{"id":2482,"date":"2017-01-23T13:00:30","date_gmt":"2017-01-23T12:00:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2482"},"modified":"2021-07-10T13:06:32","modified_gmt":"2021-07-10T11:06:32","slug":"la-fin-des-terroirs-eugen-weber-lecture-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/01\/23\/la-fin-des-terroirs-eugen-weber-lecture-critique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La fin des terroirs\u00a0\u00bb Eugen Weber Lecture critique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab La fin des terroirs \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1870-1914<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eugen Weber<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:15px\"><strong>(Fayard 2010)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Lecture critique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Pr\u00e9ambule<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour avoir lu et \u00e9tudi\u00e9 le ou les discours historiques d\u2019un courant de pens\u00e9e anim\u00e9 entre autres par le collectif que j\u2019ai baptis\u00e9 du nom de Blanchard and Co, dont l\u2019animateur principal a, semble-t-il de multiples casquettes, publiques ou priv\u00e9es, puisqu\u2019il est aujourd\u2019hui chef d\u2019entreprise dans la communication, patron de la petite agence de com\u2019 \u00ab BDM \u00bb, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 le plus grand scepticisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard des th\u00e8ses que ce collectif d\u00e9fendait sur la culture coloniale ou imp\u00e9riale, au choix, laquelle aurait \u00e9t\u00e9 celle de la France, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des colonies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi cette th\u00e8se historique manquait de pertinence scientifique ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour deux raisons majeures, la premi\u00e8re son insuffisance d\u2019\u00e9valuation scientifique et quantitative des vecteurs suppos\u00e9s de la dite culture et de ses effets sur l\u2019opinion publique aux diff\u00e9rentes p\u00e9riodes de notre histoire coloniale, la deuxi\u00e8me, sa m\u00e9connaissance de la culture populaire fran\u00e7aise des m\u00eames p\u00e9riodes, notamment au cours de la p\u00e9riode historique allant en gros de 1870 \u00e0 la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans mon livre \u00ab&nbsp;<em>Supercherie coloniale<\/em>&nbsp;\u00bb, je faisais r\u00e9f\u00e9rence au livre roboratif de MM Keslassy et Rosenbaum, dans la collection&nbsp;<em>M\u00e9moires vives<\/em>,&nbsp;<em>\u00ab Pourquoi les communaut\u00e9s instrumentalisent l\u2019Histoire<\/em>&nbsp;? \u00bb, en citant une de leurs appr\u00e9ciations :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Nos nouveaux entrepreneurs de m\u00e9moire, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, guettent ces d\u00e9sirs et ces tourments. Ils savent les instrumentaliser. \u00bb (MV,p,59)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et j\u2019indiquais :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Pourquoi ne pas rappeler que dans une controverse r\u00e9cente sur la repentance entre deux historiens chevronn\u00e9s, Mme Coquery-Vidrovitch et M. Lefeuvre, la premi\u00e8re a d\u00e9fendu l\u2019historien Blanchard en le qualifiant pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019historien entrepreneur ? \u00bb (p,264,265)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne sais pas si \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019historien ainsi d\u00e9sign\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 historien entrepreneur ou chef d\u2019entreprise lui-m\u00eame, comme c\u2019est aujourd\u2019hui le cas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le travail d\u2019Eugen Weber a le m\u00e9rite de nous \u00e9clairer sur la situation qui \u00e9tait celle de la m\u00e9tropole au cours des m\u00eames ann\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire une France rurale, arri\u00e9r\u00e9e, face \u00e0 celle des villes, encore minoritaires, face aussi au rayonnement, sinon au pouvoir exorbitant de Paris, sa capitale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le livre montre bien l\u2019existence de deux mondes, un monde rural qui avait beaucoup de points communs avec certains des mondes ruraux rencontr\u00e9s au cours des conqu\u00eates et de la mise en place des superstructures coloniales, tr\u00e8s loin du monde urbain, d\u00e9j\u00e0 sophistiqu\u00e9, mais tr\u00e8s minoritaire jusqu\u2019\u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle et du d\u00e9but du si\u00e8cle suivant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les observations d\u2019Eugen Weber sur la lecture anticolonialiste de Franz Fanon valent le d\u00e9tour.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle je publierai \u00e0 la fin de ma lecture critique une petite synth\u00e8se intitul\u00e9e \u00ab Indig\u00e8nes de m\u00e9tropole et Indig\u00e8nes des colonies \u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab La fin des terroirs \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1870-1914<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eugen Weber<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab Pr\u00e9face in\u00e9dite de Mona Ozouf \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Pluriel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Lecture critique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il s\u2019agit d\u2019un gros bouquin de 713 pages avec toutes ses cotes, un gros pav\u00e9 historique, que l\u2019auteur a consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de la France \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle et au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, une analyse qui a l\u2019immense m\u00e9rite \u00e0 mes yeux de rebattre beaucoup de fausses cartes historiques sur lesquelles trop d\u2019historiens ont construit leur discours, le dernier exemple \u00e9tant celui du collectif de chercheurs Blanchard, Lemaire, Bancel, et Verg\u00e8s, en ce qui concerne la culture coloniale qu\u2019ils supposaient \u00eatre celle de la France de 1870 \u00e0 1914, et qu\u2019ils ont affirm\u00e9 \u00eatre celle-l\u00e0.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En finale de ma lecture critique, je me propose de r\u00e9diger un petit sommaire des traits qui, d\u2019apr\u00e8s la source historique en question, relevaient d\u2019une France m\u00e9tropolitaine arri\u00e9r\u00e9e, sauvage, compos\u00e9e, pour plus de 90% de ses habitants, laquelle \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, n\u2019avait rien \u00e0 envier \u00e0 beaucoup des territoires coloniaux que la France se mit en t\u00eate de conqu\u00e9rir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019intitul\u00e9 de la premi\u00e8re partie du livre \u00ab Culture coloniale \u00bb, 1. \u00ab Impr\u00e9gnation d\u2019une culture \u00bb (1871-1914), sonne \u00e9trangement, alors que dans le contexte historique de l\u2019\u00e9poque, le vrai sujet portait sur l\u2019impr\u00e9gnation d\u2019une culture fran\u00e7aise, outre le fait de l\u2019indigence des \u00e9valuations qui sont faites \u00e0 la fois des vecteurs suppos\u00e9s de cette culture et de ses effets.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce livre comprend trois parties, qu\u2019ouvre une pr\u00e9face tout \u00e0 fait int\u00e9ressante de Mona Ozouf (p,1 \u00e0 9) :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>I&nbsp; &#8211; \u00ab Les choses telles qu\u2019elles \u00e9taient \u00bb&nbsp; (pages 17 \u00e0 239)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>II \u2013 \u00ab Les agents du changement \u00bb (pages 239 \u00e0 449)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>III \u2013 Changement et assimilation (pages 449 \u00e0 589)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La seule \u00e9num\u00e9ration du titre des 29 chapitres de ce livre suffirait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 en donner la couleur historique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s publication de cette analyse, nous nous proposons donc de publier quelques pages de comparaison entre ce qu\u2019\u00e9tait la France \u00ab coloniale \u00bb de la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, et la nouvelle \u00ab France d\u2019Outre-Mer \u00bb, que&nbsp; les explorateurs, les officiers,&nbsp; les administrateurs, les missionnaires, ou les colons, d\u00e9couvraient.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019y avait pas beaucoup de diff\u00e9rence dans un certain&nbsp; nombre de cas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le contenu du vingt-neuvi\u00e8me chapitre, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Cultures et<\/em>&nbsp;<em>civilisation<\/em>&nbsp;\u00bb,&nbsp; le dernier est tout \u00e0 fait int\u00e9ressant \u00e0 ce sujet.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La pr\u00e9face<\/strong><strong>, dans sa pr\u00e9face, Mona Ozouf, \u00e9crit :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>On entre dans le livre d\u2019Eugen Weber comme dans un conte, sous la douce injonction d\u2019un \u00ab il \u00e9tait une fois \u00bb : dans le pays o\u00f9 il nous entra\u00eene, les nuits sont tr\u00e8s noires, les for\u00eats tr\u00e8s profondes, et les chemins des fondri\u00e8res. Chaque village vit rempar\u00e9, repli\u00e9 sur lui-m\u00eame et ses tr\u00e8s proches entours, et rien ne semble y bouger : ce que les hommes font, ils l\u2019ont toujours fait, l\u2019origine des usages se perd dans la brume des temps<\/em>. \u00bb (p,I)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>\u2026 comment les paysans se sont mu\u00e9s en citoyens fran\u00e7ais\u2026 comment donc le sentiment d\u2019appartenance \u00e0 la patrie est-il venu aux gens des campagnes ? Le livre d\u2019Eugen Weber explore les chemins par lesquels s\u2019est faite cette rencontre et d\u00e9veloppe une id\u00e9e centrale : que cette rencontre a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s tardive, si bien que le sentiment patriotique des Fran\u00e7ais entre 1870 et 1914, est encore \u00e0&nbsp; cr\u00e9er.<\/em>&nbsp;\u00bb (p,III)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>\u2026 il se rend compte qu\u2019il ne sait rien de ces campagnes trait\u00e9es par tant d\u2019historiens comme de simples annexes de la ville ; que lui-m\u00eame a longtemps identifi\u00e9 la France \u00e0 Paris ; qu\u2019il lui faut d\u00e9sormais privil\u00e9gier les p\u00e9riph\u00e9ries au d\u00e9triment du centre que c\u00e9l\u00e8bre une historiographie fran\u00e7aise obstin\u00e9ment&nbsp; jacobine<\/em>. \u00bb (p,IV)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteure cite l\u2019exemple du livre d\u2019Antoine Prost sur l\u2019enseignement :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab \u2026<em>comment par exemple a-t-il pu faire l\u2019impasse sur les obstacles que les langues minoritaires opposaient, sous la III\u00b0 R\u00e9publique encore, \u00e0 l\u2019alphab\u00e9tisation des Fran\u00e7ais<\/em>&nbsp;? \u00bb (p,V)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab En osant ces question, La fin des terroirs comportait donc sa pointe pol\u00e9mique. Il prenait \u00e0 la traverse quelques- unes des certitudes les mieux ancr\u00e9es que nourrit l\u2019historiographie fran\u00e7aise sur la date et la teneur du sentiment national\u2026 (p,V)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab \u2026Aucune des dates invoqu\u00e9es ne trouve gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux\u2026 \u00bb (p,VI)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab \u2026 L\u2019objection d\u00e9cisive, face \u00e0 Renan, \u00e0 Benda, \u00e0 tant de volontaristes, est que si \u00eatre fran\u00e7ais suppose une mobilisation quotidienne de la volont\u00e9 au service d\u2019une conscience claire, alors ceux qui vivaient dans les campagnes fran\u00e7aises du XIX\u00e8me si\u00e8cle \u00e9taient \u00e0 peine fran\u00e7ais<\/em><\/strong><strong>\u2026 \u00bb(p,VI)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mona Ozouf \u00e9mettait toutefois un doute :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Si bien que les lecteurs de la Fin des terroirs conservent un doute : le constat de la sauvagerie paysanne n\u2019est-il pas \u00e9troitement d\u00e9pendant du choix que fait Weber de son espace et de ses sources ? Son espace, parce qu\u2019il a r\u00e9colt\u00e9 ses exemples au sud-ouest de la ligne Saint Malo-Gen\u00e8ve : ses observations auraient-elles \u00e9t\u00e9 les m\u00eames s\u2019il avait tourn\u00e9 ses regards vers les les plaines du Bassin parisien, du Nord, de l\u2019Est et du Sud-Est au lieu d\u2019\u00e9lire la France pauvre, la France rebelle, celle du \u00ab fatal triangle \u00bb de Stendhal\u2026 Or ces sources, Weber les utilise parfois sans assez d\u2019esprit critique\u2026 \u00bb \u00ab(p,VIII)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une bonne question, sauf \u00e0 noter que la fracture nationale d\u00e9crite, avait au moins un sens g\u00e9ographique, sud contre nord, ou montagnes contre plaines, de m\u00eame que la question&nbsp; suivante :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab \u2026<em>Resterait enfin la grande question de savoir quelle est la valeur du raisonnement inductif qui, du peu de familiarit\u00e9 avec la culture savante, conclut \u00e0 l\u2019absence de sentiment national\u2026.<\/em>&nbsp;\u00bb (p,IX)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux questions qui posent les questions rarement abord\u00e9es et trait\u00e9es de la repr\u00e9sentativit\u00e9 des sources analys\u00e9es, et de l\u2019\u00e9valuation des effets de leurs contenus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Introduction (page 9)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur nous raconte comment il avait d\u00e9couvert le livre de Roger Thabault&nbsp;<em>\u00ab Mon village<\/em>&nbsp;\u00bb :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Thabault retra\u00e7ait l\u2019\u00e9volution d\u2019une commune \u2013 bourg, villages, hameau, fermes isol\u00e9es -, dans laquelle la vie avait suivi le m\u00eame cours depuis des temps bien ant\u00e9rieurs \u00e0 la R\u00e9volution, et n\u2019avait chang\u00e9, mais alors radicalement, qu\u2019au cours du dernier demi-si\u00e8cle avant 1914\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vingt ans plus tard, l\u2019auteur d\u00e9couvrait un autre livre, celui d\u2019Andr\u00e9 Varagnac, qui d\u00e9crivait \u00e0 sa mani\u00e8re la m\u00eame m\u00e9tamorphose \u00ab&nbsp;<em>Civilisation traditionnelle et genres de vie<\/em>&nbsp;\u00bb ;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab \u00ab&nbsp;<em>Toute une mentalit\u00e9 se mourrait, \u00e9tait morte. Co\u00efncidence ? Varagnac, lui aussi, situait ce tournant d\u00e9cisif dans le dernier quart du XIX\u00b0&nbsp; si\u00e8cle.<\/em>&nbsp;(p, 10)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2026 En cherchant les r\u00e9ponses aux questions que Varagnac m\u2019avait amen\u00e9 \u00e0 soulever, j\u2019\u00e9tais conduit \u00e0 d\u00e9couvrir une nouvelle France dans les campagnes du XIX \u00b0 si\u00e8cle, une France o\u00f9 beaucoup de gens ne parlaient pas fran\u00e7ais, ne connaissaient pas (et employaient encore moins) le syst\u00e8me m\u00e9trique, o\u00f9 les pistoles et les \u00e9cus \u00e9taient mieux connus que les francs, o\u00f9 les routes \u00e9taient rares et les march\u00e9s \u00e9loign\u00e9s, et o\u00f9 une \u00e9conomie de subsistance traduisait la plus \u00e9l\u00e9mentaire prudence. Ce livre traite de ces changements et de l\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s au cours de cette p\u00e9riode ; en un mot, il montre comment la France sous-d\u00e9velopp\u00e9e fut int\u00e9gr\u00e9e au monde moderne et \u00e0 la la culture officielle \u2013 celle de Paris et des grandes villes. \u00bb (p,11)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas souligner la justesse du propos, car il a toujours exist\u00e9, et il existe encore \u00e0 mes yeux, un biais m\u00e9thodologique de base dans la fa\u00e7on dont la plupart des chercheurs confondent bien souvent la France avec sa capitale, ou le monde des grandes villes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus loin l\u2019auteur reconnait que dans son hypoth\u00e8se de travail, il s\u2019est d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment attach\u00e9 aux r\u00e9gions qui servaient le mieux ses int\u00e9r\u00eats&nbsp;<em>\u2013\u00ab l\u2019Ouest, le Centre, le Midi et le Sud-Ouest- , et aux quarante ou cinquante ann\u00e9es qui&nbsp; pr\u00e9c\u00e8dent 1914,&nbsp;<\/em>&nbsp;un biais m\u00e9thodologique qui est effectivement de nature \u00e0 diminuer la port\u00e9e de son analyse, contrebalanc\u00e9 par le constat qu\u2019il a fait aux Archives nationales :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Mais m\u00eame les recherches qui s\u2019en tiennent aux lignes traditionnelles de l\u2019histoire sociale des ann\u00e9es 1880-1914 posent des probl\u00e8mes particuliers. Il y a de s\u00e9rieuses lacunes aux Archives nationales pour ce demi-si\u00e8cle d\u00e9cisif d\u2019avant 1914).<\/em><\/strong><strong>&nbsp;\u00bb (p, 12)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud\u00a0&#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La fin des terroirs \u00bb 1870-1914 Eugen Weber (Fayard 2010) Lecture critique Pr\u00e9ambule &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour avoir lu et \u00e9tudi\u00e9 le ou les discours historiques d\u2019un courant de pens\u00e9e anim\u00e9 entre autres par le collectif que j\u2019ai baptis\u00e9 du nom de Blanchard and Co, dont l\u2019animateur principal a, semble-t-il de multiples casquettes, publiques ou priv\u00e9es, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/01\/23\/la-fin-des-terroirs-eugen-weber-lecture-critique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0La fin des terroirs\u00a0\u00bb Eugen Weber Lecture critique&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[2588,2586,262,551,2113,2583,2585,2587,2584,285],"class_list":["post-2482","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-andre-varagnac","tag-antoine-prost","tag-blanchard","tag-eugen-weber","tag-franz-fanon","tag-keslassy","tag-mona-ozouf","tag-roger-thabault","tag-rosenbaum","tag-supercherie-coloniale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2482","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2482"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2482\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2483,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2482\/revisions\/2483"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2482"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2482"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2482"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}