{"id":2585,"date":"2015-10-22T19:11:05","date_gmt":"2015-10-22T17:11:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2585"},"modified":"2021-07-12T19:17:32","modified_gmt":"2021-07-12T17:17:32","slug":"francais-et-africains-frederick-cooper-conclusions-generales-2eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/10\/22\/francais-et-africains-frederick-cooper-conclusions-generales-2eme-partie\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains ?\u00a0\u00bb Frederick Cooper &#8211; Conclusions g\u00e9n\u00e9rales- 2\u00e8me Partie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains ? \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Frederick Cooper<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Conclusions g\u00e9n\u00e9rales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>Les acteurs de la d\u00e9colonisation<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<h6 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><strong>Qui furent les acteurs de ce processus&nbsp;? Les vrais acteurs&nbsp;?<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la premi\u00e8re partie consacr\u00e9e \u00e0 la description, \u00e0 grands traits, du contexte international et fran\u00e7ais, puis de la situation coloniale qui \u00e9tait celle de l\u2019AOF en 1945, nous avons pu en mesurer la tr\u00e8s grande complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment situer exactement les interlocuteurs, puis les n\u00e9gociateurs de la d\u00e9colonisation&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D\u2019entr\u00e9e de jeu, je serais tent\u00e9 de faire le constat du m\u00eame d\u00e9sint\u00e9r\u00eat des peuples concern\u00e9s par le sujet, aussi bien en m\u00e9tropole qu\u2019en AOF pour des raisons \u00e9videmment tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En France, l\u2019opinion publique \u00e9tait plut\u00f4t indiff\u00e9rente, et en AOF, il n\u2019existait pas encore d\u2019opinion publique, sauf dans les villes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La n\u00e9gociation \u00e9tait donc laiss\u00e9e entre les mains de quelques experts, politiciens ou techniciens, \u00e9videmment plus nombreux en m\u00e9tropole.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; En m\u00e9tropole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les dirigeants africains avaient en face d\u2019eux la machinerie politique et \u00e9tatique puissante d\u2019une m\u00e9tropole capable d\u2019\u00e9tudier et de mesurer au jour le jour le contenu et les effets \u00e9ventuels de telle ou telle disposition institutionnelle<\/strong>, dans une n\u00e9gociation complexe dont l\u2019ambition \u00e9tait de fonder les nouvelles relations entre la France et l\u2019outre-mer, mais il ne s\u2019agissait pas uniquement de l\u2019AOF, ou m\u00eame de l\u2019AEF, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019Afrique noire, car cette mise \u00e0 jour supposait de r\u00e9soudre de nombreux casse-t\u00eates li\u00e9s aux composantes tr\u00e8s diverses de ce qu\u2019on appelait encore l\u2019empire, transform\u00e9 rapidement en une Union Fran\u00e7aise dont la nature institutionnelle \u00e9tait loin&nbsp; d\u2019\u00eatre claire, et dont la vie fut celle d\u2019une com\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce type d\u2019analyse, il ne faut jamais oublier trois des facteurs qui comptaient pour la m\u00e9tropole, les relations humaines et souvent personnelles qui liaient certains des acteurs,&nbsp; l\u2019importance de l\u2019outre-mer pour le prestige du pays, avec toujours ce reviens-y de grande puissance, et la question des gros sous.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux minist\u00e8res&nbsp; \u00e9taient comp\u00e9tents, celui des Affaires Etrang\u00e8res et celui de la France d\u2019Outre-Mer, pour l\u2019Afrique noire, mais avec une instabilit\u00e9 minist\u00e9rielle importante.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18762\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Furent en fonction les ministres de la France d\u2019Outre- Mer suivants, issus de la SFIO ou du MRP, Moutet (46-47), Coste-Floret (47-49), Teitgen, Colin, et Buron.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les hommes politiques comp\u00e9tents sur ces sujets n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 nombreux, et ils ne l\u2019\u00e9taient pas plus apr\u00e8s 1945.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18764\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il convient de rappeler que Mitterrand, membre d\u2019une petite formation du centre, l\u2019UDSR, fut ministre de la France d\u2019Outre-Mer de d\u00e9cembre 1950 \u00e0 novembre 1951, et que son passage \u00e0 la rue Oudinot, fut marqu\u00e9 par un changement de politique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du RDA d\u2019Houphou\u00ebt-Boigny, un dirigeant africain avec lequel il avait nou\u00e9 des relations personnelles de confiance.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un exemple des relations personnelles qui eurent souvent beaucoup plus d\u2019importance que les n\u00e9gociations officielles, et une fois revenu au pouvoir, de Gaulle confia \u00e0 Foccart la responsabilit\u00e9 de nouer et de maintenir un solide r\u00e9seau de relations personnelles avec tous les dirigeants de la nouvelle Afrique ind\u00e9pendante, devenu ce qu\u2019on a appel\u00e9 la Fran\u00e7afrique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une fois de Gaulle revenu au pouvoir en 1958, ce fut quasiment toujours son Premier Ministre qui mena le bal, mais sur les directives de de Gaulle qui avait des id\u00e9es assez claires sur la d\u00e9colonisation, et pour lequel les colonies ne constituaient pas une nouvelle \u00ab&nbsp;ligne bleue des Vosges&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il convient de noter enfin que, quasiment tout au long de la p\u00e9riode de la d\u00e9colonisation, les dirigeants politiques africains \u00e9taient affili\u00e9s aux partis de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, le MRP, la SFIO, ou le Parti Communiste.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En Afrique Occidentale Fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les dirigeants africains, ceux d\u2019AOF, nouvellement \u00e9lus au Parlement, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale et au Conseil de la R\u00e9publique, n\u00e9goci\u00e8rent pied \u00e0 pied au sein des diff\u00e9rentes commissions qui se succ\u00e9d\u00e8rent pour doter la France d\u2019une premi\u00e8re Constitution, celle de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, puis celle de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, celle du g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est \u00e9vident que leur passage dans les grandes institutions parlementaires, puis minist\u00e9rielles, donn\u00e8rent \u00e0 quelques-uns de ces dirigeants africains une grande exp\u00e9rience politique en m\u00eame temps qu\u2019une pr\u00e9cieuse connaissance du syst\u00e8me politique fran\u00e7ais qui n\u2019avait pas grand-chose \u00e0 voir avec l\u2019ancien syst\u00e8me colonial qu\u2019ils retrouvaient souvent inchang\u00e9, chaque fois qu\u2019ils revenaient dans leur pays.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En m\u00eame temps, pourquoi ne pas noter que leurs nouvelles responsabilit\u00e9s .ou fonctions minist\u00e9rielles les \u00e9loignaient des aspirations de la grande majorit\u00e9 de leur corps \u00e9lectoral qui d\u00e9couvrait au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es, de 1946 \u00e0 1960, les attraits d\u2019un suffrage universel qui ne s\u2019inscrivait pas dans la plupart des traditions de soci\u00e9t\u00e9s africaines majoritaires de la brousse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une sorte de jour politique \u00e0 Paris et de nuit en Afrique&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous avons bri\u00e8vement d\u00e9crit plus haut quelques contours de la minorit\u00e9 africaine des \u00e9volu\u00e9s, des lettr\u00e9s, des accultur\u00e9s, qui animait la sc\u00e8ne africaine, compos\u00e9e de fonctionnaires et de salari\u00e9s, habitant dans les villes c\u00f4ti\u00e8res, et prioritairement au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les nouveaux dirigeants africains \u00e9taient issus de cette sorte de nouvelle caste africaine dont le grand lettr\u00e9 Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2 avait fort bien d\u00e9crit les strates de la nouvelle soci\u00e9t\u00e9 africaine, grand t\u00e9moin de&nbsp;<strong><em>l\u2019histoire d\u2019en-bas<\/em><\/strong>, pour emprunter un terme bien malheureux en vogue dans un des&nbsp; courants de chercheurs postcoloniaux.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Citons un passage du livre&nbsp; \u00ab&nbsp;<strong><em>OUI MON COMMANDANT&nbsp;\u00bb d\u2019Amadou Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2&nbsp;:<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<strong><em>Sous l\u2019effet de la colonisation, la population de l\u2019Afrique occidentale fran\u00e7aise s\u2018\u00e9tait&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; divis\u00e9e automatiquement en deux grands groupes, eux-m\u00eames subdivis\u00e9s en six classes qui vinrent se superposer aux classes ethniques&nbsp; naturelles. Le premier \u00e9tait celui des citoyens de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise, le second, celui des simples sujets.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le premier groupe \u00e9tait divis\u00e9 en trois classes<\/em><\/strong><em>&nbsp;: les citoyens fran\u00e7ais pur-sang, n\u00e9s en France ou Europ\u00e9ens naturalis\u00e9s fran\u00e7ais&nbsp;; les citoyens des \u00ab&nbsp;quatre communes de plein exercice&nbsp;\u00bb du S\u00e9n\u00e9gal (Gor\u00e9e, Saint louis, Dakar et Rufisque)&nbsp;; enfin les Africains naturalis\u00e9s citoyens fran\u00e7ais. Tous jouissaient des m\u00eames droits (en principe) et relevaient des tribunaux fran\u00e7ais.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le second groupe, celui des sujets<\/em><\/strong><em>,&nbsp;<strong>comprenait \u00e0 son tour trois classes&nbsp;: au sommet de la hi\u00e9rarchie venait les sujets fran\u00e7ais du S\u00e9n\u00e9gal, qui jouissaient d\u2019une situation privil\u00e9gi\u00e9es par rapport \u00e0 ceux des autres pays et auxquels on \u00e9vitait de se frotter, par peur des r\u00e9percussions judiciaires ou politiques<\/strong>&nbsp;; puis venaient, dans les autres territoires, les sujets fran\u00e7ais \u00ab&nbsp;lettr\u00e9s&nbsp;\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire scolaris\u00e9s ou connaissant le fran\u00e7ais) et les sujets fran\u00e7ais \u00ab&nbsp;illettr\u00e9s&nbsp;\u00bb uniquement du point de vue fran\u00e7ais, cela va de soi.)&nbsp;\u00bb (p,187)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Trois dirigeants africains s\u2019illustr\u00e8rent dans le processus de cette d\u00e9colonisation, les trois auxquels l\u2019auteur donne d\u2019ailleurs largement la parole, Senghor, Houphou\u00ebt-Boigny, et Modibo Keita.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le premier, Senghor<\/strong>,&nbsp; s\u2019\u00e9tait illustr\u00e9 par un parcours universitaire exceptionnel. Fait citoyen fran\u00e7ais en 1933, \u00e9l\u00e8ve de l\u2019Ecole Normale Sup\u00e9rieure, dans la m\u00eame promotion que Georges Pompidou, il fut le premier Africain agr\u00e9g\u00e9 de grammaire. Membre de la SFIO, \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 en 1945, ministre d\u2019Edgard Faure en 1955, puis de de Gaulle entre le 23\/07\/1959 et le 19\/05\/1961.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18775\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Senghor avait la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre de confession catholique dans un S\u00e9n\u00e9gal tr\u00e8s majoritairement musulman, au sein duquel la congr\u00e9gation des Mourides de Touba jouait un grand r\u00f4le religieux et politique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les deux autres dirigeants \u00e9taient issus de l\u2019Ecole William Ponty, une \u00e9cole normale cr\u00e9\u00e9e en 1903, d\u2019abord pour former des instituteurs et des interpr\u00e8tes, la p\u00e9pini\u00e8re de la plus grande partie des cadres qui ont servi leur pays avant et apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Houphou\u00ebt- Boigny<\/strong>&nbsp;\u00e9tait un m\u00e9decin auxiliaire form\u00e9 \u00e0 William Ponty, issu d\u2019une des grandes ethnies de l\u2019ouest africain, les Baoul\u00e9s. En 1938, il prit la t\u00eate de le chefferie des Akou\u00e9. En 1944, il fonda le syndicat des planteurs ivoiriens, un syndicat qui devint le fer de lance de son action politique en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elu d\u00e9put\u00e9 en octobre 1945, il fonda le RDA (Rassemblement D\u00e9mocratique Africain), affili\u00e9 jusqu\u2019en octobre 1950, au Parti Communiste Fran\u00e7ais. A cette date, il rejoignit les rangs de l\u2019UDSR de Pleven et Mitterrand, un&nbsp; des partis charni\u00e8res de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De 1956 \u00e0 1958, il fut ministre dans trois des derniers gouvernements de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, puis ministre du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, dans les gouvernements Debr\u00e9, de 1958 \u00e0 1961.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18782\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Modibo Keita,<\/strong>&nbsp;instituteur form\u00e9 \u00e0 l\u2019Ecole William Ponty (1935), devint un des premiers dirigeants \u00e0 la fois de son syndicat d\u2019enseignants au Soudan, le Mali, et du nouveau parti politique RDA.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il fut Secr\u00e9taire d\u2019Etat en 1957-1958 dans deux des derniers gouvernements de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18784\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quels acteurs pour Frederick Cooper&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18786\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s avoir bross\u00e9 rapidement les traits des acteurs du processus de d\u00e9colonisation qu\u2019a l\u2019ambition de d\u00e9crire Frederick Cooper, revenons \u00e0 quelques-unes de ses propres citations qui concernent ces m\u00eames acteurs, afin d\u2019en questionner la pertinence.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp; Nous pouvons facilement ne pas comprendre les d\u00e9marches suivies par les&nbsp;<strong>acteurs politiques<\/strong>. Nous savons que certaines conduisaient \u00e0 des impasses&nbsp;; les personnes concern\u00e9es l\u2019ignoraient. Ce livre explique pourquoi, en 1960, la France et l\u2019Afrique Occidentale fran\u00e7aise se sont retrouv\u00e9es avec une forme d\u2019organisation politique dont ni l\u2019une ni l\u2019autre n\u2019avaient&nbsp;<strong>voulu&nbsp;<\/strong>durant la majeure partie des quinze ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes.&nbsp;\u00bb (p15)\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;La meilleure fa\u00e7on selon moi de d\u00e9passer cette situation est de se concentrer non pas sur les arguments de 2014, mais sur ceux de la p\u00e9riode 1945-1960&nbsp;; non pas \u00e0 ce que nous pensons aujourd\u2019hui que les&nbsp;<strong>peuples auraient d\u00fb dire<\/strong>&nbsp;<strong>dans la situation coloniale, mais \u00e0 ce qu\u2019ils dirent, \u00e9crivirent et firent r\u00e9ellement<\/strong>&nbsp;; non pas \u00e0 la logique suppos\u00e9e immanente de types de r\u00e9gimes politiques pr\u00e9-identifi\u00e9s, mais aux concessions faites par&nbsp;<strong>les acteurs politiques<\/strong>&nbsp;en ces temps de profondes incertitudes,&nbsp;<strong>aux mots et aux actes de gens<\/strong>&nbsp;qui tentaient de d\u00e9terminer ce qu\u2019ils voulaient et ce qu\u2019ils pourraient \u00e9ventuellement obtenir.&nbsp;\u00bb (p,15<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous avons surlign\u00e9 en gras les mots et concepts qui \u00e0 nos yeux laissent planer une grande incertitude sur ce type d\u2019histoire racont\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que signifiait alors le mot de peuple en France et en Afrique de l\u2019ouest&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus loin, l\u2019auteur \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<strong><em>D\u2019importants activistes politiques&nbsp; africains<\/em><\/strong><em>&nbsp;affirmaient que chaque unit\u00e9 territoriale au sein de la France devait \u00eatre en mesure d\u2019exprimer sa \u00ab&nbsp;personnalit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb. (p,21)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18793\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qui donc pr\u00e9cis\u00e9ment&nbsp;? \u00ab&nbsp;<em>Activistes&nbsp;<\/em>\u00bb ou acteurs&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18794\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur reprend la m\u00eame expression \u00e0 la page 37&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Les pages qui suivent retracent les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par&nbsp;<strong>les activistes<\/strong>&nbsp;<strong>politiques et sociaux d\u2019AOF<\/strong>&nbsp;pour obtenir l\u2019\u00e9quivalence sociale et \u00e9conomique \u2013 mais aussi politique \u2013 de tous les citoyens et pour rechercher dans le m\u00eame temps la reconnaissance de la distinctivit\u00e9 culturelle et le droit \u00e0 l\u2019autonomie politique au sein d\u2019une communaut\u00e9 fran\u00e7aise \u00e9largie.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S\u2019il s\u2019agit des interlocuteurs cit\u00e9s le plus souvent par l\u2019auteur, tr\u00e8s bien, mais il est dommage qu\u2019il ne les ait pas situ\u00e9 dans leur parcours de vie et dans le contexte des pays dont ils \u00e9taient les repr\u00e9sentants \u00ab&nbsp;\u00e9clair\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Leurs arguments se voyaient opposer des objections d\u2019ordres pratiques et subjectifs&nbsp;<strong>de la part d\u2019\u00e9lites m\u00e9tropolitaines<\/strong>&nbsp;qui consid\u00e9raient comme une \u00e9vidence leur propre sup\u00e9riorit\u00e9 en mati\u00e8re de gouvernance.<\/em>&nbsp;\u00ab&nbsp; (p,21)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Question&nbsp;: les&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;\u00e9lites&nbsp;m\u00e9tropolitaines<\/em>&nbsp;\u00bb vraiment&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18796\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S\u2019agit-il d\u2019histoire&nbsp;? Avec quelle justification statistique&nbsp;? Histoire ou litt\u00e9rature&nbsp;? A mon humble avis, pure litt\u00e9rature&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A lire le texte de l\u2019auteur, il est assez difficile de bien situer le contexte \u00e9conomique, politique, culturel, et social dans lequel les dirigeants africains n\u00e9gociaient pour le compte d\u2019un petit nombre de personnes qui d\u00e9couvraient ce que pouvait \u00eatre la citoyennet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi ne pas rappeler que la presque totalit\u00e9 de ces \u00ab&nbsp;<em>activistes<\/em>&nbsp;\u00bb faisaient partie d\u2019une Afrique satellite du monde politique et syndical fran\u00e7ais, la SFIO, le PC, la CGT&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Les&nbsp;<em>connexions,<\/em>&nbsp;un concept cher \u00e0 l\u2019auteur, et qui auraient m\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00eatre analys\u00e9es, se situaient d\u2019abord \u00e0 ce niveau, d\u2019autant plus que les connexions de type capitalistique entre la France et l\u2019AOF manquaient de ressort, tout en \u00e9tant tout \u00e0 fait marginales&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18807\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces dirigeants africains \u00e9taient \u00e9lus, c\u2019est vrai, mais il est honn\u00eate de rappeler qu\u2019ils \u00e9taient \u00e9lus par une toute petite minorit\u00e9 d\u2019\u00e9lecteurs, de la faute ou non de la puissance coloniale. Nous avons propos\u00e9 plus haut quelques chiffres d\u2019\u00e9lecteurs&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18808\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les ann\u00e9es 1945-1946, et m\u00eame jusqu\u2019en 1960, quelle \u00e9tait la signification d\u2019une \u00e9lection en Afrique Occidentale ?<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18809\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans des cultures encore fortement impr\u00e9gn\u00e9es de traditions d\u2019ob\u00e9issance aux chefs religieux ou traditionnels, chez des peuples dont l\u2019immense majorit\u00e9 \u00e9tait encore illettr\u00e9e et dont l\u2019information, quand elle existait, \u00e9tait avant tout orale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La c\u00f4te n\u2019\u00e9tait pas repr\u00e9sentative du monde africain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18810\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; M\u00eame au S\u00e9n\u00e9gal, terrain d\u2019\u00e9tudes privil\u00e9gi\u00e9 par l\u2019auteur qui d\u00e9cidait&nbsp;? Qui \u00e9lisait&nbsp;? La confr\u00e9rie musulmane des Mourides, comme l\u2019indique d\u2019ailleurs l\u2019auteur \u00e0 la page 417&nbsp;? Dont la puissance coloniale avait recherch\u00e9 le soutien&nbsp;? Qu\u2019elle avait d\u2019ailleurs obtenu.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Ou ailleurs, au Dahomey ou au Togo, les missions chr\u00e9tiennes, autre&nbsp;<em>connexion<\/em>&nbsp;agissante, que l\u2019auteur n\u2019\u00e9voque pas&nbsp;? Ou encore les notables&nbsp;; chefs ou non&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Ou encore, et effectivement, l\u2019administration coloniale qui n\u2019avait pas obligatoirement mauvaise presse, comme le laissent entendre de nos jours, une certaine presse et \u00e9dition postcoloniales&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur cite \u00e0 juste titre le cas du Niger \u00e0 l\u2019occasion du r\u00e9f\u00e9rendum de 1958 (p,338), mais cet exemple est un des rares exemples de l\u2019ancienne AOF, o\u00f9 la puissance de la France pouvait \u00eatre mise en cause avec les mines d\u2019uranium, \u00e9tant donn\u00e9 que de Gaulle avait l\u2019ambition de disposer de l\u2019arme atomique, le nouveau crit\u00e8re des grandes puissances.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En r\u00e9sum\u00e9, l\u2019immense majorit\u00e9 des nouveaux \u00e9lecteurs d\u2019Afrique noire ne savaient sans doute pas ce que signifiaient les nouveaux concepts savants de citoyennet\u00e9 ou d\u2019ind\u00e9pendance, dans le sens que nous leur donnions en Europe<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h6 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\" id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18818\"><strong>Les sc\u00e9narios de la d\u00e9colonisation en AOF<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<h6 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\" id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18823\"><strong>Ou les dirigeants fran\u00e7ais et africains avaient-il le choix&nbsp;? Une strat\u00e9gie&nbsp;?<\/strong><\/h6>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>L\u2019auteur a d\u00e9clar\u00e9 tout au d\u00e9but de son livre&nbsp;<em>\u00ab&nbsp; Ceci est un livre sur la politique&nbsp;\u00bb (p,9),&nbsp;<\/em>mais apr\u00e8s avoir lu et relu cet ouvrage, la premi\u00e8re question qu\u2019il est possible de se poser est celle de savoir s\u2019il ne s\u2019agit pas tout autant d\u2019un livre \u00ab&nbsp;<em>politique&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18826\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout au long d\u2019une analyse tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e, peut-\u00eatre trop, l\u2019auteur tente de nous persuader que la d\u00e9colonisation de l\u2019Afrique Occidentale Fran\u00e7aise aurait pu se d\u00e9rouler sur un tout autre sc\u00e9nario que celui de l\u2019histoire r\u00e9elle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans son introduction (p,38), l\u2019auteur&nbsp; \u00e9crit&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp; C\u2019est uniquement en rejetant nos hypoth\u00e8ses sur ce que doit \u00eatre un r\u00e9cit de lib\u00e9ration nationale que nous comprendrons les ouvertures, les fermetures et&nbsp;les nouvelles possibilit\u00e9s telles que les per\u00e7urent les gens et en fonction desquelles ils cherch\u00e8rent \u00e0 agir.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans sa conclusion, l\u2019auteur revient \u00e0 maintes reprises sur le fait que d\u2019apr\u00e8s lui, rien n\u2019\u00e9tait jou\u00e9 au d\u00e9part dans le processus concret de la d\u00e9colonisation&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le spectre d\u2019id\u00e9es utilis\u00e9es par les acteurs politiques de la France africaine et de la France europ\u00e9enne dans leur approche de la politique entre 1945 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 \u00e9tait bien plus large que la dichotomie entre empire colonial et Etat-nation ind\u00e9pendant<\/em>&nbsp;\u00bb (p,443)<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Si l\u2019on croit d\u00e8s le d\u00e9part au grand r\u00e9cit de la transition globale \u00e0 long terme, de l\u2019empire vers l\u2019Etat-nation, on peut aussi bien passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la question qui ouvre ce paragraphe.&nbsp;\u00bb (p446)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18833\"><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Pourtant, en 1958, d\u2019autres possibilit\u00e9s restaient ouvertes&nbsp;\u00bb (p<\/em>,447)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Est-ce que le terme m\u00eame de \u00ab&nbsp;<em>spectre<\/em>&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de choix, n\u2019\u00e9tait pas effectivement un&nbsp; fant\u00f4me&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Est-ce que l\u2019histoire politique telle que la raconte Frederick Cooper pouvait fonctionner, concr\u00e8tement, autrement&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, le lecteur pourra \u00eatre surpris de voir la r\u00e9flexion et l\u2019analyse d\u2019un tel ouvrage non reli\u00e9e au contenu du livre \u00ab&nbsp;<strong><em>Le colonialisme en<\/em><\/strong>&nbsp;<strong><em>question&nbsp;<\/em><\/strong>\u00bb avec sa trilogie conceptuelle,&nbsp;<strong><em>identit\u00e9, modernit\u00e9, globalit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est peut-\u00eatre dommage car le passage au crible du processus d\u00e9crit par l\u2019auteur avec les trois filtres identit\u00e9, modernit\u00e9, globalit\u00e9 auraient peut \u00eatre conduit \u00e0 une autre analyse \u00e9troitement raccord\u00e9e aux situations historiques et \u00e0 leur chronologie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La trajectoire&nbsp;historique?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La premi\u00e8re critique de fond qui peut \u00eatre port\u00e9e \u00e0 l\u2019encontre de ce postulat est le fait que toutes les discussions, controverses, hypoth\u00e8ses propos\u00e9es par l\u2019auteur auraient eu pour point de d\u00e9part l\u2019ann\u00e9e 1945, sans tenir aucun compte de la \u00ab&nbsp;<strong><em>trajectoire<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb historique qui \u00e9tait celle de l\u2019Afrique occidentale, pour ne pas parler des autres territoires, depuis le d\u00e9but de la colonisation, en gros une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une analyse qui ferait&nbsp;&nbsp;<em>table rase<\/em>&nbsp;de l\u2019histoire de ces territoires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avant d\u2019articuler nos propres conclusions \u00e0 partir des concepts d\u2019analyse s\u00e9duisants que propose l\u2019auteur,&nbsp;<strong><em>les trajectoires, les connexions et interconnexions<\/em><\/strong><em>,<\/em>&nbsp;<strong><em>les limitations<\/em><\/strong>, pourquoi ne pas r\u00e9sumer bri\u00e8vement la description des caract\u00e9ristiques des th\u00e9\u00e2tres de la m\u00e9tropole et de l\u2019AOF, et de leurs acteurs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moment et situation<\/strong>&nbsp;\u2013&nbsp;<strong>Que de quadratures du cercle \u00e0 r\u00e9soudre&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18839\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Une m\u00e9tropole ruin\u00e9e par la guerre<\/strong>, aux prises avec beaucoup de dossiers \u00e9conomiques, financiers, politiques et sociaux insolubles, aux prises avec d\u2019autres dossiers coloniaux dont l\u2019importance d\u00e9passait tr\u00e8s largement celle de l\u2019AOF, un territoire marginal pour un pays qui vivait aux crochets des Etats Unis\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors que la France se d\u00e9battait avec des dossiers autrement importants pour ses destin\u00e9es internationales et nationales, la guerre d\u2019Indochine, le devenir d\u2019une Alg\u00e9rie, dite encore fran\u00e7aise, et le nouvel horizon europ\u00e9en&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un contexte de guerre froide, mondial et colonial, instable, domin\u00e9 par les deux puissances antagonistes des Etats Unis et de l\u2019URSS.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une AOF enfin ouverte, mais seulement en partie, vers le monde ext\u00e9rieur de l\u2019Atlantique (<em>modernit\u00e9 et<\/em>&nbsp;<em>globalit\u00e9<\/em>)),<\/strong>&nbsp;mais d\u2019une superficie immense, faiblement peupl\u00e9e, compos\u00e9e d\u2019un patchwork de religions, de peuples et de cultures (<strong><em>identit\u00e9<\/em>)<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Faute de moyens financiers et d\u2019atouts naturels, la colonisation n\u2019avait r\u00e9ussi \u00e0 faire acc\u00e9der \u00e0 une modernit\u00e9 relative&nbsp; qu\u2019une petite partie de la population, essentiellement celle des villes c\u00f4ti\u00e8res, avec le r\u00f4le de monopole qu\u2019exer\u00e7ait la capitale de Dakar.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18846\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin, il parait difficile dans ce type d\u2019exercice historique de faire l\u2019impasse sur le volet \u00e9conomique et financier des relations existant entre la m\u00e9tropole et l\u2019AOF, qui ne furent pas exactement celles qu\u2019a d\u00e9crites Mme Huillery dans sa th\u00e8se. (voir mes analyses de cette th\u00e8se sur ce blog<\/strong>).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les acteurs \u2013&nbsp;<\/strong>Comme nous l\u2019avons vu, les acteurs de m\u00e9tropole disposaient d\u2019une grande sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019expertise, mais les politiques n\u2019\u00e9taient pas majoritairement concern\u00e9s par les probl\u00e8mes coloniaux, sauf en cas de guerre, comme ce fut le cas en Indochine, puis en Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le dossier AOF venait de toute fa\u00e7on tr\u00e8s largement derri\u00e8re les autres dossiers coloniaux, et pourquoi ne pas dire d\u00e9j\u00e0, qu\u2019avec le d\u00e9but de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, succ\u00e9dant \u00e0 celle d\u2019Indochine, les gouvernements avaient pour souci principal de ne pas voir de nouveaux fronts s\u2019ouvrir en Afrique noire.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En AOF, nous avons relev\u00e9 que les acteurs du processus de la d\u00e9colonisation ne repr\u00e9sentaient qu\u2019une petite minorit\u00e9 d\u2019\u00e9volu\u00e9s, et que les grands concepts auxquels l\u2019auteur attache de l\u2019importance, la citoyennet\u00e9, le suffrage universel, les Etats-nations, les f\u00e9d\u00e9rations, conf\u00e9d\u00e9rations, ou communaut\u00e9s&nbsp;; n\u2019avaient pas beaucoup de sens dans la plus grande partie de l\u2019hinterland africain.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans une chronique annexe que nous publions, un bon connaisseur de cette AOF de l\u2019\u00e9poque, M. Roger de Benoist, a intitul\u00e9 la conclusion de son livre \u00ab&nbsp;<strong><em>L\u2019Afrique occidentale fran\u00e7aise<\/em><\/strong><em>&nbsp;\u00bb&nbsp;:&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;L\u2019ind\u00e9pendance des notables<\/strong>&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce bref r\u00e9sum\u00e9 marque d\u00e9j\u00e0 quelques-unes des&nbsp;<strong><em>limitations&nbsp;<\/em><\/strong>capitales auxquelles il avait \u00e9t\u00e9 difficile d\u2019\u00e9chapper dans un processus qui n\u2019avait pas d\u00e9but\u00e9 en 1945.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18854\"><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Trajectoire<\/em><\/strong><strong>&nbsp;avant 1945, et&nbsp;<em>trajectoires&nbsp;<\/em>apr\u00e8s 1945&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur s\u2019attache \u00e0 d\u00e9crire le processus constitutionnel et politique de la d\u00e9colonisation qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur l\u2019ind\u00e9pendance des anciennes colonies de l\u2019AOF, en tentant de nous convaincre que la trajectoire&nbsp;<strong>formelle,<\/strong>&nbsp;celle qu\u2019il d\u00e9crit, aurait pu \u00eatre diff\u00e9rente de la trajectoire&nbsp;<strong>r\u00e9elle<\/strong>, l\u2019historique.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une sorte d\u2019histoire hors du sol et hors du temps, avec un \u00e9clairage qui donne tout son \u00e9clat \u00e0 la magie du verbe, celle qui rendit c\u00e9l\u00e8bre le po\u00e8te Senghor, un des h\u00e9ros de cette joute oratoire dont les concepts passaient tr\u00e8s largement au-dessus de la t\u00eate des peuples concern\u00e9s, quoiqu\u2019en pense l\u2019auteur lorsqu\u2019il \u00e9crit par exemple&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18860\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;&nbsp;<strong><em>Les mots \u00ab&nbsp;Etat&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;souverainet\u00e9&nbsp;\u00bb, et ind\u00e9pendance&nbsp;\u00bb s\u2019entendaient sans cesse en Afrique, et la f\u00e9d\u00e9ration restait une question ouverte<\/em>.<\/strong>&nbsp;\u00bb (p,312)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Est-ce que la trajectoire r\u00e9elle n\u2019a pas au contraire fait converger tout un ensemble de trajectoires concr\u00e8tes telles qu\u2019une relation \u00e9conomique marginale, une p\u00e9n\u00e9tration difficile d\u2019un continent jusque- l\u00e0 ferm\u00e9 au monde atlantique, avec une trajectoire de modernit\u00e9 suivant le cours des nouvelles voies de communication de la mer vers l\u2019hinterland, le cloisonnement persistant du bassin du Niger, des trajectoires politiques&nbsp; qui accordaient le nouveau pouvoir aux populations de la c\u00f4te, mais d\u2019abord \u00e0 leurs petites \u00e9lites&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Position&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;disposition&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;cours des choses&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ou choix politique entre plusieurs strat\u00e9gies&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour \u00e9clairer ce type de critique, sans doute faut-il tout d\u2019abord se poser la question de savoir si les interlocuteurs du processus de la d\u00e9colonisation agissaient en fonction d\u2019une politique pour ne pas dire d\u2019une strat\u00e9gie, mais rien n\u2019est moins s\u00fbr, car la France n\u2019a jamais eu v\u00e9ritablement de politique coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peut-\u00eatre faut-il faire appel \u00e0 certains concepts strat\u00e9giques, tels que \u00ab&nbsp;<strong>position&nbsp;<\/strong>\u00bb, \u00ab&nbsp;<strong>disposition<\/strong>&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;<strong>point culminant de l\u2019offensive<\/strong>, mis en valeur aussi bien par&nbsp;<strong>Sun Tzu<\/strong>&nbsp;que par&nbsp;<strong>Clausewitz<\/strong>, et celui de \u00ab&nbsp;<strong>cours des choses<\/strong>&nbsp;\u00bb, un cours qui suit, qu\u2019on le veuille ou non le fil de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18862\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En Afrique Occidentale, comme dans les autres territoires coloniaux, il y avait bien longtemps que la colonisation fran\u00e7aise avait atteint ses<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;limitations&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>c\u2019est-\u00e0-dire son<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;point<\/em>&nbsp;culminant&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le sinologue Fran\u00e7ois Jullien a \u00e9crit des choses fort int\u00e9ressantes sur ce type d\u2019analyse strat\u00e9gique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Connexions, interconnexions, r\u00e9seaux, autonomes ou satellites, trois concepts qui auraient sans doute m\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00eatre analys\u00e9s dans leur contenu historique, parce qu\u2019ils auraient contribu\u00e9 \u00e0 faire appara\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 des luttes d\u2019influences, de pouvoirs, entre les partis ou les syndicats affili\u00e9s \u00e0 leurs correspondants m\u00e9tropolitains, SFIO, MRP, PCF, CGT ou FO, dont ils furent longtemps des satellites.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est difficile d\u2019analyser le processus de la d\u00e9colonisation sans tenir compte des&nbsp;<em>connexions<\/em>&nbsp;politiques, syndicales, en y ajoutant les religieuses, musulmanes fortes dans toute la zone du Sahel et de la savane du bassin du Niger, ou chr\u00e9tiennes, fortes dans les zones foresti\u00e8res de la c\u00f4te.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; R\u00e9seaux<\/em><\/strong>&nbsp;<strong>personnels aussi, qui eurent beaucoup d\u2019importance dans le processus lui-m\u00eame, puis apr\u00e8s la d\u00e9colonisation \u00ab&nbsp;officielle&nbsp;\u00bb elle-m\u00eame avec notamment les r\u00e9seaux Foccart, ceux commun\u00e9ment appel\u00e9s de la Fran\u00e7afrique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Senghor n\u2019aurait jamais eu l\u2019audience politique qui fut la sienne, en France, sans le r\u00e9seau de Normal \u2019Sup, et l\u2019amiti\u00e9 de Georges Pompidou, et au S\u00e9n\u00e9gal, sans le soutien un peu paradoxal de la confr\u00e9rie des Mourides, alors qu\u2019il \u00e9tait de confession catholique.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Autre exemple, celui d\u2019Houphou\u00ebt- Boigny, m\u00e9decin, planteur de cacao, grand notable Baoul\u00e9, tout d\u2019abord membre du Parti communiste, puis alli\u00e9 de Mitterrand, membre influent de la petite formation politique charni\u00e8re qu\u2019\u00e9tait l\u2019UDSR, alors que ce dernier \u00e9tait ministre de la France d\u2019Outre-Mer.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce nouveau compagnonnage politique changea la face du processus de la d\u00e9colonisation en AOF, en r\u00e9orientant l\u2019ancien RDA vers la recherche de nouvelles formes de coop\u00e9ration avec la France qui n\u2019\u00e9taient pas celles de L\u00e9opold Senghor ou de Modibo Keita.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il parait donc \u00e9vident que pour l\u2019ensemble de ces raisons, et elles sont tr\u00e8s nombreuses, les dirigeants fran\u00e7ais et africains naviguaient dans un d\u00e9cor mouvant, \u00e0 la recherche de solutions politiques incertaines et mouvantes, mais dans un cadre international, europ\u00e9en, fran\u00e7ais, colonial, et africain, qui leur laissaient peu de libert\u00e9 de man\u0153uvre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p id=\"yui_3_5_0_1_1445504797872_18869\"><strong>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Pourquoi ne pas dire aussi que tout au long de ce d\u00e9bat, le verbe fut roi, comme sur une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre, la seule o\u00f9 il \u00e9tait possible de d\u00e9battre de sc\u00e9narios aussi divers, qu\u2019absconds, ou coup\u00e9s des r\u00e9alit\u00e9s&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut avoir un peu fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019Afrique pour connaitre l\u2019importance du verbe, et les Fran\u00e7ais d\u2019aujourd\u2019hui commencent \u00e0 en faire l\u2019exp\u00e9rience avec une partie des immigr\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Car en d\u00e9finitive, il s\u2019agissait de savoir si les Fran\u00e7ais \u00e9taient dispos\u00e9s \u00e0 devenir des citoyens de seconde zone en Europe ou non, compte tenu des charges financi\u00e8res tr\u00e8s lourdes que toute solution d\u2019\u00e9galit\u00e9 politique et sociale leur aurait impos\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vrai sc\u00e9nario n\u2019\u00e9tait-il pas en r\u00e9alit\u00e9 pour la m\u00e9tropole&nbsp;le suivant ? Comment conserver&nbsp; un certain prestige international, faire durer une certaine image de grande puissance de la France, en contrepartie des \u00ab&nbsp;sous&nbsp;\u00bb qu\u2019elle \u00e9tait dispos\u00e9e \u00e0 sortir de son portefeuille, et dans le cas de l\u2019Afrique noire, faire en sorte que son \u00e9volution politique ne vienne pas compliquer encore plus la solution du probl\u00e8me alg\u00e9rien&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme je l\u2019ai annonc\u00e9 le 8 septembre 2015,&nbsp; je publierai dans les semaines qui viennent les t\u00e9moignages et analyses d\u2019acteurs ou de t\u00e9moins anciens ou contemporains de la p\u00e9riode \u00e9voqu\u00e9e&nbsp;: Maurice Delafosse, Roger de Benoist, S\u0153ur Maris-Andr\u00e9 du Sacr\u00e9 C\u0153ur, Gaston Bouthoul, Herbert L\u00fcthy, Michel Auch\u00e8re, des contributions \u00e0 la compr\u00e9hension du contexte historique du d\u00e9bat relat\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains ? \u00bb Frederick Cooper Conclusions g\u00e9n\u00e9rales &amp; II Les acteurs de la d\u00e9colonisation Qui furent les acteurs de ce processus&nbsp;? Les vrais acteurs&nbsp;? &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la premi\u00e8re partie consacr\u00e9e \u00e0 la description, \u00e0 grands traits, du contexte international et fran\u00e7ais, puis de la situation coloniale qui \u00e9tait celle de l\u2019AOF en 1945, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2015\/10\/22\/francais-et-africains-frederick-cooper-conclusions-generales-2eme-partie\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0Fran\u00e7ais et Africains ?\u00a0\u00bb Frederick Cooper &#8211; Conclusions g\u00e9n\u00e9rales- 2\u00e8me Partie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[249,906,270,666,2054,2093,2465,2393,2464,2461],"class_list":["post-2585","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-afrique","tag-aof","tag-france","tag-francois-jullien","tag-frederick-cooper","tag-hampate-ba","tag-houphouet-boigny-2","tag-metropole","tag-modibo-keita","tag-senghor"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2585","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2585"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2585\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2586,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2585\/revisions\/2586"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2585"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2585"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2585"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}