{"id":2512,"date":"2017-01-30T14:02:38","date_gmt":"2017-01-30T13:02:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2512"},"modified":"2021-07-10T14:20:08","modified_gmt":"2021-07-10T12:20:08","slug":"indigenes-de-france-et-indigenes-des-colonies-en-dedans-et-en-dehors-de-la-france-etait-ce-bien-different","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/01\/30\/indigenes-de-france-et-indigenes-des-colonies-en-dedans-et-en-dehors-de-la-france-etait-ce-bien-different\/","title":{"rendered":"Indig\u00e8nes de France et Indig\u00e8nes des colonies: en dedans et en dehors de la France, \u00e9tait-ce bien diff\u00e9rent ?"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Indig\u00e8nes de France et Indig\u00e8nes des colonies fran\u00e7aises : en dedans et en dehors de la France, \u00e9tait-ce bien diff\u00e9rent ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Les biais de l\u2019histoire postcoloniale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Source : \u00ab La fin des terroirs 1870-1914 \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Eugen Weber<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Synth\u00e8se rapide et \u00e9vocation du chapitre XXIX<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab Cultures et civilisation \u00bb (<\/strong><strong>pages 575 \u00e0 587)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A lire certains \u00e9crits de l\u2019histoire postcoloniale, notamment ceux publi\u00e9s par le collectif Blanchard and Co sur la culture coloniale et imp\u00e9riale qui aurait \u00e9t\u00e9 celle de la France, en tout cas au cours de la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la premi\u00e8re guerre mondiale, la lecture de l\u2019ouvrage cit\u00e9 ci-dessus a de quoi dessiller les yeux des plus incr\u00e9dules.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les pages qui suivent, et \u00e0 partir de la source Weber, nous nous proposons de dresser le portrait de cette France des indig\u00e8nes qui avait la folle ambition de civiliser les indig\u00e8nes des colonies, alors qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de peine \u00e0 civiliser les indig\u00e8nes de France, \u00e0 les franciser, \u00e0 les assimiler.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u00e8s l\u2019ouverture, l\u2019auteur met le lecteur dans l\u2019ambiance coloniale, \u00ab&nbsp;<em>Premi\u00e8re partie Les choses telles qu\u2019elles \u00e9taient \u00bb Chapitre premier \u00ab Un pays de sauvages \u00bb (p,17)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab Vous n\u2019avez pas besoin d\u2019aller en Am\u00e9rique pour voir des sauvages \u00bb songeait un Parisien en traversant la campagne bourguignonne vers 1840 \u00bb \u00ab Les Peaux Rouges de Fenimore Cooper sont ici \u00bb, \u00e9crivait Balzac, dans ses \u00ab Paysans \u00bb (1844).&nbsp; De fait de nombreux t\u00e9moignages nous sugg\u00e8rent qu\u2019une grande partie de la France du XIX\u00e8me si\u00e8cle \u00e9tait habit\u00e9e par des sauvages. \u00bb (p,17)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Les soul\u00e8vements populaires de 1851 apport\u00e8rent leur lot de commentaires : horde sauvage, pays de sauvages, de barbares. Il ne faut pas oublier que traiter abusivement quelqu\u2019un de sauvage \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un outrage passible d\u2019amende ou m\u00eame de prison, si l\u2019affaire allait jusqu\u2019aux tribunaux. \u00bb (p,19)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Les habitants des villes, qui souvent (comme dans les villes coloniales de la Bretagne) ne comprenaient pas la langue rurale, m\u00e9prisaient les paysans, exag\u00e9raient leur sauvagerie, insistaient sur les aspects les plus pittoresques \u2013 et donc les plus arri\u00e9r\u00e9s \u2013 de leurs activit\u00e9s, et allaient jusqu\u2019\u00e0 faire des comparaisons d\u00e9favorables avec les populations colonis\u00e9es d\u2019Afrique du Nord ou du Nouveau Monde. Dans le Brest du XIX\u00e8me si\u00e8cle, il n\u2019\u00e9tait pas rare d\u2019entendre parler de la campagne avoisinante en termes coloniaux : la&nbsp;<\/em><\/strong><strong>brousse, ou la cambrousse<em>. Mais ces parall\u00e8les n\u2019\u00e9taient gu\u00e8re n\u00e9cessaires, car le stock de pr\u00e9jug\u00e9s \u00e9tait bien fourni ; Les pommes de terre pour les cochons, les \u00e9pluchures pour les Bretons<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00bb (p,21)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur rel\u00e8ve que cet aspect de la soci\u00e9t\u00e9 rurale de cette \u00e9poque n\u2019avait jamais v\u00e9ritablement int\u00e9ress\u00e9 les anthropologues et ethnologues fran\u00e7ais, plus tourn\u00e9s vers les peuples exotiques :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Ce type de question r\u00e9clame une r\u00e9ponse, mais il est difficile d\u2019en apporter une pr\u00e9cise. La suite de cet ouvrage le montrera. L\u2019une des raisons en est que les ethnographes et les anthropologues fran\u00e7ais (ils ne sont certes pas le seuls, mais ils ont suivi cette tendance peut-\u00eatre plus que leurs coll\u00e8gues \u00e9trangers) ont, r\u00e9cemment encore, \u00e9tudi\u00e9 avec z\u00e8le les peuples exotiques, mais grandement n\u00e9glig\u00e9 le leur. Quant aux sociologues, beaucoup sont pass\u00e9s directement de leurs premi\u00e8res \u00e9tudes sur les soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00e0 l\u2019\u00e9tude des zones urbaines et industrielles, en laissant de c\u00f4t\u00e9 les r\u00e9alit\u00e9s paysannes qui les environnent.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est caract\u00e9ristique, par exemple, que le c\u00e9l\u00e8bre sociologue Maurice Halbwachs, lorsqu\u2019il \u00e9tudie les styles de vie, en 1907, de 87 familles (33 chez les paysans, 54 chez les travailleurs urbains), ne se r\u00e9f\u00e8re sp\u00e9cifiquement dans l\u2019ouvrage publi\u00e9 en 1939 qu\u2019au groupe urbain (et m\u00eame dans ce cas, qu\u2019\u00e0 cinq familles d\u2019ouvriers \u00e0 Paris)\u2026 Dans toute la masse d\u2019\u00e9tudes qui marque la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle et le d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, aucune ne d\u00e9passe l\u2019horizon de Paris et de ce qui s\u2019y d\u00e9roule. Et cela sans aucune restriction, assur\u00e9 que l\u2019on est que les vues et les aspirations d\u2019une petite minorit\u00e9 qui se prend pour l\u2019ensemble du pays repr\u00e9sente r\u00e9ellement cet ensemble. \u00bb (p,23)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ne suis pas s\u00fbr que les choses aient beaucoup chang\u00e9 de nos jours avec le r\u00f4le \u00e9crasant que s\u2019attribue encore l\u2019establishment parisien.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab De Balzac \u00e0 Zola, de Maeterlinck \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Roux en passant par beaucoup d\u2019autres, le paysan apparait comme un \u00eatre obscur, myst\u00e9rieux, hostile et mena\u00e7ant, et est d\u00e9crit comme tel. Quand il ne s\u2019agit pas d\u2019un noble sauvage, comme chez George Sand, c\u2019est un sauvage tout court. \u00bb (<\/em>p,27)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Chapitre IV \u00ab Seul avec les siens \u00bb (p,66)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab En Bretagne, les indig\u00e8nes, comme on les appelait encore sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, semblaient assez aimables mais peu coop\u00e9rants. \u00ab On ne peut rien obtenir des habitants qui ne parlent pas ou ne veulent pas parler fran\u00e7ais, rapportait un fonctionnaire en 1873 \u00e0 propos du Morbihan. \u00bb(p,66)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La situation mit beaucoup de temps pour \u00e9voluer, et c\u2019est \u00e0 la fois la scolarisation et les effets de la premi\u00e8re gu\u00e8re qui furent un facteur puissant de changement :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chapitre XI&nbsp;<em>\u00ab La famille \u00bb (p,209)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Malheureusement, les vieilles habitudes qui r\u00e9gissaient la vie domestique, l\u2019alimentation et l\u2019\u00e9ducation&nbsp; des enfants, pr\u00e9valurent beaucoup plus longtemps qu\u2019on ne l\u2019avait esp\u00e9r\u00e9. Entre 1914 et 1918, les femmes des campagnes avaient certes acquis un sentiment nouveau d\u2019autonomie et de confiance, gr\u00e2ce aux initiatives et responsabilit\u00e9s qu\u2019elles \u00e9taient forc\u00e9es de prendre, aux m\u00e9tiers qu\u2019elles apprenaient \u00e0 faire, aux pensions familiales qu\u2019elles avaient \u00e0 g\u00e9rer. Et pourtant, en 1937, le directeur des services agricoles du Lot pouvait r\u00e9pondre \u00e0 une enqu\u00eate dans des termes qui reprenaient ceux du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent : \u00ab La femme conserve ses traditions et ses vertus domestiques qui se manifestent comme un esclavage librement consenti \u00bb. La vie \u00e0 la ferme devait \u00eatre un esclavage. Le seul changement : il \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent \u00ab librement consenti \u00bb, parce qu\u2019il existait d\u2019autres choix. \u00bb (p217)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Deuxi\u00e8me Partie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Les agents du changement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Quelques citations qui marquent la parent\u00e9 qui existait alors entre les indig\u00e8nes de France et ceux des colonies !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chapitre XIV \u00ab La campagne dans la ville \u00bb (p,283)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es et de l\u2019arriv\u00e9e de nouveaux &nbsp;fonctionnaires, beaucoup de r\u00e9actions \u00e9taient enregistr\u00e9es:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab La pr\u00e9sence d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019\u00e9trangers dans de petites villes, comme celles-l\u00e0 (Parthenay, Vic-le-Comte, Mende, ou Tournon), sans rapport avec leur mode de vie normal, cr\u00e9ait quelque chose qui ressemblait fort \u00e0 une situation coloniale. Taine avait senti cela, quand, en 1864, il avait d\u00e9crit les provinces en disant qu\u2019elles \u00e9taient sous la tutelle de Paris, qui les civilisait de loin en y envoyant ses voyageurs, ses fonctionnaires et ses garnisons. Quarante ans apr\u00e8s, la situation n\u2019avait gu\u00e8re chang\u00e9. Ardouin-Dumazet, voyageur professionnel, observait que la ville de Bellac (Haute Vienne), n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 grand-chose sans ses fonctionnaires et sa garnison. Elle avait peu d\u2019industriels \u2013 tout juste une fabrique de soufflets et une tannerie &#8211; , mais sur la place du march\u00e9, \u00ab les paysannes, dispos\u00e9es sur deux rangs, se tiennent devant leurs maigres apports : un fromage, quelques cerises, des fraises, un lapin ou une poule. Entre elles vont et viennent les dames de la soci\u00e9t\u00e9, femmes de fonctionnaires suivies d\u2019une bonne, femmes d\u2019officiers accompagn\u00e9es du classique soldat \u2013 ordonnance en casquette plate \u00bb. C\u2019est bien la place de march\u00e9 coloniale typique avec ses \u00e9talages pitoyablement maigres, ses vendeurs d\u2019une patience infinie, faisant de petits gains, \u00e0 la longue importants, en approvisionnant les coloniaux ou les cr\u00e9oles. \u00bb&nbsp;<\/em><\/strong><strong>(p,284)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le chapitre XVIII est un des chapitres importants de ce livre, en raison de l\u2019importance de son sujet et de son r\u00f4le de civilisation : \u00ab&nbsp;<em>Une s\u00e9rieuse entreprise de civilisation : l\u2019\u00e9cole et la scolarisation \u00bb (p,365) :<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9cole et particuli\u00e8rement l\u2019\u00e9cole du village, gratuite et obligatoire, s\u2019est vue attribuer le processus d\u2019acculturation final qui a transform\u00e9 les Fran\u00e7ais en fran\u00e7ais \u2013 qui finalement les a civilis\u00e9s, comme aimaient \u00e0 le dire de nombreux \u00e9ducateurs du XIX\u00e8me si\u00e8cle \u00bb. (p,365)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur cite le r\u00f4le important qu\u2019a jou\u00e9 dans les \u00e9coles le Lavisse, ainsi que la diffusion massive, \u00e0 partir de 1877, du livre intitul\u00e9 \u00ab Le Tour de France \u00bb de Bruno :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Cet enseignement des hauts faits eux-m\u00eames faisait partie d\u2019\u2019un tout plus vaste. En 1884, Le Tour de France de Bruno, publi\u00e9 en 1877, avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9imprim\u00e9 108 fois,, et vers 1900, les ventes d\u00e9passaient huit millions d\u2019exemplaires. Chaque enfant lisait et relisait l\u2019histoire des deux gar\u00e7ons alsaciens quittant leur foyer \u00e0 la mort de leur p\u00e8re pour r\u00e9pondre au v\u0153u qu\u2019il avait exprim\u00e9 \u2013 qu\u2019ils puissent \u00eatre des Fran\u00e7ais. \u00bb (p,401<\/em>)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>En ce qui concerne le Petit Lavisse, et son effet \u00e9ventuel sur la culture coloniale des Fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque, j\u2019ai \u00e9crit ailleurs que les quelques pages consacr\u00e9es par l\u2019ouvrage aux colonies, \u00e0 la fin du livre, \u00e0 la veille des grandes vacances, ne suffisait pas \u00e0 d\u00e9montrer son r\u00f4le \u00e0 ce sujet.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le cas du livre de Bruno, tr\u00e8s populaire, comme les chiffres ci-dessus le d\u00e9montrent, il est tout \u00e0 fait curieux que, dans aucune de ses pages, n\u2019est \u00e9voqu\u00e9e la question des conqu\u00eates coloniales, une curieuse impasse qui tendrait \u00e0 d\u00e9montrer que le collectif de chercheurs Blanchard and Co a pris des vessies pour des lanternes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le titre de la Troisi\u00e8me Partie flotte d\u00e9j\u00e0 comme un drapeau sur un tel sujet :&nbsp;<\/strong><strong>\u00ab&nbsp;<em>Changement et assimilation<\/em><\/strong><strong>&nbsp;\u00bb (p,447)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur \u00e9voque la destin\u00e9e curieuse de la Marseillaise n\u00e9e dans une ville o\u00f9 l\u2019on ne parlait pas le fran\u00e7ais, un chant qui eut de la peine \u00e0 s\u2019imposer, et il fallut attendre 1879, pour que ce chant soit r\u00e9impos\u00e9 comme hymne national.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le chapitre XXVIII, \u00ab&nbsp;<em>Le glas du pass\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb, et en ce qui concerne la vie culturelle, l\u2019auteur \u00e9crit :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>En 1895, la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Ethnographie nationale et des Arts populaires commen\u00e7a \u00e0 \u00e9tudier non seulement le folklore litt\u00e9raire \u2013 le seul aspect qui avait int\u00e9ress\u00e9 les romantiques \u2013 mais aussi l\u2019art populaire, les objets et les techniques. On \u00e9tudia les paysans comme une esp\u00e8ce en voie de disparition, leur culture fut diss\u00e9qu\u00e9e et sa valeur sentimentale s\u2019accrut. De George Sand \u00e0 Maurice Barr\u00e8s, les \u00e9crivains s\u2019empar\u00e8rent du paysan comme un si\u00e8cle avant on s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 du bon sauvage. Des s\u00e9ries de cartes postales repr\u00e9sentaient des sc\u00e8nes qui, il y a peu de temps, n\u2019\u00e9taient pas dignes d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9es : chaumi\u00e8res, fermi\u00e8res engrangeant du foin, f\u00eates des moissons, paysans en costume r\u00e9gional. \u00bb (p,560)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans son dernier chapitre, le XXXIX, \u00ab&nbsp;<em>Cultures et civilisation<\/em>&nbsp;\u00bb brosse une synth\u00e8se de ce que fut la France coloniale, celle des indig\u00e8nes qui dans certaines des r\u00e9gions ressemblaient fort aux indig\u00e8nes des colonies que les colonisateurs avaient l\u2019ambition de civiliser.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>On peut voir le fameux hexagone comme un empire colonial qui s\u2019est form\u00e9 au cours des si\u00e8cles, un ensemble de territoires conquis, annex\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9s dans une unique structure administrative et politique, nombre de ces territoires poss\u00e9dant des personnalit\u00e9s r\u00e9gionales tr\u00e8s fortement d\u00e9velopp\u00e9es et certaines d\u2019entre elles des traditions sp\u00e9cifiquement non- ou antifran\u00e7aises. Un&nbsp; rappel partiel nous servira d\u2019aide-m\u00e9moire : au XIII\u00b0 si\u00e8cle, le Languedoc et les r\u00e9gions du centre ; au XV \u00b0si\u00e8cle l\u2019Aquitaine et la Provence, au XVI \u00b0si\u00e8cle, la Bretagne ; au XVII\u00b0 si\u00e8cle, la Navarre, le B\u00e9arn, le pays Basque, le Roussillon et la Cerdagne, une partie de l\u2019Alsace et des Flandres fran\u00e7aises, la Franche Comt\u00e9; au XVIII\u00b0 si\u00e8cle, le duch\u00e9 de Lorraine, la Corse, l\u2019Etat pontifical du Comtat-Venaissin ; au XIX\u00b0 si\u00e8cle, la Savoie et Nice. En 1870, cet ensemble \u2013 et le reste \u2013 formait une entit\u00e9 politique appel\u00e9e France, royaume, empire ou r\u00e9publique, organis\u00e9e par les conqu\u00eates et par les d\u00e9cisions administratives ou politiques prises \u00e0 (ou pr\u00e8s) de Paris. Mais le point de vue moderne de la nation en tant qu\u2019un ensemble de populations unies selon leur propre volont\u00e9 et ayant certains attributs en commun (au moins l\u2019histoire) \u00e9tait difficilement applicable \u00e0 la France de 1870 \u00bb<\/em>&nbsp;(p,575)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, Marcel Mauss m\u00e9dita sur la diff\u00e9rence entre les peuples ou les empires, et les nations\u2026. Il voyait la nation comme \u00ab une soci\u00e9t\u00e9 mat\u00e9riellement et moralement unifi\u00e9e \u00bb et caract\u00e9ris\u00e9e par \u00ab l\u2019unit\u00e9 relative morale, mentale, et culturelle de ses habitants qui soutiennent sciemment l\u2019Etat et ses lois \u00bb. Il est \u00e9vident que la France de 1870 ne correspondait pas au mod\u00e8le de la nation de Mauss\u2026. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et si l\u2019on raisonne comme Deutsch :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab En dehors des centres urbains, dans presque toute la France il n\u2019y avait pas \u00ab d\u2019histoire commune qui puisse \u00eatre mise en commun \u00bb, ni de \u00ab communaut\u00e9 d\u2019habitudes compl\u00e9mentaires \u00bb, peu d\u2019\u00e9changes du fait de la division du travail dans la production des biens et des services, et seulement des \u00ab r\u00e9seaux de communication sociale et de relations \u00e9conomiques \u00bb tr\u00e8s limit\u00e9s. Si par \u00ab soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, nous entendons un groupe de gens qui ont appris \u00e0 travailler ensemble, alors la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9tait de taille r\u00e9duite\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>En 1870, en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9vidence contraire, les habitants de l\u2019hexagone se reconnaissaient g\u00e9n\u00e9ralement comme&nbsp; sujets &nbsp;fran\u00e7ais, mais pour beaucoup ce statut n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre qu\u2019une abstraction. Les habitants de r\u00e9gions enti\u00e8res ressentaient peu d\u2019affinit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Etat, ou des habitants des autres r\u00e9gions\u2026. L\u2019id\u00e9ologie nationale \u00e9tait encore diffuse et informelle au milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle. La culture fran\u00e7aise ne devint r\u00e9ellement nationale que dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle. \u00bb (p,576)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>J<\/em>ean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Indig\u00e8nes de France et Indig\u00e8nes des colonies fran\u00e7aises : en dedans et en dehors de la France, \u00e9tait-ce bien diff\u00e9rent ? Les biais de l\u2019histoire postcoloniale Source : \u00ab La fin des terroirs 1870-1914 \u00bb Eugen Weber Synth\u00e8se rapide et \u00e9vocation du chapitre XXIX \u00ab Cultures et civilisation \u00bb (pages 575 \u00e0 587) &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/01\/30\/indigenes-de-france-et-indigenes-des-colonies-en-dedans-et-en-dehors-de-la-france-etait-ce-bien-different\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Indig\u00e8nes de France et Indig\u00e8nes des colonies: en dedans et en dehors de la France, \u00e9tait-ce bien diff\u00e9rent ?&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[262,551,270,2575,2601],"class_list":["post-2512","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-blanchard","tag-eugen-weber","tag-france","tag-marcel-mauss","tag-petit-lavisse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2512","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2512"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2512\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2513,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2512\/revisions\/2513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}