{"id":2518,"date":"2017-01-25T14:49:12","date_gmt":"2017-01-25T13:49:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2518"},"modified":"2021-07-10T15:12:59","modified_gmt":"2021-07-10T13:12:59","slug":"la-fin-des-terroirs-eugen-weber-deuxieme-partie-les-agents-du-changement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/01\/25\/la-fin-des-terroirs-eugen-weber-deuxieme-partie-les-agents-du-changement\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La fin des terroirs\u00a0\u00bb Eugen Weber Deuxi\u00e8me Partie \u00ab\u00a0Les agents du changement\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab La fin des terroirs \u00bb Eugen Weber<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Deuxi\u00e8me Partie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Les agents du changement (p,237)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Des routes, encore des routes et toujours des routes<\/em>&nbsp;\u00bb (<\/strong><strong><em>chapitre XII, p,239)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La France changea de visage \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, avec la route, le rail, et l\u2019\u00e9cole, apr\u00e8s 1880, avec la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Quand Maupassant et d\u2019autres p\u00eacheurs du dimanche parisiens allaient en diligence de Courbevoie \u00e0 Asni\u00e8res, \u00e0 9 kilom\u00e8tres, ce village \u00e9tait aussi \u00e9loign\u00e9 en temps de d\u00e9placement, de la capitale, que Rouen l\u2019est en train aujourd\u2019hui, ou Nice en avion. \u00bb \u00ab (p,243)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Les changements r\u00e9els semblent n\u2019\u00eatre intervenus qu\u2019apr\u00e8s la loi de 1881, qui autorisait la construction des routes rurales \u00ab reconnues d\u2019int\u00e9r\u00eat public \u00bb\u2026. En 1929, 76% des routes locales de Vend\u00e9e avaient \u00e9t\u00e9 construites apr\u00e8s 1881. \u00bb (p,249)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En ce qui concerne le rail, il y avait 19 746 kilom\u00e8tres de lignes en 1879 et 64 898 en 1910.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Avant que la culture ne change en profondeur, il fallait que les conditions mat\u00e9rielles se transforment et dans ce processus le r\u00f4le de la route et du rail fut fondamental \u00bb (p,252)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab On a dit des routes qu\u2019elles avaient ciment\u00e9 l\u2019unit\u00e9 nationale. Si la chose est vraie (et je pense qu\u2019elle l\u2019est), le plan Freycinet fit plus pour atteindre ces r\u00e9sultats que les grandes routes de la monarchie et de l\u2019Empire, qui ne ciment\u00e8rent gu\u00e8re (m\u00eame si cela \u00e9tait en soi beaucoup) qu\u2019une structure administrative<\/em><\/strong><strong>. \u00bb (p,268)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Changement et continuit\u00e9 \u00bb (<\/em><\/strong><strong><em>chapitre XIII) (p,269)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab l\u2019entr\u00e9e de la France dans l\u2019\u00e8re industrielle a g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 situ\u00e9e en fonction du nombre d\u2019engins mus \u00e0 la vapeur. En fait, le d\u00e9veloppement des routes et des chemins de fer serait un indicateur plus s\u00fbr, car ce furent eux (et particuli\u00e8rement les routes et les lignes ferroviaires locales de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle) qui cr\u00e9\u00e8rent un v\u00e9ritable march\u00e9 national dans lequel les marchandises et les produits fabriqu\u00e9s par les machines pouvaient \u00eatre achet\u00e9s et vendus. Bien plus, ils jou\u00e8rent un r\u00f4le crucial en r\u00e9pandant partout cette prosp\u00e9rit\u00e9 relative qui soutenait ce march\u00e9\u2026 Il y avait plus de gens travaillant dans la production artisanale que dans l\u2019industrie \u00e0 grande \u00e9chelle. C\u2019\u00e9tait vrai dans les ann\u00e9es 1860\u2026 \u00bb (p, 269)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En 1876 :&nbsp;<em>\u00ab On \u00e9tait encore loin d\u2019une situation moderne. \u2026 Un pays de patrons. .. de petits artisans ind\u00e9pendants\u2026 C\u2019\u00e9taient ces hommes et leurs aides, ou compagnons, qui formaient le public int\u00e9ress\u00e9 par les d\u00e9bats politiques dans les villes et les cit\u00e9s ; et c\u2019\u00e9taient des gens comme eux qui \u00e0 la fois maintenaient l\u2019autarcie du village et aidaient les villageois \u00e0 sortir de cette autarcie. \u00bb (p,270)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Deux institutions importantes avaient maintenant commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9cliner : la forge et le moulin du village. Tout comme le lavoir \u00e9tait le centre social des femmes, la forge \u00e9tait un lieu de rencontre pour les hommes du village\u2026 Si la forge \u00e9tait le centre social du village, le moulin \u00e9tait le centre social des campagnes : une sorte de salon rustique et enfarin\u00e9, comme le disait un Breton. \u00bb (p,274)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab La campagne dans la ville \u00bb&nbsp;<\/em><\/strong><strong><em>(chapitre XIV, p,283)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab \u00ab Ce n\u2019\u00e9tait point la campagne, il y avait des maisons ; ce n\u2019\u00e9tait pas une ville ; les rues avaient des orni\u00e8res comme les grandes routes et l\u2019herbe y poussait ; ce n\u2019\u00e9tait pas un village, les maisons \u00e9taient trop grandes. \u00bb La description&nbsp; que Victor Hugo fait du faubourg Saint Marcel, valable pour la monarchie de Juillet, pourrait ais\u00e9ment s\u2019appliquer \u00e0 maintes villes de campagne une g\u00e9n\u00e9ration plus tard \u2013 et m\u00eame deux ! Ville et campagne s\u2019interp\u00e9n\u00e9traient dans de petits centres endormis comme Cerilly (Allier), Millau (Aveyron)), Brioude et Yssingeaux (Haute Loire), Florac (Loz\u00e8re), Saint Flour (Cantal) de telles viles, qui jouaient le r\u00f4le de \u00ab petites capitales \u00bb pour une demi-douzaine de communes se r\u00e9veillaient p\u00e9riodiquement quand la br\u00e8ve animation du march\u00e9 hebdomadaire ou de la foire saisonni\u00e8re rompait leur sommeil. Mais c\u2019\u00e9tait gr\u00e2ce \u00e0 ces villes que la culture nationale et les changements qu\u2019elle introduisait \u00e9taient transmis aux campagnes environnantes. Ce sont, disait Adolphe Blanqui, des \u00ab laboratoires o\u00f9 l\u2019esprit d\u2019entreprise de la bourgeoisie pr\u00e9pare les exp\u00e9riences dont b\u00e9n\u00e9ficieront les gens des campagnes\u2026 de gros bourgs ou de grands villages\u2026\u00bb (p,283)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab La pr\u00e9sence d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019\u00e9trangers dans de petites villes comme celles-l\u00e0, sans rapport avec leur mode de vie normal, c\u2019\u00e9tait quelque chose qui ressemblait fort \u00e0 une situation coloniale. \u00bb (p,284)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Les paysans et la politique \u00bb&nbsp;<\/em><\/strong><strong><em>(chapitre XV, p, 293)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une observation de d\u00e9part : il ne faut pas oublier que jusqu\u2019\u00e0 la fin du si\u00e8cle, la paysannerie repr\u00e9sentait plus de 80% de la population fran\u00e7aise.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab La politique, dans cette France rurale, en restait \u00e0 un stade archa\u00efque \u2013 local et personnel- et cela dura jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1880 au moins. Dans ces zones, l\u2019\u00e9volution vers la modernit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire vers la conscience des probl\u00e8mes sur un plan national et international, semble commencer apr\u00e8s les ann\u00e9es 1870. Cela vient de l\u2019int\u00e9gration de ces zones \u00e0 la France, et renvoie \u00e0 ce processus que nous avons d\u00e9j\u00e0 examin\u00e9 : les mani\u00e8res et les valeurs des villes p\u00e9n\u00e9trant les campagnes, la&nbsp;<u>colonisation<\/u>&nbsp;des campagnes par les villes. \u00bb (p,294)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai naturellement soulign\u00e9 le mot colonisation \u00e0 l\u2019intention des chercheurs en histoire postcoloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019Etat dans ses multiples expressions, justice, fisc, ou police, fut longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme un oppresseur, et l\u2019auteur fait une observation importante sur l\u2019opinion publique de l\u2019\u00e9poque, une r\u00e9f\u00e9rence jamais mesur\u00e9e ou identifi\u00e9e pour beaucoup d\u2019historiens :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab L\u2019opinion publique \u00ab reste celle des villes et de la bourgeoisie<\/em><\/strong><strong>&nbsp;\u00bb. Le public&nbsp;<em>semble s\u2019identifier \u00e0 ces quelques \u00e9lecteurs qui lisent les journaux, la&nbsp;<\/em>population&nbsp;<em>\u00e0 cette mince portion sociale \u00ab intelligente et lettr\u00e9e \u00bb. Et finalement en 1898, le commissaire de police du Perthus distinguera non sans justesse la \u00ab population politique \u00bb de la \u00ab population&nbsp; g\u00e9n\u00e9rale \u00bb qui reste indiff\u00e9rente \u00e0 la politique\u2026 \u00bb \u00ab (p,296)<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et l\u2019auteur de remettre certaines pendules historiques \u00e0 l\u2019heure !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Les historiens marxistes, en particulier, ont cherch\u00e9 \u00e0 montrer que des tensions politiques de type moderne affectaient la paysannerie, et que ses luttes contre les propri\u00e9taires terriens et les autorit\u00e9s impliquaient une vision politique, une sorte de protestation correspondant au sch\u00e9ma de la lutte des classes. Marx \u00e9tait \u00e0 cet \u00e9gard plus averti. Pour lui, les paysans fran\u00e7ais n\u2019\u00e9taient pas une classe, parce que l\u2019\u00abidentit\u00e9 des int\u00e9r\u00eats \u00bb n\u2019avait fait na\u00eetre chez eux \u00ab ni communaut\u00e9, ni lien national, ni organisation politique \u00bb. Etant arriv\u00e9 \u00e0 cette conclusion en 1850 avec le Dix Huit Brumaire de Louis Bonaparte, Marx ne voyait aucune raison de changer son jugement : il n\u2019ajouta aucune note de bas de page \u00e0 la seconde \u00e9dition en 1869, pas plus que Engels pour la troisi\u00e8me en 1885\u2026 Tous deux en concluaient que la paysannerie, incapable de se repr\u00e9senter ou de fonctionner comme une classe, \u00e9tait \u00ab&nbsp;<u>un agr\u00e9gat de grandeurs homologues, comme des pommes de terre dans un sac forment un sac de pommes de terre. \u00bb (p,297)<\/u><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas souligner cette formule choc ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Pendant la d\u00e9cennie de 1870, la crainte d\u2019une restauration de l\u2019Ancien R\u00e9gime et de ses servitudes hanta les esprits de nombreux paysans. \u00bb (p,303)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le grand nombre de rapports officiels rassembl\u00e9s par le Second Empire et la Troisi\u00e8me R\u00e9publique montre que la politique continuait \u00e0 \u00eatre locale, et que la politique locale continuait \u00e0 \u00eatre personnelle. \u00ab Il n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler de partis politiques, disait le sous-pr\u00e9fet de Mirecourt (Vosges) en 1869, il n\u2019y a que des partis locaux. \u00bb Tout comme la paysannerie de la Sarthe d\u00e9crite par Paul Bois, les paysans de toutes les r\u00e9gions o\u00f9 j\u2019ai enqu\u00eat\u00e9, des Vosges \u00e0 la Bretagne, restaient indiff\u00e9rents \u00e0 la politique nationale, et ne s\u2019int\u00e9ressaient qu\u2019aux probl\u00e8mes et aux personnalit\u00e9s locaux. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A la fin du si\u00e8cle : \u00ab&nbsp;<em>La politique, c\u2019\u00e9tait l\u2019affrontement de deux hommes\u2026 \u00bb (p,313)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Maurice Agulhon a soutenu que cette adaptation des th\u00e8mes \u00e9trangers \u00e9tait importante pendant la p\u00e9riode de transition, quand les populations rurales, encore peu touch\u00e9es par le monde ext\u00e9rieur, pouvaient \u00eatre entrain\u00e9es par des slogans id\u00e9ologiques correspondant \u00e0 des haines ou \u00e0 des aspirations locales, et quand l\u2019interaction de ces th\u00e8mes avec la tradition locale s\u2019int\u00e9grait dans le processus d\u2019acculturation. C\u2019est vrai. Mais il est bon de rappeler que ce qu\u2019Agulhon dit de la soci\u00e9t\u00e9 villageoise avant 1848 est rest\u00e9 valable plus de 50 ans apr\u00e8s dans une grande partie de la France, dans des r\u00e9gions o\u00f9 le processus d\u2019acculturation restait incomplet, et c\u2019est ce type de tour de passe- passe qui fut \u00e0 l\u2019\u0153uvre pendant au moins cent ans. \u00bb (p,314)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Comment le nouveau langage de la politique \u00e9tait-il assimil\u00e9 ? ou, pour le dire autrement, comment les masses politiques commenc\u00e8rent-elles \u00e0 agir comme si la politique n\u2019\u00e9tait pas l\u2019int\u00e9r\u00eat et l\u2019apanage d\u2019une petite minorit\u00e9 ?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous pouvons affirmer sans crainte qu\u2019elles n\u2019apprirent ce langage en lisant. \u00ab Les paysans ne lisent pas la litt\u00e9rature \u00e9lectorale \u00bb, rapportait le sous-pr\u00e9fet de Rochechouart (Haute Vienne) en 1857. De fait, ils ne lisaient pas grand-chose en g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019opinion dans les collectivit\u00e9s traditionnelles, venait d\u2019un consensus global, non de points de vue d\u00e9velopp\u00e9s de mani\u00e8re priv\u00e9e. Fond\u00e9e sur des relations personnelles, l\u2019opinion \u00e9tait model\u00e9e par la parole, non par l\u2019\u00e9crit. Qu\u2019il s\u2019agisse des ann\u00e9es 1850, o\u00f9 les publications politiques furent librement distribu\u00e9es dans les campagnes, ou des quarante ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent 1914, la propagande resta principalement verbale\u2026 \u00bb (p,321)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Le langage politique des villes ne pouvait susciter une r\u00e9action positive que s\u2019il \u00e9tait interpr\u00e9t\u00e9 et traduit en termes plus familiers.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le r\u00f4le des interpr\u00e8tes \u00e9tait donc crucial, ainsi que leur nombre, leur vari\u00e9t\u00e9, et leur capacit\u00e9 \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les couches profondes de la soci\u00e9t\u00e9 rurale. \u00bb (p,322)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab L\u2019ignorance rendait plus facile pour les politiciens et les \u00ab leaders \u00bb locaux de confondre et de manipuler les \u00e9lecteurs\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le secret du scrutin ne fut pas particuli\u00e8rement bien pr\u00e9serv\u00e9 jusqu\u2019en 1914, \u00e9poque \u00e0 laquelle on introduisit les isoloirs et les enveloppes pour d\u00e9poser les bulletins. \u00bb (p,327)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; A partir de 1877 et de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, la mairie, le v\u00e9ritable instrument de l\u2019acculturation politique des Fran\u00e7ais :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Et la politique, depuis 1877 en tout cas, avait fait son apparition au village o\u00f9 le maire, en outre, n\u2019\u00e9tait plus nomm\u00e9 d\u2019en haut, mais \u00e9lu par le conseil municipal, conseil dont les membres \u00e9taient eux-m\u00eames \u00e9lus par tous les hommes \u00e2g\u00e9s de plus de vingt et un ans. Pour Daniel Hal\u00e9vy, cette&nbsp;<\/em><\/strong><strong>r\u00e9volution des mairies<em>, qui affectait la structure m\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9, constitua un \u00e9v\u00e9nement plus important que les r\u00e9volutions de 1830 et 1848, qui ne concernaient que l\u2019Etat\u2026. \u00ab C\u2019est introduire la politique au village \u00bb exultait Gambetta. \u00bb (p,328)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab La migration : une industrie de pauvres \u00bb (<\/em><\/strong><strong><em>chapitre XVI, p,335)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avec le d\u00e9veloppement des moyens de communication, le travail d\u2019alphab\u00e9tisation des \u00e9coles, le d\u00e9but d\u2019une certaine industrialisation conjugu\u00e9e avec l\u2019urbanisation, les migrations chang\u00e8rent la physionomie du pays.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Dans le pays pris dans sa totalit\u00e9, le pourcentage de la population n\u00e9e dans un d\u00e9partement et vivant dans un autre, de 11,3% en 1861 et de 15% en 1881, passa \u00e0 19,6% en 1901. \u00bb (p,<\/em><\/strong><strong>349)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Un autre type de migration : le service militaire&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;<em>(<\/em><\/strong><strong><em>chapitre XVII, page351)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il fallut attendre 1889, pour que le service militaire change de physionomie :&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Jusqu\u2019en 1889, l\u2019arm\u00e9e restait un \u00e9pouvantail et les soldats \u00e9taient craints et tenus en suspicion jusque dans leurs propres communaut\u00e9s \u00bb (p,356)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp; \u00ab En 1889, enfin, le service fut r\u00e9duit \u00e0 trois ans, la dispense de 1 500 francs fut abolie, et tous ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 exempt\u00e9s auparavant (essentiellement les \u00e9tudiants, les enseignants, les pr\u00eatres, les s\u00e9minaristes et les fils ain\u00e9s des familles nombreuses ou de celles dont le p\u00e8re \u00e9taient morts) durent servir un an sous les drapeaux. Cette mesure fut populaire. Ce fut le moment crucial \u00e0 partir duquel tous les Fran\u00e7ais physiquement aptes commenc\u00e8rent \u00e0 faire leur service militaire ?. En 1905, la dur\u00e9e du service fut fix\u00e9e \u00e0 deux ans pour tous\u2026. Mais la migration institutionnalis\u00e9e et le brassage impliqu\u00e9 par le service militaire avaient commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1890. \u00bb (p,353)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab En r\u00e9sum\u00e9, il n\u2019y avait pas assez de sens de l\u2019identit\u00e9 nationale pour att\u00e9nuer cette hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e \u00bb (p,357)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le service militaire fut effectivement un instrument d\u2019acculturation du pays, mais la diversit\u00e9 des langues restait un probl\u00e8me :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Ceci sugg\u00e8re que l\u2019arm\u00e9e doit avoir \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re institution officielle \u00e0 maintenir la pratique du bilinguisme : les officiers s\u2019adressaient aux troupes en fran\u00e7ais et les sous-officiers servaient d\u2019interpr\u00e8tes le cas \u00e9ch\u00e9ant. \u00bb (p,359)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur cite le cas de Lyautey, alors commandant, lorsqu\u2019il prit la t\u00eate d\u2019un escadron de cavalerie \u00e0 Saint Germain en 1887,&nbsp; qui d\u00e9couvrait les conditions de vie tr\u00e8s m\u00e9diocres qui \u00e9taient celles de la troupe, et auxquelles il s\u2019effor\u00e7a de porter rem\u00e8de.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Une s\u00e9rieuse entreprise de civilisation : l\u2019\u00e9cole et la scolarisation \u00bb (<\/em><\/strong><strong><em>Chapitre XVIII, page 365))<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9cole, et particuli\u00e8rement l\u2019\u00e9cole du village, gratuite et obligatoire, s\u2019est vue attribuer le processus d\u2019acculturation final qui a transform\u00e9 les Fran\u00e7ais en Fran\u00e7ais \u2013 qui finalement les&nbsp; a civilis\u00e9s, comme aimaient le dire de nombreux \u00e9ducateurs du XIX\u00b0 si\u00e8cle\u2026 Ce qui a rendu les lois de la R\u00e9publique si efficaces, ce n\u2019\u00e9tait pas simplement le fait qu\u2019elles obligeaient tous les enfants \u00e0 fr\u00e9quenter l\u2019\u00e9cole et leur accordaient le droit de le faire gratuitement. Ce furent les circonstances historiques qui rendirent les instituteurs et les \u00e9coles plus accessibles ; qui fournirent des routes gr\u00e2ce auxquelles les enfants pouvaient aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole ; et que par-dessus tout, firent de l\u2019\u00e9cole quelque chose de significatif et de profitable, une fois que sa fr\u00e9quentation eut acquis un sens gr\u00e2ce au changement des valeurs et des perceptions.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon but est de montrer dans ce chapitre le d\u00e9veloppement de la scolarisation dans ce contexte particulier, de montrer comment elle s\u2019accorde avec les changements indiqu\u00e9s plus haut, et en quoi son succ\u00e8s fait partie d\u2019un processus global. \u00bb (p, 366)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab En 1876, pr\u00e8s de 800 000 enfants sur un total de 4 500 000 d\u2019\u00e2ge scolaire, ne fr\u00e9quentaient pas l\u2019\u00e9cole. La plupart de ces enfants appartenaient \u00e0 des communes rurales ; et bon nombre d\u2019enfants officiellement enregistr\u00e9s ne fr\u00e9quentaient gu\u00e8re les classes. Il y avait l\u00e0 un probl\u00e8me persistant.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le grand changement suivant eut lieu dans les ann\u00e9es 1880. Il se serait produit auparavant, si le ministre de l\u2019Instruction, Victor Duruy, avait pu d\u00e9velopper les plans \u00e9labor\u00e9s en 1867. Mais ce ne fut pas le cas, et la plupart de ses initiatives rest\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9tat de projets. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance des r\u00e9formes introduites par Jules Ferry. En 1881, toutes les \u00e9coles primaires publiques devinrent enti\u00e8rement gratuites. En 1882, la fr\u00e9quentation de l\u2019\u00e9cole publique ou priv\u00e9e fut rendue obligatoire. \u00bb (p372)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab L\u2019une des raisons de la lenteur des progr\u00e8s dans la lutte contre l\u2019an alphab\u00e9tisation \u2013 \u00e9trangement ignor\u00e9e par les meilleures \u00e9tudes sur le probl\u00e8me de l\u2019\u00e9ducation en France- \u00e9tait le fait que de nombreux adultes (et par cons\u00e9quent leurs enfants) ne parlaient pas fran\u00e7ais\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le probl\u00e8me majeur rencontr\u00e9 par les \u00e9coles publiques des 8 381 communes non francophones \u2013 et dans une bonne mesure par les 29 129 o\u00f9 le fran\u00e7ais \u00e9tait soi-disant d\u2019usage g\u00e9n\u00e9ral \u2013 \u00e9tait le moyen d\u2019enseigner le fran\u00e7ais \u00e0 des enfants qui ne l\u2019avaient jamais (ou \u00e0 peine) entendu. \u00bb (p,374)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab C\u2019est seulement dans les ann\u00e9es 1880, et plus probablement au tournant du si\u00e8cle, que les efforts des ann\u00e9es 1860 et 1870 donn\u00e8rent leurs fruits : produire une majorit\u00e9 d\u2019adultes pour lesquels la langue nationale \u00e9tait famili\u00e8re.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les villages, toute personne essayant de parler fran\u00e7ais n\u2019aurait pas \u00e9chapp\u00e9 aux moqueries de ses voisins \u00bb, expliquait un \u00e9ducateur de la Loire en 1864. \u00ab Elle aurait \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9e en ridicule \u00bb Ce type de pression \u2013 ainsi que certains autres- doit \u00eatre pris en consid\u00e9ration. La pr\u00e9sence, dans une famille ou dans un groupe, de gens ne parlant pas fran\u00e7ais contribuait \u00e0 maintenir l\u2019usage de la langue locale. Jacques Duclos \u00e9tait n\u00e9 en 1896. Ses parents connaissaient le fran\u00e7ais mais ne l\u2019utilisaient pas \u00e0 la maison, peut-\u00eatre parce que la grand-m\u00e8re ne le comprenait pas. Le petit gar\u00e7on n\u2019apprit le fran\u00e7ais qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi la transition devait-elle \u00eatre n\u00e9cessairement lente\u2026 \u00bb(p,375)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Le recteur Baudouin, de Rennes, dans son grand rapport de 1880 parlait de la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab franciser \u00bb la p\u00e9ninsule \u2013 particuli\u00e8rement les trois d\u00e9partements de la Basse Bretagne- gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extension des \u00e9coles, qui seule pouvait \u00ab vraiment unir la p\u00e9ninsule au reste de la France et compl\u00e9ter l\u2019annexion historique toujours pr\u00eate \u00e0 se dissoudre \u00bb (p,376)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avec en parall\u00e8le, la scolarisation des filles :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Il d\u00e9coule de tout cela que les lois scolaires de 1880 eurent un \u00e9norme impact sur l\u2019alphab\u00e9tisation et la scolarisation des filles \u2013 deux domaines o\u00f9 elles \u00e9taient rest\u00e9es jusque-l\u00e0 tr\u00e8s en retard. Quand les r\u00e9sultats de cette politique se firent sentir dans les ann\u00e9es 1890, le r\u00f4le culturel des femmes dans la famille changea brusquement et, avec lui, les attitudes vis-\u00e0-vis de la scolarisation et de l\u2019usage du fran\u00e7ais<\/em>. \u00bb (p,378)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019instituteur \u00e9tait devenu un personnage important, souvent plus que le cur\u00e9 ou le maire qui ne parlait pas toujours le fran\u00e7ais. Il n\u2019en reste pas moins que l\u2019\u00e9tat de la scolarisation souffrait encore de beaucoup d\u2019imperfection selon la position g\u00e9ographique des villages, leur raccordement \u00e0 un r\u00e9seau de communication, et la pression qu\u2019exer\u00e7aient les n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019activit\u00e9 agricole dans une France tr\u00e8s majoritairement rurale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; De plus, \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9cole fut consid\u00e9r\u00e9e comme inutile tr\u00e8s longtemps, car ce qu\u2019elle enseignait, avait fort peu \u00e0 voir avec la vie locale et ses besoins. L\u2019instituteur enseignait le syst\u00e8me m\u00e9trique alors que les toises, les cordes et les pouces \u00e9taient encore d\u2019usage courant ; il comptait en francs, alors que les gens parlaient encore de louis et d\u2019\u00e9cus. Le fran\u00e7ais \u00e9tait de peu d\u2019usage quand tout le monde parlait patois et que les annonces officielles \u00e9taient faites par un crieur public dans le parler local<\/em>. \u00bb (p391)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les lois militaires furent \u00e9galement un facteur de francisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Nous en arrivons ici \u00e0 la plus grande fonction de l\u2019\u00e9cole moderne : non pas tant enseigner des savoir-faire utiles qu\u2019un nouveau patriotisme d\u00e9passant les limites naturellement reconnues par les enseign\u00e9s. Les r\u00e9volutionnaires de 1789 avaient remplac\u00e9 de vieux termes comme ma\u00eetre d\u2019\u00e9cole, r\u00e9gent, recteur, etc., par le mot&nbsp;<\/em>instituteur<em>, parce que l\u2019enseignant \u00e9tait cens\u00e9&nbsp;<\/em>institue<em>r la nation.\u00a0\u00bb (p,398)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Il n\u2019y avait pas de meilleurs instruments d\u2019endoctrinement et de conditionnement patriotique que l\u2019histoire et la g\u00e9ographie fran\u00e7aises, et tout sp\u00e9cialement l\u2019histoire qui, \u00ab correctement enseign\u00e9e (est le seul moyen de maintenir le patriotisme dans les g\u00e9n\u00e9rations que nous \u00e9duquons. \u00ab (p,399)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Tout comme la langue maternelle n\u2019\u00e9tait pas la langue de leurs m\u00e8res, la patrie \u00e9tait quelque chose de plus (de fait, quelque chose d\u2019autre) que le lieu o\u00f9 leurs p\u00e8res vivaient. Il fallut un vaste programme d\u2019endoctrinement pour persuader les gens que la patrie s\u2019\u00e9tendait au-del\u00e0 de ses limites perceptibles et formait cette r\u00e9alit\u00e9 immense et intangible appel\u00e9e \u00ab France. \u00bb (p,400)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur cite alors le r\u00f4le d\u2019un livre scolaire dont le succ\u00e8s contribua beaucoup \u00e0 la francisation du pays :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>En 1884, le Tour de France de Bruno, publi\u00e9 en 1877, avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9imprim\u00e9 108 fois, et vers 1900, les ventes d\u00e9passaient huit millions d\u2019exemplaires. Chaque enfant connaissait, lisait et relisait l\u2019histoire des deux gar\u00e7ons alsaciens qui quittaient leur foyer apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de leur p\u00e8re pour r\u00e9pondre au v\u0153u qu\u2019il avait exprim\u00e9 : qu\u2019ils puissent \u00eatre des Fran\u00e7ais. \u00bb (p,401)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019ensemble des extraits de textes que nous venons de citer brossent le portrait d\u2019une France tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle que l\u2019on trouve couramment racont\u00e9e dans nos livres, laquelle fait toujours la part trop belle au monde des villes, pour ne pas dire trop souvent au monde parisien.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<\/strong><strong><em>Dieu est-il fran\u00e7ais ?<\/em><\/strong><strong>&nbsp;\u00bb (<em>Chapitre XIX\u00e8me, page,407)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab Vers le milieu des ann\u00e9es 1870, 35 387 703 personnes, sur les 36 millions d\u2019habitants de la France \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme catholiques par les recensements officiels ;\u2026 Quelle que fut la signification globale de ce fait, cela voulait dire que l\u2019Eglise \u00e9tait partie int\u00e9grante de la vie. \u00bb (p407)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019auteur cite maints exemples de l\u2019emprise de l\u2019Eglise sur la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque, une emprise qui n\u2019\u00e9tait pas toujours d\u2019une grande clart\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, avec ce qu\u2019il fallait de cr\u00e9dulit\u00e9 populaire, mais dont l\u2019influence c\u00e9dait progressivement du terrain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0 Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La fin des terroirs \u00bb Eugen Weber Deuxi\u00e8me Partie Les agents du changement (p,237) &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Des routes, encore des routes et toujours des routes&nbsp;\u00bb (chapitre XII, p,239) \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La France changea de visage \u00e0 partir de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, avec la route, le rail, et l\u2019\u00e9cole, apr\u00e8s 1880, avec la Troisi\u00e8me &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/01\/25\/la-fin-des-terroirs-eugen-weber-deuxieme-partie-les-agents-du-changement\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0La fin des terroirs\u00a0\u00bb Eugen Weber Deuxi\u00e8me Partie \u00ab\u00a0Les agents du changement\u00a0\u00bb&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[551,270,2605,2274,280],"class_list":["post-2518","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-eugen-weber","tag-france","tag-francisation","tag-lyautey","tag-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2518","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2518"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2518\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2520,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2518\/revisions\/2520"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2518"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2518"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}