{"id":2340,"date":"2015-06-17T03:04:00","date_gmt":"2015-06-17T01:04:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2340"},"modified":"2021-07-09T03:09:12","modified_gmt":"2021-07-09T01:09:12","slug":"situations-coloniales-avec-le-regard-de-voyageurs-romanciers-et-geographes-4eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/06\/17\/situations-coloniales-avec-le-regard-de-voyageurs-romanciers-et-geographes-4eme-partie\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Situations coloniales\u00a0\u00bb, avec le regard de voyageurs romanciers et g\u00e9ographes &#8211; 4\u00e8me Partie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab Situations coloniales \u00bb d\u2019Afrique ou d\u2019Asie, avec le regard de voyageurs romanciers et g\u00e9ographes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Ann\u00e9es 1905- 1931<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>La 3\u00e8me Partie a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 2 juin 2015<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>4\u00e8me Partie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>II &#8211; Les sc\u00e8nes coloniales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Noirs et Blancs \u00bb A travers l\u2019Afrique nouvelle \u2013De Dakar au Cap de Jacques Weulersse (1931)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A la diff\u00e9rence des r\u00e9cits pr\u00e9c\u00e9dents, \u0153uvres romanesques ou reportages de presse, ce dernier reportage \u00e9tait le fruit d\u2019un travail de sp\u00e9cialiste, d\u2019un esprit form\u00e9 \u00e0 l\u2019observation, celle d\u2019un g\u00e9ographe.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avec Jacques Weulersse, nous parcourons les sc\u00e8nes de l\u2019Afrique coloniale des ann\u00e9es 30, et nous en d\u00e9couvrons \u00e0 la fois l\u2019extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9, les in\u00e9galit\u00e9s ph\u00e9nom\u00e9nales de richesse et de d\u00e9veloppement qui existaient d\u00e9j\u00e0 entre le Soudan fran\u00e7ais, la Nig\u00e9ria du nord avec la grande ville qu\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 Kano \u00e0 plus de mille kilom\u00e8tres de la c\u00f4te, et l\u2019explosion mini\u00e8re, industrielle, et urbaine qui affectait l\u2019Afrique centrale belge et sud-africaine, d\u00e9j\u00e0 un autre monde.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacques Weulersse donnait \u00e9galement la parole aux acteurs de la sc\u00e8ne coloniale fran\u00e7aise, anglaise ou belge, et ces conversations illustraient clairement les conceptions tr\u00e8s diff\u00e9rentes des colonisateurs.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Au Soudan 17 f\u00e9vrier,<\/em>&nbsp;faute d\u2019autres acteurs<\/strong>, le g\u00e9ographe rencontrait in\u00e9vitablement un \u00ab&nbsp;<em>Commanda<\/em>nt \u00bb, \u00e0 l\u2019exemple d\u2019un de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Albert Londres.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le g\u00e9ographe d\u00e9crivait les \u00e9coles et les routes et faisait \u00e9cho au propos du \u00ab&nbsp;<em>Commandant&nbsp;<\/em>\u00bb :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab Vous passez ici ; vous avez votre auto, les routes sont bonnes, larges et s\u00fbres. Aux Arr\u00eats, vous parlez savamment politique ou \u00e9conomie, droit de vote, \u00e9coles, arachides ; coton, voies ferr\u00e9es, mise en valeur, rendements \u00e0 l\u2019hectare, am\u00e9lioration du cheptel et le reste. Mais tout cela n\u2019est qu\u2019un placage d\u2019Europe. Le vrai Soudan, vous venez de le voir. Votre impeccable chauffeur et mon digne interpr\u00e8te, tous deux j\u2019en suis s\u00fbr, bien qu\u2019ils ne l\u2019avoueraient pour rien au monde, sont l\u00e0-bas dans la foule qui d\u00e9lire au son des tambours. Ce n\u2019est pas en vingt ans que l\u2019on change l\u2019\u00e2me d\u2019un peuple. Allez, la vieille Afrique Noire demeure, et pour longtemps encore. Terre l\u00e9gendaire des sortil\u00e8ges meurtriers et des charmes irr\u00e9sistibles, elle garde bien son peuple. \u00bb (p,23)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La for\u00eat<\/strong>,&nbsp;<strong>\u00e0<em>&nbsp;Bouak\u00e9, 23 f\u00e9vrier<\/em>, en C\u00f4te d\u2019Ivoire, le propos d\u2019un industriel, l\u2019un des premiers d\u2019une esp\u00e8ce plut\u00f4t rare :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Trois camps de partenaires : les colons blancs, les chefs noirs, et les pauvres diables de n\u00e8gres ; un arbitre : l\u2019administration ; et pour th\u00e9\u00e2tre, l\u2019obscure for\u00eat, l\u2019\u00e9tincelante lagune, ou la brousse, tour \u00e0 tour marais verdoyant ou savane poudreuse\u2026. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>A titre d\u2019\u2019exemple, la production d\u2019arachide, ou ce qui se passait :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Vient la r\u00e9colte : le chef \u00e0 nouveau sert d\u2019interm\u00e9diaire. La tentation est trop forte : il se mue en trafiquant ; c\u2019est lui qui vend la r\u00e9colte, empoche l\u2019argent. Bien peu en revient au malheureux cultivateur, qui n\u2019ose se plaindre : n\u2019est-ce pas pour la \u00ab part du Blanc \u00bb qu\u2019il a travaill\u00e9 ? Et la \u00ab part du Blanc \u00bb fut- elle jamais pay\u00e9e ? Quant aux chefs, s\u2019ils sont habiles, ils peuvent bient\u00f4t \u00ab gagner camion \u00bb. Comme l\u2019app\u00e9tit vient en mangeant, les voil\u00e0 tout pr\u00eats \u00e0 recommencer de plus belle l\u2019ann\u00e9e suivante, \u00e0 exiger de leurs \u00ab sujets \u00bb de nouveaux et plus lourds travaux, toujours sous le m\u00eame terrible pr\u00e9texte : \u00ab ordre du Commandant \u00bb, \u00ab part du Blanc \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La production augmente, les affaires marchent, le \u00ab Commandant \u00bb re\u00e7oit de l\u2019avancement, et nos journaux coloniaux triomphent ; mais, par un singulier retour des choses, c\u2019est bien une sorte de servage \u00e9conomique que nous r\u00e9tablissons, le servage que nous \u00e9tions venus abolir\u2026(p,28)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le g\u00e9ographe passait sur&nbsp;<em>\u00ab LA C\u00d4TE DES ESCLAVES<\/em>&nbsp;\u00bb, par Porto Novo, pour se rendre en Nig\u00e9ria, la grande colonie anglaise, une cit\u00e9 c\u00f4ti\u00e8re an\u00e9mique compar\u00e9e \u00e0 la grande cit\u00e9 de Lagos qu\u2019il d\u00e9crivait :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab Voici maintenant le large pont qui enjambe la lagune et unit Lagos \u00e0 ses annexes : Ido terminus de la voie ferr\u00e9e ; Ebutte- Meta sur la terre ferme, avec ses usines et ses grands ateliers ; Agapa le port en eau profonde. Plus un seul Blanc ici : du maigre mendiant assis dans la poussi\u00e8re et absorb\u00e9 par le soin de sa vermine, au gros marchand roulant auto, absorb\u00e9 par ses affaires, tout est n\u00e8gre 100 p.100. Et pour la premi\u00e8re fois, je vois se dessiner l\u2019image d\u2019une cit\u00e9 noire, non plus d\u2019une cit\u00e9 du pass\u00e9 comme Abomey ou Tombouctou, mais d\u2019une m\u00e9tropole de l\u2019avenir, o\u00f9 le Noir ma\u00eetre de ses destin\u00e9es, aurait adopt\u00e9 notre civilisation \u00e0 son g\u00e9nie propre, \u00e0 son climat, \u00e0 son pays. \u00bb (p,57)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9ographe se rendait alors \u00e0 Kano la grande capitale d\u2019un des Etats musulmans du nord de la colonie, en passant par Ibadan, o\u00f9 il faisait partager ses conversations sur la colonisation anglaise compar\u00e9e \u00e0 la fran\u00e7aise, dans le chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<strong><em>Ibadan et la colonisation anglaise<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>15 heures, Ibadan. \u2013 Mr B\u2026, haut fonctionnaire anglais m\u2019emm\u00e8ne dans sa voiture \u00e0 travers la ville\u2026 la d\u00e9couverte de la ville, la cit\u00e9 anglaise, la cit\u00e9 indig\u00e8ne :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab A l\u2019autre bout de la cit\u00e9 indig\u00e8ne, champ de courses, golf, terrains de cricket et de tennis, sports sacr\u00e9s de la race que l\u2019Anglais emporte religieusement partout avec lui, comme le Romain ses dieux tut\u00e9laires, pour y sacrifier journellement en tous lieux\u2026 Tout ce qu\u2019Ibadan compte de hauts fonctionnaires est l\u00e0, jambes, bras et t\u00eates nues malgr\u00e9 l\u2019ardeur du soleil \u2013 mais 5 heures ont sonn\u00e9 !-\u2026 \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>A la m\u00eame heure \u00e0 Porto Novo, Abidjan, Bamako. \u2013 Sur la v\u00e9randa, devant les grands verres d\u2019ap\u00e9ritifs, cancans, m\u00e9disances et th\u00e9ories vont leur train ; l\u2019on parle, l\u2019on discute, l\u2019on s\u2019\u00e9chauffe\u2026 On parle des voisins, des rivaux, des anglais : \u00ab Ce sont de grands enfants\u2026 Ils n\u2019ont point de cerveaux, des muscles seulement\u2026 \u00ab (p,63)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Kano ou les Emirats musulmans, 29 mars<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab Kano, capitale de l\u2019\u00e9mirat du m\u00eame nom, et terminus du chemin de fer, \u00e0 plus de 1 100 kilom\u00e8tres de Lagos, bien que faisant partie de la Nig\u00e9ria anglaise, poss\u00e8de un \u00ab Campement fran\u00e7ais \u00bb. C\u2019est par l\u00e0 que passent les fonctionnaires de notre colonie du Niger : Zinder est \u00e0 quelques heures d\u2019auto de Kano lui-m\u00eame, par les trains express, n\u2019est qu\u2019\u00e0 quarante- deux heures de Lagos. C\u2019est donc un voyage facile, compar\u00e9 \u00e0 celui qu\u2019il faudrait faire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Dahomey. Le gouvernement anglais nous a m\u00eame permis des transports militaires, et c\u2019est l\u2019autorit\u00e9 militaire fran\u00e7aise qui dirige le \u00ab Camp \u00bb. \u2013 Entre des murs bas, une vaste cour sans arbres, br\u00fbl\u00e9e de soleil ; tout autour, de pauvres b\u00e2tisses en banco \u00bb (boue et boue s\u00e9ch\u00e9e), une s\u00e9rie d\u2019alv\u00e9oles monacales ; pour tout mobilier, un lit de sangle, une table, une chaise, le tout boiteux ; une porte qui ne ferme pas ; sol de terre battue, couverture de t\u00f4le ondul\u00e9e, qui crisse et ferraille sans fin sous les serres de vautours sans nombre ; et 40 \u00b0 de chaleur la nuit comme le jour, car les mat\u00e9riaux et le style choisis r\u00e9alisent \u00e0 merveille l\u2019id\u00e9al du \u00ab four \u00e0 soleil \u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>A quelque distance, de larges avenues, de gais bungalows, des arbres, de l\u2019ombre de la fraicheur : c\u2019est le quartier des officiels anglais. \u00bb (p,70)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Kano, dimanche de P\u00e2ques\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<strong>Mais Tombouctou, n\u2019est plus que l\u2019ombre d\u2019un grand nom ; Marrakech, Tripoli et Khartoum ont perdu leur myst\u00e8re : Kano reste elle-m\u00eame. Gr\u00e2ce \u00e0 son isolement et de par la politique anglaise ; elle a gard\u00e9 ses lois, ses rites et sa puissance ; son \u00e9mir r\u00e8gne sur plus de 2 millions de sujets, et ses fauves murailles en interdisent encore le s\u00e9jour \u00e0 tout infid\u00e8le.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Kano est une des forteresses de l\u2019Islam\u2026&nbsp;\u00bb (<\/em><\/strong><em>p,72)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9ographe d\u00e9crivait cette immense cit\u00e9, son march\u00e9, son quartier aristocratique, la ville indig\u00e8ne et&nbsp;<strong>rapportait la conversation qu\u2019il avait eue avec le \u00ab District Officer \u00bb, adjoint au R\u00e9sident :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Notre politique ici fut simple, extraordinairement simple : ne pas toucher aux organismes indig\u00e8nes, les laisser faire, dispara\u00eetre derri\u00e8re eux, sugg\u00e9rer plut\u00f4t qu\u2019ordonner ; faire administrer, mais ne pas administrer nous-m\u00eame. Economie d\u2019hommes et d\u2019argent : la province de Kano poss\u00e8de plus de 2 300 000 habitants et vous pouvez compter les fonctionnaires anglais presque sur vos doigts\u2026 Surtout, nous avons rejet\u00e9 le mythe dangereux de l\u2019assimilation. Nous nous refusons \u00e0 apprendre notre langue aux indig\u00e8nes\u2026 Nous nous refusons \u00e0 en faire des singes d\u2019europ\u00e9ens\u2026. Ici, nous avons \u00e9t\u00e9 des conservateurs, et pourtant regardez, ajouta-t-il en m\u2019entrainant vers la v\u00e9randa, nous avons cr\u00e9\u00e9 cela. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sous mes yeux, au c\u0153ur du Soudan, c\u2019est le calme confortable du quartier officiel, une grande gare de marchandises encombr\u00e9e de wagons, tout un quartier commer\u00e7ant avec ses factoreries, ses entrep\u00f4ts et ses camions. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commentaire et parenth\u00e8se historique :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un premier commentaire entre la sc\u00e8ne coloniale de la Nig\u00e9ria du nord et le Soudan ou le Niger fran\u00e7ais de la m\u00eame \u00e9poque : aucune des capitales de ces deux colonies, Bamako ou Niamey, ne soutenait la comparaison avec Kano, aussi bien dans leur rayonnement culturel que dans la modernit\u00e9 qui \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent celle de la capitale de l\u2019\u00e9mirat.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un deuxi\u00e8me commentaire : la gestion de l\u2019\u00e9mirat de Kano illustrait bien le mod\u00e8le de gestion indirecte, l\u2019\u00ab l\u2019indirect rule \u00bb que pr\u00f4nait Lugard, et que nous avons d\u00e9j\u00e0 analys\u00e9 dans d\u2019autres textes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une parenth\u00e8se historique que nous renvoyons en fin d\u2019analyse sur la situation \u00e9trange de ce fameux \u00ab Camp \u00bb de transit fran\u00e7ais vers Zinder, le t\u00e9moin historique, pour ne pas dire l\u2019\u00e9chec d\u2019une politique coloniale qui avait l\u2019ambition de tracer une ligne continue entre le Niger et le Tchad, qu\u2019un accord franco-anglais de 1890 avait ent\u00e9rin\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019impossibilit\u00e9 pour la France de disposer d\u2019une ligne de communication s\u00e9curis\u00e9e et viable entre les deux territoires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le livre \u00ab&nbsp;<em>Confessions d\u2019un officier des troupes coloniales<\/em>&nbsp;\u00bb (chapitres 22 et 23), que nous avons consacr\u00e9 au&nbsp;<em>colonel P\u00e9roz<\/em>, nous avons analys\u00e9 longuement ce type de sujet, car cet officier fut un des grands acteurs de cet \u00e9pisode de notre histoire coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le g\u00e9ographe en Afrique Centrale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Afrique basculait dans un autre monde, celui d\u2019un capitalisme cosmopolite et sauvage, une sorte de r\u00e9p\u00e9tition du premier \u00e2ge du capitalisme europ\u00e9en de la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sans doute dans la deuxi\u00e8me partie du voyage que se marquait v\u00e9ritablement la coupure, le foss\u00e9 qui existait entre le stade de d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique de l\u2019ouest et celui de l\u2019Afrique centrale et du sud, car le lecteur entrait alors dans un autre monde, celui d\u2019un capitalisme sauvage, cosmopolite qui faisait surgir de terre cit\u00e9s nouvelles, usines, mais aussi des \u00ab camps \u00bb de travail.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le g\u00e9ographe passait tout d\u2019abord par le chantier du Congo Oc\u00e9an, toujours en cours, et ne pouvait que confirmer les observations d\u2019Albert Londres :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le Directeur du chantier :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;<strong>Que voulez-vous ! Nous sommes ici les ma\u00eetres. Il faut tirer quelque chose de ce pays ; ou bien l\u2019abandonner, en plaquant sur toute l\u2019A.E.F un grand \u00e9criteau avec \u00ab Pays \u00e0 vendre ou \u00e0 louer \u00bb.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pourquoi travailler ici ? Vous souvenez-vous de Tacite d\u00e9peignant les horreurs de la for\u00eat Hercynienne avec ses marais infranchissables, son silence et sa sinistre horreur qui gla\u00e7ait les l\u00e9gions ? C\u2019est l\u00e0 que s\u2019\u00e9l\u00e8vent Berlin et l\u2019All\u00e9e des Tilleuls, \u00ab Unter den Linden \u00bb, dont je vous parlais tout \u00e0 l\u2019heure\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Cela vaut-il les cadavres que nous accumulons ? Je ne veux point juger. Le portage aussi en a sem\u00e9 pas mal tout le long des pistes africaines. Et ce qu\u2019il y avait avant notre arriv\u00e9e ne valait pas mieux : guerres, razzias, famine chronique, anthropophagie, et par-dessus tout cela, la terreur sans nom des superstitions et des f\u00e9ticheurs. Il n\u2019y a pas bien longtemps encore, dans un poste voisin, cinq de nos miliciens ont \u00e9t\u00e9 proprement tu\u00e9s et mang\u00e9s par ces bons sauvages<strong>. \u00bb<\/strong>&nbsp;<\/em><\/strong>(p,107)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le g\u00e9ographe plongeait alors dans le nouvel univers de l\u2019industrie mini\u00e8re et de l\u2019explosion urbaine du Kassa\u00ef.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Tchikapa<\/strong>,&nbsp;<strong>\u00ab une vraie ville \u00bb, au Kassa\u00ef, il faisait alors connaissance avec la toute-puissance de la Formini\u00e8re et ses mines de diamant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Une lourde croupe herbeuse vient mourir au confluent. En face, sur la hauteur, les baraques de la \u00ab Formini\u00e8re \u00bb &#8211; Soci\u00e9t\u00e9 internationale foresti\u00e8re et mini\u00e8re du Congo &#8211; type achev\u00e9 de ces puissantes organisations capitalistes qui ont fait le Congo Belge. Tout le long de la grande all\u00e9e de manguiers s\u2019\u00e9chelonnent les maisons des agents blancs, vastes, solides, entour\u00e9es de jardins. Plus bas, massifs, les bureaux puis les ateliers, les magasins, l\u2019atelier de piquage des diamants, et tout en bas, au bord du fleuve, la Centrale \u00e9lectrique. Sur l\u2019autre rive, les campements des travailleurs indig\u00e8nes, o\u00f9 s\u2019allument d\u00e9j\u00e0 les feux du soir. Devant ma porte, c\u2019est un d\u00e9fil\u00e9 de boys, d\u2019ouvriers, de camions, de voitures.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>L\u2019ing\u00e9nieur qui me pilotera demain sourit de mon \u00e9tonnement. N\u2019est-ce point l\u00e0 un spectacle un peu impr\u00e9vu, au c\u0153ur de l\u2019Afrique Centrale, en cette province ignor\u00e9e qui s\u2019appelle le Kassa\u00ef ?&#8230;Travailler dans de pareilles conditions suppose une masse de capitaux extraordinaire ; et pour les attirer, des conditions extraordinaires elles aussi, des privil\u00e8ges quasi r\u00e9galiens. Ici, la Formini\u00e8re est presque souveraine. Nul ne peut entrer sur son territoire sans une autorisation \u00e9crite ; elle a ses fronti\u00e8res, sa flotte, ses routes, son chemin de fer, sa main d\u2019\u0153uvre, j\u2019allais presque dire ses sujets.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Tout lui appartient, depuis le champ d\u2019aviation sur lequel vous avez atterri jusqu\u2019\u00e0 l\u2019assiette dans laquelle on vous servira tout \u00e0 l\u2019heure ; jusqu\u2019au b\u0153uf m\u00eame que vous y mangerez. Car il a fallu cr\u00e9er des fermes pour nourrir tout le personnel : songez que la compagnie emploie plus de 15 000 Noirs, et plus de 200 agents europ\u00e9ens. Le vieux L\u00e9opold n\u2019a pas craint de faire appel \u00e0 l\u2019\u00e9tranger : les capitaux sont am\u00e9ricains, et les hommes de toutes les nationalit\u00e9s\u2026.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>De Tchikapa \u00e0 la fronti\u00e8re portugaise de l\u2019Angola, sur plus de 100 kilom\u00e8tres, s\u2019\u00e9tend le domaine de la Formini\u00e8re\u2026 \u00bb (p,116,117)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Kamina, au Katanga, autre province du Congo Belge, o\u00f9 r\u00e8gne une autre puissance capitaliste, l\u2019Union Mini\u00e8re.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A travers le Katanga, au pays du cuivre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dilolo, 29 mai<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sur le chantier du \u00ab Leokadi \u00bb, la nouvelle ligne de chemin de fer Elisabethville-Lobito, en Angola portugaise, sur la c\u00f4te atlantique&nbsp;<\/strong>:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Vous avez vu la ville de Dilolo-Gare, me dit A\u2026, directeur des travaux, ses r\u00e9sidences, ses bureaux, sa Centrale \u00e9lectrique, sa glaci\u00e8re, son h\u00f4pital, ses avenues, ses jardins, son potager. Il y a moins de trois mois, jour pour jour, c\u2019\u00e9tait la for\u00eat et le mar\u00e9cage, sauvages comme aux premiers jours du monde<\/em><\/strong><em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>\u00ab Regardez la gare : il y a vingt- cinq jours seulement que le premier coup de pioche fut donn\u00e9.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><em>Sur le Congo Oc\u00e9an, quelle est la vitesse d\u2019avancement de la ligne ?<\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><em>Au Mayomb\u00e9, il y a des tunnels \u00e0 creuser. Mais du C\u00f4t\u00e9 Brazzaville \u2013 Mindouli, l\u2019on compte bien 25, 30 kilom\u00e8tres par an.<\/em><\/li><li><em>Ici nous faisons d\u00e9j\u00e0 du 30 km par mois et nous esp\u00e9rons faire mieux\u2026<\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><em>-Les m\u00e9thodes belges, dis-je\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong><em>Le Katanga entre dans la civilisation en 1900, avec la cr\u00e9ation du fameux C.S.K. \u00ab Comit\u00e9 Sp\u00e9cial du Katanga _ auquel le Roi-Souverain abandonnait pour dix ans tous ses droits avec des pouvoirs illimit\u00e9s sur tout le territoire. C\u2019\u00e9tait une t\u00e2che d\u2019Empire confi\u00e9e audacieusement \u00e0 des particuliers : ils d\u00e9couvrirent le cuivre.<\/em><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong><em>C\u2019est alors, en 1906, que L\u00e9opold con\u00e7ut et mit sur pied, coup sur coup, les trois grandes soci\u00e9t\u00e9s qui ont fait le Congo Belge : la B.C.K (Chemin de fer du Bas-Congo- Katanga), l\u2019U.M.H.R. (Union Mini\u00e8re du Haut Katanga) et la Formini\u00e8re\u2026 \u00ab (p,145)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commentaire&nbsp;<\/strong>:&nbsp;<strong>les propos rapport\u00e9s sont un raccourci de deux histoires coloniales compar\u00e9es, mais un raccourci un peu rapide qui fait l\u2019impasse sur les origines du fameux Congo Belge, sur les ressources et communications naturelles compar\u00e9es des deux Congo, fran\u00e7ais et belge, mais la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale n\u2019est pas d\u00e9nu\u00e9e de fondement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au Katanga ; \u00e0 Elisabethville, 4 juin<\/strong>, le propos de son h\u00f4te, un compatriote :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab La capitale du Katanga : un vaste damier r\u00e9gulier d\u2019avenues poudreuses s\u2019allongent dans la brousse ; des bungalows bas, au milieu de jardins poussi\u00e9reux, sous un ciel d\u2019un bleu sombre, net de toute brumes. Des banques, des magasins de luxe aux somptueuses vitrines, de larges caf\u00e9s, des autos innombrables, des b\u00e2timents qui sortent de terre, des gens qui se h\u00e2tent malgr\u00e9 le soleil, des femmes en toilette claire, et dans l\u2019air sec, l\u2019on ne sait quelle ardeur, quelle fi\u00e8vre d\u2019action\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est du Sud imm\u00e9diat, de l\u2019Union Sud-Africaine et de la Rhod\u00e9sie, que vinrent les capitaux et les hommes, l\u2019audace et l\u2019exp\u00e9rience.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Dans toute l\u2019Afrique australe, la colonisation s\u2019est faite \u00ab northwards \u00bb ; apr\u00e8s Kimberley, Joh\u2019burg ; apr\u00e8s Joh\u2019burg, la Rhodesia ; apr\u00e8s la Rhodesia, le Katanga. Si paradoxal que ce soit, d\u2019ici le plus court chemin vers l\u2019Europe passe encore par Cape Town, \u00e0 cinq jours de rail et \u00e0 22\u00b0 de latitude de plus vers le p\u00f4le\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourtant, E\u2019ville reste encore la cit\u00e9-champignon, cr\u00e9ation commune de toutes les races, unis seulement par la fi\u00e8vre de la fortune et l\u2019orgueil du succ\u00e8s. En 1910, il n\u2019y avait ici que la savane, les moustiques et les ts\u00e9ts\u00e9s ; en 1910, il n\u2019y avait pas soixante Blancs dans le Katanga ; aujourd\u2019hui, nous sommes plus de 8 000\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>La cr\u00e9ation soudaine d\u2019une gigantesque industrie dans un pays recul\u00e9, peupl\u00e9 de primitifs, pose d\u2019angoissants probl\u00e8mes. La question de la main d\u2019\u0153uvre prime toutes les autres\u2026 il faut \u00e0 tout prix du travail noir, et chaque jour davantage. Mais le recrutement intense \u2013 vous l\u2019avez vu se d\u00e9velopper le long de toutes les pistes \u2013 dissocie la vie indig\u00e8ne ; les villages se d\u00e9sagr\u00e8gent, les antiques coutumes p\u00e9rissent\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et, par une singuli\u00e8re contradiction, au moment o\u00f9 l\u2019on impose aux Noirs l\u2019effrayant fardeau de notre civilisation mat\u00e9rielle, on les pr\u00e9tend incapables de participer jamais \u00e0 notre civilisation morale\u2026 \u00bb (p,161)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commentaire : en parcourant ces extraits de textes, le lecteur aura d\u00e9j\u00e0 pu prendre la mesure des \u00e9carts de \u00ab modernit\u00e9 \u00bb qui pouvaient exister dans l\u2019Afrique des ann\u00e9es 30, avec la naissance d\u2019un nouveau monde en Afrique centrale, des villes sorties de terre et de la for\u00eat, la cr\u00e9ation de voies de communication routi\u00e8res ou ferr\u00e9es, tout en constatant aussi que le choc de cette nouvelle colonisation bouleversait compl\u00e8tement les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019accompagnait de nouvelles formes d\u2019esclavage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et le g\u00e9ographe de prendre le train pour aller d\u2019Elisabethville \u00e0 Johannesburg :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Johannesburg, 22 juin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Hier au soir le soleil se couchait sauvage et splendide, sur les solitudes violettes du Kalahari : il se l\u00e8ve aujourd\u2019hui, sombre et comme ennuy\u00e9 de na\u00eetre dans une atmosph\u00e8re de fum\u00e9es et de poussi\u00e8res, au milieu de monstrueux buildings. Le long des rues, trop \u00e9troites d\u00e9j\u00e0, les gratte-ciel en ciment se pressent, s\u2019escaladent les uns les autres. Ecras\u00e9s sous leur masse, de vieilles maisons surann\u00e9es, \u00e0 un ou deux \u00e9tages, aux balcons de fer forg\u00e9, aux murs de brique, aux toits \u00e0 pignons, r\u00e9pliques coloniales des cottages anglais, disparaissent presque, vestiges pr\u00e9caires d\u2019un temps r\u00e9volu, d\u2019un autre monde, d\u2019il y a vingt ans ! Partout, aux portes des buildings, aux fen\u00eatres des \u00ab bureaux \u00bb, sur les panneaux-r\u00e9clame, flamboient les mots fatidiques : \u00ab Mines \u00bb, \u00ab Or \u00bb, \u00ab Diamants \u00bb. Pour la premi\u00e8re fois, voici donc mat\u00e9rialis\u00e9s ces noms fameux, symboles de fabuleuses richesses : \u00ab De Beers \u00bb, \u00ab Crown-Mines \u00bb, \u00ab Langstate Estate \u00bb, \u00ab East-Rand \u00bb, \u00ab Randfontein \u00bb, \u00ab Jagersfontein \u00bb \u00bb\u2026 Et vivante image de la cit\u00e9, l\u2019affiche du \u00ab Cinquantenaire \u00bb dresse sur les murs son accumulation de gratte-ciels g\u00e9ants sur fond rouge, commeson ciel \u00e0 cette heure, avec l\u2019orgueilleuse devise : \u00ab Fifty years ago bare veldt, now world \u2013famous \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Johannesbourg est la vraie capitale de l\u2019Union\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Joh\u2019burg, me dit mon h\u00f4te, est devenue une ville, mais elle a gard\u00e9 l\u2019\u00e2me qu\u2019elle avait quand je l\u2019ai connue, l\u2019\u00e2me d\u2019un camp de chercheurs d\u2019or, avec son \u00e9go\u00efsme sacr\u00e9, et sa loi d\u2019airain envers les faibles. Sous vos yeux trois cit\u00e9s, trois castes. Ici, les riches, les ma\u00eetres ; l\u00e0, les ouvriers blancs ; et enfin, l\u00e0-bas, les Noirs \u00ab (p,177)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En 1922, les ouvriers blancs se sont r\u00e9volt\u00e9s contre les riches, mais :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong><em>Une telle masse de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 vil prix \u00e9tait une menace constante pour les travailleurs blancs, qui jouissent ici de salaires exorbitants, inconnus m\u00eame en Am\u00e9rique. On inventa alors la \u00ab Barri\u00e8re de couleur \u00bb, la \u00ab Colour Bar \u00bb. C\u2019est une r\u00e8gle qui r\u00e9serve aux ouvriers blancs, et aux blancs seuls, tous les travaux qualifi\u00e9s. \u00bb (<\/em><\/strong><em>p,178)<\/em><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Dans les pages qui suivent, Jacques Weuleursse faisait une description apocalyptique du syst\u00e8me de main d\u2019\u0153uvre confi\u00e9 \u00e0 la W.N.LA, la \u00ab Watersrand Native Labour Association \u00bb qui avait le monopole du recrutement des Noirs, de leur confinement dans des camps de travail, les \u00ab compound-prisons \u00bb, de leur mis\u00e8re, et des ravages de la \u00ab d\u00e9tribalisation \u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le g\u00e9ographe consacrait alors quelques pages, une sorte de contre-point,\u00e0 la situation du Lessouto (Bassoutouland) qui avait r\u00e9ussi \u00e0 conserver ses coutumes, gr\u00e2ce notamment \u00e0 l\u2019influence de missionnaires, et o\u00f9, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019UnionSud-africaine, les Blancs n\u2019\u00e9taient pas les ma\u00eetres.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le reportage se terminait \u00e0 Durban, capitale du Natal, un des quatre territoires de l\u2019Union, un Etat qui comptait un nombre important d\u2019Indiens (175 000).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le g\u00e9ographe visitait la ville et notait, comme ailleurs dans l\u2019Union, que la s\u00e9gr\u00e9gation impr\u00e9gnait toute la soci\u00e9t\u00e9,notamment la s\u00e9gr\u00e9gation urbaine :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>M<em>ais derri\u00e8re la colline, sur le versant qui regarde l\u2019Afrique, c\u2019est l\u2019envers du bonheur. De sinistres baraques en ciment nu alignent leurs \u00e9tages d\u2019alv\u00e9oles\u2026 les compounds n\u00e8gres\u2026 \u00bb (p,231)<\/em><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9cit du reportage s\u2019achevait avec l\u2019\u00e9vocation de Gandhi :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab Et comment oublier que c\u2019est sur cette terre, en cette ville, que r\u00e9sonna pour la premi\u00e8re fois la voix qui devait \u00e9branler l\u2019Inde\u2026 \u00bb (<\/em><\/strong><em>p, 237<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>\u00ab Une histoire birmane \u00bb de George Orwell (1926)<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>Il s\u2019agit d\u2019un roman qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec les romans d\u2019aventure de Rudyard Kipling, tels que \u00ab&nbsp;<em>Kim<\/em>&nbsp;\u00bb ou\u00ab&nbsp;<em>Le livre de la jungle<\/em>&nbsp;\u00bb qui plongent le lecteur dans l\u2019univers f\u00e9erique de l\u2019Empire des Indes, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Inde elle-m\u00eame, \u00e0 la d\u00e9couverte de ce continent, de ses m\u0153urs et religions, et naturellement \u00e0 la gloire de l\u2019imp\u00e9rialisme britannique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le r\u00e9cit d\u2019Orwell se d\u00e9roule dans une colonie subordonn\u00e9e des Indes, celle de Birmanie, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en Haute Birmanie, et prend pour d\u00e9cor la vie coloniale d\u2019un des postes de cette r\u00e9gion, celui de Kyaut-hada, mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment celle de son \u00ab Club \u00bb qu\u2019animait un petit cercle d\u2019europ\u00e9ens fonctionnaires ou chefs d\u2019entreprise, moins de dix.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur y d\u00e9crivait l\u2019envers du d\u00e9cor colonial anglais, dont le Club \u00e9tait l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel et qui s\u2019\u00e9tait toujours gard\u00e9 jusque-l\u00e0 d\u2019accueillir un membre birman.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Dans chacune des villes de l\u2019Inde, le Club europ\u00e9en est la citadelle spirituelle, le si\u00e8ge de la puissance anglaise, le nirvana o\u00f9 les fonctionnaires et les nababs indig\u00e8nes r\u00eavent de p\u00e9n\u00e9trer. Le Club de Kyaut-hada \u00e9tait le plus ferm\u00e9 de tous, car il \u00e9tait pratiquement le seul en Birmanie \u00e0 pouvoir s\u2019enorgueillir de n\u2019avoir jamais admis un Oriental parmi ses membres. \u00bb&nbsp;<\/em><\/strong><em>(p<\/em>,23)<\/p>\n\n\n\n<p>Tout dans un Club respirait l\u2019air de l\u2019Empire britannique, le b\u00e2timent avec son bar, ses salles de r\u00e9union, ses journaux anglais, son rythme de vie collective \u00e0 partir de la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, un environnement soigneusement entretenu de terrains de tennis ou de golf, au c\u0153ur d\u2019un quartier r\u00e9sidentiel jalousement pr\u00e9serv\u00e9 le long d\u2019un \u00ab maiden \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un marchand de bois, Flory, qui voudrait faire entrer au Club, \u00ab&nbsp;<em>le v\u00e9ritable centre de la ville<\/em>&nbsp;\u00bb (p,231) son ami le docteur birman Veraswami,&nbsp;<em>\u00ab ce sale<\/em>&nbsp;<em>petit n\u00e8gre de docteur<\/em>&nbsp;\u00bb (p,31), mais qui rencontre toutes sortes de difficult\u00e9s pour y r\u00e9ussir, un complot ourdi par un rival birman du m\u00e9decin, U Po Kyin, et l\u2019opposition farouche des autres membres du Club.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours du r\u00e9cit, Flory faisait part \u00e0 son ami m\u00e9decin du d\u00e9go\u00fbt qu\u2019il \u00e9prouvait \u00e0 l\u2019endroit de l\u2019Empire britannique : \u00ab&nbsp;<em>L\u2019empire des Indes est un despotisme qui a le vol pour finalit\u00e9 \u00bb (p,91)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab C\u2019\u00e9tait le monde renvers\u00e9, car l\u2019Anglais se montrait violemment antianglais et l\u2019Indien, farouchement loyaliste. \u00bb (p,53) \u2026\u00ab Nous sommes des voleurs \u00bb (p,53\u2026 \u00ab Mais nous ne civilisons pas les Birmans : nous ne faisons que les contaminer. \u00bb (p,59)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Flory, entretenait une petite ma\u00eetresse birmane qu\u2019il avait achet\u00e9e \u00e0 ses parents.<\/p>\n\n\n\n<p>Arrive de fa\u00e7on tout \u00e0 fait inattendue la ni\u00e8ce d\u2019un couple du Club, Elisabeth, qui devient rapidement un enjeu mortel pour Flory : comment se d\u00e9barrasser de la petite ma\u00eetresse ? Comment ensuite rivaliser avec un bel officier de cavalerie anglais, Verral, venu occuper un poste dans la police militaire du lieu, et fils de pair, excusez du peu, et donc class\u00e9 imm\u00e9diatement&nbsp;<strong>comme \u00ab&nbsp;<em>L\u2019Honorable&nbsp;<\/em>\u00bb Verrall.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un autre personnage figurait aussi comme un rival potentiel, le Commissaire Adjoint Macgr\u00e9gor.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fonctionnaire birman subordonn\u00e9 U Po Kyin voulait \u00e0 tout prix \u00e9carter le docteur de son chemin et entrer dans ce fameux Club. Il continua \u00e0 ourdir son complot contre le m\u00e9decin, et r\u00e9ussit \u00e0 monter de toutes pi\u00e8ces une r\u00e9volte indig\u00e8ne au cours de laquelle Flory joua un r\u00f4le h\u00e9ro\u00efque qui ne suffit toutefois pas \u00e0 lui faire gagner le c\u0153ur d\u2019Elisabeth.<\/p>\n\n\n\n<p>Il finit par se suicider.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce roman est int\u00e9ressant parce qu\u2019il met en sc\u00e8ne des personnages dans une sorte d\u2019alc\u00f4ve coloniale, pour ne pas dire une serre coloniale o\u00f9 il fait effectivement tr\u00e8s chaud, ce \u00ab Club \u00bb de la Haute Birmanie strictement ferm\u00e9, raciste, et typiquement anglais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une sorte de mod\u00e8le r\u00e9duit de la soci\u00e9t\u00e9 coloniale britannique !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud<\/p>\n\n\n\n<p><strong>PS: Les tribulations coloniales de la France entre Niger et Tchad<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avec le colonel P\u00e9roz (ann\u00e9es 1900-1901), dans \u00ab Confessions d\u2019un officier des troupes coloniales \u00bb (Chapitre 22,\u00ab Le colonel \u00e0 la t\u00eate du 3\u00e8me Territoire Niger Tchad (1900-1901) \u00bb, page 267)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans les extraits de texte tir\u00e9s du voyage du g\u00e9ographe Weulersse, et \u00e0 l\u2019occasion de son passage dans l\u2019Emirat de Kano, au nord de la Nig\u00e9ria, et \u00e0 Kano m\u00eame, nous avons not\u00e9 la particularit\u00e9 de l\u2019existence d\u2019un camp de transit le \u00ab Camp \u00bb qui accueillait les fonctionnaires fran\u00e7ais en route pour Zinder, dans la colonie fran\u00e7aise du Niger.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette situation illustrait parfaitement la sorte de curiosit\u00e9 coloniale que l\u2019expansion coloniale de la France entre Niger et Tchad avait cr\u00e9\u00e9e dans ce territoire colonial, mieux desservi par la ligne de chemin de fer Lagos Kano que par les pistes qui reliaient la capitale de la colonie du Niger, Niamey, \u00e0 la capitale du Tchad, Fort Lamy.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Situations coloniales \u00bb d\u2019Afrique ou d\u2019Asie, avec le regard de voyageurs romanciers et g\u00e9ographes Ann\u00e9es 1905- 1931 La 3\u00e8me Partie a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e le 2 juin 2015 4\u00e8me Partie II &#8211; Les sc\u00e8nes coloniales \u00ab&nbsp;Noirs et Blancs \u00bb A travers l\u2019Afrique nouvelle \u2013De Dakar au Cap de Jacques Weulersse (1931) A la diff\u00e9rence des &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/06\/17\/situations-coloniales-avec-le-regard-de-voyageurs-romanciers-et-geographes-4eme-partie\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0Situations coloniales\u00a0\u00bb, avec le regard de voyageurs romanciers et g\u00e9ographes &#8211; 4\u00e8me Partie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[249,2099,2471,273,697,2472,2470,2466,2467,2468,2469,1538,2473],"class_list":["post-2340","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-afrique","tag-asie","tag-birmanie","tag-colonies","tag-cote-ivoire","tag-flory","tag-george-orwell","tag-jacques-weulersse","tag-kano","tag-kassai","tag-katanga","tag-soudan","tag-verrall"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2340","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2340"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2340\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2341,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2340\/revisions\/2341"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}