{"id":2709,"date":"2019-04-24T00:42:22","date_gmt":"2019-04-23T22:42:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2709"},"modified":"2021-07-14T00:53:02","modified_gmt":"2021-07-13T22:53:02","slug":"les-empires-coloniaux-anglais-et-francais-face-aux-cultures-de-pouvoir-local-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2019\/04\/24\/les-empires-coloniaux-anglais-et-francais-face-aux-cultures-de-pouvoir-local-2\/","title":{"rendered":"Les Empires coloniaux anglais et fran\u00e7ais face aux cultures de pouvoir local"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Les Empires coloniaux anglais et fran\u00e7ais face aux cultures de pouvoir local<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1850-1900&nbsp;: au Soudan, avec Samory, Almamy, en Annam, avec Than-Ta\u00ef, Empereur d\u2019Annam, \u00e0 Madagascar, avec la Reine Ranavalona III<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>II<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>\u00ab&nbsp;1886, le voyage extraordinaire en France de Karamoko, fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Samory, une occasion manqu\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Ci-apr\u00e8s, un r\u00e9sum\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le colonel Frey, ancien commandant sup\u00e9rieur du Haut S\u00e9n\u00e9gal, \u00e9crivait dans son r\u00e9cit de campagne&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;<em>Il confia Karamoko, son fils, \u00e0 la mission fran\u00e7aise, pour le pr\u00e9senter au commandant sup\u00e9rieur (lui-m\u00eame alors) et au gouverneur&nbsp;; puis malgr\u00e9 la r\u00e9pugnance que lui inspirait un trop grand \u00e9loignement de ce fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, sur une demande du colonel Frey, il autorisa son d\u00e9part pour la France.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Emm\u00e8ne mon fils, \u00e9crivit-il \u00e0 ce dernier, je te le confie. A partir de ce moment, et pendant tout le temps qu\u2019il sera dans ton pays, sers-lui de p\u00e8re&nbsp;! J\u2019ai pleine confiance dans les Fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb (180\/F)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le colonel avait en effet demand\u00e9 au lieutenant P\u00e9roz d\u2019en entretenir Samory, et ce dernier n\u2019accepta ce voyage qu\u2019apr\u00e8s une longue h\u00e9sitation. Il lui demanda de s\u2019engager \u00e0 ce que son fils n\u2019aille pas plus loin que&nbsp; Saint Louis et lui fit jurer de veiller personnellement sur lui. Il se r\u00e9signa finalement \u00e0 ce que Karamoko parte en France.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Le prince Karamoko \u00e9tait alors le fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Samory, mais le lecteur doit savoir que l\u2019Almamy avait plusieurs femmes et des dizaines d\u2019enfants. P\u00e9roz accompagna donc le prince Karamoko de Bissandougou \u00e0 Saint Louis, puis \u00e0 Paris.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce voyage \u00e9tait une preuve de confiance de la part de Samory et s\u2019inscrivait dans la mise en \u0153uvre du trait\u00e9 de protectorat de K\u00e9nieba Koura que la France ne trouvait pas suffisant.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;Ce voyage&nbsp;<em>extraordinaire<\/em>&nbsp;s\u2019inscrivait bien dans une logique politique, celle d\u2019une alliance avec Samory, avec l\u2019espoir de faire passer nos id\u00e9es chez des repr\u00e9sentants de la g\u00e9n\u00e9ration qui suivait. L\u2019\u00e9cole des otages avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e au S\u00e9n\u00e9gal dans le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Car si les Fran\u00e7ais ignoraient alors beaucoup de choses sur l\u2019Afrique, les m\u0153urs, les institutions, la carte territoriale des pouvoirs, entre les villages, les royaumes, les empires, les Africains \u00e9taient encore plus ignorants de l\u2019Europe, tout au moins ceux de l\u2019int\u00e9rieur, et Samory faisait partie de ceux-l\u00e0.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A l\u2019occasion de la pr\u00e9sentation du livre&nbsp;<em>Au Soudan Fran\u00e7ais<\/em>, \u00e0 Besan\u00e7on, \u00e0 la s\u00e9ance de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Emulation du Doubs du 10 ao\u00fbt 1889, M.Besson notait \u00e0 juste titre au sujet du voyage de Karamoko&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Peu apr\u00e8s eut lieu le voyage \u00e0 Paris de son fils Karamoko, voyage, on s\u2019en souvient, qui occupa beaucoup la presse d\u2019alors, mais qui, au fond, avait un but plus s\u00e9rieux que celui d\u2019amuser les badauds de la capitale. Il s\u2019agissait de donner au prince soudanien une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de notre puissance, et de d\u00e9truire ainsi les pr\u00e9jug\u00e9s des siens qui faisaient de la France un ensemble d\u2019\u00eeles pauvres et peu habit\u00e9es, plac\u00e9es \u00e0 l\u2019embouchure du S\u00e9n\u00e9gal<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Karamoko d\u00e9barqua \u00e0 Bordeaux le 9 ao\u00fbt 1886, et prit le train pour Paris le 11 ao\u00fbt 1886.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019installa au Grand H\u00f4tel et partagea son temps entre les spectacles, les visites officielles et l\u2019\u00e9tude des questions militaires. La petite histoire raconte que la note de son h\u00e9bergement fut sal\u00e9e&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>Karamoko vint donc \u00e0 Paris, o\u00f9 l\u2019ambassade ouassoulienne eut son heure de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour faire honneur \u00e0 son fils, Samory lui avait constitu\u00e9, \u00e0 son d\u00e9part du Niger, une suite compos\u00e9e de deux cents guerriers, musiciens, femmes ou captifs, dont la plupart attendirent \u00e0 Kayes le retour de Karamoko. Une trentaine de ces serviteurs descendirent \u00e0 Saint Louis.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sur ce nombre, six seulement os\u00e8rent affronter la mer&nbsp;: les autres, au moment de mettre le pied sur le paquebot- \u00ab&nbsp;ce monstre marin&nbsp;\u00bb- comme ils l\u2019appelaient \u2013 qui devait les emmener en France, prirent honteusement la fuite&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Leur arriv\u00e9e \u00e0 Bordeaux, leur trajet en chemin de fer, leur s\u00e9jour d\u2019un mois \u00e0 Paris furent pour Karamoko et pour sa suite une s\u00e9rie de singuli\u00e8res surprises&nbsp;: ils march\u00e8rent comme dans un r\u00eave, d\u2019\u00e9tonnement en \u00e9tonnement, de stup\u00e9faction en stup\u00e9faction. (181\/F)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les merveilles de la capitale, les repr\u00e9sentations auxquelles ils assist\u00e8rent dans les th\u00e9\u00e2tres et dans les cirques furent pour eux des spectacles d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 et d\u2019une splendeur incomparable&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019un de ces spectacles faillit amener un d\u00e9nouement tragique&nbsp;: c\u2019\u00e9tait une soir\u00e9e de l\u2019Eden-Th\u00e9\u00e2tre&nbsp;; le fameux prestidigitateur, M. Bustier de Kolta, escamotait une jeune femme&nbsp;; au moment de la disparition de cette derni\u00e8re, tous nos h\u00f4tes furent frapp\u00e9s de stupeur&nbsp;; ils veulent s\u2019enfuir, croyant avoir en leur pr\u00e9sence le diable en personne.( N\u2019oublions pas qu\u2019au Soudan le diable est un personnage \u00e0 la peau blanche) On eut toutes les peines du monde \u00e0 les rassurer et \u00e0 les persuader qu\u2019ils \u00e9taient le jouet d\u2019une illusion.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Karamoko fut, pendant son s\u00e9jour \u00e0 Paris, l\u2019objet d\u2019une vive curiosit\u00e9.&nbsp;\u00bb (182F)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la capitale, il fut re\u00e7u par les plus hautes autorit\u00e9s de l\u2019Etat&nbsp;: La Porte, Secr\u00e9taire d\u2019Etat aux Colonies, l\u2019amiral Aube, ministre de la Marine, Freycinet, Pr\u00e9sident du Conseil, Gr\u00e9vy, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Boulanger, le jeune g\u00e9n\u00e9ral, Ministre de la Guerre, alors en pleine ascension politique, le re\u00e7ut et lui fit visiter des \u00e9tablissements militaires et l\u2019autorisa \u00e0 assister aux grandes man\u0153uvres militaires du mois d\u2019ao\u00fbt 1886. Concernant le trait\u00e9 que son p\u00e8re, Samory, venait de signer avec la R\u00e9publique fran\u00e7aise, le g\u00e9n\u00e9ral exprima son&nbsp; espoir&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Je suis convaincu, lui dit-il en terminant, que vous emporterez de votre voyage l\u2019opinion que la France est une nation puissante et qui traite ses h\u00f4tes avec la plus grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Incontestablement, les pouvoirs publics voulaient montrer au fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Samory toute la puissance de la France, afin qu\u2019il puisse s\u2019en faire l\u2019\u00e9cho et le t\u00e9moin aupr\u00e8s de son p\u00e8re.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On fit beaucoup de cadeaux \u00e0 Karamoko, et lui-m\u00eame et sa suite en ramen\u00e8rent beaucoup pour eux et pour l\u2019Almamy lui-m\u00eame.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La malle en zinc du prince<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans son livre&nbsp;<em>Au Niger<\/em>, P\u00e9roz racontait qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de sa campagne soudanaise des ann\u00e9es 1891-1892, objet du chapitre 9, alors que la France avait d\u00e9cid\u00e9, notamment sur la pression d\u2019Archinard, de d\u00e9truire l\u2019empire de Samory, il fit une d\u00e9couverte \u00e9tonnante.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;&nbsp;<em>La prise la plus curieuse fut sans contredit une malle en zinc peint, propri\u00e9t\u00e9 du prince Karamoko, qui renfermait parmi de nombreuses surprises une collection de journaux illustr\u00e9s de Paris et de Londres repr\u00e9sentant Karamoko se d\u00e9lectant dans les douceurs de son s\u00e9jour au Grand-H\u00f4tel en 1886&nbsp;: le prince \u00e0 table, le prince dans sa chambre \u00e0 coucher, le prince roulant en huit ressorts sur les boulevards. Que ces temps heureux de splendeur et de luxe sont loin&nbsp;! Maintenant, il faut, courb\u00e9 par la volont\u00e9 absolue d\u2019un p\u00e8re inflexible, coucher sur la dure au hasard des \u00e9v\u00e9nements, expos\u00e9 \u00e0 de&nbsp; f\u00e2cheuses surprises comme celles de ce matin, et se contenter d\u2019une maigre pitance qui ternit le vernis des joues potel\u00e9es d\u2019antan.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un peu de reconnaissance et surtout l\u2019espoir de refaire quelque jour un aimable s\u00e9jour dans la capitale ont toujours fait de Karamoko l\u2019ap\u00f4tre de la paix dans les conseils de son p\u00e8re&nbsp;; il eut volontiers tout l\u00e2ch\u00e9 pour continuer avec les Fran\u00e7ais l\u2019agr\u00e9able vie de prince dont on lui avait donn\u00e9 un si all\u00e9chant avant-go\u00fbt. Mais Samory ne se paie pas de bagatelle&nbsp;; il a fallu courir la campagne et entendre trop souvent h\u00e9las&nbsp;! A son gr\u00e9, siffler \u00e0 ses oreilles les balles de ses amis les Fran\u00e7ais.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019imagine que lorsque Karamoko repr\u00e9sentait \u00e0 Samory notre puissance militaire dont la comparaison avec la sienne, malgr\u00e9 son nouvel armement en fusils \u00e0 tir rapide, ne pouvait laisser aucun doute sur l\u2019issue de la lutte, l\u2019Almamy devait lui r\u00e9pondre quelques chose d\u2019approchant traduit en bon fran\u00e7ais&nbsp;: Nous p\u00e9rirons tous les uns apr\u00e8s les autres s\u2019il le faut, mais nous p\u00e9rirons glorieusement\u2026 les id\u00e9es \u00e9lev\u00e9es qui, quoiqu\u2019on en ait dit, forment le fond du caract\u00e8re de Samory ne lui sont pas \u00e9chues en apanage&nbsp;; aussi bien le courage n\u2019est pas son fort&nbsp;; des prisonniers nous ont cont\u00e9 par la suite qu\u2019apr\u00e8s le sanglant combat de Diamanko, jugeant que la valeur de son fils n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 suffisamment \u00e0 hauteur de la position \u00e9lev\u00e9e que lui conf\u00e9rait sa naissance l\u2019avait fait fouetter durement devant ses troupes afin que ce ch\u00e2timent, de tous points douloureux, lui rappela par la suite ses devoirs de prince et de chef.&nbsp;\u00bb (19\/AN)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commentaire<\/strong><strong>&nbsp;: la citation de P\u00e9roz nous donne un flash cin\u00e9matographique sur la suite des \u00e9v\u00e9nements, la reprise de la guerre avec l\u2019Almamy, alors que le voyage de Karamoko, et les relations famili\u00e8res que le lieutenant P\u00e9roz avait r\u00e9ussi \u00e0 nouer aussi bien avec le fils qu\u2019avec le p\u00e8re contribu\u00e8rent au succ\u00e8s de la mission du Ouassoulou, que conduisit P\u00e9roz, capitaine cette fois, \u00e0 Bissandougou, capitale de l\u2019empire de Samory, en 1887.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019id\u00e9e de ce voyage \u00e9tait excellente, mais une fois connue dans les pays du Niger, en jouant sur la puissance du t\u00e9l\u00e9phone arabe qui \u00e9tait grande alors, la relation nou\u00e9e entre Samory et la France, allait \u00eatre rapidement r\u00e9pandue, en bien ou en mal, selon les partenaires ou adversaires potentiels.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce que confirmait le capitaine Binger au cours de la mission d\u2019exploration qu\u2019il effectua \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1887, entre les c\u00f4tes du S\u00e9n\u00e9gal et celles de Guin\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un chef du pays Mossi lui avait fait parvenir le message suivant&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Tu diras \u00e0 ce blanc qu\u2019il ne marche pas plus loin, et qu\u2019il s\u2019en retourne imm\u00e9diatement d\u2019o\u00f9 il vient, car s\u2019il n\u2019est pas parti ce soir, je lui fais couper le cou. Jamais, tant que T\u00e9ngr\u00e9la nous appartiendra, un blanc n\u2019y passera; nous ne voulons plus entendre parler d\u2019eux. Ils ont fait la paix avec Samory et emmen\u00e9 son fils Karamokho en France. Qu\u2019ils aient fini la guerre, nous le comprenons, car on ne peut pas se battre toujours, et puis Samory a donn\u00e9 aux blancs le pays qu\u2019ils demandaient, mais ils n\u2019avaient pas besoin de conduire son fils en France. Nous \u00e9tions beaucoup qui luttions contre Samory et il ne pouvait pas nous vaincre, mais quand on a appris que vous aviez emmen\u00e9 son fils en France, beaucoup de petits pays qui \u00e9taient hostiles \u00e0 Samory de sont mis avec lui en nous disant&nbsp;: Vous voyez les blancs ont port\u00e9 Karamokho en France, leurs soldats les aideront, nous sommes perdus si nous ne disons pas que nous sommes contents de lui. C\u2019est ainsi que nous restons seuls avec Tieba, le Kandi, le Ni\u00e9m\u00e9, le Follona et Dioma. Si Samory arrive \u00e0 prendre Sikasso, nous sommes perdus&nbsp;; mais nous lutterons, et avant qu\u2019il prenne nos femmes et nos enfants, il faut que nous lui tuions quelques centaines de soldats. Si nous faisons la paix, c\u2019est<\/em>&nbsp;<em>pire&nbsp;: nos femmes et nos enfants seront vendus pour des chevaux et nous ne serons pas veng\u00e9s. Quand les blancs de Bamako verront nos femmes et nos enfants passer le fleuve, ils pourront dire: c\u2019est nous Fran\u00e7ais qui avons fait cela.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah&nbsp;! Si les Fran\u00e7ais \u00e9taient venus il y a trois ou quatre ans, nous aurions \u00e9t\u00e9 contents de leur donner notre pays et Tieba aussi. Il est vrai que vous n\u2019avez pas aid\u00e9 Samory avec des soldats, mais vous avez fait plus de mal en emmenant son fils en France.&nbsp;\u00bb (54\/B\/)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Indiquons au lecteur que le prince Karamoko avait profit\u00e9 de son passage \u00e0 Saint Louis pour se procurer, \u00e0 son retour, sept ou huit fusils Kropatchek, les nouveaux fusils \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et \u00e0 tir rapide, dont l\u2019Almamy fit le plus grand profit par la suite.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avec le nouveau commandant sup\u00e9rieur Archinard, la paix c\u00e9da la place \u00e0 la guerre, et Karamoko se trouva avec son arm\u00e9e, aux premi\u00e8res loges des combats contre les troupes coloniales.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lors de sa derni\u00e8re campagne au Soudan, en 1891-1892, P\u00e9roz l\u2019eut en face de lui \u00e0 maintes reprises, cette fois comme adversaire, notamment dans le massif du Toukouro.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La fin tragique de Karamoko<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le prince Karamoko connut d\u2019ailleurs une fin tragique, \u00e0 la mani\u00e8re du Samory cruel que certains m\u00e9morialistes ne se sont pas fait faute de d\u00e9crire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce qui est \u00e9tabli, c\u2019est le retour de Karamoko, en 1888, dans l\u2019Ouassalou en r\u00e9volte, le c\u0153ur des Etats de Samory, alors que celui-ci subissait des \u00e9checs devant Sikasso, et que la plupart de ses&nbsp; Etats connaissaient les m\u00eames troubles. Karamoko mata la r\u00e9volte, et se retrouva en premi\u00e8re ligne, contre les Fran\u00e7ais, au cours de la campagne Humbert. Au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es, et dans la perspective d\u2019une fuite de Samory vers l\u2019est, le prince se trouva, bon gr\u00e9, mal gr\u00e9, le repr\u00e9sentant des pacifistes dans la cour de l\u2019Almamy.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n\u2019\u00e9tait plus l\u2019h\u00e9ritier d\u00e9sign\u00e9 de Samory.&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les ann\u00e9es 1893-1894, il eut des contacts avec les postes fran\u00e7ais, des lettres ont \u00e9t\u00e9 ou auraient \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9es, d\u2019apr\u00e8s lesquelles Karamoko envisageait de rallier le camp fran\u00e7ais. Il est av\u00e9r\u00e9 que ces contacts exist\u00e8rent et que Samory fut inform\u00e9 d\u2019une partie d\u2019entre eux. Le prince fut convoqu\u00e9 \u00e0 la cour et son proc\u00e8s instruit.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019Almamy ordonna de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019emmurer dans une case et de l\u2019affamer progressivement. Au bout d\u2019un mois, il trouva son fils toujours aussi obstin\u00e9 et le laissa mourir de faim.&nbsp;\u00bb (p,1 506)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019historien Person intitule tr\u00e8s curieusement l\u2019avant&nbsp; dernier paragraphe de son chapitre, \u00ab&nbsp;<em>Mort d\u2019un orgueilleux&nbsp;\u00bb<\/em>, et celui du dernier paragraphe,&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Refus des compromis.&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ne suis pas s\u00fbr que le premier sous-titre donne la bonne d\u00e9nomination de la d\u00e9cision de Samory, alors qu\u2019elle ajoute un \u00e9l\u00e9ment \u00e0 charge dans le dossier de la cruaut\u00e9 de l\u2019Almam<\/strong><strong>y.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai racont\u00e9 ailleurs, dans un livre consacr\u00e9 \u00e0 P\u00e9roz, cet \u00e9pisode historique tout \u00e0 fait int\u00e9ressant, d\u2019autant plus qu\u2019il illustrait une d\u00e9marche politique et culturelle qui avait \u00e9videmment beaucoup d\u2019affinit\u00e9s avec les d\u00e9marches anglaises dans leurs territoires, c\u2019est-\u00e0-dire ne pas toucher, autant que faire se peut, aux institutions politiques locales, m\u00eame imparfaites.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud\u00a0\u00a0&#8211;\u00a0 Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Empires coloniaux anglais et fran\u00e7ais face aux cultures de pouvoir local 1850-1900&nbsp;: au Soudan, avec Samory, Almamy, en Annam, avec Than-Ta\u00ef, Empereur d\u2019Annam, \u00e0 Madagascar, avec la Reine Ranavalona III II \u00ab&nbsp;1886, le voyage extraordinaire en France de Karamoko, fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de Samory, une occasion manqu\u00e9e&nbsp;\u00bb Ci-apr\u00e8s, un r\u00e9sum\u00e9. Le colonel Frey, ancien commandant &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2019\/04\/24\/les-empires-coloniaux-anglais-et-francais-face-aux-cultures-de-pouvoir-local-2\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les Empires coloniaux anglais et fran\u00e7ais face aux cultures de pouvoir local&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,6,5],"tags":[249,2642,1999,2782,2783,600,273,351,270,2102,845,2784,598,608],"class_list":["post-2709","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-colonies","category-culture","category-histoire","tag-afrique","tag-almamy","tag-archinard","tag-besson","tag-binger","tag-boulanger","tag-colonies","tag-empire","tag-france","tag-frey","tag-grande-bretagne","tag-karamoko","tag-peroz","tag-samory"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2709","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2709"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2709\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2710,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2709\/revisions\/2710"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2709"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2709"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2709"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}