{"id":2613,"date":"2016-10-21T02:16:57","date_gmt":"2016-10-21T00:16:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2613"},"modified":"2021-07-13T02:59:11","modified_gmt":"2021-07-13T00:59:11","slug":"ecrire-lhistoire-de-lafrique-a-lepoque-coloniale-sophie-dulucq-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2016\/10\/21\/ecrire-lhistoire-de-lafrique-a-lepoque-coloniale-sophie-dulucq-3\/","title":{"rendered":"\u00ab Ecrire l\u2019histoire de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale \u00bb Sophie Dulucq 3"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Ecrire l\u2019histoire de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Sophie Dulucq<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Sources et objet de l\u2019histoire coloniale de l\u2019Afrique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Usage empirique et pratiques raisonn\u00e9es (p,85 \u00e0 118)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>(c.1890 \u2013 c.1930)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant toute analyse ou tout commentaire, j\u2019ai envie de poser la question&nbsp;: est-ce que dans ce type de d\u00e9bat, le chercheur compare des choses comparables, en termes de sources, de chronologie, et de pertinence scientifique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans notre pays, les chercheurs ont mis beaucoup de temps \u00e0 accepter des m\u00e9thodes de recherche, d\u2019analyse, et surtout d\u2019interpr\u00e9tation, qui donnent un cachet d\u2019objectivit\u00e9 \u00e0 leur travail, pour autant qu\u2019il soit d\u2019ailleurs possible d\u2019atteindre un tel r\u00e9sultat.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A notre \u00e9poque, en disposant de moyens de recherche et d\u2019analyse sans commune mesure avec ce qui existait dans l\u2019Afrique de la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, et encore dans celle de la premi\u00e8re moiti\u00e9, pour ne parler que de l\u2019Afrique noire fran\u00e7aise, certaines des th\u00e9ories historiques postcoloniales d\u00e9velopp\u00e9es, entre autres par tel ou tel collectif de chercheurs,&nbsp;&nbsp;manquent de pertinence scientifique, faute d\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sultats des recherches.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire ce type de r\u00e9cit, la question se pose de savoir s\u2019il s\u2019agit d\u2019histoire des id\u00e9es ou des faits, car dans l\u2019histoire des id\u00e9es, en dehors d\u2019une mesure possible de l\u2019effet des id\u00e9es, la voie est ouverte \u00e0 toutes les imaginations et constructions possibles.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Revenons \u00e0 pr\u00e9sent sur le chapitre 3&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La bonne question de d\u00e9part&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Une question cruciale conditionne la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9crire l\u2019histoire coloniale&nbsp;: celle de la collecte documentaire. Celle-ci prend d\u2019ailleurs une&nbsp;&nbsp;dimension toute particuli\u00e8re en Afrique subsaharienne, r\u00e9put\u00e9e sans \u00e9criture. La r\u00e9colte des sources, leur inventaire, leur conservation mobilisent donc les historiens et les administrateurs, dans un effort conjoint pour pr\u00e9server les traces du pass\u00e9. Mais au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat intrins\u00e8que du ph\u00e9nom\u00e8ne de la qu\u00eate documentaire, le discours sur les sources traduit aussi les prises de&nbsp;<u>position de la communaut\u00e9 historienne<\/u>&nbsp;sur les objets qu\u2019elle construit.&nbsp;\u00bb (p,85)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Questions&nbsp;: l\u2019objet de cette \u00e9tude concerne-t-il uniquement l\u2019Afrique noire fran\u00e7aise subsaharienne, \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9put\u00e9e sans \u00e9criture<\/em>&nbsp;\u00bb, sans distinguer entre le Sahel et la for\u00eat, entre l\u2019Afrique \u00ab&nbsp;musulmane&nbsp;\u00bb et l\u2019Afrique \u00ab&nbsp;animiste&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avant les ann\u00e9es 1920, est-il possible de parler de \u00ab&nbsp;<em><u>communaut\u00e9 historienne<\/u><\/em>&nbsp;\u00bb en AOF&nbsp;? Et peut-\u00eatre m\u00eame apr\u00e8s&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019organisation des archives de la colonisation&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Le classement des archives coloniales m\u00e9tropolitaines&nbsp;: la grande affaire des ann\u00e9es 1910<\/em><\/strong><strong>&nbsp;\u00bb (p,86)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je pr\u00e9cise tout d\u2019abord, au Minist\u00e8re des Colonies, de cr\u00e9ation r\u00e9cente, disposant de peu de moyens, et n\u2019attirant pas sp\u00e9cialement&nbsp;les hommes politiques les mieux plac\u00e9s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il est \u00e9vident que cette ambition avait un double but, un usage concret pour l\u2019administration coloniale, en m\u00eame temps que la conservation et l\u2019exaltation de la m\u00e9moire de l\u2019empire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le paragraphe de la page 90 l\u2019illustre bien&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Il parait donc un peu r\u00e9ducteur de consid\u00e9rer le classement des archives coloniales comme une op\u00e9ration purement utilitariste et colonialiste, et d\u2019affirmer que les consid\u00e9rations diplomatiques ou politiques ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9pond\u00e9rantes dans cette op\u00e9ration. S\u2019il en \u00e9tait ainsi, le classement des ann\u00e9es 1910 interviendrait bien tard par rapport au grand moment du d\u00e9pe\u00e7age du continent par les Europ\u00e9ens \u2013 dans les ann\u00e9es 1890 plut\u00f4t que dans les ann\u00e9es 1910. Ensuite, si la dimension instrumentale des archives est ind\u00e9niable \u2013 on sait bien qu\u2019elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 class\u00e9es principalement pour l\u2019historien -, elle n\u2019est pas univoque&nbsp;; le mouvement archivistique de l\u2019Etat moderne r\u00e9pond autant aux besoins r\u00e9els des administrations qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une certaine conception du pass\u00e9 et du patrimoine national.<\/em>&nbsp;\u00bb (p,90)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un seul commentaire qui pourrait servir de leitmotiv de ma lecture, le constat que fait l\u2019auteure \u00ab&nbsp;<em>Il parait donc un peu r\u00e9ducteur<\/em>\u2026&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019adresse des chercheurs qui tiennent le discours en question, un discours qui se d\u00e9roule dans un \u00e9ther historique, qui n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas celui de l\u2019Afrique occidentale, longtemps apr\u00e8s les ann\u00e9es de la conqu\u00eate.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment ne pas remarquer d\u2019ailleurs qu\u2019ils devraient \u00eatre bien contents que la puissance \u00ab&nbsp;colonialiste&nbsp;\u00bb ait mis \u00e0 leur disposition ces outils de recherche, alors qu\u2019il n\u2019existait rien de ce genre \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et en esp\u00e9rant qu\u2019apr\u00e8s la d\u00e9colonisation, le m\u00eame effort ait \u00e9t\u00e9 poursuivi ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Sauvegarder et classer les archives dans les colonies&nbsp;\u00bb (p,90)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quoi et o\u00f9&nbsp;? A Dakar, o\u00f9 la bureaucratie commence \u00e0 \u00eatre puissante, trop puissante&nbsp;? Ou dans la brousse, dans la savane ou dans la for\u00eat&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>A tous les changements d\u2019administrateur, chaque d\u00e9p\u00f4t doit \u00eatre scrupuleusement repris et enrichi, tandis que de nouvelles r\u00e8gles d\u2019archivage instituent une uniformit\u00e9 du classement d\u2019un territoire \u00e0 l\u2019autre, malgr\u00e9 une complexit\u00e9 certaine (20 s\u00e9ries g\u00e9n\u00e9rales<\/em>).&nbsp;\u00bb (p,93)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire ce genre de texte, on oublierait presque qu\u2019il n\u2019y avait que 120 cercles dans une Afrique occidentale immense, \u00e0 peine cr\u00e9\u00e9s, que leurs titulaires changeaient souvent, et que la conservation des archives devait \u00eatre le cadet de leurs soucis, alors que leur mission essentielle \u00e9tait de mettre en place les premi\u00e8res infrastructures de la nouvelle administration.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour avoir eu l\u2019occasion de voir comment l\u2019administration coloniale fonctionnait au Togo, territoire plut\u00f4t g\u00e2t\u00e9, je n\u2019en ai pas retenu le souvenir que la conservation des archives l\u2019ait beaucoup pr\u00e9occup\u00e9e, dans les ann\u00e9es 1950, et non dans les ann\u00e9es 1890-1930.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u2019est la raison pour laquelle, il parait surprenant qu\u2019il soit possible d\u2019\u00e9crire&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>L\u2019A.O.F entre donc dans l\u2019\u00e8re de l\u2019archive sur des bases comparables \u00e0 celles de la m\u00e9tropole<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;? Dans les chefs-lieux peut-\u00eatre, mais ailleurs&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Quelles archives pour quelle histoire&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(p95)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est une vision particuli\u00e8re de l\u2019histoire&nbsp;&nbsp;&#8211; celle de l\u2019administration coloniale comme celle des archivistes ou des historiens \u2013 qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 travers la valorisation de certaines archives&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(p,95)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un constat qui parait tellement \u00e9vident, mais combien d\u2019informations utiles figurent dans des comptes rendus d\u2019op\u00e9ration, de pacification, ou d\u2019administration de terrain&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas de voir les historiens ou les archivistes coloniaux&nbsp;<u>se d\u00e9lecter<\/u>&nbsp;de la sauvegarde de documents relevant de ces domaines exclusifs<\/em>&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire, le politique et le militaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ai soulign\u00e9 le terme se d\u00e9lecter, car il d\u00e9tone un peu dans ce type d\u2019analyse&nbsp;: des archives \u00e0 ce point \u00ab&nbsp;d\u00e9lectables&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Cet int\u00e9r\u00eat pour les sources \u00e9crites locales n\u2019est pas totalement nouveau&nbsp;; il est \u00e0 replacer dans la lign\u00e9e de l\u2019\u00e9rudition orientaliste, et plus particuli\u00e8rement arabisante<\/em>\u2026&nbsp;\u00bb (p,97)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Effectivement, mais en notant que ces sources n\u2019existaient que dans les pays d\u2019\u00e9criture, avec la restriction du nombre tr\u00e8s restreint de lettr\u00e9s qu\u2019elles concernaient, mais absolument pas dans les r\u00e9gions de tradition orale, au sein desquelles les sources \u00e9taient entre les mains des griots, et donc \u00e0 la gloire de\u2026 pour simplifier.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteure cite le cas des archives d\u2019Ahmadou, mais il convient de pr\u00e9ciser qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un des Almamy musulmans qui ont r\u00e9gn\u00e9 successivement sur le Niger.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il serait tout \u00e0 fait int\u00e9ressant de savoir comment le sultan Ahmadou rendait compte de la bataille tr\u00e8s sanguinaire de Toghou, en 1865, en comparant son compte-rendu \u00e0 celui de Mage qui y fut plus qu\u2019un t\u00e9moin, un bon exemple de cette&nbsp;<em>histoire des batailles,&nbsp;<\/em>la cat\u00e9gorie de l\u2019histoire dans laquelle certains chercheurs voudraient enfermer l\u2019histoire coloniale des d\u00e9buts de la colonisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteure note par ailleurs&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Cette distance calcul\u00e9e refl\u00e8te bien une posture ambivalente assez commune&nbsp;: une curiosit\u00e9 avide pour les sources \u00e9crites africaines et, dans le m\u00eame temps, une utilisation europ\u00e9ocentr\u00e9e \u2013 on pourrait presque parler de narcissisme documentaire \u2013 et g\u00e9n\u00e9ralement des interpr\u00e9tations d\u00e9pr\u00e9ciatives. On retrouve cet int\u00e9r\u00eat condescendant au d\u00e9tour de maints textes, comme dans le compte-rendu de la publication d\u2019une source africaine par Henri Labouret en 1929<\/em>.&nbsp;\u00bb (p,100)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A titre d\u2019exemple, pourquoi ne pas rappeler 1) que Gallieni qui fut un des premiers partenaires et adversaires d\u2019Ahmadou d\u00e9barqua en Afrique sans rien conna\u00eetre de ce continent, \u00e0 l\u2019exemple de ses coll\u00e8gues officiers. Le r\u00e9cit rigoureux de ses \u00ab&nbsp;aventures&nbsp;\u00bb vaut sans doute largement certains discours historiques de sp\u00e9cialistes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) que les r\u00e9cits faits par Eug\u00e8ne Mage sur les guerres que faisait alors Ahmadou, vrais ou faux, ne plaidaient pas vraiment pour un souverain \u00e9clair\u00e9 et mod\u00e9r\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp; La qu\u00eate des traditions orales<\/em><\/strong><strong>&nbsp;(p, 101)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment ne pas noter au d\u00e9part que la probl\u00e9matique de la tradition orale concernait \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, et longtemps plus tard une grande partie de l\u2019Afrique noire&nbsp;? C\u2019est dire la difficult\u00e9 du sujet.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019historien Person, ancien administrateur colonial, a r\u00e9alis\u00e9 une v\u00e9ritable somme de plus de deux mille pages sur Samory et son empire dyula, en exploitant au maximum les traditions orales existant encore dans le bassin du Niger (enqu\u00eate effectu\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950-1960), mais apr\u00e8s avoir lu cette somme, en avoir compar\u00e9 certains passages \u00e0 d\u2019autres sources, je ne suis pas convaincu que ce type de travail historique ne se soit toujours inscrit dans les prescriptions d\u2019une histoire m\u00e9thodique \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute id\u00e9ologie ou parti pris.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteure note par exemple&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Dans le cas des grands empires d\u2019Afrique occidentale et centrale, qui n\u2019ont gu\u00e8re laiss\u00e9 de traces \u00e9crites&nbsp;, \u00ab&nbsp;cette absence d\u2019archives ne signifie pas, cependant, que nous nous trouvions l\u00e0 en pr\u00e9sence de si\u00e8cles vides ou&nbsp;&nbsp;de civilisations tout \u00e0 fait inf\u00e9rieures&nbsp;; on peut agir intens\u00e9ment sans \u00e9crire beaucoup, et les grandes \u00e9poques ne sont pas n\u00e9cessairement celles o\u00f9 l\u2019intelligence, au sens ordinaire, que nous donnons \u00e0 ce mot, s\u2019\u00e9panouit plus largement.&nbsp;<\/em>Il existe ainsi des annales, m<em>ais&nbsp;<\/em>qui&nbsp;<em><u>\u00ab&nbsp;sont ou \u00e9taient h\u00e9r\u00e9ditairement et exclusivement dans la t\u00eate des annalistes. Pr\u00eatres, griots, femmes&nbsp;\u00bb, d\u00e9positaires de l\u2019histoire locale, sont des \u00ab&nbsp; historiologues de m\u00e9tier et non point des conteurs de l\u00e9gendes \u00e0 la fa\u00e7on de nos grand-m\u00e8res<\/u>&nbsp;\u00bb (p,102)<\/em><\/strong><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les citations soulign\u00e9es sont de la plume de Georges Hardy, un des historiens coloniaux souvent contest\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteure \u00e9voque ensuite le cas des localisations arch\u00e9ologiques&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Certains ont \u00e9galement tendance \u00e0 appeler \u00e0 la rescousse les \u00ab&nbsp;traditions&nbsp;\u00bb afin de corroborer une localisation arch\u00e9ologique floue, d\u2019\u00e9tayer une interpr\u00e9tation un peu fragile<\/em>.&nbsp;\u00bb (page 106)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avec l\u2019exemple de l\u2019emplacement de Mali, ancienne capitale de l\u2019empire mandingue.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Autre explication&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Il est int\u00e9ressant de constater que les sources orales sont ici r\u00e9int\u00e9gr\u00e9es dans une vision nationaliste de l\u2019histoire, conforme aux grandes orientations de l\u2019historiographie m\u00e9thodique du d\u00e9but du si\u00e8cle, avec ses griots vus comme les gardiens d\u2019une histoire\/m\u00e9moire \u00ab&nbsp;nationale<\/em><\/strong><strong>&nbsp;\u00bb.(p107)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Question&nbsp;: est-ce que des historiens ont pu confronter par exemple les traditions rapport\u00e9es par les griots connus de Samory avec celles des Royaumes Bambaras qu\u2019il combattit&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteure note \u00e0 juste titre qu\u2019une r\u00e9flexion critique a exist\u00e9 assez t\u00f4t sur la fiabilit\u00e9 des sources orales, et qu\u2019elle n\u2019a pas attendu la p\u00e9riode des ind\u00e9pendances.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>Selon Hardy, ce sont des biais autrement g\u00eanants qui fragilisent l\u2019usage des sources orales. D\u2019abord l\u2019acc\u00e8s aux traditions vraiment authentiques reste limit\u00e9, car elles sont gard\u00e9es secr\u00e8tes, par m\u00e9fiance ou pour pr\u00e9server le statut social de ses d\u00e9tenteurs&nbsp;; l\u2019Europ\u00e9en n\u2019a parfois affaire qu\u2019\u00e0 des versions mensong\u00e8res dans leur d\u00e9formation sous l\u2019influence de la culture occidentale, via les jeunes g\u00e9n\u00e9rations form\u00e9es \u00e0 la fran\u00e7aise<\/em>.&nbsp;\u00bb (p109)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>J\u2019ajouterai volontiers que l\u2019ignorance par la plupart des europ\u00e9ens des langues ou dialectes alors pratiqu\u00e9s, tr\u00e8s nombreux, faisait peser un soup\u00e7on de plus sur la fiabilit\u00e9 des \u00ab&nbsp;truchements&nbsp;\u00bb de toute origine et de toute nature auxquels ils faisaient appel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;<em>On le voit, une r\u00e9flexion critique s\u2019\u00e9bauche d\u00e8s les ann\u00e9es 1920 et porte sur des aspects aussi subtils que la fragilit\u00e9 de la notion de \u00ab&nbsp;tradition&nbsp;\u00bb, ( la projection du pr\u00e9sent sur le pass\u00e9), l\u2019importance de la position de certains d\u00e9positaires (courants concurrents), l\u2019analyse des d\u00e9formations subies du fait de l\u2019occidentalisation et de la mise par \u00e9crit. Elle identifie \u00e9galement tr\u00e8s t\u00f4t les biais introduits par l\u2019\u2019enqu\u00eate (Questionnaire orient\u00e9, position hi\u00e9rarchique de l\u2019enqu\u00eateur\u2026) ainsi que les chausse-trappes qui guettent&nbsp;&nbsp;l\u2019interpr\u00e9tation (ethnocentrisme, anachronisme<\/em>)&nbsp;\u00bb (p112)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Est-on vraiment s\u00fbr qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle, et dans l\u2019histoire postcoloniale, le travail des historiens ne souffre pas \u00e9galement, alors que les \u00e9chelles de moyens n\u2019ont rien \u00e0 voir avec celles de ce pass\u00e9 colonial, tout \u00e0 la fois d\u2019anachronisme, d\u2019ethnocentrisme invers\u00e9, ou d\u2019insuffisance des contr\u00f4les exig\u00e9s par la pertinence scientifique des travaux effectu\u00e9s&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteure pose la question :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Et au fond les historiens n\u2019ont pas v\u00e9ritablement \u00e9t\u00e9 capables de se mettre d\u2019accord sur un point central&nbsp;: la d\u00e9finition de ce qu\u2019\u00e9tait ou de ce que devait \u00eatre une authentique \u00ab&nbsp; histoire coloniale.<\/em>&nbsp;\u00bb (p,115)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je vous avouerai que ce type de d\u00e9bat me d\u00e9passe un peu, car \u00e0 mes yeux, il ne se situe pas compl\u00e8tement sur le terrain des situations coloniales de cette Afrique \u00e0 peine d\u00e9couverte, \u00e0 peine administr\u00e9e, laquelle avait bien d\u2019autres chats \u00e0 fouetter que de se pr\u00e9occuper de ses archives qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de mal \u00e0 sauvegarder.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi ne pas rappeler que dans un contexte moderne, celui des administrations pr\u00e9fectorales des ann\u00e9es 1980-1990, les archivistes de m\u00e9tier avaient bien du mal \u00e0 d\u00e9finir les papiers qu\u2019ils souhaitaient pouvoir conserver, &#8211; ce qui \u00e9tait important ou ce qui ne l\u2019\u00e9tait pas &#8211; et que les administrations de l\u2019\u00e9poque avaient de leur c\u00f4t\u00e9 bien du mal \u00e0 stocker leurs papiers&nbsp;? Il est vrai que le volume du papier n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait le m\u00eame.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourquoi ne pas vous transporter par exemple dans le Dakar de la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, nouvelle capitale d\u2019une AOF cr\u00e9\u00e9e de toute pi\u00e8ce en 1895, et dans la for\u00eat de C\u00f4te d\u2019Ivoire, une r\u00e9gion de tradition orale, dans les ann\u00e9es 1910-1914, en pleine pacification violente, pour vous poser ce type de question&nbsp;?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ecrire l\u2019histoire de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale&nbsp;\u00bb Sophie Dulucq 3 Sources et objet de l\u2019histoire coloniale de l\u2019Afrique Usage empirique et pratiques raisonn\u00e9es (p,85 \u00e0 118) (c.1890 \u2013 c.1930) Avant toute analyse ou tout commentaire, j\u2019ai envie de poser la question&nbsp;: est-ce que dans ce type de d\u00e9bat, le chercheur compare des choses comparables, en &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2016\/10\/21\/ecrire-lhistoire-de-lafrique-a-lepoque-coloniale-sophie-dulucq-3\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab Ecrire l\u2019histoire de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019\u00e9poque coloniale \u00bb Sophie Dulucq 3&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[249,2703,273,2705,2704,421,2702,930],"class_list":["post-2613","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-histoire","tag-afrique","tag-ahmadou","tag-colonies","tag-eugene-mage","tag-georges-hardy","tag-histoire","tag-ministere-des-colonies","tag-sophie-dulucq"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2613","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2613"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2613\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2614,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2613\/revisions\/2614"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2613"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2613"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2613"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}