{"id":2555,"date":"2017-11-03T16:17:17","date_gmt":"2017-11-03T15:17:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2555"},"modified":"2021-07-10T16:21:36","modified_gmt":"2021-07-10T14:21:36","slug":"les-mots-de-la-post-colonisation-avec-jules-ferry-georges-clemenceau-jean-louis-borloo-et-esther-duflo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/11\/03\/les-mots-de-la-post-colonisation-avec-jules-ferry-georges-clemenceau-jean-louis-borloo-et-esther-duflo\/","title":{"rendered":"Les Mots de la post-colonisation : avec Jules Ferry, Georges Cl\u00e9menceau, Jean Louis Borloo, et Esther Duflo"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Les mots\u00a0de la post colonisation ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>La \u00ab&nbsp;civilisation&nbsp;\u00bb de Jules Ferry &#8211; L\u2019\u00e9lectrification miracle de Jean-Louis Borloo- La \u00ab&nbsp;responsabilit\u00e9 morale&nbsp;\u00bb d\u2019Esther Duflo&nbsp;: est-ce bien diff\u00e9rent&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Flux migratoires et d\u00e9mographie africaine, ou les ignorances feintes de notre establishment, fran\u00e7ais ou europ\u00e9en.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Une cl\u00e9 trop souvent oubli\u00e9e, le culturel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Premi\u00e8re observation&nbsp;: tous les Fran\u00e7ais qui se sont int\u00e9ress\u00e9s ou qui s\u2019int\u00e9ressent encore \u00e0 l\u2019Afrique et \u00e0 son d\u00e9veloppement, comme tous les Africains qui se sont partag\u00e9 le pouvoir depuis les ind\u00e9pendances, ou qui se sont tenus inform\u00e9s du cours des choses dans leur pays, ont toujours su ce qu\u2019il en \u00e9tait de l\u2019expansion d\u00e9mographique de l\u2019Afrique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au moment des ind\u00e9pendances, certains sp\u00e9cialistes, notamment Georges Balandier, avaient toutefois une lecture optimiste de cette \u00e9volution, en estimant que le d\u00e9collage \u00e9conomique de l\u2019Afrique Noire \u00e9tait possible, et donc de nature \u00e0 absorber cette croissance d\u00e9mographique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sur ce blog, le 12 juillet 2011, et en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un article du journal Les Echos (10\/06\/2011, page 17),&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Afrique, la<\/em>&nbsp;<em>bombe d\u00e9mographique<\/em>&nbsp;\u00bb), je rappelais \u00e0 propos des \u00ab&nbsp;<em>Printemps arabes<\/em>&nbsp;\u00bb la th\u00e8se que d\u00e9fendait, plus de cinquante ans auparavant le sociologue et pol\u00e9mologue Gaston Bouthoul dans son livre \u00ab&nbsp;<em>La surpopulation<\/em>&nbsp;\u00bb (1964).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce livre n\u2019\u00e9tait pas d\u00e9nu\u00e9 de qualit\u00e9s, mais le style et le contenu de l\u2019\u0153uvre, par trop tonitruants, \u00e9taient de nature \u00e0 surprendre plus d\u2019un lecteur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Gaston Bouthoul proclamait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un certain nombre de v\u00e9rit\u00e9s qui en d\u00e9rangeaient beaucoup, et \u00e0 mes yeux, son grand m\u00e9rite \u00e9tait de mettre le doigt sur un facteur de changement trop souvent n\u00e9glig\u00e9 ou volontairement ignor\u00e9, le r\u00f4le capital des femmes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deuxi\u00e8me observation&nbsp;: il semble que c\u2019est avant tout en prenant connaissance des flux migratoires provoqu\u00e9s par les \u00ab&nbsp;<em>Printemps Arabes&nbsp;<\/em>\u00bb, et plus r\u00e9cemment par les guerres du Moyen Orient ou d\u2019Afrique, que l\u2019opinion publique semble avoir r\u00e9alis\u00e9 que le probl\u00e8me existait.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Auparavant, les flux migratoires \u00e9taient plus ou moins masqu\u00e9s ou cach\u00e9s dans notre pays, avec des flux de migrants sans papiers, des op\u00e9rations de r\u00e9gularisation humaine ou politique de cette cat\u00e9gorie de migrants, de regroupement familial vrai ou fictif, de mariages mixtes arrang\u00e9s et souvent monnay\u00e9s\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De nos jours aussi, les chaines de t\u00e9l\u00e9vision, en pleine concurrence de causes humanitaires, nous saturent d\u2019images de migrants ou de r\u00e9fugi\u00e9s, et c\u2019est tout le probl\u00e8me, quelle que fusse leur origine g\u00e9ographique, Afrique du nord, de l\u2019ouest ou de l\u2019est, Moyen Orient, ou&nbsp; Asie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A pr\u00e9sent, ce sont les mineurs isol\u00e9s qui font la Une de nos m\u00e9dias, c\u2019est-\u00e0-dire les enfants des pays du Moyen Orient ou d\u2019Afrique, dont leurs parents nous font cadeau.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le cas de Mayotte est \u00e0 ce sujet exemplaire, avec la proximit\u00e9 de la R\u00e9publique des Comores.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Troisi\u00e8me observation de nature historique&nbsp;: je rappelle que les sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais du monde africain n\u2019ont pas eu un regard pessimiste sur l\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique du continent, pas plus que nos hommes ou femmes politiques, dans les ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les ind\u00e9pendances ou qui les ont suivies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la chronique que j\u2019ai consacr\u00e9e aux concepts de subversion et de pouvoir, j\u2019ai relev\u00e9 que dans les deux livres de Mend\u00e8s-France et de Peyrefitte, \u00ab&nbsp;<em>Choisir&nbsp;<\/em>\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>Le Mal Fran\u00e7ais<\/em>&nbsp;\u00bb, la question de la d\u00e9mographie africaine ne semblait pas se poser.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un des bons sp\u00e9cialistes, sociologue r\u00e9put\u00e9 et reconnu de l\u2019Afrique noire, Georges Balandier, soutenait en effet une th\u00e8se plut\u00f4t optimiste sur la d\u00e9mographie africaine, telle celle dont j\u2019avais pris connaissance au cours de mes \u00e9tudes dans la revue mend\u00e9siste \u00ab&nbsp;<em>Les Cahiers de la R\u00e9publique<\/em>&nbsp;\u00bb (mai-juin 1957)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce num\u00e9ro, toute une s\u00e9rie de chroniques \u00e9taient consacr\u00e9es aux probl\u00e8mes de l\u2019outre-mer, dont celle de Balandier intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Probl\u00e8mes sociologiques de l\u2019Afrique Noire&nbsp;\u00bb (p, 38 \u00e0 47).<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur relevait tout un ensemble de probl\u00e9matiques complexes et difficiles \u00e0 r\u00e9soudre, et \u00e9crivait :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Les peuples africains disposent, par rapport \u00e0 ceux d\u2019Asie, d\u2019un avantage consid\u00e9rable&nbsp;: les probl\u00e8mes qu\u2019ils&nbsp; affrontent ne sont pas encore aggrav\u00e9s par une course de vitesse entre progr\u00e8s \u00e9conomique et expansion d\u00e9mographique. La croissance des populations est cependant forte&nbsp;: une r\u00e9cente enqu\u00eate en Guin\u00e9e fran\u00e7aise a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un taux de croissance annuel \u00e9tabli entre 20 et 25%&nbsp;; mais dans une perspective de d\u00e9veloppement \u00e9conomique les soci\u00e9t\u00e9s africaines peuvent pour la plupart int\u00e9grer ces bouches nouvelles sans risques s\u00e9rieux. Ceux-ci n\u2019apparaissent que dans les territoires o\u00f9 la politique de confiscation des terres, \u00e0 l\u2019avantage du colonat, confinant les paysans autochtones \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019\u00e9troites r\u00e9serves.&nbsp;<u>La moindre<\/u>&nbsp;<u>contrainte d\u00e9mographique<\/u>&nbsp;permet aux pays d\u2019Afrique noire d\u2019envisager un d\u00e9veloppement \u00e9conomique moins brusqu\u00e9, plus soucieux du co\u00fbt social et humain&nbsp;: ils ne travaillent pas, comme ceux d\u2019Asie, sous la menace permanente de la famine. Le Gouvernement de Ghana a su, dans ses pr\u00e9visions, tenir compte de cette situation, il a le souci de r\u00e9aliser les am\u00e9nagements sociaux pr\u00e9alables \u00e0 toute action \u00e9conomique de grande envergure&nbsp;; il entreprend une t\u00e2che intensive d\u2019\u00e9ducation et de formation technique, constitue une administration adapt\u00e9e aux n\u00e9cessit\u00e9s modernes en m\u00eame temps qu\u2019il \u00e9largit l\u2019infrastructure \u00e9conomique (et notamment, le r\u00e9seau de communications)&nbsp;; il n\u2019aborde le d\u00e9veloppement \u00e9conomique proprement dit que d\u2019une mani\u00e8re prudente et l\u2019action porte en premier lieu sur le secteur agricole. Mais il reste difficile de pr\u00e9voir combien de temps durera cette possibilit\u00e9 de m\u00e9nager les \u00e9tapes, de ne pas accepter le progr\u00e8s \u00e0 n\u2019importe quel prix (et, en particulier, au prix d\u2019ing\u00e9rences \u00e9trang\u00e8res lourdes).&nbsp;\u00bb (p,41)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le lecteur aura not\u00e9 l\u2019expression que j\u2019ai soulign\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la moindre contrainte d\u00e9mographique&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur soulignait toutefois que le processus de d\u00e9veloppement qui pouvait \u00eatre engag\u00e9 rencontrait aussi des difficult\u00e9s, notamment socioculturelles, et c\u2019est l\u00e0 que se situait le vrai probl\u00e8me&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>\u00ab&nbsp; La r\u00e9f\u00e9rence aux conditions culturelles s\u2019impose&nbsp;: c\u2019est d\u2019ailleurs un domaine bien prospect\u00e9 par l\u2019ethnologue. La permanence de comportements typiques, ou de modes d\u2019organisation plus ou moins ad\u00e9quats, peut constituer un obstacle grave \u00e0 la promotion \u00e9conomique du Noir africain.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les Fang du Gabon nous offrent l\u2019exemple de \u00ab&nbsp;d\u00e9sajustements&nbsp;\u00bb r\u00e9sultant du maintien d\u2019une attitude ancienne \u00e0 l\u2019\u00e9gard des richesses. Il s\u2019agit, avec ce peuple, d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9diocrement hi\u00e9rarchis\u00e9e o\u00f9 s\u2019affirment les pr\u00e9\u00e9minences plus que les autorit\u00e9s institu\u00e9es&nbsp;; c\u2019est ainsi que le riche (nkuma-huma) b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un prestige qui lui donne figure de chef local aux yeux des \u00e9trangers. Seulement, la richesse consiste essentiellement en femmes (un proverbe affirme&nbsp;: Nos vraies richesses, ce sont nos femmes) et en \u00ab&nbsp;marchandises&nbsp;\u00bb, serr\u00e9es dans des coffres, qui apparaissent en quelque sorte comme des \u00ab&nbsp;femmes virtuelles&nbsp;\u00bb puisqu\u2019elles interviennent dans la constitution des dots. Il est certain qu\u2019une large part des revenus circule d\u2019abord sous forme de dots, cependant que ces derni\u00e8res ob\u00e9issent aux mouvements des prix locaux. Dans la mesure o\u00f9 l\u2019acc\u00e8s aux sources de revenus s\u2019est individualis\u00e9, la comp\u00e9tition pour les femmes s\u2019est exacerb\u00e9e et le co\u00fbt des dots n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre \u2013 comme croit d\u2019ailleurs le nombre de c\u00e9libataires forc\u00e9s\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp; (p, 43)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette citation montre bien une des difficult\u00e9s qu\u2019ont eu \u00e0 r\u00e9soudre les nouveaux chefs d\u2019Etat africains, la compatibilit\u00e9 entre le socio-religieux, le socio-culturel et le d\u00e9veloppement \u00e9conomique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus de soixante ans apr\u00e8s,&nbsp; l\u2019\u00e9volution du monde noir montre clairement que cette difficult\u00e9 n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9, et c\u2019est un euph\u00e9misme, v\u00e9ritablement r\u00e9solue, car une des raisons de l\u2019explosion d\u00e9mographique de l\u2019Afrique parait bien li\u00e9e \u00e0 un contexte socio-culturel, pour ne pas dire religieux, peu dispos\u00e9 \u00e0 accepter un effort de r\u00e9gulation d\u00e9mographique conjugu\u00e9 avec un d\u00e9veloppement \u00e9conomique fond\u00e9 sur de bonnes assises collectives.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le tissu socio-culturel&nbsp; africain constituait d\u00e8s le d\u00e9part un adversaire redoutable pour tout d\u00e9veloppement, une sorte de n\u0153ud gordien, face \u00e0 un patchwork de croyances, de langues, de m\u0153urs,&nbsp; et de modes de gouvernance, avec des structures complexes de parent\u00e9s, de lignages, de castes, de chefferies dont les officielles du temps de la colonisation n\u2019\u00e9taient pas toujours les chefferies r\u00e9elles, etc\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est beaucoup plus difficile de mettre en mouvement un changement culturel, souvent religieux, que de mettre en \u0153uvre des capitaux ou des \u00e9quipements.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas faire un rapprochement avec la situation socio-culturelle qui existe dans certains de nos quartiers sensibles, et dont l\u2019\u00e9volution sur la longue dur\u00e9e n\u2019est pas toujours favorable \u00e0 l\u2019int\u00e9gration de leurs territoires au sein de la R\u00e9publique fran\u00e7aise ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Historiquement, ces analyses de la situation de l\u2019Afrique ont-elles fondamentalement chang\u00e9&nbsp;? C\u2019est loin d\u2019\u00eatre s\u00fbr.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les mythes de la \u00ab&nbsp;civilisation&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelle diff\u00e9rence existe-t-il entre le discours d\u2019Esther Duflo&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est une<\/em>&nbsp;<em>responsabilit\u00e9 morale<\/em>&nbsp;\u00bb dans le journal Le Parisien&nbsp;du 18 septembre 2017, ou celui de Jean Louis Borloo sur la r\u00e9volution promise de&nbsp;l\u2019\u00e9lectrification de l\u2019Afrique, et celui de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique sur la \u00ab&nbsp;<em>civilisation&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sauf \u00e0 dire que ces magnifiques concepts faisaient ou font pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019impasse sur les facteurs socio-culturels, sur le r\u00f4le des croyances, des coutumes, et dans la cas de l\u2019Afrique, sur la condition f\u00e9minine&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au cours du &nbsp;fameux \u00e9change oratoire qui eut lieu \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, entre Jules Ferry et Georges Cl\u00e9menceau, le 28 juillet 1885, rappel\u00e9 dans l\u2019\u00e9ditorial du num\u00e9ro cit\u00e9 des \u00ab&nbsp;<em>Cahiers de la R\u00e9publique<\/em>&nbsp;\u00bb, Clemenceau, bon connaisseur des civilisations asiatiques, soulignait l\u2019importance des facteurs culturels&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Vous pr\u00e9tendez apporter \u00e0 un peuple, \u00e0 la pointe de l\u2019\u00e9p\u00e9e, l\u2019esprit d\u2019une civilisation. Vous vantez un certain nombre de r\u00e9sultats spectaculaires des \u00e9lites \u00ab&nbsp;ralli\u00e9es&nbsp;\u00bb, des h\u00f4pitaux construits, des routes, des \u00e9coles, l\u2019ordre europ\u00e9en enfin, qui se donne \u00e0 lui-m\u00eame l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u2019\u00eatre plus moderne, plus europ\u00e9en que l\u2019Europe&nbsp;: gratte-ciels d\u2019Alger ponts de Saigon. Mais tout cela n\u2019est que le r\u00e9sultat d\u2019une am\u00e8re exploitation&nbsp;\u00bb. Ce que l\u2019on prend pour une grande \u0153uvre nationale n\u2019est \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 que l\u2019entreprise d\u2019un petit nombre, le profit d\u2019un plus petit nombre encore. Ainsi l\u2019Europe industrielle, d\u00e9mocratique et sociale n\u2019a export\u00e9, sous le couvert de la colonisation, que ses vestiges f\u00e9odaux renouvel\u00e9s. Elle n\u2019use des techniques modernes que pour leur rentabilit\u00e9, masquant sous ses institutions lib\u00e9rales l\u2019exploitation totale d\u2019un peuple par un autre.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mieux encore&nbsp;: pour certains, l\u2019alibi de la \u00ab&nbsp;pr\u00e9sence culturelle&nbsp;\u00bb, n\u2019est encore qu\u2019une forme d\u2019imp\u00e9rialisme, et la plus grave, puisqu\u2019elle tend \u00e0 d\u00e9poss\u00e9der un peuple de ce qui fait sa dignit\u00e9 propre \u00e0 savoir, sa culture\u2026&nbsp;\u00bb (p,3)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vaste d\u00e9bat souvent caricatural, en notant que les deux hommes politiques qui s\u2019affrontaient \u00e9taient parties prenantes de la gauche&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>imp\u00e9rialiste&nbsp;<\/em>\u00bb de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique conqu\u00e9rante, que Clemenceau avait une culture&nbsp; du monde asiatique que n\u2019avait pas son adversaire, et c\u2019est sur ce point que je voudrais insister, la&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;culture<\/em>&nbsp;\u00bb, le mot cl\u00e9 qui manque le plus souvent \u00e0 mon avis dans les d\u00e9bats ouverts sur la colonisation, le d\u00e9veloppement, avant ou apr\u00e8s les ind\u00e9pendances des anciennes colonies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Clemenceau mettait justement le doigt sur le point sensible, la \u00ab&nbsp;<em>culture&nbsp;<\/em>\u00bb, mais les mondes culturels de l\u2019Asie avaient, et ont encore,&nbsp; peu de choses en commun avec celles d\u2019Afrique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette diff\u00e9rence de milieux culturels entre les deux continents constitue \u00e0 mes yeux une des raisons du d\u00e9collage \u00e9conomique r\u00e9ussi de la plupart des pays d\u2019Asie et des blocages g\u00e9n\u00e9ralement constat\u00e9s sur le continent africain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ind\u00e9pendamment de tous les facteurs qui ont emp\u00each\u00e9 ou ralenti le d\u00e9veloppement de l\u2019Afrique noire, ce continent immense souffre d\u2019une fracture religieuse et socio-culturelle entre les pays islamis\u00e9s et les pays anciennement animistes ou f\u00e9tichistes, puis en partie christianis\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le continent africain a pour caract\u00e9ristique capitale l\u2019\u00e9parpillement de son patrimoine socio-culturel, et souffre donc de l\u2019absence d\u2019une &nbsp;v\u00e9ritable colonne vert\u00e9brale culturelle de type collectif, comme dans le monde asiatique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans son livre sur la surpopulation, Gaston Bouthoul, mettait l\u2019accent dans la premi\u00e8re partie sur&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Les faits, la mutation et la r\u00e9volution d\u00e9mographique&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>avec en \u00ab&nbsp;3<em>&nbsp;\u2013 Le d\u00e9luge d\u00e9mographique&nbsp;? L\u2019explosion des pays sous-d\u00e9velopp\u00e9s&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur d\u00e9crivait le \u00ab&nbsp;<em>sauve qui peut<\/em>&nbsp;\u00bb des colonialistes face \u00e0 la d\u00e9mographie galopante des colonies&nbsp;\u00bb (p,81)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les flux d\u00e9mographiques actuels, quels que soient les noms de bapt\u00eame qu\u2019on leur donne, sont aux rendez-vous annonc\u00e9s et pr\u00e9vus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est la raison pour laquelle les exhortations actuelles de Madame Duflo ou de Monsieur Borloo s\u2019inscrivent en d\u00e9finitive dans le m\u00eame sch\u00e9ma d\u2019analyse que celui ancien de la colonisation, mise au go\u00fbt du jour avec l\u2019aide au d\u00e9veloppement.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas de solution en profondeur sans changement dans les cultures du pouvoir, car comme nous l\u2019avons rappel\u00e9, George Balandier soulignait clairement la dimension socio-culturelle de cette probl\u00e9matique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour reprendre le propos de Monsieur Borloo, l\u2019\u00e9lectrification du continent ne constitue pas une solution miracle, sans changement en profondeur des cultures.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rappellerai-je que le m\u00eame Borloo a mis en \u0153uvre un programme important de r\u00e9novation urbaine dans les quartiers sensibles de France, mais sans accorder assez d\u2019attention \u00e0 leur milieu socio-culturel qui a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 en jach\u00e8re&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sans \u00e9volution des milieux socio-culturels d\u2019Afrique noire, de leurs r\u00e9flexes en face des naissances, la course de vitesse entre d\u00e9veloppement \u00e9conomiqueet croissance d\u00e9mographique risque d\u2019\u00eatre perdue d\u2019avance, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le vrai tabou, dont personne n\u2019ose parler.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il semble me souvenir que le pape Fran\u00e7ois avait os\u00e9 abord\u00e9 le sujet de fa\u00e7on oblique lors d\u2019un de ses voyages en Afrique, et que le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du Niger s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 dans une politique courageuse de r\u00e9gulation d\u00e9mographique, d\u2019autant plus courageuse qu\u2019elle s\u2019inscrivait dans un contexte culturel musulman.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les mots\u00a0de la post colonisation ? La \u00ab&nbsp;civilisation&nbsp;\u00bb de Jules Ferry &#8211; L\u2019\u00e9lectrification miracle de Jean-Louis Borloo- La \u00ab&nbsp;responsabilit\u00e9 morale&nbsp;\u00bb d\u2019Esther Duflo&nbsp;: est-ce bien diff\u00e9rent&nbsp;? Flux migratoires et d\u00e9mographie africaine, ou les ignorances feintes de notre establishment, fran\u00e7ais ou europ\u00e9en. Une cl\u00e9 trop souvent oubli\u00e9e, le culturel &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Premi\u00e8re observation&nbsp;: tous les Fran\u00e7ais qui se &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2017\/11\/03\/les-mots-de-la-post-colonisation-avec-jules-ferry-georges-clemenceau-jean-louis-borloo-et-esther-duflo\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les Mots de la post-colonisation : avec Jules Ferry, Georges Cl\u00e9menceau, Jean Louis Borloo, et Esther Duflo&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[249,2090,2636,895,2080,2634,2635,499,854,1137,1301,2396],"class_list":["post-2555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culture","tag-afrique","tag-chambre-des-deputes","tag-esther-duflo","tag-gaston-bouthoul","tag-georges-balandier","tag-georges-clemenceau","tag-jean-louis-borloo-2","tag-jules-ferry","tag-le-parisien","tag-les-echos","tag-mayotte","tag-post"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2555"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2555\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2556,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2555\/revisions\/2556"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}