{"id":2575,"date":"2015-12-16T18:29:36","date_gmt":"2015-12-16T17:29:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2575"},"modified":"2021-07-10T18:32:53","modified_gmt":"2021-07-10T16:32:53","slug":"francais-et-africains-frederick-cooper-epilogue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/12\/16\/francais-et-africains-frederick-cooper-epilogue\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains ?\u00a0\u00bb frederick Cooper Epilogue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains\u00a0?\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Frederick Cooper<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Epilogue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les lecteurs qui ont eu le courage de lire le livre tr\u00e8s fouill\u00e9 de Frederick Cooper, ou mon analyse critique de la th\u00e8se qu\u2019il d\u00e9fend sur la d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique noire, ont peut-\u00eatre eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre submerg\u00e9s par un d\u00e9bat qu\u2019on a plut\u00f4t l\u2019habitude de trouver dans des enceintes universitaires, avec des enjeux de droit public, de droit constitutionnel, de droit international propres \u00e0 nourrir de belles joutes politico-juridiques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A lire le texte Cooper, le lecteur a pu aussi en tirer la conclusion que les d\u00e9bats qui ont anim\u00e9 la d\u00e9colonisation sont rest\u00e9s dans un monde d\u2019abstractions, m\u00eame si ces abstractions pouvaient trop souvent cacher des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s concrets.<\/strong><strong>Premier d\u00e9tour&nbsp;de pens\u00e9e avec une interpr\u00e9tation strat\u00e9gique de la d\u00e9colonisation&nbsp;: une propension naturelle \u00e0 la d\u00e9colonisation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi tout d\u2019abord ne pas passer cette th\u00e8se savante au crible des grands concepts de la strat\u00e9gie, tels que la p<em>osition<\/em>, la&nbsp;<em>disposition<\/em>, la&nbsp;<em>situation,<\/em>&nbsp;la&nbsp;<em>propension des choses<\/em>, tels que d\u00e9finis par Sun Tzu ou par Clausewitz, en \u00e9clairant ce type d\u2019analyse par la lecture moderne des livres du sinologue Fran\u00e7ois Jullien sur le m\u00eame type de sujet, notamment le \u00ab&nbsp;<em>Trait\u00e9 de l\u2019efficacit\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le cas de la d\u00e9colonisation, en faisant appel \u00e0 la fois \u00e0 des concepts strat\u00e9giques ou \u00e0 des concepts chinois tels que \u00ab&nbsp;<em>Le cours spontan\u00e9 des choses<\/em>&nbsp;\u00bb (p,116),&nbsp;ou \u00ab&nbsp;<em>L\u2019eau est ce qui se rapproche le plus de la voie&nbsp;\u00bb (p,201),&nbsp;<\/em>tout incline \u00e0 penser que l\u2019\u00e9volution historique des relations entre la France et l\u2019Afrique noire ne pouvait gu\u00e8re \u00eatre diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il existait une&nbsp;<em>propension des choses<\/em>&nbsp;\u00e0 la d\u00e9colonisation telle qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette interpr\u00e9tation a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 esquiss\u00e9e dans ma lecture critique.<\/strong><strong>Deuxi\u00e8me d\u00e9tour avec le \u00ab&nbsp;cours des choses&nbsp;\u00bb, ou la \u00ab&nbsp;voie&nbsp;\u00bb r\u00e9elle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Concr\u00e8tement, ce type de d\u00e9bat ne pouvait traduire les r\u00e9alit\u00e9s du moment, l\u2019\u00e9tat des relations humaines existant, sur le terrain, \u00e0 tel ou tel moment, entre les Fran\u00e7ais et les Africains, en r\u00e9sum\u00e9, les situations coloniales de l\u2019Afrique de l\u2019ouest et de la m\u00e9tropole, pour ne pas parler de l\u2019Alg\u00e9rie, des protectorats et autres colonies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019est agi de palabres interminables tenus dans les hautes sph\u00e8res des pouvoirs, incompr\u00e9hensibles, aussi bien en France qu\u2019en Afrique noire, pour l\u2019immense majorit\u00e9 de leurs habitants.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les ann\u00e9es 1950, la Maison de la France d\u2019Outre- Mer,&nbsp; \u00e0 la Cit\u00e9 Internationale universitaire du boulevard Jourdan, accueillait&nbsp;la fine fleur des nouvelles \u00e9lites africaines venues faire leurs \u00e9tudes \u00e0 Paris.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nombreux ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins, pour ne pas dire les spectateurs, qui ont pu assister \u00e0 des assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales successives, interminables, et houleuses, tr\u00e8s politis\u00e9es, au cours desquelles des \u00e9tudiants africains se livraient \u00e0 des joutes oratoires effr\u00e9n\u00e9es et passionn\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A tour de r\u00f4le, les orateurs stigmatisaient le colonialisme et encensaient le marxisme-l\u00e9ninisme ou le mao\u00efsme. On sait ce qu\u2019il en est advenu dans la plupart des anciennes colonies, une fois venus au pouvoir la plupart de ces \u00e9tudiants.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour ne citer qu\u2019un exemple de r\u00e9demption coloniale, l\u2019histoire malgache a connu un amiral rouge qui a tent\u00e9 de faire une exp\u00e9rience de d\u00e9veloppement mao\u00efste \u00e0 la chinoise, une entreprise sans aucun lendemain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le m\u00eame dirigeant \u00ab&nbsp;r\u00e9volutionnaire&nbsp;\u00bb coule encore des jours heureux dans une grande ville de la vieille Europe.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour reprendre une expression \u00e0 mon avis malheureuse que semble affectionner Mme Coquery-Vidrovitch, \u00ab&nbsp;<em>history from below&nbsp;\u00bb (p,17),&nbsp; \u00ab&nbsp;histoire vue d\u2019en bas&nbsp;\u00bb (p,35), \u00ab&nbsp;vue par le bas&nbsp;\u00bb (p, 41),&nbsp;<\/em>pour ne citer que quelques-unes des expressions tir\u00e9es de son petit livre sur \u00ab&nbsp;<em>Les enjeux politiques de<\/em>&nbsp;<em>l\u2019histoire coloniale<\/em>&nbsp;\u00bb, je dirais volontiers que le livre de Frederick Cooper est le fruit d\u2019une histoire&nbsp;<em>d\u2019en haut,<\/em>&nbsp;une histoire des id\u00e9es des grands&nbsp;<em>lettr\u00e9s&nbsp;<\/em>de l\u2019\u00e9poque, aussi bien pour les Fran\u00e7ais que pour les Africains, ce que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 ne nie d\u2019ailleurs pas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un livre tr\u00e8s int\u00e9ressant, \u00ab&nbsp;<em>La fin des terroirs<\/em>&nbsp;\u00bb, Eugen Weber proposait le m\u00eame type de critique historique \u00e0 l\u2019encontre de la plupart des historiens qui ont \u00e9tudi\u00e9 la France de la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, plus tourn\u00e9s vers le monde des villes, pour ne pas dire d\u2019abord Paris, celui des minorit\u00e9s lettr\u00e9es, que vers celui des campagnes encore arri\u00e9r\u00e9es de France.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la pr\u00e9face de ce dernier livre, Mona Ozouf note&nbsp;:&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>\u2026 comment par exemple, un livre aussi inform\u00e9 que celui d\u2019Antoine Prost sur l\u2019enseignement, se demande- t-il, a-t- il pu faire l\u2019impasse sur les obstacles que les langues minoritaires opposaient, sous la III\u00b0 R\u00e9publique encore, \u00e0 l\u2019alphab\u00e9tisation de la France.&nbsp;\u00bb (p,V)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique, puis avec la premi\u00e8re guerre mondiale, que la France vit na\u00eetre une certaine unit\u00e9 nationale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un de leurs livres, \u00ab&nbsp;Culture coloniale&nbsp;\u00bb, les chercheurs de l\u2019\u00e9cole Blanchard ont eu l\u2019impudence scientifique d\u2019intituler une partie de leur ouvrage, tout approximatif&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>1 Impr\u00e9gnation d\u2019une culture (1871-1914<\/em>)&nbsp;\u00bb, un titre que leurs auteurs seraient bien en peine de justifier par une exploitation s\u00e9rieuse des sources historiques de l\u2019\u00e9poque.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En de\u00e7\u00e0 ou au-del\u00e0, de ces tr\u00e8s savantes palabres, comment parler des belles histoires de relations humaines qui ont exist\u00e9 entre Africains et Fran\u00e7ais tout au long de la p\u00e9riode coloniale, car comme l\u2019\u00e9crivait Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2, tout ne fut pas que blanc ou que noir dans cette histoire commune&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De belles histoires humaines dans les villes ou dans la brousse, tr\u00e8s souvent, dans les commandements des cercles (les pr\u00e9fectures), dans l\u2019arm\u00e9e, dans les \u00e9coles, dans les missions, dans les entreprises, dans les h\u00f4pitaux, les dispensaires, aussi bien dans la brousse que dans les nouvelles cit\u00e9s, etc \u2026,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut avoir lu beaucoup de r\u00e9cits d\u2019officiers, d\u2019administrateurs de la premi\u00e8re phase de l\u2019exploration et de la conqu\u00eate, ceux par exemple de Binger juch\u00e9 sur son b\u0153uf pour traverser une Afrique occidentale encore \u00e0 peine ouverte sur le monde ext\u00e9rieur, de P\u00e9roz sur le Niger dans l\u2019empire de Samory ou dans le delta du Tonkin au contact de ses habitants, de Baratier lors de son exp\u00e9dition vers Fachoda, pour comprendre ce que fut cette histoire \u00e0 hauteur d\u2019homme et la qualit\u00e9 des relations humaines qui furent alors nou\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au cours de la p\u00e9riode de colonisation elle-m\u00eame, les exemples de ces relations humaines furent innombrables.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour reprendre un des mots pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Frederick Cooper, il existait \u00e0 la base, de tr\u00e8s multiples \u00ab&nbsp;<em>connexions<\/em>&nbsp;\u00bb humaines, de vraies relations d\u2019affection entre \u00eatres humains, et aussi, pourquoi ne pas le dire, de belles histoires d\u2019amour.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je conclurais volontiers en \u00e9crivant que c\u2019est l\u2019existence de ce tissu tr\u00e8s dense de bonnes relations humaines qui explique plus que tout le d\u00e9nouement pacifique de ces relations coloniales avec l\u2019Afrique de l\u2019ouest, \u00e0 l\u2019exception du Cameroun, et de Madagascar, si on rattache cette grande \u00eele \u00e0 l\u2019Afrique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment expliquer autrement que les affreux commandants de cercle et chefs de subdivision, tous \u00e9galement colonialistes, bien s\u00fbr, aient pu survivre dans la brousse, m\u00eame&nbsp;la nuit, dans des r\u00e9sidences grandes ouvertes, seulement prot\u00e9g\u00e9s,&nbsp; \u00e0 quelque distance,&nbsp; par un gendarme ou quelques gardes-cercles&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En ultime conclusion, il est effectivement possible de se poser une des questions que Frederick Cooper soul\u00e8ve dans son avant-propos&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Les lecteurs constateront peut-\u00eatre \u00e9galement un certain \u00ab&nbsp;s\u00e9n\u00e9galo-centrisme<\/em>&nbsp;\u00bb (p,11), j\u2019ajouterais, effectivement et s\u00fbrement, en m\u00eame temps qu\u2019un vrai penchant pour une histoire&nbsp;<em>d\u2019en haut,&nbsp;<\/em>comme l\u2019auteur en fait mention dans son avant-propos, \u00e0 la page 10&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Ce livre est une \u00e9tude des \u00e9lites politiques, des acteurs fran\u00e7ais et africains se confrontant mutuellement et tentant de mobiliser des partisans dans un contexte o\u00f9 les travailleurs, les agriculteurs et les \u00e9tudiants, hommes et femmes votaient en nombres sans cesse croissants \u00e9crivaient des articles dans la presse africaine, et organisaient des meetings et des manifestations qui contestaient la nature du pouvoir politique<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous avons propos\u00e9 aux lecteurs toute une panoplie de sources historiques qui relativisent beaucoup le propos.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans quelle cat\u00e9gorie d\u2019histoire classer le livre de Frederick Cooper&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur \u00e9crivait dans son avant-propos&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Ceci est un livre sur la politique, en un double sens. Premi\u00e8rement, c\u2019est un livre sur la politique en tant qu\u2019art des individus et des organisations \u00e0 amener les gens \u00e0 faire des choses qu\u2019ils ne voulaient pas, un livre qui montre comment l\u2019entr\u00e9e de gens diff\u00e9rents dans le d\u00e9bat politique changea le cadre dans lequel la politique se d\u00e9roulait.<\/em>&nbsp;\u00bb (p,9)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A lire cet ouvrage, il parait difficile d\u2019y voir des gens \u00ab&nbsp;<em>faire des choses<\/em>&nbsp;<em>qu\u2019ils ne voulaient pas&nbsp;<\/em>\u00bb et changer \u00ab&nbsp;<em>le cadre dans lequel la politique se d\u00e9roulait&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>alors que les situations coloniales, leurs acteurs de l\u2019\u00e9poque, et&nbsp;que le sc\u00e9nario de la d\u00e9colonisation suivait imperturbablement son \u00ab&nbsp;cours&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une lecture des faits et des id\u00e9es&nbsp;? Un essai historique d\u2019interpr\u00e9tation des diplomaties constitutionnelles&nbsp;? Une interpr\u00e9tation, ou m\u00eame une ex\u00e9g\u00e8se, d\u2019une histoire des relations internationales qui aurait pu tourner autrement&nbsp;? En faisant l\u2019impasse sur le contexte historique de l\u2019\u00e9poque, \u00ab&nbsp;d\u2019en haut&nbsp;\u00bb, et d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;en&nbsp; bas&nbsp;\u00bb&nbsp;? Avec en plus, cet aveu de \u00ab&nbsp;<em>s\u00e9nagalocentrisme<\/em>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sommes-nous encore dans l\u2019histoire&nbsp;? Ou dans l\u2019ex\u00e9g\u00e8se politique&nbsp;?<\/strong><strong>Troisi\u00e8me d\u00e9tour par les \u00ab&nbsp;voies&nbsp;\u00bb postcoloniales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi ne pas saisir en effet cette occasion pour s\u2019interroger sur la pertinence scientifique et historique de certains discours postcoloniaux&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En ma qualit\u00e9 de chercheur historien, libre de toute all\u00e9geance, en tout cas, je m\u2019y efforce, j\u2019\u00e9prouve presque plus que de la r\u00e9serve \u00e0 l\u2019endroit d\u2019une certaine histoire postcoloniale tout \u00e0 la fois id\u00e9ologique, anachronique, et&nbsp; donc non pertinente.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que les lecteurs ne se m\u00e9prennent pas sur le sens de ma lecture critique&nbsp;! Il ne s\u2019agit pas de ranger la th\u00e8se tr\u00e8s \u00e9toff\u00e9e et tr\u00e8s document\u00e9e de Frederick Cooper dans la cat\u00e9gorie de quelques-uns des livres qui sont propos\u00e9s dans l\u2019histoire postcoloniale, lesquels souffrent soit d\u2019insuffisance ou m\u00eame d\u2019absence de sources solides, soit d\u2019anachronisme, soit de pr\u00e9jug\u00e9 id\u00e9ologique, soit enfin de pertinence scientifique, par d\u00e9faut d\u2019\u00e9valuation des faits analys\u00e9s, de leurs effets sur l\u2019opinion&nbsp; publique, ou encore des grandeurs financi\u00e8res ou \u00e9conomiques analys\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Donc, ni cl\u00e9s marxistes \u00e0 d\u00e9couvrir dans ce type de th\u00e8se, ni cl\u00e9s d\u2019id\u00e9ologie humanitariste, d\u2019autoflagellation nationale, laquelle aurait pris la place du marxisme&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment qualifier autrement que d\u2019histoire postcoloniale&nbsp;<em>approximative,&nbsp;<\/em>celle de l\u2019\u00e9quipe Blanchard and Co, \u00e0 partir du moment o\u00f9 les recherches affich\u00e9es n\u2019accr\u00e9ditent pas un discours effectivement fond\u00e9 sur des sources statistiques \u00e9prouv\u00e9es&nbsp;? Comme le savent les s\u00e9miologues, il est possible de faire tout dire aux images, et encore plus les historiens, quand elles sont sorties de leur contexte historique, et en ignorant leurs effets sur l\u2019opinion.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi ne pas citer aussi une histoire th\u00e9oriquement solide, scientifiquement prouv\u00e9e par un luxe de corr\u00e9lations et d\u2019outils math\u00e9matiques, telle que celle racont\u00e9e par Mme Huillery, mais avec un manque de pertinence scientifique de certains de ces outils de corr\u00e9lation, m\u00e2tin\u00e9 d\u2019un fort soup\u00e7on de recherche id\u00e9ologique&nbsp;? Un soup\u00e7on d\u2019autant plus fort que sa th\u00e8se enjambe un \u00ab&nbsp;<em>trou noir<\/em>&nbsp;\u00bb statistique d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es,&nbsp; en gros entre les ann\u00e9es 1960 et 1990.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019est pas vrai en effet, comme l\u2019\u00e9crit l\u2019auteure, que la France ait \u00e9t\u00e9 le fardeau de l\u2019Afrique Occidentale Fran\u00e7aise, pour reprendre une de ses expressions de langage&nbsp;<em>id\u00e9ologique,&nbsp;<\/em>car tel \u00e9tait son but, pourquoi ne pas l\u2019\u00e9crire&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019historien d\u2019origine indienne,&nbsp; Sanjay Subrahmanyam, notait dans son dernier livre&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Le\u00e7ons indiennes<\/em>&nbsp;\u00bb que les maisons d\u2019\u00e9dition am\u00e9ricaines recherchaient des produits qui plaisent au march\u00e9, et il est possible de se demander s\u2019il n\u2019en est pas de m\u00eame dans notre pays.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas citer certains \u00ab&nbsp;produits&nbsp;\u00bb d\u2019\u00e9dition riches en images coloniales, souvent mal interpr\u00e9t\u00e9es, mal cadr\u00e9es historiquement, et \u00e0 leur diffusion et \u00e0 leurs effets jamais \u00e9valu\u00e9s&nbsp;aux \u00e9poques de leur diffusion?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je m\u2019en suis expliqu\u00e9 longuement dans le livre \u00ab&nbsp;Supercherie coloniale&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Citons un seul exemple tir\u00e9 du num\u00e9ro de la revue \u00ab&nbsp;<em>l\u2019Histoire&nbsp;<\/em>\u00bb intitul\u00e9e&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;La fin des<\/em>&nbsp;<em>Empires coloniaux<\/em>&nbsp;\u00bb (octobre d\u00e9cembre 2010), dans un article sign\u00e9 Jean Fr\u00e9migaci et intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Madagascar&nbsp;: la grande r\u00e9volte de 1947<\/em>&nbsp;\u00bb (pages 64 \u00e0 67).&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette revue reproduit une photo intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Le travail forc\u00e9&nbsp;\u00bb (page 67)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avec pour commentaire<em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La chaise \u00e0 porteurs, instrument et symbole de la domination coloniale. Le travail forc\u00e9 fut g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 dans l\u2019\u00eele entre 1916 et 1924 puis \u00e0 nouveau pendant la Seconde Guerre mondiale (carte postale vers 1910).&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On y voit coiff\u00e9 du casque colonial blanc, un administrateur ou un officier&nbsp; tout de blanc v\u00eatu,&nbsp; juch\u00e9 sur un&nbsp;<em>filanzana<\/em>, la chaise \u00e0 quatre porteurs malgache qu\u2019empruntait l\u2019aristocratie de ce pays pour se d\u00e9placer, bien avant l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais, en signalant&nbsp; qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de la conqu\u00eate (1895- 1896), et encore longtemps plus tard, il n\u2019existait dans la Grande Ile, ni pistes, ni routes, et encore moins de lignes de chemin de fer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment ne pas noter enfin pour appr\u00e9cier toute la valeur de ce type de manipulation historique, qu\u2019\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, la&nbsp; chaise \u00e0 porteur ne faisait pas le d\u00e9shonneur de l\u2019Asie, pas plus d\u2019ailleurs que les pousse-pousse que les responsables de cette revue ont d\u2019ailleurs pu admirer ces derni\u00e8res ann\u00e9es sur&nbsp;<em>la plus belle avenue du monde<\/em>, nos Champs Elys\u00e9es, ne font aujourd\u2019hui le d\u00e9shonneur de la France&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vent du large des historiens&nbsp;: pour conclure sur un mode d\u00e9tendu, une certaine pertinence historique nous viendrait, peut-\u00eatre de nos jours de l\u2019\u00e9tranger, des rives du grand Ouest, ou de celles du continent indien, libre de toute attache li\u00e9e aujourd\u2019hui \u00e0 un pass\u00e9 colonial ignor\u00e9 de la grande majorit\u00e9 des Fran\u00e7ais et des anciens peuples colonis\u00e9s, donc loin des explications franco-fran\u00e7aises fond\u00e9es sur un \u00ab&nbsp;i<em>nconscient collectif&nbsp;<\/em>\u00bb, jamais sond\u00e9, (Coquery-Vidrovitch), ou sur une \u00ab&nbsp;<em>m\u00e9moire collective<\/em>&nbsp;\u00bb, jamais mesur\u00e9e, (Stora), des explications hypoth\u00e9qu\u00e9es, soit par la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, soit par l\u2019esprit de repentance .<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1450273697443_9701\">Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains\u00a0?\u00a0\u00bb Frederick Cooper Epilogue &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les lecteurs qui ont eu le courage de lire le livre tr\u00e8s fouill\u00e9 de Frederick Cooper, ou mon analyse critique de la th\u00e8se qu\u2019il d\u00e9fend sur la d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique noire, ont peut-\u00eatre eu l\u2019impression d\u2019\u00eatre submerg\u00e9s par un d\u00e9bat qu\u2019on a plut\u00f4t l\u2019habitude de trouver dans des &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/12\/16\/francais-et-africains-frederick-cooper-epilogue\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains ?\u00a0\u00bb frederick Cooper Epilogue&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[249,2651,273,694,270,2054,2652,2585,1031,315,285],"class_list":["post-2575","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-afrique","tag-collectif-blanchard","tag-colonies","tag-elise-huillery","tag-france","tag-frederick-cooper","tag-jean-fremigaci","tag-mona-ozouf","tag-outre-mer","tag-sanjay-subrahmanyam","tag-supercherie-coloniale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2575"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2575\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2576,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2575\/revisions\/2576"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2575"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}