{"id":282,"date":"2020-05-16T17:57:33","date_gmt":"2020-05-16T15:57:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=282"},"modified":"2021-06-08T18:03:19","modified_gmt":"2021-06-08T16:03:19","slug":"vi-regards-un-americain-bien-tranquille-de-graham-greene-1955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/05\/16\/vi-regards-un-americain-bien-tranquille-de-graham-greene-1955\/","title":{"rendered":"VI- Regards : \u00ab Un am\u00e9ricain bien tranquille \u00bb de Graham Greene (1955)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>VI &#8211; Regards<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>2-&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Un am\u00e9ricain bien tranquille<\/em>&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Graham Greene (1955)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019histoire racont\u00e9e dans ce roman se passe en Indochine pendant la premi\u00e8re guerre d\u2019Indochine (1945-1954), principalement \u00e0 Saigon, capitale de l\u2019Indochine fran\u00e7aise, une ville de tous les plaisirs et de tous les vices, exacerb\u00e9s par tous les trafics, les tours de passe-passe, les double, triple, et quadruple jeu des partenaires ou profiteurs de ce conflit, fran\u00e7ais, vietnamiens nationalistes ou communistes, chr\u00e9tiens ou membres des sectes, chinois historiquement en embuscade \u00e9conomique et financi\u00e8re, avec en arri\u00e8re-plan bien pr\u00e9sent, des missions am\u00e9ricaines.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce roman a le m\u00e9rite de mettre le lecteur dans l\u2019ambiance de l\u2019Indochine de l\u2019\u00e9poque, et sans doute dans une certaine familiarit\u00e9 avec l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des correspondants de guerre, de fa\u00e7on moins tonitruante que celle de Lucien Bodard, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il trace le portrait d\u2019une Indochine d\u00e9j\u00e0 englu\u00e9e dans cette guerre, que la France n\u2019a pas les moyens mat\u00e9riels de la faire correctement, et pas encore pris la mesure d\u2019une guerre populaire et r\u00e9volutionnaire nouvelle qu\u2019elle d\u00e9couvrait.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le personnage principal est un correspondant anglais, fumeur d\u2019opium, et bon connaisseur de la vie vietnamienne, lequel vit en m\u00e9nage avec une belle et gentille vietnamienne du nom de Phuong.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il fait la connaissance de Pyle, un Am\u00e9ricain bien tranquille qui tombe amoureux de Phuong, et en fait son rival.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le portrait qu\u2019en fait l\u2019auteur est int\u00e9ressant car il r\u00e9v\u00e8le un personnage id\u00e9aliste, sauveur de l\u2019humanit\u00e9, tout en \u00e9tant un acteur des services secrets am\u00e9ricains qui ont alors l\u2019ambition de faite na\u00eetre une&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Troisi\u00e8me Force&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;\u00e9chappant \u00e0 la fois aux communistes et aux anciens colonialistes fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A l\u2019occasion de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, la France tenta \u00e9galement et vainement, de faire na\u00eetre une \u00ab&nbsp;<em>Troisi\u00e8me Force&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je propose quelques extraits de ce roman&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00a0\u00a0<strong>\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Je commen\u00e7ai, tandis qu\u2019il me regardait attentivement comme un bon \u00e9l\u00e8ve, en lui expliquant la situation au nord, au Tonkin, o\u00f9 \u00e0 cette \u00e9poque les Fran\u00e7ais se raccrochaient au delta du Fleuve rouge qui contient Hanoi et le seul port du Nord\u00a0: Haiphong. C\u2019est le pays des rizi\u00e8res et lorsqu\u2019approchait le moment de la moisson, l\u2019annuelle bataille pour la possession du riz qui se d\u00e9clenchait.<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voil\u00e0 pour le Nord, dis-je. Les Fran\u00e7ais peuvent tenir les pauvres diables, si les Chinois ne viennent pas soutenir les Viet-minhs. C\u2019est une guerre de jungle, de montagnes et de marais, de rizi\u00e8res o\u00f9 l\u2019on patauge avec de l\u2019eau jusqu\u2019aux \u00e9paules et o\u00f9 les ennemis disparaissent tout bonnement, enterrent leurs armes et s\u2019habillent en paysans\u2026 Mais l\u2019on peut pourrir confortablement dans l\u2019humidit\u00e9 de Hanoi. Ils n\u2019y lancent pas de bombes, Dieu sait pourquoi. On pourrait appeler cela une guerre r\u00e9guli\u00e8re.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et ici dans le Sud&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0<strong>\u00a0 Les Fran\u00e7ais contr\u00f4lent les routes principales jusqu\u2019\u00e0 sept heures du soir\u00a0; apr\u00e8s cela ils contr\u00f4lent les tours de guet, et les villes, partiellement. Cela ne veut pas dire que l\u2019on soit en s\u00fbret\u00e9, sans quoi il n\u2019y aurait pas de grilles de fer devant les restaurants.\u00a0\u00bb (p,31,32)<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Son ami Pyle&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <strong>\u00ab\u00a0L\u2019id\u00e9e me traversa m\u00eame l\u2019esprit qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pay\u00e9 ma t\u00eate, et que la conversation avait \u00e9t\u00e9 un d\u00e9guisement compliqu\u00e9 et humoristique destin\u00e9 \u00e0 cacher son v\u00e9ritable dessein, car les comm\u00e9rages de Saigon pr\u00e9tendaient d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il appartenait \u00e0 l\u2019un des services qu\u2019on appelle (si stupidement) secrets. Peut-\u00eatre fournissait-il des armes am\u00e9ricaines \u00e0 une Troisi\u00e8me Force, la fanfare de l\u2019\u00e9v\u00eaque, tout ce qui restait de ces jeunes recrues apeur\u00e9es et jamais pay\u00e9es\u2026<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les gens disent qu\u2019il importe beaucoup de choses<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelles choses&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des drogues, des rem\u00e8des\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est pour leurs \u00e9quipes de soins contre la conjonctivite dans le Nord. Peut-\u00eatre. La douane ne doit pas les ouvrir. Ce sont des colis diplomatiques. Mais un jour, on a commis une erreur, l\u2019homme a perdu sa place. Le premier secr\u00e9taire a menac\u00e9 d\u2019arr\u00eater toutes les importations.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu\u2019y avait-il dans la caisse&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du plastic<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi ont-ils besoin de plastic&nbsp;? Dis-je d\u2019un ton d\u00e9tach\u00e9.&nbsp;\u00bb (p,95, 96)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au chapitre 2, \u00e0 partir de la page 111, le romancier \u00e9voque longuement la secte caoda\u00efste qui fut un des acteurs importants du conflit indochinois dans le Sud.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Au moins une fois l\u2019an, les caoda\u00efstes donnent une grande f\u00eate \u00e0 Tanyin, leur Saint Si\u00e8ge, qui se trouve \u00e0 quatre-vingt kilom\u00e8tres au nord-ouest de Saigon\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le caoda\u00efsme, invention d\u2019un fonctionnaire indochinois, est une synth\u00e8se des trois religions. Le Saint Si\u00e8ge est \u00e0 Tanyin. Un pape et des femmes cardinaux. Proph\u00e9ties par l\u2019interm\u00e9diaire de la corbeille \u00e0 bec. Saint Victor Hugo. Le Christ et Bouddha contemplant au plafond de la cath\u00e9drale une fantasia orientale de Walt Disney, dragons et serpents en technicolor\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le long de la route de Tanyin s\u2019\u00e9coulait un flot rapide d\u2019automobiles d\u2019\u00e9tat-major et de CD, et sur les tron\u00e7ons les plus expos\u00e9s la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re avait d\u00e9ploy\u00e9 des troupes de couverture dans la rizi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait toujours une journ\u00e9e d\u2019inqui\u00e9tude pour le haut commandement fran\u00e7ais et peut-\u00eatre d\u2019espoir pour les caodaistes, car pourrait-il y avoir une meilleure preuve incolore de leur loyalisme qu\u2019une attaque o\u00f9 quelques visiteurs importants seraient tu\u00e9s aux confins de leur territoire.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous les kilom\u00e8tres, une petite tour de guet en pis\u00e9 se dressait comme un point d\u2019exclamation au-dessus des champs plats, et tous les dix kilom\u00e8tres, il y avait un fort plus important, occup\u00e9 par une section de l\u00e9gionnaires, de&nbsp; marocains ou de S\u00e9n\u00e9galais\u2026.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fowler y retrouve Pyle, et ils rentrent tous les deux \u00e0 Saigon, sauf qu\u2019ils tombent en panne et qu\u2019ils se r\u00e9fugient dans une tour de guet&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Pas un officier fran\u00e7ais, dis-je n\u2019aimerait passer la nuit seul dans une de ces tours avec deux factionnaires affol\u00e9s par la peur\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ce d\u00e9cor&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;champ\u00eatre<\/em>&nbsp;\u00bb, les deux hommes dissertent longuement sur le colonialisme, la mission anticoloniale des Etats Unis, de ce qu\u2019attendent les Vietnamiens des uns et des autres, Fowler ramenant son ami Pyle sur terre en \u00e9voquant le \u00ab&nbsp;<em>plastic&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Je ne sais pas pourquoi je parle politique. \u00c7a ne m\u2019int\u00e9resse pas. Je suis reporter. Je ne suis pas&nbsp;<\/em>engag\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vraiment pas&nbsp;? Demande Pyle.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rien que pour entretenir la conversation, pour faire passer cette saloperie de nuit, c\u2019est tout. Je ne prends pas parti. Je continuerai \u00e0 faire des reportages quel que soit le vainqueur.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Je laisse le soin aux lecteurs de ce roman la suite de cette aventure qui tourne mal pour les deux amis.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Retour \u00e0 Saigon, Fowler re\u00e7oit un pli&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Pri\u00e8re envoyer 400 mots arri\u00e8re-plan effet d\u00e9part de Lattre sur situation politique et militaire\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus tard&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Je laissai les affaires en cours entre les mains de Dominguez et je partis pour la Nord. A Haiphong, j\u2019avais des amis dans l\u2019escadrille Gascogne, et je passais des heures au bar de l\u2019a\u00e9rodrome, ou \u00e0 jouer aux boules sur l\u2019all\u00e9e de gravier, juste devant. Officiellement, j\u2019\u00e9tais sur le front\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un matin, en ville, je buvais des cognacs-sodas au mess avec un jeune officier (le capitaine Trouin) qui br\u00fblait du d\u00e9sir de voir la jet\u00e9e de Southend, quand un ordre de mission arriva&nbsp;:<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous aimeriez venir&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je r\u00e9pondis oui. M\u00eame \u00ab&nbsp;horizontal&nbsp;\u00bb, un raid serait une fa\u00e7on de tuer le temps et de tuer mes pens\u00e9es. Dans la voiture qui nous transportait au terrain d\u2019aviation il me dit, cette fois, c\u2019est un raid vertical.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je croyais qu\u2019il m\u2019\u00e9tait interdit\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp; Tant que vous n\u2019\u00e9crirez rien\u2026 Je vais vous montrer, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re chinoise, un bout de pays que vous n\u2019avez s\u00fbrement pas encore vu. Pr\u00e8s de Lai Chau.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp; Je croyais que tout \u00e9tait paisible par-l\u00e0, aux mains des Fran\u00e7ais&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp; Ca l\u2019\u00e9tait. Ils l\u2019ont pris voil\u00e0 deux jours. Nos parachutistes n\u2019en sont qu\u2019\u00e0 quelques heures. Nous voulons forcer les viets \u00e0 tenir la t\u00eate cach\u00e9e dans leurs trous jusqu\u2019\u00e0 ce que nous ayons repris le poste. Cela signifie qu\u2019il faut piquer et mitrailler. Nous ne disposons que de deux appareils, dont l\u2019un travaille en ce moment. Avez-vous jamais fait des bombardements en piqu\u00e9&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jamais<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est assez d\u00e9sagr\u00e9able quand on n\u2019y est pas habitu\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019escadrille Gascogne ne poss\u00e9dait que de petits bombardiers Maraudeurs B 26. Les Fran\u00e7ais les appelaient des \u00ab&nbsp;prostitu\u00e9es&nbsp;\u00bb parce qu\u2019 \u00e0 cause de leurs ailes tr\u00e8s exigu\u00ebs, ils n\u2019avaient aucun moyen visible de sustentation. J\u2019\u00e9tais recroquevill\u00e9 sur un petit si\u00e8ge de m\u00e9tal pas plus grand qu\u2019une selle de bicyclette, les genoux appuy\u00e9s contre le dos du navigateur. Nous remont\u00e2mes le fleuve Rouge, en prenant lentement de la hauteur et, \u00e0 cette heure-l\u00e0, le fleuve \u00e9tait vraiment rouge. C\u2019\u00e9tait comme si nous avions recul\u00e9 loin dans le temps\u2026 Puis nous f\u00eemes un coude, \u00e0 trois mille m\u00e8tres, pour nous diriger vers la rivi\u00e8re Noire, vraiment noire, pleine d\u2019ombres, hors de l\u2019angle des rayons lumineux, et l\u2019\u00e9norme et majestueux paysage de gorges, de rochers \u00e0 pic et de jungles bascula brusquement et vint se dresser au-dessous de nous. On aurait pu lancer une escadrille sur ces \u00e9tendues vertes et grises sans laisser plus de traces que quelques<\/em><\/strong><strong>&nbsp;<em>pi\u00e8ces de monnaies \u00e9parpill\u00e9es<\/em>&nbsp;dans&nbsp;<em>un champ de bl\u00e9. Au loin, devant nous, un petit avion se d\u00e9pla\u00e7ait comme un moucheron. Nous allions&nbsp; prendre sa suite\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Piqu\u00e9s, mitraillages, tirs au cano<em>n\u2026 \u00ab&nbsp;Les quarante minutes de patrouille m\u2019avaient paru interminables\u2026Je mis mes \u00e9couteurs pour entendre ce que me disait la capitaine Trouin.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous allons faire un petit d\u00e9tour. Le coucher de soleil est merveilleux sur les \u00ab&nbsp;calcaires&nbsp;\u00bb Il ne faut pas que vous manquiez cela, ajouta-t-il aimablement comme un h\u00f4te signale&nbsp; les beaut\u00e9s de son domaine.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et pendant une centaine de kilom\u00e8tres nous vol\u00e2mes dans le sillage du soleil au-dessus de la baie d\u2019Along\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp; Ce soir-l\u00e0, Trouin insista pour que je fusse son invit\u00e9 \u00e0 la fumerie, bien qu\u2019il refusa de fumer lui-m\u00eame\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp; Le capitaine entre alors dans les confidences&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Je fumai ma premi\u00e8re pipe\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le raid d\u2019aujourd\u2019hui, continua Trouin, ce n\u2019est pas un des pires pour quelqu\u2019un comme moi. Au-dessus du village, ils auraient pu nous descendre. Nous courions autant de risques qu\u2019eux. Ce dont j\u2019ai horreur, c\u2019est du bombardement au napalm\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp; Il ajouta, plein de col\u00e8re contre un monde entier qui ne comprenait pas&nbsp;:<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce n\u2019est pas une guerre coloniale que je fais. Pensez-vous que je me battrais de cette mani\u00e8re pour les planteurs de Terre Rouge&nbsp;? J\u2019aimerais mieux passer en conseil de guerre. Nous livrons toutes vos guerres, mais vous nous laissez la culpabilit\u00e9\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; On a ses mauvaises heures. Les miennes ne viennent qu\u2019avec le napalm. Le reste du temps je pense que je d\u00e9fends l\u2019Europe. Et vous savez, les autres, ils font aussi des choses monstrueuses. Quand nous les avons chass\u00e9s de Hanoi en 1946, ils ont laiss\u00e9 d\u2019abominables vestiges, parmi leurs propres compatriotes, ceux de leurs compatriotes qui nous avaient aid\u00e9s\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>&nbsp;&nbsp; L\u2019absurdit\u00e9 de ce conflit&nbsp;:<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous \u00eates journaliste. Vous savez mieux que moi que notre victoire est impossible. Vous savez que la route de Hanoi est coup\u00e9e et min\u00e9e toutes les nuits. Vous savez que nous perdons une promotion de saint-cyriens par an. Nous avons failli \u00eatre vaincus en 50. De Lattre nous a obtenu deux ans de gr\u00e2ce. Mais nous sommes des militaires de carri\u00e8re et nous devons continuer \u00e0 nous battre jusqu\u2019\u00e0 ce que les politiciens nous disent de nous arr\u00eater. Alors, il est probable qu\u2019ils se r\u00e9uniront pour d\u00e9cider de conditions de paix exactement semblables \u00e0 celles que nous aurions obtenues d\u00e8s le d\u00e9but, et qui r\u00e9duiront toutes ces ann\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat de pure absurdit\u00e9.&nbsp;\u00bb; (p, 204 \u00e0 209)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp; De retour \u00e0 Saigon, notre reporter bavarde avec Vigot, le chef de la police \u00e0 Saigon, lequel aper\u00e7oit un livre de York Harding&nbsp;sur une \u00e9tag\u00e8re de son appartement :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Qui est ce York Harding&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est l\u2019homme que vous cherchez, Vigot. Il a tu\u00e9 Pyle\u2026 de loin.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne comprends pas.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est une sorte de journaliste d\u2019une esp\u00e8ce sup\u00e9rieure\u2026 on les appelle les correspondants diplomatiques. Il s\u2019empare d\u2019une id\u00e9e, ensuite il d\u00e9forme toutes les situations pour les adapter \u00e0 son id\u00e9e. Pyle nous est arriv\u00e9 impr\u00e9gn\u00e9 de l\u2019id\u00e9e con\u00e7ue par York Harding. Harding a s\u00e9journ\u00e9 ici une semaine, une seule fois en allant de Bangkok \u00e0 Tokyo. Pyle a commis l\u2019erreur de mettre cette id\u00e9e en pratique. Dans son livre, Harding parle d\u2019une Troisi\u00e8me Force. Pyle en a form\u00e9 une&nbsp;\u2026 avec un petit bandit de pacotille, suivi de deux mille hommes et de deux tigres apprivois\u00e9s. Il s\u2019y est trouv\u00e9 engag\u00e9.&nbsp;\u00bb (p,226)<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>VI &#8211; Regards 2-&nbsp;\u00ab&nbsp;Un am\u00e9ricain bien tranquille&nbsp;\u00bb Graham Greene (1955) L\u2019histoire racont\u00e9e dans ce roman se passe en Indochine pendant la premi\u00e8re guerre d\u2019Indochine (1945-1954), principalement \u00e0 Saigon, capitale de l\u2019Indochine fran\u00e7aise, une ville de tous les plaisirs et de tous les vices, exacerb\u00e9s par tous les trafics, les tours de passe-passe, les double, triple, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/05\/16\/vi-regards-un-americain-bien-tranquille-de-graham-greene-1955\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;VI- Regards : \u00ab Un am\u00e9ricain bien tranquille \u00bb de Graham Greene (1955)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,11,5,12],"tags":[372,369,310,99,370,371,243],"class_list":["post-282","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-colonies","category-guerre","category-histoire","category-strategie","tag-americain","tag-graham-greene","tag-guerre","tag-indochine","tag-regards","tag-un-americain-bien-tranquille","tag-vietnam"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/282","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=282"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/282\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":283,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/282\/revisions\/283"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=282"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=282"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=282"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}