{"id":307,"date":"2020-02-18T00:06:19","date_gmt":"2020-02-17T23:06:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=307"},"modified":"2021-06-09T00:55:41","modified_gmt":"2021-06-08T22:55:41","slug":"la-parole-de-la-france-1-suite-un-cas-historique-representatif-des-absurdites-coloniales-helie-de-saint-marc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/02\/18\/la-parole-de-la-france-1-suite-un-cas-historique-representatif-des-absurdites-coloniales-helie-de-saint-marc\/","title":{"rendered":"La Parole de la France ? -1- Suite, un cas historique repr\u00e9sentatif des absurdit\u00e9s coloniales : H\u00e9lie de Saint Marc"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>La Parole de la France&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>1 &#8211; Suite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Un cas historique repr\u00e9sentatif&nbsp;des absurdit\u00e9s coloniales :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>H\u00e9lie de Saint Marc<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;<em>M\u00e9moires&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong><em>\u00ab&nbsp;Les champs de braise&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong><em>(Perrin-1995)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le t\u00e9moignage d\u2019un officier qui fut un des acteurs de la guerre de Lib\u00e9ration de la France (1939-1945), R\u00e9sistant, D\u00e9port\u00e9 au camp de concentration de Buchenwald, officier pendant la guerre d\u2019Indochine, avant celle d\u2019Alg\u00e9rie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un des grands t\u00e9moins de la parole trahie et des reniements de la France&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Au p\u00e9ril de sa vie et au prix de sa condamnation \u00e0 la prison&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En 1940\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019avais dix-huit ans\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je voulais \u00eatre officier\u00a0\u00bb (p,59)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;Il entre dans la R\u00e9sistance&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Avant mon arrestation en juillet 1943, j\u2019ai rencontr\u00e9 peu de r\u00e9sistants v\u00e9ritables\u2026 A l\u2019\u00e9poque, la R\u00e9sistance \u00e9tat infime\u2026 (p,64)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A Buchenwald&nbsp;: \u00ab&nbsp;4&nbsp;<em>\u2013 L\u2019humiliation\u2026. Matricule M 20543\u2026 Le Dieu de nos p\u00e8res \u00e9tait absent de la plan\u00e8te Buchenwald\u2026&nbsp;\u00bb(p,87)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr\u00e8s Saint Cyr, Saint Marc s\u2019engage dans la L\u00e9gion&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Pourtant, c\u2019est seulement \u00e0 la L\u00e9gion que j\u2019ai trouv\u00e9 l\u2019\u00e9quilibre. Dans ma m\u00e9moire si charg\u00e9e d\u2019\u00e9v\u00e9nements et d\u2019\u00e9motions de toutes sortes, les l\u00e9gionnaires que j\u2019ai command\u00e9s pendant quinze ans occupent une place \u00e9crasante. La L\u00e9gion fut la grande affaire de ma vie\u2026&nbsp;\u00bb (p,92)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ses L\u00e9gionnaires&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Ils ont souvent \u00e9t\u00e9 engag\u00e9s dans des batailles pourries, parce que des autorit\u00e9s pr\u00e9f\u00e9raient envoyer \u00e0 la mort des \u00e9trangers plut\u00f4t que des Fran\u00e7ais\u2026&nbsp;\u00bb (p,95)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;6 \u2013 L\u2019aventure&nbsp; \u00ab&nbsp;La lumi\u00e8re du Tonkin\u2026 La lumi\u00e8re du Tonkin rempla\u00e7ait en moi la nuit de Buchenwald\u2026 (p,100)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;La lumi\u00e8re du Tonkin\u2026 sur la RC4\u2026 un bout du Vietnam\u2026 rien n\u2019avait boug\u00e9 depuis Gallieni\u2026 nuit de veille\u2026 comme un alcool fort\u2026 Talung, le pi\u00e8ge de mon existence\u2026 embuscades et combats de jungle\u2026 une question de confiance et de trahisons\u2026 un Moloch sans t\u00eate et sans \u00e2me\u2026 r\u00e9sistances vietnamiennes\u2026 le cycle de la vengeance\u2026 l\u2019\u00e9vacuation des lieux o\u00f9 le bonheur et la honte se sont succ\u00e9d\u00e9\u2026Le pi\u00e8ge de Cao Bang\u2026&nbsp;\u00bb (p,99)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Langson, le long de la fronti\u00e8re chinoise&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises naviguaient \u00e0 vue&nbsp;\u00bb (p,101)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;La gu\u00e9rilla \u00e9tait omnipr\u00e9sente dans la r\u00e9gion.&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le drame communiste&nbsp;\u00bb\u2026 J\u2019\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 Talung (1) comme le repr\u00e9sentant d\u2019une puissance coloniale aux prises avec un mouvement d\u2019ind\u00e9pendance. En quelques mois j\u2019\u00e9tais devenu un soldat aidant le gouvernement vietnamien de Bao Dai \u00e0 lutter contre le Vietminh communiste.&nbsp; Notre \u00e9tiquette et le sens du combat avaient chang\u00e9. Mais l\u2019ennemi restait le m\u00eame. Il \u00e9tait difficile de faire comprendre cette \u00e9volution aux populations qui vivaient autour de nous. Elles \u00e9taient plus sensibles \u00e0 un climat et \u00e0 des personnes qu\u2019\u00e0 des consid\u00e9rations politiques. J\u2019imaginais avec effroi les cons\u00e9quences pr\u00e9visibles en cas de victoire de la gu\u00e9rilla. Les villages qui s\u2019\u00e9taient ralli\u00e9s \u00e0 nous seraient massacr\u00e9s. (p,115,116)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans la presse, je sentais le d\u00e9sint\u00e9r\u00eat de la m\u00e9tropole, comme on disait alors, pour ce combat au bout du monde. Pourtant le communisme \u00e9tait la grande interrogation de l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre. La Chine \u00e9tait sur le point de basculer. Le rideau de fer et le mur de Berlin s\u00e9paraient peu \u00e0 peu l\u2019Europe en deux mondes antagonistes. Qui allait l\u2019emporter&nbsp;? La partie \u00e9tait rude. J\u2019essayais de comprendre les combattants qui nous faisaient face. J\u2019interrogeais ceux qui avaient de la famille vietminh. Quand nous faisions des prisonniers, je les questionnais sur leurs motivations. Mais j\u2019\u00e9tais le plus souvent d\u00e9\u00e7u. Les hommes \u00e9taient de qualit\u00e9. Ils vivaient de mani\u00e8re courageuse, dans les grottes, avec un petit sac de riz, courant les pistes pour monter des embuscades. Ils \u00e9taient de la trempe de ceux qui donnent leur vie pour plus grand qu\u2019eux. Mais je ne&nbsp; retrouvais pas l\u2019id\u00e9al conscient qui animait les communistes que j\u2019avais connus dans les camps. Leur courage me semblait&nbsp; sec. J\u2019entendais une m\u00e9canique sommaire, un discours tout fait, un propagande r\u00e9cit\u00e9e avec application.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vu de pr\u00e8s le totalitarisme est immonde. Il d\u00e9cervelle les hommes aussi s\u00fbrement qu\u2019une drogue. Dans la&nbsp; Haute-R\u00e9gion, nous n\u2019\u00e9tions pas en contact avec ces hommes habiles et cultiv\u00e9&nbsp;\u00bbs qui dirigeaient le mouvement et qui savaient impressionner leurs interlocuteurs occidentaux. Nous combattions des hommes pris par la machine communiste. Ce qui explique sans doute le d\u00e9calage de perception entre les journalistes et nous. Le drame du Vietnam demeure d\u2019avoir connu \u00e0 la t\u00eate des premiers mouvements d\u2019ind\u00e9pendance des communistes form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole de l\u2019Internationale pure et dure. Les archives de Moscou, que l\u2019on d\u00e9couvre aujourd\u2019hui avec un effarement tardif,&nbsp;montrent l\u2019\u00e9tendue du contr\u00f4le sovi\u00e9tique sur ses alli\u00e9s internationaux. Quand le dessous des cartes de la trag\u00e9die vietnamienne sera \u00e0 son tour d\u00e9voil\u00e9, il est \u00e0 craindre que beaucoup d\u2019hommes qui se sont laiss\u00e9 prendre \u00e0 la mythologie romantique des combattants aux pieds nus ne d\u00e9couvrent avec stupeur qu\u2019ils ont cru \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres. L\u2019horreur de notre si\u00e8cle tient \u00e0&nbsp; ces esp\u00e9rances perp\u00e9tuellement bafou\u00e9es\u2026Tant de souffrances inou\u00efes pour un naufrage sans appel\u2026 \u00ab&nbsp; (p,117)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Je sentais que la fin approchait. Dans mes jumelles, j\u2019avais vu le poste fronti\u00e8re du c\u00f4t\u00e9 chinois tomber aux mains des partisans de Mao. Il ne s\u2019agissait plus d\u2019une gu\u00e9rilla isol\u00e9e. Une arm\u00e9e appuy\u00e9e par tout un continent se pr\u00e9parait. Talung \u00e9tait \u00e0 la charni\u00e8re entre deux \u00e9poques de guerre. Sur la RC4, dans notre dos, les combats redoublaient. Les convois fran\u00e7ais subissaient des attaques d\u2019une rare violence\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il \u00e9tait \u00e9vident que quelque chose de grave allait se produire. Je me sentais de plus en plus attach\u00e9 \u00e0 ce carr\u00e9 de jungle o\u00f9 j\u2019avais pris racine avec la rapidit\u00e9 de ceux qui pensent que&nbsp; la mort va les surprendre le&nbsp;lendemain\u2026. Je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 ces hommes et \u00e0 ces femmes que j\u2019avais engag\u00e9s \u00e0 ma suite, au nom de mon pays et d\u2019une partie des leurs\u2026&nbsp;\u00bb (p,120,121)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;La fuite<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un jour de f\u00e9vrier 1950, j\u2019ai vu arriver un convoi \u00e0 moiti\u00e9 vide accompagn\u00e9 d\u2019une escorte. Le colonel Charton, qui dirigeait en second Cao Bang, descendit du premier v\u00e9hicule. J\u2019ai cru \u00e0 une inspection. C\u2019\u00e9tait une op\u00e9ration de repli. La victoire communiste en Chine avait transform\u00e9 la donne. Il fallait rapatrier toutes les forces \u00e9parpill\u00e9es en Haute-R\u00e9gion sur Cao Bang qui allait \u00eatre assi\u00e9g\u00e9e par le Vietminh. Il fallait faire vite\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les partisans rassembl\u00e8rent leurs familles pour monter dans les camions. Je suis rest\u00e9 quelques minutes avec les l\u00e9gionnaires pour assurer l\u2019arri\u00e8re-garde en cas d\u2019attaque vietminh, et puis nous avions embarqu\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai vu ceux que je n\u2019avais pas voulu voir, auxquels je n\u2019avais pas voulu penser. Les habitants des villages environnants, pr\u00e9venus par la rumeur, accoururent pour partir avec nous. Ils avaient accept\u00e9 notre protection. Certains avaient servi de relais. Ils savaient que sans nous, la mort \u00e9tait promise. Nous ne pouvions pas les embarquer, faute de place et les ordres \u00e9taient formels&nbsp;: seuls les partisans pouvaient nous accompagner. Les images de cet instant-l\u00e0&nbsp; sont rest\u00e9es grav\u00e9es dans ma m\u00e9moire comme si elles avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9es au fer, comme un remord qui ne s\u2019att\u00e9nuera jamais. Des hommes et des femmes qui m\u2019avaient fait confiance, que j\u2019avais entrain\u00e9s \u00e0 notre suite et que les l\u00e9gionnaires repoussaient sur le sol\u2026 Certains criaient, suppliaient. D\u2019autres nous regardaient, simplement, et leur incompr\u00e9hension rendait notre trahison plus effroyable encore. Le silence est tomb\u00e9 sur le camion qui fon\u00e7ait \u00e0 travers les calcaires\u2026 Dans toute la r\u00e9gion, des op\u00e9rations semblables avaient \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es. Au nord de Cao Bang&nbsp;: Tra Linh, Nguyen Binh, Ben Cao. A l\u2019est de Th\u00e2t Kh\u00e9&nbsp;: Poma, Binhi. A Saigon, j\u2019imaginais le point presse triomphal&nbsp;: \u00ab&nbsp;notre dispositif de fronti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 resserr\u00e9. Tout s\u2019est bien pass\u00e9&nbsp;\u00bb\u2026&nbsp;La p\u00e9riode plus&nbsp; exaltante de ma vie s\u2019est alors termin\u00e9e dans un d\u00e9sastre total. Nos efforts avaient d\u00e9bouch\u00e9 sur la trahison, l\u2019abandon, la parole bafou\u00e9e\u2026 &nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Le guerre telle que nous la pratiquions au Vietnam entrainait une certaine osmose entre les troupes et la population. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un conflit de positions entre deux ennemis bien d\u00e9finis, mais d\u2019un affrontement politique et g\u00e9opolitique o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats de toutes sortes et les strat\u00e9gies contradictoires s\u2019imbriquaient inextricablement, entre la Chine et le Vietnam, l\u2019Occident et le communisme, la France et son ancienne colonie indochinoise, les Viets et les minorit\u00e9s ethniques. Autant de dimensions qui n\u00e9cessitaient de prendre sur le terrain des engagements allant au-del\u00e0 du simple m\u00e9tier de soldat. Pendant des ann\u00e9es, les cauchemars de Talung allaient rejoindre ceux de la d\u00e9portation. J\u2019avais le sentiment d\u2019\u00eatre un parjure. Ce mot vaut-il encore quelque chose \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la notion d\u2019honneur est pass\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan&nbsp;? Disons qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un serment chevaleresque. Tout simplement de centaines d\u2019hommes et de femmes, dont parfois les moindres traits du visage sont inscrits dans ma m\u00e9moire, et \u00e0 qui, au nom de mon pays et en mon nom, j\u2019avais demand\u00e9 un engagement au p\u00e9ril de leur vie. Nous les avons abandonn\u00e9s en deux heures. Nous avons pris la fuite comme des malfrats. Ils ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s \u00e0 cause de nous.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis 1949, ce canton perdu dans la Haute-R\u00e9gion vit toujours en moi, comme un pan autonome de ma m\u00e9moire, le bloc d\u2019un iceberg d\u00e9tach\u00e9 du courant\u2026.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par les associations de boat-people, j\u2019ai reconstitu\u00e9 l\u2019histoire de Talung. Apr\u00e8s les terribles massacres qui ont suivi notre d\u00e9part, les Thos ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 contribution sur le plan militaire par le Vietminh, formant l\u2019essentiel de la c\u00e9l\u00e8bre division 308\u2026\u00bb (p,124,125)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Commentaire\u00a0:\u00a0<\/u><\/strong><strong>un bref commentaire, car ce passage illustre bien le type de guerre r\u00e9volutionnaire pour laquelle l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise n\u2019\u00e9tait pas du tout pr\u00e9par\u00e9e. Le Vietminh mettait en \u0153uvre le type de guerre qui avait donn\u00e9 \u00e0 Mao Ts\u00e9 Tung les cl\u00e9s de la Chine, c\u2019est-\u00e0-dire le contr\u00f4le de la population.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Certains officiers, au cas par cas,&nbsp; en retir\u00e8rent rapidement la le\u00e7on, mais c\u2019est sur le th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations alg\u00e9rien que l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise mit en \u0153uvre une nouvelle strat\u00e9gie de guerre contre-insurrectionnelle qui connut un incontestable succ\u00e8s, mais qui conduisit \u00e0 la suite que l\u2019on connait, le refus d\u2019une partie des officiers d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 un commandement qui trahissait la parole donn\u00e9e, comme en Indochine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><strong>Chez les Thos, ethnie de la Haute-R\u00e9gion<\/strong><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Le si\u00e8ge de Cao-Bang (p,126)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;\u2026 Avant la fin de ce premier s\u00e9jour en Indochine, il me restait encore \u00e0 vivre quelques semaines de combat. La pression Vietminh s\u2019accentuait de jour en jour\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A partir de Cao bang, nous avons r\u00e9guli\u00e8rement effectu\u00e9 des missions de reconnaissance et de renseignement. Nous ramenions des prisonniers. Tous les indices concordaient&nbsp;: des moyens consid\u00e9rables se mettaient en place. Or, plus le commandement renfor\u00e7ait la d\u00e9fense de la ville, plus l\u2019\u00e9vacuation devenait une op\u00e9ration lourde et difficile. Le pi\u00e8ge se mettait en place. Mon premier s\u00e9jour touchait \u00e0 sa fin\u2026 \u00ab&nbsp; (p,127)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le lecteur pourra prendre ailleurs connaissance de la trag\u00e9die de Cao-Bang qui constitua un des tournants majeurs de cette guerre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:24px\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le capitaine de Saint Marc effectua un deuxi\u00e8me s\u00e9jour en Indochine entre 1950 et 1953 dans un Bataillon Etranger Parachutiste, un BEP, nouvelle forme d\u2019une guerre a\u00e9roport\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La guerre d\u2019Indochine avait bascul\u00e9 dans une autre dimension&nbsp; avec l\u2019arriv\u00e9e de la Chine communiste sur les fronti\u00e8res d\u2019Indochine, une des dimensions internationales de la nouvelle guerre entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, l\u2019aide des Etats-Unis, et la tentative du g\u00e9n\u00e9ral de Lattre de faire prendre un nouveau tournant strat\u00e9gique et tactique \u00e0 cette guerre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:24px\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;L\u2019exp\u00e9rience de la guerre (p,136)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp; Les combats que j\u2019ai connus de 1950 \u00e0 1953 furent d\u2019une \u00e2pret\u00e9 et d\u2019une violence&nbsp; que je n\u2019ai plus retrouv\u00e9es dans ma carri\u00e8re militaire\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;L\u2019annuaire des troupes du 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;BEP entre 1950 et 1954, ressemble \u00e0 un monument aux morts. On y d\u00e9nombre, selon les compagnies de 30 \u00e0 60 pour cent de disparus.(p,133)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La guerre est un mal absolu. Il n\u2019y a pas de guerre joyeuse ou de guerre triste, de belle guerre ou de sale guerre. La guerre c\u2019est le sang, la souffrance, les visages br\u00fbl\u00e9s, les yeux agrandis par la fi\u00e8vre, la pluie, la boue, les excr\u00e9ments, les ordures, les rats qui courent sur les corps, les blessures monstrueuses, les hommes et les femmes transform\u00e9s en charogne. La guerre humilie, d\u00e9shonore, d\u00e9grade. C\u2019est l\u2019horreur du monde rassembl\u00e9e dans un paroxysme de crasse, de sang, de larmes, de sueur et d\u2019urine.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Sur la route d\u2019Hoa Binh (p,141)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;En novembre 1951, de Lattre d\u00e9cide de couper les forces du Vietminh en deux sur la Rivi\u00e8re Noire, \u00e0 la hauteur d\u2019Hoa Binh\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous avions trente ans et nous vivions dans l\u2019ignorance du lendemain. Nous savions bien s\u00fbr que notre drapeau n\u2019\u00e9tait pas aussi pur qu\u2019il aurait pu l\u2019\u00eatre et que la France se d\u00e9sint\u00e9ressait chaque jour davantage de la cause indochinoise. Mais nous \u00e9tions tomb\u00e9s amoureux de cette terre et de ce peuple\u2026La fin de mon s\u00e9jour au 2<sup>\u00e8me<\/sup>&nbsp;BEP fut marqu\u00e9e par la bataille de Nassan\u2026 La mort du g\u00e9n\u00e9ral de Lattre avait fait retomber l\u2019espoir d\u2019une victoire militaire\u2026&nbsp;\u00bb (p,14&amp;,148,153)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud &#8211; Tous Droits R\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Parole de la France&nbsp;? 1 &#8211; Suite Un cas historique repr\u00e9sentatif&nbsp;des absurdit\u00e9s coloniales : H\u00e9lie de Saint Marc \u00ab&nbsp;M\u00e9moires&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Les champs de braise&nbsp;\u00bb (Perrin-1995) &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le t\u00e9moignage d\u2019un officier qui fut un des acteurs de la guerre de Lib\u00e9ration de la France (1939-1945), R\u00e9sistant, D\u00e9port\u00e9 au camp de concentration de Buchenwald, officier pendant la &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/02\/18\/la-parole-de-la-france-1-suite-un-cas-historique-representatif-des-absurdites-coloniales-helie-de-saint-marc\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La Parole de la France ? -1- Suite, un cas historique repr\u00e9sentatif des absurdit\u00e9s coloniales : H\u00e9lie de Saint Marc&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,8,7,6,11,5,4,12],"tags":[155,273,270,310,385,99,298,387,386,361,243],"class_list":["post-307","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-colonies","category-communication","category-culture","category-guerre","category-histoire","category-politique","category-strategie","tag-chine","tag-colonies","tag-france","tag-guerre","tag-helie-de-saint-marc","tag-indochine","tag-memoire","tag-talung","tag-temoignage","tag-viet-minh","tag-vietnam"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/307","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=307"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/307\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":308,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/307\/revisions\/308"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=307"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=307"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=307"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}