{"id":2892,"date":"2011-10-19T19:33:11","date_gmt":"2011-10-19T17:33:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=2892"},"modified":"2021-07-15T19:43:12","modified_gmt":"2021-07-15T17:43:12","slug":"culture-et-imperialisme-dedward-w-said-chapitre-2-pensee-unique-lecture-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2011\/10\/19\/culture-et-imperialisme-dedward-w-said-chapitre-2-pensee-unique-lecture-critique\/","title":{"rendered":"Culture et imp\u00e9rialisme d&rsquo;Edward W.Said: chapitre 2 \u00ab\u00a0Pens\u00e9e unique\u00a0\u00bb, lecture critique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Culture et imp\u00e9rialisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>d\u2019Edward W.Said&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Ou \u00ab&nbsp;Comment peut-on \u00eatre un imp\u00e9rialiste&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>(chapitre 1 sur le blog du 7\/10\/11)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Chapitre 2 (p,11 \u00e0&nbsp; 273)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Pens\u00e9e unique&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>I &#8211; Lecture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;Le deuxi\u00e8me chapitre, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Pens\u00e9e unique<\/strong>&nbsp;\u00bb, introduit le propos en constatant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>Si les allusions aux r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019empire sont presque omnipr\u00e9sentes dans les cultures britannique et fran\u00e7aise du XIX\u00b0 et du d\u00e9but du XX\u00b0 si\u00e8cle, elles ne sont nulle part plus fr\u00e9quentes et plus r\u00e9guli\u00e8res que dans le roman Anglais.&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;(p113)<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u2019auteur de relever \u00e0 la fois \u00ab&nbsp;<strong>la centralit\u00e9 de la pens\u00e9e imp\u00e9rialiste dans la culture occidentale moderne, et le fait que les grands noms de la critique litt\u00e9raire ignorent purement et simplement l\u2019imp\u00e9rialisme.<\/strong>&nbsp;(p,116)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur note que roman et imp\u00e9rialisme sont \u00ab&nbsp;impensables l\u2019un sans l\u2019autre&nbsp;\u00bb, alors que \u00ab&nbsp;vers les ann\u00e9es 1840, le roman anglais s\u2019\u00e9tait impos\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 britannique&nbsp;\u00bb. Une sorte de \u00ab&nbsp;pens\u00e9e officielle collective&nbsp;\u00bb diffuse et \u00ab&nbsp;L\u2019id\u00e9e d\u2019une structure d\u2019attitudes et de r\u00e9f\u00e9rences lentement et r\u00e9guli\u00e8rement mise en place par le roman a, pour la critique litt\u00e9raire, diverses cons\u00e9quences pratiques.&nbsp;\u00bb (<\/strong>p,129)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9monstration \u00e9crite de cette th\u00e8se nous est propos\u00e9e \u00e0 travers le contenu de Mansfield Park de Jane Austen&nbsp;: le lecteur nous pardonnera volontiers la longueur des citations, car nous nous trouvons, \u00e0 cette occasion, au c\u0153ur de cette d\u00e9monstration.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le livre s\u2019attache en effet \u00e0 mettre en valeur le r\u00f4le de la romanci\u00e8re Jane<\/strong>&nbsp;<strong>Austen<\/strong>&nbsp;dans la diffusion de ce type de culture, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019articulation des th\u00e8mes de ses romans avec le monde des Cara\u00efbes. Un long commentaire lui est consacr\u00e9. (p,137 \u00e0 148)<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avouerai que je n\u2019avais jamais lu&nbsp;<strong><em>Mansfield Park<\/em><\/strong>, et aucune des \u0153uvres de Jane Austen. Je me suis donc astreint \u00e0 la lecture de ce livre, dans la m\u00eame \u00e9dition que celle qui sert de r\u00e9f\u00e9rence au professeur pour ses citations.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin d\u2019\u00e9clairer bri\u00e8vement le lecteur, indiquons que l\u2019intrigue se passe dans un manoir de la gentry anglaise rurale, au tout d\u00e9but du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, avec une description tr\u00e8s fine et tr\u00e8s riche des caract\u00e8res des cinq filles du propri\u00e9taire, sir Thomas Bertram, et d\u2019une ni\u00e8ce, Fanny, dans un beau d\u00e9cor bourgeois, et dans un contexte permanent d\u2019amiti\u00e9s et de jalousies, familiales et mondaines, avec la tr\u00e8s grande importance que ce petit monde bourgeois attachait aux relations mondaines, aux conversations, aux mariages, et aux rentes de terre anglaise convoit\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On sait simplement que Sir Thomas poss\u00e8de une plantation \u00e0 Antigua, qu\u2019il y est en voyage, lorsque l\u2019intrigue se d\u00e9veloppe longuement, jusqu\u2019\u00e0 son retour.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp; Tout au long de&nbsp;<strong><em>Mansfield Park<\/em><\/strong>, le roman qui d\u00e9finit les valeurs sociales et morales autour desquelles s\u2019ordonne l\u2019\u0153uvre de Jane Austen&nbsp;<strong>court un fil d\u2019allusions aux domaines exotiques<\/strong>&nbsp;de sir Thomas Bertram. Ils lui donnent sa richesse, expliquent ses absences, d\u00e9terminent son statut social en Grande-Bretagne et outre-mer, et rendent possible ses valeurs, auxquelles finissent par souscrire Fanny Price \u2013 et Jane Austen.&nbsp;\u00bb (p,113)&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une nouvelle vie pour Fanny&nbsp;:&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;Ce qui soutient mat\u00e9riellement cette vie, c\u2019est le domaine de Bertram \u00e0 Antigua<\/strong>, qui a des difficult\u00e9s. Jane Austen tient \u00e0 nous montrer deux processus apparemment sans rapport mais en v\u00e9rit\u00e9 convergents&nbsp;: l\u2019importance croissante de Fanny pour l\u2019\u00e9conomie des Bertram, Antigua comprise, et sa fermet\u00e9 morale face \u00e0 de multiples d\u00e9fis, menaces et surprises.&nbsp;\u00bb (p,143)<\/p>\n\n\n\n<p>Et de retour de son \u00eele, sir Thomas Bertram intervient et remet de l\u2019ordre dans la pr\u00e9paration d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;<em>at home&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Mais rien dans Mansfield Park ne nous contredirait si nous supposions que sir Thomas agit exactement de la m\u00eame fa\u00e7on, \u00e0 plus vaste \u00e9chelle, dans ses plantations d\u2019Antigua.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et de Jane Austen&nbsp;:&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp; Elle voit parfaitement que poss\u00e9der et gouverner&nbsp;<em>Mansfield Park,<\/em>&nbsp;c\u2019est poss\u00e9der et gouverner un domaine imp\u00e9rial en relation \u00e9troite, pour ne pas dire in\u00e9vitable avec lui.<\/strong>&nbsp;\u00bb (p,145)<\/p>\n\n\n\n<p>Et plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp; Jane Austen, je pense, voit que Fanny accomplit dans l\u2019espace&nbsp;<strong>un d\u00e9placement domestique \u00e0 petite \u00e9chelle, qui correspond aux d\u00e9placements bien plus amples et ouvertement coloniaux de sir Thomas<\/strong>, son mentor, l\u2019homme dont elle sera l\u2019h\u00e9riti\u00e8re. Les deux mouvements sont interd\u00e9pendants. (p,147)<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde id\u00e9e sugg\u00e9r\u00e9e par Austen (<strong>indirectement, certes<\/strong>) est plus complexe, et pose un int\u00e9ressant probl\u00e8me th\u00e9orique.&nbsp;<strong>Sa conscience de l\u2019empire est<\/strong>&nbsp;<strong>manifestement tr\u00e8s diff\u00e9rente, beaucoup plus allusive et occasionnelle que celle de Conrad ou Kipling<\/strong>. De son temps, les Britanniques \u00e9taient tr\u00e8s actifs dans les Cara\u00efbes\u2026 Jane Austen ne semble que vaguement inform\u00e9e des d\u00e9tails de leurs entreprises, mais l\u2019importance des grandes plantations des Indes Occidentales \u00e9tait tr\u00e8s largement connue en Angleterre. Antigua et le voyage qu\u2019y fait sir Thomas ont une fonction bien pr\u00e9cise dans&nbsp;<strong><em>Mansfield Park<\/em><\/strong>&nbsp;:&nbsp;<strong>ils sont, je l\u2019ai dit \u00e0 la fois tr\u00e8s<\/strong>&nbsp;<strong>accessoires, \u00e9voqu\u00e9s seulement en passant, et absolument<\/strong>&nbsp;<strong>cruciaux<\/strong>&nbsp;pour l\u2019action. Comment \u00e9valuer les rares r\u00e9f\u00e9rences d\u2019Austen \u00e0 Antigua, et qu\u2019en faire dans notre interpr\u00e9tation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Selon moi, par cette \u00e9trange association d\u2019allusif et d\u2019insistant. Jane Austen postule et assume (exactement comme Fanny) l\u2019importance d\u2019un empire pour la situation&nbsp;<em>at home.<\/em>&nbsp;J\u2019irai plus loin. Puisqu\u2019elle renvoie \u00e0 Antigua et l\u2019utilise comme elle le fait dans&nbsp;<em>Mansfield Park<\/em>, il doit y avoir de la part de ses lecteurs un effort correspondant pour comprendre concr\u00e8tement les valences historiques de cette r\u00e9f\u00e9rence<\/strong>.&nbsp;<strong>Nous devons essayer de savoir&nbsp;<em>\u00e0 quoi<\/em><\/strong>&nbsp;<strong>elle renvoyai<\/strong>t, pourquoi elle donnait \u00e0 l\u2019\u00eele cette importance et pourquoi, au fond, elle avait fait ce choix, puisqu\u2019elle aurait pu fonder sur tout autre chose la richesse de sir Thomas&nbsp;\u00bb (p,148)<\/p>\n\n\n\n<p>Au risque de lasser le lecteur, il nous faut citer encore quelques-unes des analyses de l\u2019auteur qui tendent \u00e0 d\u00e9montrer la pertinence de la th\u00e8se qui est la sienne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Revenons-y&nbsp;: les allusions fugitives \u00e0 Antigua&nbsp;; l\u2019aisance avec laquelle les besoins de sir Thomas en Angleterre sont combl\u00e9s par un s\u00e9jour aux Cara\u00efbes<\/strong>&nbsp;; les mentions neutres et spontan\u00e9es d\u2019Antigua (ou de la M\u00e9diterran\u00e9e, ou de l\u2019Inde, o\u00f9 lady Bertram, dans un acc\u00e8s d\u2019impatience irr\u00e9pressible, veut que William se rende (aux Indes orientales) \u00ab&nbsp;pour que je puisse avoir mon ch\u00e2le. Je crois que je prendrai deux ch\u00e2les. Il signifie un \u00ab&nbsp;l\u00e0-bas qui structure l\u2019action vraiment importante ici, mais sans avoir grand poids lui-m\u00eame. Or, ces signes du \u00ab&nbsp;dehors&nbsp;\u00bb portent, tout en la refoulant, une histoire riche et complexe, qui s\u2019est depuis assur\u00e9 un statut que les Bertram, les Price et Jane Austen elle-m\u00eame ne voudraient pas, ne pourraient pas admettre. Appeler cela le \u00ab&nbsp;tiers monde&nbsp;\u00bb commence \u00e0 traiter des r\u00e9alit\u00e9s mais n\u2019\u00e9puise nullement l\u2019histoire politique et culturelle.&nbsp;\u00bb (p,153)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et, puisque&nbsp;<strong><em>Mansfield Park<\/em><\/strong>&nbsp; lie&nbsp; les r\u00e9alit\u00e9s de la puissance britannique outre-mer \u00e0 l\u2019imbroglio priv\u00e9 de la famille Bertram,&nbsp;<strong>il n\u2019existe aucun moyen de faire une lecture comme la mienne, aucun moyen de comprendre la \u00ab&nbsp;structure d\u2019attitudes et de r\u00e9f\u00e9rences&nbsp;\u00bb sans \u00e9tude approfondie du roman<\/strong>. Sans le lire en entier nous ne parviendrons pas \u00e0&nbsp;<strong>comprendre la force de cette structure<\/strong>&nbsp;et la fa\u00e7on dont elle a \u00e9t\u00e9 activ\u00e9e et maintenue dans la litt\u00e9rature&nbsp;; en le lisant soigneusement, nous sentons \u00e0 quel point les id\u00e9es sur les races et les territoires d\u00e9pendants \u00e9taient admises non seulement par les dirigeants du Foreign Office, bureaucrates coloniaux et strat\u00e8ges militaires, mais aussi par d\u2019intelligents lecteurs de romans qui s\u2019int\u00e9ressaient aux finesses de l\u2019\u00e9valuation morale, de l\u2019\u00e9quilibre litt\u00e9raire et de l\u2019\u00e9l\u00e9gance stylistique. (p,156)<\/p>\n\n\n\n<p>.<strong>Et l\u2019auteur de souligner que le livre fait \u00e0 peine mention de l\u2019esclavage, lorsqu\u2019\u00e0 une seule occasion Fanny a pos\u00e9 des questions sur la traite, et qu\u2019apr\u00e8s il y a eu \u00ab&nbsp;un silence de mort&nbsp;\u00bb. (p,156)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et pour conclure ces citations, nous retiendrons celle, tir\u00e9e exceptionnellement du troisi\u00e8me chapitre \u00ab&nbsp;R\u00e9sistance et opposition&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp; Dans&nbsp;<em>Mansfield Park<\/em>, Jane Austen parle de l\u2019Angleterre et d\u2019Antigua et fait explicitement le lien entre les deux. Ce roman porte donc sur l\u2019ordre en Grande Bretagne et l\u2019esclavage outre-mer, et on peut, on doit le lire ainsi, avec Eric Williams et CLR James \u00e0 proximit\u00e9. De m\u00eame Camus et Gide \u00e9crivent sur la m\u00eame Alg\u00e9rie que Fanon et Kateb Yacine. (p,363)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans un autre registre qui nous est plus familier, l\u2019auteur souligne par ailleurs la coh\u00e9sion culturelle de l\u2019empire et le&nbsp;<strong>r\u00f4le des discours de Carlyle et de Ruskin, lesquels c\u00e9l\u00e9braient la sup\u00e9riorit\u00e9 de la race blanche, anglaise d\u2019abord.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur propose une longue citation d\u2019un des chantres de l\u2019imp\u00e9rialisme anglais, Ruskin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp; Il est pour nous un destin possible aujourd\u2019hui&nbsp;: le plus haut qu\u2019une nation ait jamais eu le choix d\u2019accepter ou de refuser. Nous sommes une race qui n\u2019a pas encore d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, une race o\u00f9 se m\u00eale le meilleur sang nordique. Notre caract\u00e8re ne s\u2019est pas encore corrompu, nous savons commander fermement et ob\u00e9ir de bonne gr\u00e2ce. Nous &nbsp;&nbsp; avons une religion de pure mis\u00e9ricorde, que nous devons \u00e0 pr\u00e9sent soit trahir, soit apprendre \u00e0 d\u00e9fendre en l\u2019appliquant. Et nous avons le riche h\u00e9ritage de l\u2019honneur que nous ont l\u00e9gu\u00e9 mille ans de noble histoire\u2026&nbsp;\u00bb (p,165)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La Grande Bretagne avait donc une mission quasi-divine<\/strong>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans la d\u00e9monstration analytique et critique que l\u2019auteur propose, l\u2019op\u00e9ra de Verdi,&nbsp;<em>A\u00efda<\/em>,<\/strong>&nbsp;vient \u00e0 son appui, l\u2019exaltation de l\u2019Egypte, mais une&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;Egypte<\/strong>&nbsp;<strong>orientalis\u00e9e&nbsp;\u00bb,<\/strong>&nbsp; dans le cort\u00e8ge de cette source majeure d\u2019inspiration que fut l\u2019Egypte des pharaons, et de toutes les \u00e9vocations occidentales qui ont suivi l\u2019exp\u00e9dition de Bonaparte en Egypte, et la publication de \u00ab&nbsp;La description de l\u2019Egypte&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mais Edward W. Said note toutefois&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout cela est \u00e9videmment tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 du statut d\u2019A\u00efda dans le r\u00e9pertoire culturel d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 (p,198)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur porte \u00e0 pr\u00e9sent son regard sur \u00ab&nbsp;les plaisirs de l\u2019imp\u00e9rialisme&nbsp;\u00bb, et pour illustrer ce titre, nous propose une longue analyse critique de&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;<em>Kim<\/em>&nbsp;\u00bb, le livre c\u00e9l\u00e8bre de Rudyard Kipling.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Incontestablement, le sujet l\u2019a vivement int\u00e9ress\u00e9, et comment ne pas reconna\u00eetre avec lui que&nbsp;?&nbsp; \u00ab&nbsp;L\u2019Inde a exerc\u00e9 une influence massive sur la vie de la Grande Bretagne, dans le commerce et les \u00e9changes, l\u2019industrie et la politique, l\u2019id\u00e9ologie et la guerre, la culture et l\u2019imaginaire.&nbsp;\u00bb (p,202)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Kipling est \u00ab&nbsp;rest\u00e9 une institution dans la litt\u00e9rature anglaise, toujours un peu en retrait de la grande sc\u00e8ne toutefois.&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;(p,204)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur a naturellement l\u2019ambition de d\u00e9monter l\u2019\u00e9criture et l\u2019intrigue de Kipling pour d\u00e9montrer que les aventures de Kim sont non seulement impr\u00e9gn\u00e9es de la culture imp\u00e9riale anglaise, mais qu\u2019elles magnifient l\u2019empire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ne nous y trompons pas&nbsp;! Ces plaisirs d\u2019enfant ne contredisent pas l\u2019objectif global&nbsp;: la mainmise britannique sur l\u2019inde et les autres possessions coloniales de la Grande Bretagne. Bien au contraire<em>, le plaisir,<\/em>&nbsp;composante ind\u00e9niable de Kim, est un trait r\u00e9guli\u00e8rement attest\u00e9 mais rarement analys\u00e9 des multiples formes litt\u00e9rales, musicales et figuratives de la culture imp\u00e9rialiste et coloniale.&nbsp;\u00bb (p,208<em>)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Il est s\u00fbr que Kim, Creighton, Mahbub, le&nbsp;<em>Babu<\/em>, et m\u00eame le lama voient l\u2019Inde comme Kipling la voyait, une composante de l\u2019Empire. Et il est certain que Kipling pr\u00e9serve minutieusement les traces de cette vision quand il am\u00e8ne Kim, humble enfant irlandais, hi\u00e9rarchiquement inf\u00e9rieur aux Anglais de souche, \u00e0 r\u00e9affirmer ses priorit\u00e9s britanniques bien avant que le lama leur donne sa b\u00e9n\u00e9diction.&nbsp;\u00bb (p,218)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Kim est une \u00e9minente contribution \u00e0 cette Inde orientalis\u00e9e de l\u2019imaginaire, et \u00e0 l\u2019\u00ab invention de la tradition<\/strong>&nbsp;\u00bb, comme diraient plus tard les historiens.&nbsp;\u00bb (p,223)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Rien de tout cela n\u2019est propre \u00e0 Kipling. La lecture la plus superficielle de la culture occidentale de la fin du XIX\u00b0si\u00e8cle r\u00e9v\u00e8le un r\u00e9servoir in\u00e9puisable de \u00ab&nbsp;savoirs populaires&nbsp;\u00bb de ce genre, dont une bonne partie, h\u00e9las, restent bien vivants aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb (p,224)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur compare alors Kipling \u00e0 des auteurs fran\u00e7ais, tels que Flaubert et Zola, et \u00e9voque un nouveau concept, celui de&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>L\u2019appropriation coloniale, c\u2019est-\u00e0-dire g\u00e9ographique&nbsp;\u2026&nbsp;\u00bb qu\u2019auraient utilis\u00e9 de nombreux autres auteurs tels que Conrad et Camus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<strong>Pour illustrer son analyse, Edward W.Said consacre quelques pages au th\u00e8me de \u00ab&nbsp;L\u2019indig\u00e8ne domin\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le paradoxe, bien s\u00fbr, c\u2019est que la culture europ\u00e9enne n\u2019est pas moins complexe, riche et int\u00e9ressante pour avoir soutenu l\u2019imp\u00e9rialisme \u00e0 presque tous les points de vue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prenons Conrad et Flaubert, \u00e9crivains<\/strong>&nbsp;qui ont travaill\u00e9 dans la seconde moiti\u00e9 du XIX\u00b0 si\u00e8cle,&nbsp;<strong>le premier explicitement pr\u00e9occup\u00e9 par l\u2019imp\u00e9rialisme<\/strong>, le&nbsp;<strong>second implicitement concern\u00e9.&nbsp;\u00bb (p,240<\/strong>)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;M\u00eame des penseurs d\u2019opposition comme&nbsp;<strong>Marx et Engels<\/strong>&nbsp;pouvaient parler comme les porte-parole des gouvernements fran\u00e7ais et britannique. Sur les colonies, les deux camps politiques puisaient aux m\u00eames sources&nbsp;: le discours bien cod\u00e9 de l\u2019orientalisme, par exemple, ou la vision h\u00e9g\u00e9lienne qui faisait de l\u2019Orient et de l\u2019Afrique des r\u00e9gions statiques, despotiques et sans importance pour l\u2019histoire du monde\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A l\u2019apog\u00e9e du grand imp\u00e9rialisme, au d\u00e9but du XX\u00b0si\u00e8cle, nous avons donc fusion conjoncturelle entre, d\u2019une part, les codes historiographiques du discours savant de l\u2019Europe, qui postulent un monde universellement offert \u00e0 l\u2019examen transnational et impersonnel, et d\u2019autre part, un monde r\u00e9el massivement colonis\u00e9.<\/strong>&nbsp;<strong>L\u2019objet de cette \u00ab&nbsp;vision unique&nbsp;\u00bb est toujours soit une victime, soit un personnage domin\u00e9, sous la menace permanente de ch\u00e2timents s\u00e9v\u00e8res sans \u00e9gard aux multiples vertus, services rendus ou hauts faits dont il ou elle peut se pr\u00e9valoir \u2013 exclu ontologiquement, car tr\u00e8s loin de partager les m\u00e9rites de l\u2019\u00e9tranger qui conquiert, enqu\u00eate et civilise. Du colonisateur, l\u2019appareil englobant exige, pour \u00eatre maintenu, un effort sans rel\u00e2che. A la victime, l\u2019imp\u00e9rialisme offre l\u2019alternative&nbsp;: sers ou sois an\u00e9anti&nbsp;\u00bb&nbsp; (p,247)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur passe alors \u00e0 l\u2019examen de l\u2019\u0153uvre de Camus&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>VII &#8211; Camus et l\u2019exp\u00e9rience imp\u00e9riale fran\u00e7aise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir cit\u00e9 dans la galerie de portraits des \u00ab&nbsp;Constructeurs de la France d\u2019outre-mer&nbsp;\u00bb, plusieurs personnalit\u00e9s tels que Brazza, Gallieni, ou Lyautey, l\u2019auteur fait un sort, parmi les hommes qui ont chant\u00e9 ou incarn\u00e9 l\u2019empire,&nbsp;<strong>\u00e0 Camus, \u00ab&nbsp;le seul auteur de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise qui peut, avec quelque justification, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9<\/strong>&nbsp;<strong>comme d\u2019envergure mondiale<\/strong>&nbsp;\u00bb, en notant toutefois que&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;On ne sent gu\u00e8re l\u2019\u00e9quivalent de la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e officielle \u00ab&nbsp; britannique mais, tr\u00e8s nettement, un style personnel&nbsp;: \u00eatre fran\u00e7ais dans une grandiose entreprise d\u2019assimilation.&nbsp;\u00bb (p,248).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur avait relev\u00e9 auparavant que Girardet (l\u2019auteur du livre \u00ab&nbsp;L\u2019id\u00e9e coloniale&nbsp;\u00bb) \u00ab&nbsp;ne voit nulle part en \u00e9vidence une \u00ab&nbsp;pens\u00e9e officielle&nbsp;\u00bb fran\u00e7aise.&nbsp;\u00bb (p,159)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour caract\u00e9riser les \u0153uvres de Camus, l\u2019auteur fait beaucoup appel \u00e0 l\u2019analyse de M. Conor Cruise O\u2019Brien, et affirme&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019irai jusqu\u2019\u00e0 dire que, si les plus c\u00e9l\u00e8bres romans de Camus int\u00e8grent, r\u00e9capitulent sans compromis et \u00e0 bien des \u00e9gards supposent un discours fran\u00e7ais massif sur l\u2019Alg\u00e9rie&nbsp;<strong>qui appartient au langage des attitudes et r\u00e9f\u00e9rences g\u00e9ographiques imp\u00e9riales de la France<\/strong>, cela rend son \u0153uvre&nbsp;<em>plus<\/em>&nbsp;int\u00e9ressante, et non le contraire. La sobri\u00e9t\u00e9 de son style, les angoissants dilemmes moraux qu\u2019il met \u00e0 nu, les destins personnels poignants de ses personnages, qu\u2019il traite avec tant de finesse et d\u2019ironie contr\u00f4l\u00e9e \u2013 tout cela se nourrit de l\u2019histoire de la domination fran\u00e7aise en Alg\u00e9rie et la ressuscite, avec une pr\u00e9cision soigneuse et une absence remarquable de remords ou de compassion.&nbsp;\u00bb (p,261)<\/p>\n\n\n\n<p>En vue d\u2019accr\u00e9diter son discours, l\u2019auteur cite&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9tude remarquable de Manuela Semidei sur les livres scolaires fran\u00e7ais, de la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e0 la Seconde<\/strong>&nbsp;\u00bb, sur laquelle nous reviendrons dans nos questions, et cite \u00e9galement, \u00e0 l\u2019appui de sa d\u00e9monstration,&nbsp;<strong>le&nbsp;<em>Tartarin de Tarascon<\/em>&nbsp;de Daudet<\/strong>&nbsp;que beaucoup de petits fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque connaissaient.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Les romans et nouvelles de Camus distillent tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les traditions, strat\u00e9gies et langages discursifs de l\u2019appropriation fran\u00e7aise de l\u2019Alg\u00e9rie. Ils donnent son expression ultime et la plus raffin\u00e9e \u00e0 \u00ab&nbsp;cette structure de sentiments&nbsp;\u00bb massive. Mais pour discerner celle-ci, il nous faut consid\u00e9rer l\u2019\u0153uvre de Camus comme la<\/strong>&nbsp;transfiguration m\u00e9tropolitaine du dilemme colonial&nbsp;: c\u2019est le colon \u00e9crivant pour un public fran\u00e7ais, dont l\u2019histoire personnelle est irr\u00e9vocablement li\u00e9e \u00e0 ce d\u00e9partement fran\u00e7ais du sud&nbsp;; dans un tout autre cadre, ce qui se passe est inintelligible.&nbsp;\u00bb (p,266)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II &#8211; Questions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une longue liste de questions, une tr\u00e8s longue liste, dans une mati\u00e8re tr\u00e8s abondante, avec les \u0153uvres de Jane Austen, Kipling, Gide, Camus, et j\u2019en passe, ou avec A\u00efda&nbsp;! Il nous faut donc trier et classer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans l\u2019esprit de M.Edward W.Said, l\u2019imp\u00e9rialisme aurait \u00e9t\u00e9 nourri par une \u00ab&nbsp;pens\u00e9e unique&nbsp;\u00bb, une \u00ab&nbsp;pens\u00e9e collective&nbsp;\u00bb, telle qu\u2019il la d\u00e9crit \u00e0 propos du roman anglais, tout d\u2019abord.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Beaucoup de questions concernent tout d\u2019abord le roman de Jane Austen&nbsp;<em>Mansfield Park,<\/em>&nbsp;et l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019en donne le professeur de litt\u00e9rature compar\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Juger comme capitale, et d\u00e9monstrative, la relation qui a exist\u00e9 entre Antigua et l\u2019intrigue du roman lui-m\u00eame, la plantation, ses esclaves, et le manoir de Mansfield, parait tout de m\u00eame exag\u00e9r\u00e9 pour plusieurs raisons, indiqu\u00e9es le plus souvent par l\u2019auteur lui-m\u00eame, le petit nombre d\u2019allusions, quelques lignes sur des milliers de lignes de l\u2019\u0153uvre, l\u2019absence compl\u00e8te de description de cette vie coloniale, de sa richesse, qui seraient au c\u0153ur de l\u2019intrigue, et fournirait les \u00e9l\u00e9ments constitutifs d\u2019une \u00ab&nbsp;structure de r\u00e9f\u00e9rences d\u2019attitudes et de r\u00e9f\u00e9rences.&nbsp;\u00bb, une histoire tout enti\u00e8re tourn\u00e9e vers ce qu\u2019on pourrait appeler la vie domestique, sociale, bourgeoise de la famille Bertram, au d\u00e9but du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, dans une Angleterre rurale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Est-ce que la seule question pos\u00e9e par la ni\u00e8ce Fanny \u00e0 son oncle sur la traite des esclaves suffirait \u00e0 apporter la preuve de cette th\u00e8se, car tel est bien l\u2019enjeu de la critique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je cite, Fanny parle de son oncle&nbsp;: \u00ab Mais je lui parle plus souvent que je ne le faisais. J\u2019en suis certaine. Ne m\u2019avez-vous pas entendu hier soir lui poser des questions sur le commerce des esclaves&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Oui, et j\u2019entretenais l\u2019espoir que cette question serait suivie d\u2019autres questions. Mon p\u00e8re eut \u00e9t\u00e9 heureux de voir quelqu\u2019un s\u2019enqu\u00e9rir plus longuement.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Je br\u00fblais d\u2019envie de le faire. Mais il y avait un silence de mort&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quelques lignes donc pour emporter notre conviction&nbsp;? Sur plus de deux mille pages&nbsp;?&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9monstration de l\u2019auteur est fond\u00e9e sur un raisonnement de l\u2019implicite, de l\u2019incidente, de l\u2019accessoire par rapport au principal, du secondaire, qui par construction mentale de l\u2019auteur reviendrait \u00e0 accr\u00e9diter la relation qui aurait exist\u00e9 en Angleterre, \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e, entre la culture de cette petite bourgeoisie et l\u2019imp\u00e9rialisme.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><\/strong>D\u2019autant moins que les tirages des livres de l\u2019\u00e9poque sont peu connus, et encore moins le nombre des lecteurs qu\u2019ils touchaient.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour r\u00e9sumer ma pens\u00e9e, je serais tent\u00e9 de la formuler de deux fa\u00e7ons&nbsp;<\/strong>:<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019impression de voir expliquer, dans le cas du livre en question, la pr\u00e9gnance de l\u2019imp\u00e9rialisme dans la culture par&nbsp;<strong>la gr\u00e2ce d\u2019une sorte de pr\u00e9sence de Dieu (ou de<\/strong>&nbsp;<strong>Satan dans le cas d\u2019esp\u00e8ce) cach\u00e9e,<\/strong>&nbsp;du type de celle que connaissent bien les catholiques pratiquants de leur religion.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une sorte d\u2019ethnocentrisme \u00ab&nbsp;inverse&nbsp;\u00bb,<\/strong>&nbsp;et pour reprendre le titre d\u2019un petit livre r\u00e9cent (MM.Amselle et M\u2019Bokolo),&nbsp;<strong>l\u2019auteur se pla\u00e7ant \u00ab&nbsp;Au c\u0153ur de l\u2019ethnie&nbsp;\u00bb, une ethnie de la gentry anglaise de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle<\/strong>, la description du mode de vie et des croyances de cette derni\u00e8re suffisant \u00e0 \u00e9clairer le pourquoi et le comment de l\u2019imp\u00e9rialisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Et en ce qui concerne la France, des auteurs, comme Chateaubriand ou Lamartine, auraient plus volontiers exalt\u00e9 dans leurs \u0153uvres l\u2019exotisme de leurs voyages aux Am\u00e9riques ou en Orient, plus peut-\u00eatre que l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais. La \u00ab&nbsp;gentry&nbsp;\u00bb fran\u00e7aise de la m\u00eame \u00e9poque \u00e9tait encore plus casani\u00e8re que l\u2019anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et la France n\u2019a jamais connu de chantres de l\u2019imp\u00e9rialisme aussi talentueux que Carlyle et Ruskin. Harmand ou Leroy-Beaulieu font bien p\u00e2le figure de ce c\u00f4t\u00e9-ci du chanel.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Quant au r\u00f4le imp\u00e9rialiste d\u2019A\u00efda et de Verdi<\/strong>, et sans \u00eatre un sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de l\u2019op\u00e9ra, l\u2019op\u00e9ra fut, hier comme aujourd\u2019hui, le divertissement d\u2019une petite \u00e9lite, d\u2019abord en Italie, une Italie qui n\u2019avait d\u2019ailleurs, pas encore, fait son unit\u00e9 politique, et qui n\u2019\u00e9tait pas encore, et \u00e0 nouveau, imp\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019\u00ab&nbsp;Egypte orientalis\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;de cet op\u00e9ra a peut-\u00eatre fait partie de la \u00ab&nbsp;pens\u00e9e unique&nbsp;\u00bb d\u2019une \u00e9lite sociale, mais comme le note l\u2019auteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout cela est \u00e9videmment \u00e9loign\u00e9 du statut d\u2019A\u00efda dans le r\u00e9pertoire culturel d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb (p,198).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et dans cette \u00e9vocation insistante, et tout affective de l\u2019Egypte, n\u2019y aurait-il pas lieu d\u2019y d\u00e9celer, chez l\u2019auteur, un soup\u00e7on d\u2019ethnocentrisme&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019exemple de \u00ab&nbsp;Kim&nbsp;\u00bb, le roman c\u00e9l\u00e8bre de Kipling est sans doute plus convaincant, en tout cas pour la Grande Bretagne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>.<strong>Est-ce que ce livre a \u00e9t\u00e9 un des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une \u00ab&nbsp;structure d\u2019attitudes et r\u00e9f\u00e9rences&nbsp;\u00bb imp\u00e9rialistes dans la construction du dernier empire britannique et dans son rayonnement&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sans doute, bien qu\u2019aucune \u00e9valuation de son audience n\u2019ait \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e, mais est-ce que le mythe de l\u2019Inde<\/strong>, ses richesses fabuleuses, son patrimoine d\u2019innombrables t\u00e9moins de ses civilisations anciennes, n\u2019ont-ils pas \u00e9t\u00e9 suffisants, en tant que tels, et sans besoin de culture, pour convaincre les Anglais du bien-fond\u00e9 de leur&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;appropriation g\u00e9ographique&nbsp;\u00bb coloniale&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019on a entretenu une certaine familiarit\u00e9 avec l\u2019histoire coloniale, il est impossible de ne pas avoir conscience de l\u2019\u00e9cart gigantesque qui existait entre les richesses d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9es du continent indien, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, et les richesses suppos\u00e9es et tr\u00e8s in\u00e9gales d\u2019une Afrique noire fran\u00e7aise encore largement inconnue \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Inde \u00e9tait un des joyaux de l\u2019Empire britannique et il portait tous les espoirs d\u2019un imp\u00e9rialisme de type secondaire<\/strong>, car cette colonie de la Couronne&nbsp; n\u2019avait plus besoin de sa m\u00e9tropole pour exister, et pour armer elle-m\u00eame sa propre flotte de vapeurs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je serais tent\u00e9 de dire par ailleurs, que point n\u2019\u00e9tait sans doute besoin de beaucoup exalter le go\u00fbt de la puissance britannique, alors que depuis plusieurs si\u00e8cles, cette nation insulaire avait manifest\u00e9 une propension in\u00e9gal\u00e9e pour la marine et le commerce, et pour dominer les mers du globe&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce qui n\u2019\u00e9tait pas du tout le cas d\u2019une France encore largement paysanne et peu encline au voyage&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019imp\u00e9rialisme britannique n\u2019avait sans doute nul besoin de ce roman d\u2019aventures remarquable pour croire en son avenir, et pour constituer un des \u00e9l\u00e9ments de la structure d\u2019attitudes et de r\u00e9f\u00e9rences ch\u00e8re \u00e0 l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ceci dit, pourquoi ne pas noter que, de fa\u00e7on tout \u00e0 fait paradoxale peut-\u00eatre, le h\u00e9ros du roman, le jeune Kim \u00e9tait un enfant d\u2019une Irlande alors soumise au joug imp\u00e9rial des anglais&nbsp;? Tocqueville a \u00e9crit des choses int\u00e9ressantes \u00e0 ce sujet, meilleures que celles racont\u00e9es \u00e0 la suite de ses voyages en Alg\u00e9rie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur accorde une place importante au contenu de ce roman&nbsp;<strong>dans son analyse \u00ab&nbsp;structurelle<\/strong>&nbsp;\u00bb, mais il est possible de se poser deux questions \u00e0 ce sujet&nbsp;:&nbsp;<strong>quel a \u00e9t\u00e9<\/strong>&nbsp;<strong>l\u2019\u00e9cho de sa publication en France<\/strong>, d\u2019une part, et d\u2019autre part, est-ce que beaucoup de lecteurs fran\u00e7ais n\u2019y ont-ils pas vu, plus qu\u2019un roman \u00e0 la gloire de l\u2019imp\u00e9rialisme anglais, tout \u00e0 la fois&nbsp;<strong>un beau roman d\u2019aventures et une belle histoire de sagesse indienne entre le vieux \u00ab&nbsp;lama&nbsp;\u00bb indien et son jeune \u00ab&nbsp;chela&nbsp;\u00bb anglais, et avec une pinc\u00e9e de piment, celui des services secrets de Sa Majest\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur cite plus loin le livre&nbsp;<strong>de Loti \u00ab&nbsp;<em>L\u2019Inde (sans les Anglais)<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb en \u00e9crivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>nous avons le r\u00e9cit d\u2019un voyage en Inde au cours duquel, par choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, voire par m\u00e9pris, les occupants anglais ne sont pas mentionn\u00e9s une seule fois, comme pour sugg\u00e9rer qu\u2019il n\u2019y \u00e0 voir&nbsp;<em>que<\/em>&nbsp;les indig\u00e8nes, alors que l\u2019Inde \u00e9tait, \u00e9videmment, une possession exclusivement britannique (et s\u00fbrement pas fran\u00e7aise.&nbsp;\u00bb (p,272)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019auteur est sans doute r\u00e9ductrice, car si Loti partageait assez largement l\u2019antipathie que la \u00ab&nbsp;Royale&nbsp;\u00bb avait traditionnellement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la marine anglaise et des Anglais en g\u00e9n\u00e9ral, son livre constitue incontestablement une plong\u00e9e dans tout autre chose que l\u2019imp\u00e9rialisme occidental.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur compare les deux \u00e9crivains que furent&nbsp;<strong>Conrad et Flaubert,<\/strong>&nbsp;le premier qui aurait \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;<strong>explicitement pr\u00e9occup\u00e9 par l\u2019imp\u00e9rialisme&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;le second implicitement concern\u00e9&nbsp;\u00bb, mais cette comparaison&nbsp; est-elle vraiment pertinente<\/strong>&nbsp;<strong>?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et c\u2019est un des probl\u00e8mes pos\u00e9s par la th\u00e8se Sa\u00efd, \u00e0 savoir si sa d\u00e9monstration, \u00e9ventuellement \u00ab&nbsp;superf\u00e9tatoire&nbsp;\u00bb dans le cas de l\u2019empire britannique, est bien appropri\u00e9e au cas de l\u2019empire fran\u00e7ais&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il ne semble pas que les exemples cit\u00e9s par l\u2019auteur constituent les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une structure d\u2019attitudes et de r\u00e9f\u00e9rences qui aurait impr\u00e9gn\u00e9 la culture fran\u00e7aise de la m\u00eame \u00e9poque. En tout cas, il conviendrait d\u2019aller plus loin dans la d\u00e9monstration, et d\u2019abord dans l\u2019\u00e9valuation des contenus des vecteurs de culture et dans leurs effets sur la culture des fran\u00e7ais.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour appuyer sa d\u00e9monstration, l\u2019auteur cite les travaux de Manuela Semidei sur le discours imp\u00e9rial contenu par les manuels scolaires entre 1919 et 1945, mais cette analyse tout \u00e0 fait int\u00e9ressante souffre d\u2019une absence compl\u00e8te d\u2019\u00e9valuation dont avait d\u2019ailleurs parfaitement conscience la chercheuse, en \u00e9crivant&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Certes, on ne saurait oublier que leur utilisation en tant que documents d\u2019histoire ne va pas sans poser de redoutables probl\u00e8mes de m\u00e9thode. Pour chacun d\u2019entre eux les chiffres de diffusion, les modifications apport\u00e9es au cours des \u00e9ditions successives, l\u2019importance relative par rapport aux autres ouvrages du m\u00eame genre, le mode d\u2019utilisation dans l\u2019enseignement magistral constituent notamment des \u00e9l\u00e9ments d\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019il ne saurait \u00eatre question de n\u00e9gliger. Il faudrait d\u2019autre part tenir compte de la pr\u00e9sentation de l\u2019iconographie, du \u00ab&nbsp;style&nbsp;\u00bb p\u00e9dagogique, de la nature m\u00eame du contact qui s\u2019\u00e9tablit entre le manuel et son jeune lecteur, de sa dur\u00e9e, de son intensit\u00e9\u2026&nbsp;\u00bb (RFSP, f\u00e9vrier 1966, p,85 et suivantes)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et du calendrier scolaire<\/strong>, souvent en fin de programme, conviendrait-il d\u2019ajouter, car comme je l\u2019ai pr\u00e9cis\u00e9&nbsp;<strong>dans le chapitre du livre \u00ab&nbsp;Supercherie coloniale&nbsp;\u00bb, que j\u2019ai consacr\u00e9 au m\u00eame sujet, la d\u00e9monstration du r\u00f4le des manuels scolaires sur la culture coloniale suppos\u00e9e des Fran\u00e7ais est encore \u00e0 faire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019appui de sa d\u00e9monstration, Edward W.Said cite aussi le livre bien connu de Daudet,&nbsp;<strong><em>Tartarin de Tarascon,<\/em><\/strong>&nbsp;et j\u2019ai relu ce livre qui avait enchant\u00e9 ma jeunesse&nbsp;: un livre \u00e0 la gloire de la culture coloniale ou tout simplement une belle farce&nbsp;? Un jaillissement de gal\u00e9jades \u00e0 la m\u00e9ridionale avec une chasse aux lions qui n\u2019existent plus dans une Alg\u00e9rie exotique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour les lecteurs les plus s\u00e9rieux, quelques pages d\u00e9crivant une Alg\u00e9rie coloniale dont la France n\u2019avait pas lieu de se r\u00e9jouir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Terminons enfin le tour de nos questions&nbsp;<strong>par Camus,<\/strong>&nbsp;qui fut un de mes ma\u00eetres \u00e0 penser au cours de ma jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le professeur de litt\u00e9rature compar\u00e9e appelle en garantie de sa th\u00e8se&nbsp; Camus, un Camus dont l\u2019\u0153uvre est post\u00e9rieure \u00e0 la deuxi\u00e8me guerre mondiale, \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9clin des deux empires, alors qu\u2019un monde nouveau apparaissait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Premi\u00e8re remarque<\/strong>&nbsp;\u00e0 ce sujet&nbsp;: \u00e0 l\u2019exemple de beaucoup de chercheurs, l\u2019auteur semble laisser entendre que l\u2019imp\u00e9rialisme fran\u00e7ais, et donc son histoire, s\u2019est r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Deuxi\u00e8me remarque<\/strong>&nbsp;: pour avoir beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 les livres de Camus, je ne partage absolument pas une analyse qui voit d\u2019abord dans ces \u0153uvres la marque de l\u2019appropriation g\u00e9ographique coloniale de l\u2019Alg\u00e9rie, en \u00e9crivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Les romans et nouvelles de Camus distillent tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment les traditions, strat\u00e9gies et langages discursifs de l\u2019\u2019appropriation fran\u00e7aise de l\u2019Alg\u00e9rie. Ils donnent son expression ultime et la plus raffin\u00e9e \u00e0 cette \u00ab&nbsp;structure de sentiments&nbsp;\u00bbmassive. Mais pour discerner celle-ci, il nous faut consid\u00e9rer l\u2019\u0153uvre de Camus comme une transformation m\u00e9tropolitaine du dilemme colonial&nbsp;: c\u2019est le colon \u00e9crivant pour un public fran\u00e7ais, dont l\u2019histoire personnelle est irr\u00e9vocablement li\u00e9e \u00e0 ce d\u00e9partement&nbsp;du Sud&nbsp;; dans tout autre cadre, ce qui se passe est inintelligible.&nbsp;\u00bb<\/strong>&nbsp;(p,266)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je dirais tout simplement qu\u2019\u00e0 mes yeux, comme sans doute \u00e0 ceux de beaucoup de lecteurs de ma g\u00e9n\u00e9ration, l\u2019Alg\u00e9rie \u00e9tait un d\u00e9cor, celui de Tipaza<\/strong>&nbsp;par exemple, mais que les v\u00e9ritables enjeux \u00e9taient moins ceux de l\u2019Alg\u00e9rie fran\u00e7aise que d\u2019un auteur qui proposait \u00e0 son lecteur une r\u00e9flexion sur sa vie, sa destin\u00e9e, son rapport au monde, pas n\u00e9cessairement colonial.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00eame type de remarque vaudrait \u00e9galement pour un des livres que l\u2019auteur appelle, plus loin, en garantie de sa d\u00e9monstration,&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;<em>la Voie Royale<\/em>&nbsp;\u00bb de Malraux.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malraux \u00e9tait beaucoup plus int\u00e9ress\u00e9&nbsp;<strong>par son ego<\/strong>&nbsp;que par le cadre historique et colonial de son r\u00e9cit, entre Tha\u00eflande et Cambodge, l\u2019occasion d\u2019y d\u00e9ployer&nbsp;<strong>tous les ressorts de l\u2019\u00e2me humaine, la sienne, dans une for\u00eat vierge qu\u2019il d\u00e9crivait comme un formidable d\u00e9cor de cin\u00e9ma, avec ses obsessions de la mort.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Conrad,<\/strong>&nbsp;dans son livre \u00ab&nbsp;<strong><em>Au c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres<\/em><\/strong>&nbsp;\u00ab&nbsp; avait largement ouvert cette voie, et le c\u00e9l\u00e8bre roman colonial fran\u00e7ais&nbsp;<strong>\u00ab&nbsp;Batouala<\/strong>&nbsp;\u00bb de&nbsp;<strong>Ren\u00e9 Maran<\/strong>&nbsp;\u00e9galement, dont l\u2019intrigue se d\u00e9roulait \u00e9galement sur les rives du fleuve Congo, dans le m\u00eame d\u00e9cor d\u2019une for\u00eat vierge sombre, envo\u00fbtante, et imp\u00e9n\u00e9trable.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus que le discours anti-imp\u00e9rialiste de ce dernier livre qui a beaucoup attir\u00e9 l\u2019attention de certaines critiques, ne s\u2019agissait-il pas avant tout d\u2019une \u00e9vocation formidable et vivante, dansante,&nbsp; de la for\u00eat tropicale et de la population qui l\u2019habitait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>En r\u00e9sum\u00e9, et \u00e0 titre de conclusion provisoire, les analyses et hypoth\u00e8ses de travail de l\u2019auteur sont toujours int\u00e9ressantes, mais il parait difficile dans l\u2019\u00e9tat actuel de ce type de d\u00e9monstration, de penser, moins encore dans le cas fran\u00e7ais, que dans le cas anglais, qu\u2019une \u00ab&nbsp;structure d\u2019attitudes et de r\u00e9f\u00e9rences&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;une structure d\u2019affinit\u00e9s&nbsp;\u00bb, aient v\u00e9ritablement donn\u00e9 leur colonne vert\u00e9brale culturelle aux imp\u00e9rialismes, d\u2019autant plus difficilement que leurs formes ont beaucoup \u00e9volu\u00e9 tout au long de la p\u00e9riode examin\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En bref, en d\u00e9pit d\u2019une analyse litt\u00e9raire pointue, quelquefois fulgurante, cette \u00ab&nbsp;pens\u00e9e unique&nbsp;\u00bb est difficile \u00e0 d\u00e9finir, \u00e0 d\u00e9montrer, encore moins en France qu\u2019en Grande Bretagne, et ses effets sont, de toute fa\u00e7on, mal mesurables&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les caract\u00e8res gras sont de notre responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Culture et imp\u00e9rialisme d\u2019Edward W.Said&nbsp;\u00bb Ou \u00ab&nbsp;Comment peut-on \u00eatre un imp\u00e9rialiste&nbsp;?&nbsp;\u00bb 2 (chapitre 1 sur le blog du 7\/10\/11) Chapitre 2 (p,11 \u00e0&nbsp; 273) \u00ab&nbsp;Pens\u00e9e unique&nbsp;\u00bb I &#8211; Lecture &nbsp;Le deuxi\u00e8me chapitre, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Pens\u00e9e unique&nbsp;\u00bb, introduit le propos en constatant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si les allusions aux r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019empire sont presque omnipr\u00e9sentes dans les cultures britannique et &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2011\/10\/19\/culture-et-imperialisme-dedward-w-said-chapitre-2-pensee-unique-lecture-critique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Culture et imp\u00e9rialisme d&rsquo;Edward W.Said: chapitre 2 \u00ab\u00a0Pens\u00e9e unique\u00a0\u00bb, lecture critique&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[2981,381,2904,2756,2978,1748,273,2903,287,2982,2072,2980,2979,2076,270,845,421,1048,114,2112,2487,2984,2983,2905,2111,1203,2755,2985,285],"class_list":["post-2892","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-colonies","tag-aida","tag-andre-malraux","tag-au-coeur-des-tenebres","tag-batouala","tag-bertram","tag-camus","tag-colonies","tag-conrad","tag-culture","tag-de-verdi","tag-edward-w-said","tag-engels","tag-fanny","tag-flaubert","tag-france","tag-grande-bretagne","tag-histoire","tag-imperialisme","tag-inde","tag-jane-austen","tag-kipling","tag-la-voie-royale","tag-loti","tag-mansfield-park","tag-manuela-semidei","tag-marx","tag-rene-maran","tag-said-2","tag-supercherie-coloniale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2892","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2892"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2892\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2893,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2892\/revisions\/2893"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2892"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2892"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2892"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}