qui sont ces Fran\u00e7ais en 1530, en 1720, ou plus tard&nbsp;? Des Fran\u00e7ais qui ont le privil\u00e8ge \u00ab&nbsp;<em>d\u2019alimenter leurs \u00e9crits&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout au long de l\u2019ouvrage, l\u2019auteur recourt \u00e0 cette d\u00e9nomination de Fran\u00e7ais, mais sans jamais donner leur identit\u00e9, alors qu\u2019il s\u2019agit avant tout de la France savante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le discours Cohen sur le racisme des XVI\u00b0, XVII\u00b0, et XVIII\u00b0 si\u00e8cles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur accorde une tr\u00e8s large place dans son analyse \u00e0 l\u2019esclavage (quatre chapitres, 2, 4 ,5 et 6 sur un total de 9 chapitres), mais sans situer son importance politique, \u00e9conomique, et humaine pour la France, ni sa dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur lui-m\u00eame reconnait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp; la bri\u00e8vet\u00e9 m\u00eame du syst\u00e8me esclavagiste dans les possessions fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(p,161)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus loin, l\u2019historien \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;La pr\u00e9sence dans les cahiers de dol\u00e9ances, d\u2019id\u00e9es faisant \u00e9cho \u00e0 celles des lumi\u00e8res et de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis des Noirs trahit beaucoup plus la connaissance qu\u2019avaient les avocats, les notaires, les \u00ab&nbsp;hommes de lettres&nbsp;\u00bb et autres notables des petites villes de ces arguments&nbsp;<strong>qu\u2019une v\u00e9ritable pr\u00e9occupation parmi les masses fran\u00e7aises pour la question de l\u2019esclavage<\/strong>.&nbsp;\u00bb (p,<\/em>202)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes ici \u00e0 la veille de la R\u00e9volution, alors que les conditions d\u2019information du peuple fran\u00e7ais ont effectivement commenc\u00e9 \u00e0 changer, mais le terme de&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;<em>masses<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb parait incongru, de m\u00eame que d\u2019autres termes volontiers utilis\u00e9s par l\u2019auteur tels que \u00ab&nbsp;<strong><em>l\u2019opinion populaire<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (p,104), le&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;<strong>grand public<\/strong><\/em>&nbsp;\u00bb (p,105),&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;<em>l\u2019opinion publique<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (p, 279), tout autant que \u00ab&nbsp;<strong><em>les Fran\u00e7ais<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb, appellation&nbsp; tr\u00e8s fr\u00e9quemment utilis\u00e9e par l\u2019auteur, mais qui peut couvrir beaucoup de \u00ab&nbsp;marchandises&nbsp;\u00bb diff\u00e9rentes entre 1530 et 1880.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019histoire coloniale n\u2019a eu la possibilit\u00e9 de mesurer la connaissance du monde colonial, en positif ou en n\u00e9gatif, que pouvaient en avoir les Fran\u00e7ais qu\u2019avec les premiers sondages effectu\u00e9s dans notre pays, c\u2019est-\u00e0-dire juste avant la deuxi\u00e8me guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi que je l\u2019ai \u00e9crit \u00e0 maintes reprises, les historiens coloniaux et postcoloniaux n\u2019ont pas cru devoir jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, en tout cas \u00e0 ma connaissance,&nbsp; mesurer ce facteur dans la presse, alors que ce mat\u00e9riau historique est important et qu\u2019il aurait pu, effectivement et concr\u00e8tement,&nbsp; r\u00e9pondre \u00e0 ce souci de v\u00e9ritable mesure.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>M.Cohen n\u2019a pas cru devoir justifier la pertinence de son propos \u00ab&nbsp;historique&nbsp;\u00bb par une analyse de la presse, \u00e0 partir du moment o\u00f9 elle a commenc\u00e9 \u00e0 exister vraiment dans notre pays, c\u2019est-\u00e0-dire dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XVII\u00b0 si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous tenterons d\u2019examiner plus loin, \u00e0 partir de travaux d\u2019historiens, la connaissance que pouvait avoir des Noirs la population fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque, alors que la traite des Noirs&nbsp; ne fut pas durable, comme l\u2019auteur l\u2019a d\u2019ailleurs reconnu, et qu\u2019elle n\u2019a concern\u00e9 qu\u2019une petite \u00e9lite de riches.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les cahiers de dol\u00e9ances cit\u00e9s par l\u2019auteur montrent que jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution, avec l\u2019explosion de l\u2019information, des journaux, la connaissance de l\u2019esclavage \u00e9tait limit\u00e9e, et que la paysannerie de l\u2019\u00e9poque, massivement illettr\u00e9e, avait bien d\u2019autres horizons.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas noter aussi que la condition sociale de la majorit\u00e9 des \u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb des trois si\u00e8cles consid\u00e9r\u00e9s, n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas tellement \u00e9loign\u00e9e de celle des esclaves des \u00eeles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le r\u00f4le des Philosophes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le chapitre 3, l\u2019auteur analyse longuement le r\u00f4le effectif des Philosophes dans la construction de l\u2019image raciste des Noirs au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, mais en relevant en m\u00eame temps que&nbsp;<strong>dans les biblioth\u00e8ques de Montesquieu ou de<\/strong>&nbsp;Voltaire,&nbsp;<strong>le nombre des ouvrages consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019Afrique \u00e9tait n\u00e9gligeable&nbsp;:<\/strong>&nbsp;<strong>chez Montesquieu et sur ses 45 ouvrages de g\u00e9ographie, aucun ne se rapportait \u00e0 l\u2019Afrique, et chez Voltaire, 103 d\u2019entre eux avaient pour objet le monde non europ\u00e9en sur un total de 3 867 ouvrages.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce qui n\u2019emp\u00eache pas l\u2019auteur de conclure d\u2019un trait de plume&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<strong>Vers la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle, le racisme dominait sans contredit les esprits fran\u00e7ais\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si le racisme devint si influent en France, c\u2019est qu\u2018il \u00e9tait devenu un mode de pens\u00e9e fort r\u00e9pandu.&nbsp;\u00bb (p,143)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une d\u00e9monstration historique&nbsp;? Les Philosophes avaient une telle influence dans une population qui \u00e9tait encore illettr\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors qu\u2019\u00e0 la fin du XIX\u00b0 si\u00e8cle, l\u2019Afrique noire \u00e9tait encore un continent largement&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; inconnu&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel champ g\u00e9ographique d\u2019analyse historique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur l\u2019a limit\u00e9e \u00e0 trois champs g\u00e9ographiques, les Antilles, le S\u00e9n\u00e9gal, et la France.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au-del\u00e0 de la r\u00e9f\u00e9rence assez large qui est faite aux Antilles, l\u2019auteur accorde une certaine importance au S\u00e9n\u00e9gal, mais il ne semble pas que cet exemple plaide en faveur de la th\u00e8se raciste d\u00e9fendue par l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Rapports entre les races au S\u00e9n\u00e9gal<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est aux Antilles que Fran\u00e7ais, Noirs et m\u00e9tis se rencontr\u00e8rent en plus grand nombre. Aux XVII\u00b0 et XVIII\u00b0 si\u00e8cles, les premiers enclins \u00e0 entretenir ou \u00e0 d\u00e9velopper des th\u00e9ories racistes, s\u2019y montr\u00e8rent d\u00e9sireux d\u2019\u00e9viter tout contact social avec des non-Europ\u00e9ens. Vers 1770, nombreux \u00e9taient les Fran\u00e7ais de la m\u00e9tropole qui acceptaient ces th\u00e9ories&nbsp;; \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque, les lois discriminatoires se trouvaient rigidement appliqu\u00e9es. Mais on n\u2019est pas sans rencontrer quelques exceptions qui montrent que, m\u00eame si les pr\u00e9jug\u00e9s de couleur permettent d\u2019anticiper la mani\u00e8re dont un groupe sera trait\u00e9 par un autre, ces m\u00eames pr\u00e9jug\u00e9s peuvent aussi \u00eatre partiellement ignor\u00e9s lorsqu\u2019ils s\u2019opposent aux int\u00e9r\u00eats de ceux qui les professent. Ce fut le cas au S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9, contrairement \u00e0 ce qui se passait dans les autres possessions fran\u00e7aises, les groupes raciaux, n\u2019\u00e9tant pas inflexiblement s\u00e9par\u00e9s, purent se m\u00ealer les uns aux autres. Les hommes libres de couleur ou noirs n\u2019y connurent pas la vie marginale des affranchis des Antilles&nbsp;: au contraire, ils y \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens \u00e0 part enti\u00e8re.&nbsp;\u00bb (p173)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus loin et en ce qui concerne l\u2019esclavage, l\u2019auteur note&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>De surcro\u00eet, la plupart des trafiquants d\u2019esclaves \u00e9tant eux-m\u00eames des Africains, ni id\u00e9ologie, ni lois raciales ne devinrent n\u00e9cessaires \u00e0 la justification et au d\u00e9veloppement de cette activit\u00e9 comme ce fut le cas dans les colonies am\u00e9ricaines. Le probl\u00e8me de l\u2019esclavage ne se posait donc pas aux Fran\u00e7ais de Saint Louis.&nbsp;\u00bb (p,173)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce type de r\u00e9flexion doit \u00e9videmment \u00eatre replac\u00e9 dans le contexte historique de l\u2019\u00e9poque, un S\u00e9n\u00e9gal r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression g\u00e9ographique, c\u2019est-\u00e0-dire la c\u00f4te, et \u00e0 la place marginale du S\u00e9n\u00e9gal dans les affaires fran\u00e7aises, pour ne pas dire son inexistence, alors que la capitale Saint Louis ne comptait que 5&nbsp;400 personnes, dont 10 % de Blancs \u00e0 la fin du XVIII\u00b0 si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quid de la m\u00e9tropole&nbsp;et de ses r\u00e9f\u00e9rences historiques? Des contacts que les Fran\u00e7ais pouvaient avoir avec des Noirs, du regard qui pouvait \u00eatre le leur&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il convient de revenir au discours \u00ab&nbsp;historique&nbsp;\u00bb de l\u2019auteur&nbsp;sur la connaissance qu\u2019avaient les Philosophes de l\u2019Afrique, et sur celle que pouvaient en avoir les \u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Comme l\u2019Afrique retenait assez peu leur attention, les esprits du temps se content\u00e8rent de reprendre et de d\u00e9velopper les questions pos\u00e9es par le XVII\u00b0 si\u00e8cle. Certaines de ces questions subirent \u00e9videmment quelques changements et de nombreuses id\u00e9es rest\u00e9es jusqu\u2019alors fort vagues&nbsp; contribu\u00e8rent m\u00eame, une fois cristallis\u00e9es, \u00e0 la formation de l\u2019image que se fera le XIX\u00b0 si\u00e8cle de l\u2019Afrique.&nbsp;<strong>Ce fut au sein de la r\u00e9publique des lettres \u2013 et cela doit \u00eatre dit clairement -, que s\u2019\u00e9labor\u00e8rent, gr\u00e2ce \u00e0 la lecture des relations de voyage et autres trait\u00e9s de l\u2019\u00e9poque ces attitudes. Quant aux classes moins \u00e9clair\u00e9es, on peut affirmer, d\u2019apr\u00e8s la litt\u00e9rature qui leur \u00e9tait destin\u00e9e que leur ignorance du continent noir resta enti\u00e8re.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quant aux cinq mille noirs r\u00e9sidant en France<\/em><\/strong><em>, ils constituaient la seule source d\u2019information non livresque sur leur race. Pour la plupart esclaves abandonn\u00e9s ou \u00e9mancip\u00e9s et marins sans attache ou serviteurs, se m\u00ealant parfois dans les ports au monde du crime et de la prostitution. Peu nombreux mais faciles \u00e0 rep\u00e9rer \u00e0 cause de leur couleur, ils provoquaient un sentiment de crainte chez les Fran\u00e7ais qui les jugeaient des \u00eatres bas et grotesques.&nbsp;<strong>L\u2019opinion populaire rejoignait donc le monde savant dans sa repr\u00e9sentation n\u00e9gative de l\u2019Africain<\/strong>.&nbsp;\u00bb (p,104<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel roman&nbsp;! Alors que leur effectif repr\u00e9sentait une goutte d\u2019eau dans la population (5&nbsp;000 par rapport \u00e0 22&nbsp;000&nbsp;000 environ au XVIII\u00b0 si\u00e8cle), qu\u2019il fallait quasiment un miracle pour qu\u2019un habitant des villes en rencontre un, \u00e0 moins qu\u2019il ne se trouve \u00e0 Paris ou dans quelque port, et encore moins pour un paysan de nos campagnes qui ne connaissait, et encore, que le bourg le plus proche de son village<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019expression \u00ab&nbsp;<strong><em>l\u2019opinion populaire<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb est incontestablement tout \u00e0 fait incongrue, pour ne pas dire abusive, parce qu\u2019elle ne correspondait ni avec l\u2019\u00e9tat de la France de l\u2019\u00e9poque, ni avec sa culture populaire, ni avec une analyse historique rigoureuse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le r\u00f4le du racisme scientifique&nbsp;:<\/strong>&nbsp;l\u2019historien consacre le chapitre&nbsp; 8 \u00e0 son analyse en estimant que cette th\u00e9orie a eu une influence importante sur les Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX\u00b0 si\u00e8cle, l\u2019attitude envers les peuples non-europ\u00e9ens fut influenc\u00e9e par deux \u00e9coles de pens\u00e9e rest\u00e9es irr\u00e9conciliables \u00e0 la fin du XVIII\u00e8me si\u00e8cle. La premi\u00e8re, \u00e9volutionniste attribuait les diff\u00e9rentes cultures et civilisations de ces peuples \u00e0 l\u2019influence exerc\u00e9e par l\u2019environnement. Elle affirmait \u00e9galement que ces derniers devaient emprunter le temps aidant, les voies qui \u00e9taient celles de l\u2019Europe m\u00eame. La seconde raciste, voyait le destin de ces divers peuples d\u00e9termin\u00e9 par la race \u00e0 laquelle ils appartenaient. Elle s\u2019appuyait essentiellement, non sur l\u2019\u00e9cologie, comme la premi\u00e8re, mais sur la biologie et allait vers 1850, triompher. A une \u00e9poque o\u00f9 le scientisme \u00e9tait devenu un v\u00e9ritable objet de culte, les th\u00e8ses racistes qui se disaient corrobor\u00e9es par des d\u00e9couvertes scientifiques&nbsp;<strong>men\u00e8rent \u00e0 la diffusion de l\u2019id\u00e9ologie raciste et \u00e0 son enracinement dans l\u2019esprit des Fran\u00e7ais.&nbsp;\u00bb (p,292<\/strong>)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il convient de rappeler que le pays avait \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment marqu\u00e9 et transform\u00e9 par la R\u00e9volution, avec l\u2019explosion des vecteurs d\u2019information, c\u2019est-\u00e0-dire des journaux de toute nature, parisiens ou provinciaux, et que beaucoup de Fran\u00e7ais avaient pu d\u00e9couvrir \u00e0 l\u2019occasion de cette r\u00e9volution le dossier de l\u2019esclavage et de son abolition.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par ailleurs, la r\u00e9publique dite des lettres ne connaissait pas l\u2019Afrique noire, il faudra attendre la fin du XIX \u00b0 si\u00e8cle pour cela. Sa curiosit\u00e9 \u00e9tait traditionnellement beaucoup plus tourn\u00e9e vers la M\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019Orient, l\u2019Asie ou les Am\u00e9riques, que le continent noir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019appr\u00e9ciation d\u2019&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;<em>enracinement dans l\u2019esprit des Fran\u00e7ais<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb parait donc pour le moins aventureuse, alors qu\u2019elle ne s\u2019appuie sur aucune analyse des vecteurs de l\u2019information de cette \u00e9poque, notamment une presse parisienne et provinciale tr\u00e8s dense.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment est-il alors possible d\u2019utiliser l\u2019appellation&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;les Fran\u00e7ais<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Qui \u00e9taient-ils ces Fran\u00e7ais&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que ces nouvelles th\u00e9ories aient eu du succ\u00e8s dans les c\u00e9nacles intellectuels, incontestablement, mais sans que les historiens aient jamais \u00e0 ma connaissance mesur\u00e9 leur influence dans la presse populaire, alors que rares \u00e9taient les Blancs qui avaient \u00e9t\u00e9 en contact avec les Noirs.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Curieusement, dans la conclusion du chapitre, l\u2019auteur limite la port\u00e9e de ses consid\u00e9rations, en \u00e9crivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Les Fran\u00e7ais qui avaient vu les Africains de leurs propres yeux et qui avaient v\u00e9cu parmi eux n\u2019adopt\u00e8rent pas les abstractions racistes les plus pouss\u00e9es que l\u2019on retrouve si souvent chez les anthropologues des ann\u00e9es 1850.&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong>&nbsp;<strong>(<\/strong>p,361)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais alors, que penser des abstractions et g\u00e9n\u00e9ralisations de l\u2019historien qui tendent \u00e0 accr\u00e9diter le fait que les&nbsp;<em>Fran\u00e7ais<\/em>&nbsp;\u00e9taient racistes sans avoir pris soin de prendre le pouls de la presse de l\u2019\u00e9poque, et en feignant d\u2019ignorer l\u2019ignorance que les Europ\u00e9ens&nbsp;avaient du continent noir \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque ?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les grandes explorations des Blancs \u00e0 partir des grands fleuves d\u2019Afrique avaient \u00e0 peine commenc\u00e9 vers le Nil, le Zamb\u00e8ze, le Congo, le Niger, ou le S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut d\u2019ailleurs pas oublier que les communications maritimes avec l\u2019Afrique n\u2019\u00e9taient pas fr\u00e9quentes, avant que ne soit invent\u00e9e la marine \u00e0 vapeur.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour ne citer qu\u2019un exemple, en 1852, Faidherbe mit deux mois pour venir de Bordeaux \u00e0 Saint Louis du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le dernier chapitre \u00ab&nbsp;<strong><em>L\u2019attrait de l\u2019empire<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb a un contenu difficile \u00e0 interpr\u00e9ter&nbsp;: qu\u2019a voulu d\u00e9montrer l\u2019auteur&nbsp;? Un contenu d\u2019autant plus difficile que l\u2019objet du livre avait retenu la borne historique de 1880, et que&nbsp;chacun sait que le partage de l\u2019Afrique s\u2019effectua apr\u00e8s cette date.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les bons connaisseurs de l\u2019histoire coloniale savent que les regards crois\u00e9s entre Blancs et Noirs furent assez diff\u00e9rents de ceux, abstraits qu\u2019a d\u00e9crit l\u2019auteur, des regards contrast\u00e9s selon les p\u00e9riodes et les r\u00e9gions, unanimes toutefois \u00e0 d\u00e9noncer l\u2019esclavage qui r\u00e9gnait dans la plupart des territoires conquis.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme l\u2019avait relev\u00e9 d\u2019ailleurs l\u2019historien, en citant deux seuls exemples dans l\u2019Afrique de l\u2019ouest \u00e0 partir des r\u00e9cits de Raffenel et de Mage dans l\u2019hinterland du S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le dernier paragraphe du chapitre propose&nbsp; une conclusion un peu trop sommaire de la rencontre entre les deux mondes blanc et noir&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>En continuant d\u2019offrir aux Fran\u00e7ais l\u2019image d\u2019Africains passifs, simples objets entre les mains d\u2019une France d\u00e9bordante d\u2019activit\u00e9s, les projets de domination, puis les projets de domination ne firent que renforcer le st\u00e9r\u00e9otype de l\u2019Africain d\u00e9j\u00e0 fortement ancr\u00e9 dans les esprits. La domination du continent noir par les Blancs \u00e9tait aux yeux de ces derniers la cons\u00e9quence naturelle de la pr\u00e9tendue in\u00e9galit\u00e9 qui existait entre les africains et les Europ\u00e9ens.&nbsp;\u00bb (p<\/em>,390)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un propos un peu contradictoire avec le constat que faisait l\u2019historien dans la page pr\u00e9c\u00e9dente, quant au fait que l\u2019attitude imp\u00e9rialiste n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessairement partag\u00e9e par la majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais, sans qu\u2019on sache d\u2019ailleurs mieux sur quelle source l\u2019auteur s\u2019appuie pour dire l\u2019un ou l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur a r\u00e9sum\u00e9 dans une postface ses r\u00e9flexions sur le th\u00e8me \u00ab&nbsp;L\u2019imp\u00e9rialisme et l\u2019image de l\u2019indig\u00e8ne&nbsp;\u00bb qui m\u00e9riterait un autre examen, mais il n\u2019est pas dans l\u2019objet de ce livre<\/strong>, et je n\u2019ai l\u2019intention, ni de l\u2019analyser, ni de le commenter, en notant simplement que le discours est dans la continuit\u00e9 de la th\u00e8se d\u2019apr\u00e8s laquelle les Fran\u00e7ais sont racistes, et que leur jugement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment modifi\u00e9, les \u00ab&nbsp;st\u00e9r\u00e9otypes&nbsp;\u00bb continuant donc \u00e0 fonctionner.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Ma critique de fond de cet ouvrage portera sur son inad\u00e9quation compl\u00e8te d\u2019analyse avec le temps historique, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9tat de la France au cours des trois si\u00e8cles consid\u00e9r\u00e9s, les 16, 17 et 18<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, et compl\u00e9mentairement celui de la culture populaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mes objections seront en partie tir\u00e9es de l\u2019histoire de la France elle-m\u00eame, des travaux de Robert Mandrou sur la litt\u00e9rature de colportage des 16\u00b0 et 17\u00b0 si\u00e8cles, entre autres la Biblioth\u00e8que Bleue, et de Raymond Man\u00e9vy sur l\u2019histoire de la presse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>XVI\u00e8me si\u00e8cle<\/strong>&nbsp;: une France paysanne, inculte et illettr\u00e9e \u00e0 plus de 95%, la France des villages, une France des superstitions, des catastrophes, de la mis\u00e8re, des famines, et des guerres.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Z\u00e9ro presse&nbsp;! Qui connait un Africain&nbsp;? Qui a vu un Noir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>XVII\u00e8me si\u00e8cle<\/strong>&nbsp;&nbsp;<strong>et XVIII\u00b0 si\u00e8cle<\/strong>: d\u00e9but de l\u2019alphab\u00e9tisation.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; D\u2019apr\u00e8s l\u2019historien Munchembled (p,342), dans les ann\u00e9es 1680-1690, 29% des hommes \u00e9taient alphab\u00e9tis\u00e9s et 14 %&nbsp; des femmes, et \u00e0 la fin du 18<sup>\u00e8me<\/sup>, 47% des hommes et 27% des femmes.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019est pas fait mention de la diffusion de la langue fran\u00e7aise qui avait encore de la peine \u00e0 s\u2019installer.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une litt\u00e9rature de colportage prend son essor, notamment celle de la&nbsp;<strong>Biblioth\u00e8que Bleue de Troyes<\/strong>&nbsp;minutieusement \u00e9tudi\u00e9e par Robert Mandrou.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019historien en a retrouv\u00e9 450 titres, lesquels proposent une image repr\u00e9sentative de la culture populaire de cette \u00e9poque, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019aspect m\u00eame d\u2019un<\/em>&nbsp;<em>sondage&nbsp;<\/em>\u00bb, des titres qui accordent une large place \u00e0 la foi et \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, \u00e0 la mythologie, au calendrier, \u00e0 la vie quotidienne, \u00e0 l\u2019histoire de France, avant tout une litt\u00e9rature d\u2019\u00e9vasion, aux l\u00e9gendes, \u00e0 la magie, au merveilleux, aux f\u00e9es&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp; De 1660 \u00e0 1780, on assiste \u00e0 une popularisation et \u00e0 une ruralisation des livres \u00e0 bon march\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb (p,166)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>A quelques exceptions pr\u00e8s (Corneille, La Fontaine et le cas obscur de Perrault), la litt\u00e9rature de colportage ne puise pas dans les \u00e9crits \u00ab&nbsp;savants&nbsp;\u00bb contemporains, ni au XVII\u00b0 si\u00e8cle, ni au XVIII\u00b0 si\u00e8cle. Ce qui disqualifie toute comparaison avec le livre de poche du XX\u00b0 si\u00e8cle qui a largement diffus\u00e9 des \u0153uvres anciennes et contemporaines&nbsp;\u00bb (p,31)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<strong>Enorme silence, qui signifie n\u00e9cessairement indiff\u00e9rence \u00e0 ces continents neufs, \u00e0 une \u00e9vocation, m\u00eame vague, des pays \u00e9trangers&nbsp;: ce qui s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 des horizons familiers, au-del\u00e0 de la for\u00eat communale, au-del\u00e0 du plat pays \u00e9tal\u00e9 au pied des remparts\u2026<\/strong>&nbsp;\u00bb (p,76)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Cette vision du monde&nbsp; que la Biblioth\u00e8que Bleue a diffus\u00e9e, a r\u00e9pandue dans les milieux populaires pendant plus de deux si\u00e8cles&nbsp;: qu\u2019il s\u2019agisse des conceptions de l\u2019homme, du monde, de la vie sociale, point n\u2019est besoin de le nier, ni de chercher \u00e0 les r\u00e9duire \u00e0 force de subtilit\u00e9.&nbsp;\u00bb (p,166)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Cette litt\u00e9rature demeure, \u00e0 travers deux si\u00e8cles, une vision inchang\u00e9e de mondes, partie r\u00e9els, partie imaginaires, o\u00f9 les F\u00e9es, les saints, les G\u00e9ants, tiennent autant de place que les hommes&nbsp;; o\u00f9 l\u2019\u00e9merveillement, l\u2019enchantement, le miracle enfin sont si fr\u00e9quents qu\u2019ils expliquent&nbsp; le d\u00e9dain des philosophes du XVIII\u00b0 pour ces contes \u00ab&nbsp;\u00e0 dormir debout&nbsp;\u00bb. La Biblioth\u00e8que Bleue par ses lecteurs et ses auditeurs \u00e0 la veill\u00e9e, c\u2019est d\u2019abord une \u00e9vasion.&nbsp;\u00bb (p<\/em>,179)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Constat&nbsp;: z\u00e9ro Africain dans ces contes<\/strong>&nbsp;!&nbsp;<strong>Il parait donc difficile de r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;&nbsp;<em>les Africains et les Fran\u00e7ais<\/em>&nbsp;\u00e0 ce sujet, m\u00eame si \u00e0 la fin du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, un homme sur deux \u00e9tait alphab\u00e9tis\u00e9 et une femme sur trois, mais d\u2019abord dans les villes, o\u00f9 la presse naissait.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les journaux des 17\u00b0 et 18\u00b0 si\u00e8cles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi que nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9, il parait difficile d\u2019accr\u00e9diter le discours de l\u2019historien Cohen en faisant l\u2019impasse historique sur l\u2019essor de la presse \u00e0 partir de la naissance du premier journal&nbsp;:&nbsp;<strong>le 31 mai 1631, nait la Gazette Renaudot<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tirage de d\u00e9marrage&nbsp;: 1.200 exemplaires.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1762&nbsp;: 12.000 abonn\u00e9s, dont le tiers \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1<sup>er<\/sup>&nbsp;janvier 1777&nbsp;: naissance du premier quotidien fran\u00e7ais Le Journal de Paris.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1789 et R\u00e9volution&nbsp; Fran\u00e7aise&nbsp;: explosion de la presse avec 250 journaux ou assimil\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>1.350 journaux environ parurent de 1789 \u00e0 1&nbsp;800<\/em>&nbsp;\u00bb (Man\u00e9vy, p, 48)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette fois, il ne s\u2019agit plus du cercle restreint de la fameuse R\u00e9publique des Lettres&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>La R\u00e9publique des lettres en v\u00e9rit\u00e9 est un village o\u00f9 tout le monde se connait et se comprend \u00e0 demi-mot<\/em>&nbsp;\u00bb (<\/strong>p, 108, PUF Lyon)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une R\u00e9publique des lettres dont l\u2019historien n\u2019a pas pr\u00e9sent\u00e9, en dehors de son discours des id\u00e9es, la moindre analyse statistique du discours raciste contenu dans l\u2019ensemble de ses \u00e9crits&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La presse fran\u00e7aise a continu\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper au cours du XVIII\u00b0 si\u00e8cle, avec la naissance, en 1836, du journal Girardin, dont le nombre d\u2019abonn\u00e9s passe, entre 1836 et 1846, de 70.000 \u00e0 200.000 abonn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Aucune trace d\u2019analyse du contenu historique de ce journal et des autres, de province, dans la th\u00e8se Cohen&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce ne sont que quelques exemples, mais il parait tout de m\u00eame difficile de d\u00e9fendre la th\u00e8se du racisme des Fran\u00e7ais, sans avoir analys\u00e9 les journaux des \u00e9poques consid\u00e9r\u00e9es, au cours des 17<sup>\u00e8me<\/sup>, 18<sup>\u00e8me<\/sup>, et 19<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 maintes fois relev\u00e9 dans nos propres analyses de l\u2019histoire coloniale ou postcoloniale telles que certains auteurs nous la racontent aujourd\u2019hui, la presse fran\u00e7aise parisienne et provinciale n\u2019 a pas fait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, sauf dans quelques travaux universitaires de type parcellaire, l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude statistique de ses contenus, \u00e9tude qui accr\u00e9diterait des discours qui s\u2019inscrivent beaucoup plus dans l\u2019histoire des id\u00e9es, o\u00f9 tout est possible, plus que dans l\u2019histoire des faits.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce livre est-il un livre d\u2019histoire&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; Non, compte tenu de la quasi-inexistence des sources et de l&rsquo;\u00e9valuation de ce discours.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je serais tent\u00e9 de dire que l\u2019ouvrage est \u00e0 classer dans la cat\u00e9gorie des livres id\u00e9ologiques ou politiques, donc un livre tr\u00e8s d\u00e9cevant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais et Africains Les Noirs dans le regard des Blancs 1530-1880&nbsp;\u00bb William B.Cohen ( NRF Gallimard 1981) Lecture critique &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette publication a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e le 27 octobre 2014, \u00e0 l\u2019occasion de ma lecture critique d\u2019une chronique du journal Le Monde du 29 ao\u00fbt 2014 intitul\u00e9e \u00ab&nbsp; Afro-Am\u00e9ricains et Noirs de France, les Faux Fr\u00e8res&nbsp;\u00bb &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/01\/15\/francais-et-africains-les-noirs-dans-le-regard-des-blancs-1530-1880-william-b-cohen-lecture-critique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains Les Noirs dans le regard des Blancs-1530-1880 -William B. 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