{"id":490,"date":"2020-09-22T00:16:29","date_gmt":"2020-09-21T22:16:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=490"},"modified":"2021-06-12T00:20:49","modified_gmt":"2021-06-11T22:20:49","slug":"la-question-post-coloniale-yves-lacoste-pour-conclure-cette-lecture-critique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/09\/22\/la-question-post-coloniale-yves-lacoste-pour-conclure-cette-lecture-critique\/","title":{"rendered":"La Question Post-coloniale-Yves Lacoste &#8211; Pour conclure cette lecture critique"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>\u00ab&nbsp;La question post-coloniale&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>\u00ab&nbsp;Une analyse g\u00e9opolitique&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Yves Lacoste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Pour conclure cette lecture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;L\u2019auteur ne concluant pas, je me risquerai \u00e0 le faire apr\u00e8s une lecture critique approfondie, en concluant sur un questionnement de synth\u00e8se.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apr\u00e8s avoir lu et relu ce livre, il s\u2019agit donc de savoir si l\u2019analyse g\u00e9opolitique propos\u00e9e est pertinente, dans le cadre de la d\u00e9finition fix\u00e9e par l\u2019auteur lui-m\u00eame selon le triptyque \u00ab&nbsp;<em>repr\u00e9sentations&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;pouvoir&nbsp;\u00bb et \u00ab territoire<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fois dans l\u2019analyse de la Question Post-Coloniale proprement dite, et en ce qui concerne le chemin d\u2019analyse suivi, c&rsquo;est-\u00e0-dire,&nbsp;<em>la Question<\/em>&nbsp;elle-m\u00eame, puis les&nbsp;<em>Luttes pour les ind\u00e9pendances<\/em>, et enfin&nbsp;<em>Les Conqu\u00eates coloniales.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une premi\u00e8re question s\u2019impose, compte tenu de la place qu\u2019occupent l\u2019Alg\u00e9rie (une centaine de pages sur pr\u00e8s de quatre cents) et le Maghreb dans les trois parties de l\u2019ouvrage, est celle de savoir, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 s\u2019il ne s\u2019agirait pas plut\u00f4t de la question post-coloniale alg\u00e9rienne, pour ne pas dire maghr\u00e9bine.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une deuxi\u00e8me question domine cette analyse, celle des&nbsp;<em>repr\u00e9sentations,&nbsp;<\/em>pourquoi ne pas dire les \u00ab&nbsp;<em>images coloniales<\/em>&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une des sources principales qui a donn\u00e9 la possibilit\u00e9 au groupe d\u2019historiens auteurs d\u2019une s\u00e9rie d\u2019ouvrages d\u2019exploiter les travaux du Colloque Savant de 1993, anim\u00e9s par une palette d\u2019historiens renomm\u00e9s, une source qui valait d\u2019\u00eatre cit\u00e9e par Yves Lacoste, notamment dans sa critique du contenu du livre&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;La Fracture<\/em>&nbsp;<em>coloniale&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;: une impasse qui parait surprenante dans ce milieu d\u2019universitaires renomm\u00e9s o\u00f9 tout le monde se connait.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est possible de s\u2019interroger aussi sur la logique g\u00e9opolitique qui a conduit l\u2019auteur \u00e0 analyser successivement,&nbsp;<em>la question, les luttes<\/em>, et enfin les&nbsp;<em>conqu\u00eates coloniales<\/em>&nbsp;elles m\u00eames.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notre questionnement portera&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1) sur l\u2019analyse g\u00e9opolitique \u00ab&nbsp;question&nbsp;\u00bb (premi\u00e8re partie),<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>2) et sur la pertinence des analyses propos\u00e9es en ce qui concerne les conqu\u00eates coloniales dans le cadre m\u00e9thodologique fix\u00e9 par cette analyse g\u00e9opolitique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notre attention ne portera donc pas sur l\u2019analyse des luttes pour l\u2019ind\u00e9pendance elles-m\u00eames (p,123 \u00e0 217), sauf \u00e0 proposer ci-apr\u00e8s quelques r\u00e9flexions sur le sujet .<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>Question<\/u>&nbsp;: \u00e0 partir de 1947, la Guerre Froide entre l\u2019Est et l\u2019Ouest n\u2019a-t-elle pas \u00e9t\u00e9 un des grands facteurs de la g\u00e9opolitique mondiale, Afrique et Asie y compris, avec l\u2019aide que l\u2019URSS assist\u00e9e des partis communistes occidentaux a apport\u00e9e aux mouvements d\u2019ind\u00e9pendance du Tiers Monde&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme ce fut le cas en Indochine avec le soutien de plus en plus actif de la Chine communiste au Vietminh, et le jeu on ne peut plus trouble du Parti Communiste Fran\u00e7ais au cours de cet \u00e9pisode de d\u00e9colonisation violente&nbsp;&nbsp;&nbsp; .<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Question&nbsp;<\/u><\/strong><strong>: en parall\u00e8le de cette pouss\u00e9e r\u00e9volutionnaire, le colonialisme&nbsp; n\u2019avait-il pas&nbsp; fait son temps, avec le d\u00e9but d\u2019organisation du Tiers Monde, d\u2019autant plus qu\u2019en 1945, l\u2019Europe de l\u2019Ouest, divis\u00e9e entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, &nbsp;avait \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 terre, et qu\u2019elle \u00e9tait bien incapable de faire face \u00e0 d\u2019autres conflits en Afrique ou en Extr\u00eame Orient&nbsp;? Sans l\u2019aide des Am\u00e9ricains&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019Europe de l\u2019Ouest \u00e9tait alors confront\u00e9e \u00e0 la puissance militaire sovi\u00e9tique sous le parapluie de protection de l\u2019OTAN, et ce fut sans doute un des facteurs g\u00e9opolitiques majeurs qui conduisit de Gaulle \u00e0 \u00ab&nbsp;larguer&nbsp;\u00bb l\u2019Alg\u00e9rie, en donnant la priorit\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations europ\u00e9en et \u00e0 l\u2019arme atomique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Aux yeux des meilleurs connaisseurs de ce monde africain, le syst\u00e8me colonial avait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s largement fait son temps, m\u00eame si les groupes de pression continuaient \u00e0 s\u2019activer \u00e0 Paris ou au si\u00e8ge des diff\u00e9rentes colonies, en tentant d\u2019imposer leur vision coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cadre g\u00e9opolitique fix\u00e9 par Yves Lacoste \u00e0 travers l\u2019analyse propos\u00e9e dans l\u2019avant propos et dans les chapitres 1 et 2&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Avant-propos g\u00e9n\u00e9ral\u2026 qui m\u00e8ne \u00e0 un paradoxe&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;La question post-coloniale en France. (p, 7 \u00e0 123)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;Dans son avant propos, \u00e0 la page 8, l\u2019auteur esquisse une premi\u00e8re d\u00e9finition&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Il y a cinquante ans, le terme de g\u00e9opolitique n\u2019\u00e9tait pas utilis\u00e9, mais chacune de ces ind\u00e9pendances, qu\u2019elle ait \u00e9t\u00e9 obtenue \u00e0 l\u2019amiable ou arrach\u00e9e par la guerre, \u00e9tait en v\u00e9rit\u00e9 un grand changement g\u00e9opolitique. Et plus encore, les luttes pour l\u2019ind\u00e9pendance de chacun de ces peuples, luttes complexes en v\u00e9rit\u00e9 et plus ou moins anciennes, furent \u00e9videmment g\u00e9opolitiques. En effet la la g\u00e9opolitique \u2013 telle que je l\u2019entends \u2013&nbsp;<u>analyse toute rivalit\u00e9 de pouvoirs sur<\/u>&nbsp;<u>du territoire,<\/u>&nbsp;que celui-ci soit de grandes ou de petites dimensions (notamment au sein des villes) et qu\u2019il s\u2019agisse de conflits entre des Etats ou de luttes au sein d\u2019un m\u00eame pays, ces conflits pouvant se r\u00e9percuter \u00e0 plus ou moins longue distance. Les diff\u00e9rentes conqu\u00eates coloniales et la colonisation qui imposa son organisation des territoires conquis furent fondamentalement des ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9opolitiques. Aussi ne peut-on comprendre ce qu\u2019on appelle la \u00ab&nbsp;question post-coloniale&nbsp;\u00bb qu\u2019en tenant compte des cat\u00e9gories de lieux o\u00f9 elle se pose de la fa\u00e7on la plus grave, mais aussi des diff\u00e9rences qu\u2019elle pr\u00e9sente selon les pays, et en analysant r\u00e9trospectivement les rivalit\u00e9s g\u00e9opolitiques qui ont oppos\u00e9s diff\u00e9rentes sortes de forces politiques&nbsp;: pas seulement le conflit colonial classique Europ\u00e9ens\/indig\u00e8nes, mais aussi des conflits plus ou moins anciens qui ont oppos\u00e9 des forces autochtones entre elles.&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le champ de cette d\u00e9finition est donc tr\u00e8s vaste et porte son attention sur deux \u00e9l\u00e9ments du triptyque, le \u00ab&nbsp;<em>pouvoir&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;territoire&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>auxquels il conviendra d\u2019ajouter les \u00ab&nbsp;<em>repr\u00e9sentations<\/em>&nbsp;\u00bb trait\u00e9es dans les deux chapitres de la premi\u00e8re partie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019entr\u00e9e de jeu, Indiquons qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque des conqu\u00eates coloniales, il \u00e9tait assez redoutable de vouloir et de pouvoir identifier les pouvoirs et les territoires les concernant, tellement ils \u00e9taient \u00e0 la fois vari\u00e9s, complexes et changeants, g\u00e9ographiques, religieux, culturels, d\u00e9mographiques, sociaux, \u00e9conomiques, alors qu\u2019on ignorait presque tout de l\u2019Afrique noire\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En Afrique noire, les limites territoriales des nouvelles colonies ne respectaient pas, et ne pouvaient pas respecter, les \u00ab&nbsp;fronti\u00e8res&nbsp;\u00bb, donc le \u00ab&nbsp;<em>territoire<\/em>&nbsp;\u00bb de nombreux peuples, tellement ils \u00e9taient de taille diff\u00e9rente, nombreux, et difficiles \u00e0 d\u00e9limiter, pour autant que les peuples eux-m\u00eames aient pu les identifier, ce qui fut le cas par exemple sur la c\u00f4te au Dahomey, et les d\u00e9fendre, ce que les roitelets locaux avaient bien de la peine \u00e0 faire, par exemple face \u00e0 B\u00e9hanzin, \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Telles furent&nbsp;<em>les situations coloniales&nbsp;<\/em>de la p\u00e9riode des conqu\u00eates en Afrique noire, ce qui ne fut pas le cas en Indochine ou \u00e0 Madagascar o\u00f9 il existait un pouvoir et un territoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans son analyse, l\u2019auteur fait un sort \u00e0 la probl\u00e9matique des \u00ab&nbsp;<em>grands ensembles&nbsp;<\/em>\u00bb, mais il parait tout de m\u00eame difficile de les faire entrer, compte tenu de leur taille et de leur histoire, dans un champ comparatif avec les autres territoires examin\u00e9s par l\u2019auteur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le chapitre premier (p,23 \u00e0 63)<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;Les paradoxes de la question post-coloniale&nbsp;<\/em>\u00bb part en effet de l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle est n\u00e9e dans \u00ab&nbsp;<em>Les grands ensembles<\/em>&nbsp;\u00bb donc un territoire tr\u00e8s limit\u00e9 de m\u00e9tropole \u00e0 la fois en superficie et en nombre d\u2019habitants.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pour \u00e9clairer la nature et les dimensions de ces rivalit\u00e9s de pouvoir, il aurait sans doute \u00e9t\u00e9 int\u00e9ressant de mettre en annexe des&nbsp; statistiques d\u00e9mographiques de poids, de composition, et d\u2019origine, de m\u00eame que les \u00e9tudes sans doute r\u00e9alis\u00e9es sur l\u2019\u00e9cho qu\u2019ont eu les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9crits par l\u2019auteur dans l\u2019opinion publique fran\u00e7aise ou \u00e9trang\u00e8re&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>De m\u00eame, comment traiter de ce sujet sans \u00e9clairer le lecteur sur la culture et la religion des immigr\u00e9s, sur l\u2019importance des flux de migrants li\u00e9s \u00e0 l\u2019explosion d\u00e9mographique enregistr\u00e9e en Afrique, sur une relation de pouvoirs on ne peut plus ambig\u00fce entre la France et l\u2019Alg\u00e9rie principalement, dont les gouvernements issus du FLN ont toujours \u00e9t\u00e9 en qu\u00eate de diminution de la pression politique, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9migration, notamment de la part des jeunes en qu\u00eate d\u2019une meilleure destin\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Evidemment dans le but de la d\u00e9monstration propos\u00e9e et dans le cadre scientifique fix\u00e9 par l\u2019auteur.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 pendant des longues ann\u00e9es les cultures africaines et en avoir eu l\u2019exp\u00e9rience tr\u00e8s concr\u00e8te, j\u2019estime que la confrontation des cultures et des religions constitue un des facteurs majeurs de la g\u00e9opolitique, comme l\u2019auteur de ce livre a pu le constater lui-m\u00eame.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il existe d\u2019ailleurs un ouvrage int\u00e9ressant \u00e0 ce sujet \u00ab&nbsp;<em>Le choc des<\/em>&nbsp;<em>cultures&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfin, il parait difficile de proc\u00e9der \u00e0 ce type d\u2019analyse sans s\u2019attacher \u00e0 la relation exigeante qu\u2019elle ne peut manquer d\u2019avoir avec la v\u00e9rit\u00e9 historique, tout au moins dans sa recherche&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le chapitre 2, l\u2019auteur s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019une trois composantes, les \u00ab&nbsp;<em>repr\u00e9sentations g\u00e9opolitiques&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;: telles que l\u2019auteur les identifie, en fait un r\u00e9pertoire de \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentations&nbsp;\u00bb class\u00e9es et hi\u00e9rarchis\u00e9es, il parait difficile d\u2019aller plus loin qu\u2019une lecture de caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral du sujet.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Chapitre 2 (p,63 \u00e0 119) \u2013 L\u2019importance des repr\u00e9sentations g\u00e9opolitiques dans la question post-coloniale&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il s\u2019agit d\u2019un des facteurs importants de la g\u00e9opolitique propos\u00e9e, en plus des deux autres,&nbsp;<em>le pouvoir et le territoire.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur commence son analyse en partant \u00e0 nouveau de l\u2019exemple des grands ensembles en affirmant&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Elle est ensuite devenue une donn\u00e9e g\u00e9opolitique majeure dans la question post-coloniale, dans la mesure o\u00f9 s\u2019y d\u00e9roulent de plus en plus souvent des affrontements entre la police et des \u00ab&nbsp;groupes de jeunes&nbsp;\u00bb. (p,63)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je ne sais pas si tel \u00e9tait le cas, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019auteur ne propose aucune enqu\u00eate statistique d\u2019opinion pour le justifier, alors que plus loin il utilise le qualificatif de \u00ab&nbsp;<em>mesurable&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Dans tout raisonnement g\u00e9opolitique, il ne faut pas seulement y tenir le plus grand compte&nbsp;<u>des caract\u00e9ristiques objectives, et mesurables<\/u>&nbsp;des populations qui vivent sur le territoire o\u00f9 se livre une rivalit\u00e9 de pouvoirs. Il faut aussi tenir compte des id\u00e9es, des repr\u00e9sentations que chacun des groupes antagonistes (avec ses leaders) se fait, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: de ses droits sur ce territoire comme de ce qui lui parait important dans tout ce qui l\u2019entoure, y compris au niveau mondial. Ces repr\u00e9sentations plus ou moins subjectives sont presque toujours \u00ab&nbsp;<\/em><\/strong><strong>produites&nbsp;<em>\u00bb par ce que l\u2019on peut appeler au sens le plus large des intellectuels, c&rsquo;est-\u00e0-dire des hommes et des femmes qui r\u00e9fl\u00e9chissent, qui discourent, bref qui produisent des id\u00e9es nouvelles et en reproduisent d\u2019autres dont ils ne connaissent pas pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019histoire.&nbsp;\u00bb (p,64)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Puis-je faire remarquer que dans les ann\u00e9es 1950-1960 le ou les&nbsp;<em>pouvoirs,&nbsp;<\/em>en m\u00e9tropole ou dans les colonies, n\u2019avaient pas la chance de disposer de chiffres fiables sur la d\u00e9mographie des territoires coloniaux&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans les pages qui suivent, l\u2019auteur donne une liste de repr\u00e9sentations sous le titre&nbsp;<em>\u00ab La diffusion de repr\u00e9sentations accusatrices du colonialisme&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;Il est bien \u00e9vident que l\u2019Appel des indig\u00e8nes de la R\u00e9publique de janvier 2005 n\u2019est pas la cause premi\u00e8re de la propagation des \u00e9meutes dix mois plus tard\u2026 Pour sch\u00e9matiser, on peut dire que, malgr\u00e9 les effets de l\u2019\u00ababsent\u00e9isme scolaire&nbsp;\u00bb, un certain nombre de ces jeunes vont au coll\u00e8ge et qu\u2019ils s\u2019int\u00e9ressent particuli\u00e8rement, m\u00eame de fa\u00e7on brouillonne et agressive, \u00e0 ce que disent les professeurs d\u2019histoire-g\u00e9ographie sur la colonisation et la traite des esclaves. En effet depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, les programmes scolaires prescrivent qu\u2019un certain nombre d\u2019heures soient consacr\u00e9es \u00e0 ces \u00ab&nbsp;probl\u00e8mes&nbsp;\u00bb qui sont aussi de plus en plus pr\u00e9sents dans les manuels. Les enseignants en font d\u2019autant plus \u00e9tat que cela les int\u00e9resse personnellement et passionne les \u00e9l\u00e8ves. Il n\u2019en reste pas moins que dans ces quartiers ou \u00e0 proximit\u00e9, la t\u00e2che des professeurs \u2013 qui sont d\u00e9sormais de plus en plus des femmes \u2013est encor plus difficile qu\u2019ailleurs.&nbsp;\u00bb (p,66)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur met donc l\u2019accent sur le r\u00f4le des professeurs d\u2019histoire g\u00e9ographie et sur les programmes et \u00e9num\u00e8re ensuite un certain nombre de vecteurs des repr\u00e9sentions qu\u2019il vise&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Un consensus de rejet de la colonisation depuis qu\u2019elle a disparu&nbsp;\u00bb (p,66)&nbsp;<\/em>: un rejet &nbsp;non d\u00e9montr\u00e9, en tout cas dans cette analyse<em>,<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;d\u2019o\u00f9&nbsp;<u>le succ\u00e8s d\u2019un certain nombre de livres<\/u>&nbsp;\u2026 \u00ab&nbsp;le Livre noir du colonialisme XVI\u00b0 &#8211; XXI\u00b0 si\u00e8cle&nbsp;\u00bb, ouvrage collectif dirig\u00e9 par Marc Ferro\u2026 Par ailleurs, une guerre des m\u00e9moires oppose \u00e0 pr\u00e9sent les intellectuels\u2026 un livre d\u2019Hannah Arendt, en lui faisant dire (comme le fait Marc Ferro\u2026) que le communisme, le nazisme et le colonialisme sont la m\u00eame chose, ce qui est pour le moins exp\u00e9ditif et contraire au raisonnement m\u00eame d\u2019Hannah Arendt\u2026 (p,68)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Peut-on penser que des id\u00e9es du genre nazisme = communisme = colonialisme ou colonialisme = g\u00e9nocide passent progressivement vers une partie des \u00ab&nbsp;jeunes&nbsp;\u00bb des \u00ab&nbsp;grands ensembles&nbsp;\u00bb&nbsp;? Oui, si l\u2019on tient compte du r\u00f4le des maisons des jeunes et de la culture o\u00f9 nombre d\u2019animateurs sociaux, pour un bonne part n\u00e9s dans ces quartiers, ont en charge, avec \u00ab&nbsp;Bac +&nbsp;\u00bb, des associations et proposent diverses activit\u00e9s culturelles. Il faut tenir compte du r\u00f4le des enseignants \u00ab&nbsp;issus de l\u2019immigration\u2026 (p,69)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab&nbsp;La fracture coloniale&nbsp;\u00bb Des historiens de gauche, Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Sandrine Lemaire ont publi\u00e9 en 2005 \u00ab&nbsp;La Fracture coloniale&nbsp;\u00bb. La soci\u00e9t\u00e9 au prisme de l\u2019h\u00e9ritage colonial.&nbsp;<u>Et ce livre a trouv\u00e9 une large audience<\/u>, et pas seulement parmi les professeurs d\u2019histoire g\u00e9ographie particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9s par le courant d\u2019id\u00e9es qu\u2019impulsent Blanchard et Bancel\u2026(p,70)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Dans les coll\u00e8ges et les lyc\u00e9es, nombre d\u2019enseignants d\u2019histoire g\u00e9ographie (et pas seulement des petits enfants d\u2019immigr\u00e9s reprennent devant leurs \u00e9l\u00e8ves ce th\u00e8me de la persistance du colonialisme en France et de la \u00ab&nbsp;fracture coloniale&nbsp;\u00bb, et surtout si leurs classes comptent beaucoup de jeunes \u00ab&nbsp;issus de l\u2019immigration&nbsp;\u00bb. (p,72)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Commentaire&nbsp;:<\/u><\/strong><strong>&nbsp;l\u2019auteur souligne le r\u00f4le important des professeurs d\u2019histoire g\u00e9ographie dans la diffusion de ce qu\u2019il d\u00e9nomme les&nbsp;<em>repr\u00e9sentations.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur met le projecteur sur les publications de Pascal Blanchard et de ses coll\u00e8gues, mais en faisant l\u2019impasse sur une cat\u00e9gorie&nbsp; de repr\u00e9sentations mises en lumi\u00e8re et exploit\u00e9es par les trois historiens, les&nbsp;<em>images coloniales, &nbsp;<\/em>qu\u2019un Colloque Savant avec la participation d\u2019\u00e9minents historiens et sp\u00e9cialistes, souvent d\u2019ailleurs issus de la matrice coloniale,avait analys\u00e9es en 1993&nbsp;:&nbsp;<em>les Actes du Colloque<\/em>&nbsp;r\u00e9sumaient les conclusions tr\u00e8s nuanc\u00e9es des examens effectu\u00e9s, quant \u00e0 leur repr\u00e9sentativit\u00e9 scientifique et \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation historique qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019accorder aux panels d\u2019images coloniales diffus\u00e9es en m\u00e9tropole et non dans les colonies.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les trois historiens ont exploit\u00e9 ces travaux pour en faire un instrument de propagande postcoloniale autrement plus efficace, gr\u00e2ce aux associations, aux professeurs, et \u00e0 l\u2019effet immigration, que la propagande coloniale de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, comme je l\u2019ai d\u00e9montr\u00e9, chiffres en mains dans livre&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Supercherie coloniale&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je me souviens d\u2019un des propos tenus (archives) par l\u2019un des thurif\u00e9raires de la colonisation regrettant le peu d\u2019engagement du corps professoral \u00e0 ce sujet, sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A lire le livre en question, comme des autres, \u00ab&nbsp;<em>Culture coloniale<\/em>&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;<em>Culture imp\u00e9riale<\/em>&nbsp;\u00bb, il est difficile de ne pas \u00eatre frapp\u00e9 par ses formules emphatiques, et presqu\u2019\u00e9vang\u00e9liques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ne conviendrait-t-il pas de rappeler&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1) si besoin \u00e9tait, que les conqu\u00eates coloniales ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s largement initi\u00e9es par la gauche de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;2) que cette gauche r\u00e9publicaine n\u2019a jamais su trouver parmi ses d\u00e9fenseurs et pour diffuser sa propagande coloniale les cohortes de professeurs ou d\u2019animateurs de toute cat\u00e9gorie qui paraissent disponibles aujourd\u2019hui, pour diffuser les repr\u00e9sentations de propagande post-coloniale pass\u00e9e et actuelle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur accr\u00e9dite le succ\u00e8s des auteurs cit\u00e9s, mais pourquoi ne pas avoir publi\u00e9 les chiffres de diffusion de ces ouvrages dans le circuit universitaire et hors circuit, car il s\u2019agit d\u2019une des grandes carences qui p\u00e8se sur ce type d\u2019affirmation ou de constat, celle de l\u2019histoire quantitative&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ces chiffres seraient d\u2019autant plus int\u00e9ressants que les publications de sciences humaines ne rencontrent pas un grand succ\u00e8s.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il s\u2019agit de la critique capitale qui doit \u00eatre faite \u00e0 l\u2019endroit des travaux des trois historiens Blanchard-Bancel- Lemaire sur les&nbsp;<em>images coloniales&nbsp;:&nbsp;<\/em>l\u2019auteur n\u2019\u00e9voque pas la source principale de leurs publications, les Actes du Colloque savant de 1993 et le livre qui en a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative de Pascal Blanchard, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Images et Colonies&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ces deux ouvrages au contenu fort instructif ne permettent pas de conclure dans le sens des trois historiens, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans la suite des pages consacr\u00e9es \u00e0 cette th\u00e9matique, et \u00e0 partir de la page 84, l\u2019auteur se livre \u00e0 un exercice intellectuel difficile entre histoire et politique, en partant toujours des \u00ab&nbsp;<em>grands ensembles<\/em>&nbsp;\u00bb qu\u2019il conviendrait donc de consid\u00e9rer comme repr\u00e9sentatifs de la r\u00e9alit\u00e9 des repr\u00e9sentations&nbsp; \u00e9nonc\u00e9es, en mettant \u00e0 nouveau l\u2019accent sur le r\u00f4le des professeurs d\u2019histoire g\u00e9ographie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>3) et enfin, que la gauche de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique, puissante de 1945 \u00e0 1958, a \u00e9t\u00e9 dans l\u2019incapacit\u00e9 de mettre en \u0153uvre une d\u00e9colonisation pacifique&nbsp;: l\u2019auteur \u00e9tait bien plac\u00e9 pour en porter t\u00e9moignage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En r\u00e9sum\u00e9, le troisi\u00e8me pilier du triptyque g\u00e9opolitique d\u2019Yves Lacoste, les&nbsp;<em>repr\u00e9sentations<\/em>&nbsp;aurait m\u00e9rit\u00e9 d\u2019\u00eatre beaucoup mieux identifi\u00e9 par nature, par cat\u00e9gorie, et quantifi\u00e9, en mettant en exergue les cat\u00e9gories de religion et de culture, et d\u2019\u00eatre d\u00e9nomm\u00e9es sous l\u2019appellation de&nbsp; propagande post-colonlale, d\u2019autant plus qu\u2019il avait \u00e0 sa disposition la collecte d\u2019images colon iales effectu\u00e9e en 1993 par le Colloque savant d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les conqu\u00eates coloniales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La troisi\u00e8me partie est consacr\u00e9e aux conqu\u00eates coloniales (page 217 \u00e0 399) soit pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de l\u2019ouvrage.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur propose un r\u00e9sum\u00e9 historique relativement int\u00e9ressant de cette phase qui se d\u00e9roula en Afrique du Nord et en Afrique Noire, en privil\u00e9giant l\u2019Alg\u00e9rie et le Maroc&nbsp;: s\u2019agit-il de g\u00e9opolitique ou d\u2019histoire&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il n\u2019est pas facile d\u2019y retrouver la trace des trois \u00e9l\u00e9ments du triptyque propos\u00e9 par l\u2019auteur au d\u00e9but de l\u2019ouvrage&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En Alg\u00e9rie et au Maroc, l\u2019auteur met en lumi\u00e8re, et c\u2019est int\u00e9ressant, le r\u00f4le souvent m\u00e9connu, en termes de pouvoir et de territoire, des tribus en marquant bien la diff\u00e9rence de situation coloniale entre les deux pays, l\u2019absence d\u2019une forme d\u2019Etat en Alg\u00e9rie.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En Afrique noire, l\u2019auteur privil\u00e9gie comme cl\u00e9 d\u2019explication g\u00e9opolitique l\u2019esclavage, mais comme nous l\u2019avons vu, c\u2019est beaucoup moins \u00e9vident.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette troisi\u00e8me partie soul\u00e8ve beaucoup de questions, ne serait-ce que la premi\u00e8re relative \u00e0 la mesure historique des temps coloniaux, courts ou longs, en respectant cette distinction ch\u00e8re aux historiens.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un tel crit\u00e8re fait ressortir la distinction qu\u2019il est n\u00e9cessaire de faire entre deux sortes de colonies, l\u2019Alg\u00e9rie, le S\u00e9n\u00e9gal, la Cochinchine et l\u2019Afrique noire en g\u00e9n\u00e9ral.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>En Indochine, Pierre Brocheux utilisait l\u2019expression du&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;moment<\/em>&nbsp;<em>colonial&nbsp;<\/em>\u00bb, une expression qui vaudrait pour l\u2019Afrique noire et Madagascar.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La colonisation a en d\u00e9finitive \u00e9t\u00e9 courte, de l\u2019ordre de 50 ans.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La C\u00f4te d\u2019Ivoire n\u2019a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e qu\u2019en 1895.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les conqu\u00eates coloniales ont balis\u00e9 une p\u00e9riode d\u2019explorations et de d\u00e9couvertes, car l\u2019Afrique noire constituait un continent ignor\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le cas fran\u00e7ais, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019anglais ou du belge, il est possible de s\u2019interroger sur les processus de pouvoir qui aboutirent \u00e0 conqu\u00e9rir des pays pauvres en ressources \u00e9conomiques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019explosion des technologies, vapeur, c\u00e2ble et t\u00e9l\u00e9graphe, plus fusils \u00e0 tir rapide et canons a \u00e9videmment facilit\u00e9 toutes ces conqu\u00eates, comme l\u2019a bien d\u00e9montr\u00e9 l\u2019historien Headricks.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le livre \u00ab&nbsp;<em>Le vent des mots, le vent des maux, le vent du large<\/em>&nbsp;\u00bb, j\u2019ai eu l\u2019occasion de d\u00e9crire les processus politiques et militaires de d\u00e9cision de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, lesquels avaient pour r\u00e9sultat de laisser la main et la d\u00e9cision aux ex\u00e9cutants.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La France partait \u00e0 la conqu\u00eate coloniale par esprit de puissance, de gloire, et de rivalit\u00e9 avec les Anglais, comme ce fut le cas \u00e0 Fachoda, ou entrain\u00e9e \u00e0 le faire par sa marine qui contr\u00f4la longtemps la politique coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tel ne fut pas le cas de l\u2019Indochine dont on connaissait les richesses et le potentiel avec son voisin chinois, et tel ne fut pas le cas aussi de l\u2019Alg\u00e9rie et du Maghreb, proche de nos c\u00f4tes, mieux connus compte tenu de l\u2019histoire commune de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019analyse de l\u2019auteur ne me parait pas mettre assez l\u2019accent sur le facteur \u00ab&nbsp;<em>pouvoir&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;: le cas du Maroc constituerait un bon exemple du type de pouvoir qui prenait la d\u00e9cision en France, c&rsquo;est-\u00e0-dire le gouvernement ou l\u2019un de ses membres, de m\u00eame que le cas de l\u2019Alg\u00e9rie o\u00f9 un petit groupe d\u2019\u00e9lus et de colons fran\u00e7ais d\u2019Alg\u00e9rie y firent longtemps la pluie et le beau temps, d\u2019autant plus qu\u2019ils servaient souvent d\u2019appoint parlementaire aux majorit\u00e9s changeantes de la Quatri\u00e8me R\u00e9publique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019auteur fait un sort \u00e0 Samory, un cas longuement examin\u00e9, avec le projecteur mis sur le r\u00f4le de l\u2019esclavage. Comme je l\u2019ai expliqu\u00e9, cette g\u00e9opolitique de l\u2019esclavage constitue une des explications g\u00e9opolitiques, mais elle n\u2019apparait pas devoir \u00eatre la principale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il me parait difficile de tirer des le\u00e7ons g\u00e9opolitiques sans les inscrire dans des cadres chronologiques et g\u00e9ographiques comparables&nbsp;: comment mettre sur le m\u00eame pied de l\u2019analyse une Afrique noire encore largement inconnue en 1880, ferm\u00e9e sur elle-m\u00eame, faute de communications, et une Indochine d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s largement ouverte sur le monde ext\u00e9rieur, sauf \u00e0 dire que les enjeux de communications chang\u00e8rent fondamentalement avec le canal de Suez, en 1969&nbsp;? Sauf \u00e0 noter qu\u2019un s\u00e9rieux handicap de distance entre la France et l\u2019Indochine existait encore, comme avec Madagascar.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment mettre sur le m\u00eame pied de comparaison un territoire de la Mare Nostrum et tout autre situ\u00e9 dans des mers lointaines&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment mettre sur le m\u00eame pied de comparaison des territoires \u00e0 conqu\u00e9rir devenus d\u2019importants enjeux de politique \u00e9trang\u00e8re tels que l\u2019Indochine, l\u2019Egypte ou le Maroc, avec les territoires encore inconnus du Bassin du Niger, sans cartes ni voies de communication&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Enfin et pour conclure, un des trois th\u00e8mes retenus par l\u2019auteur, le pouvoir, aurait m\u00e9rit\u00e9 de faire l\u2019objet d\u2019une comparaison entre les diff\u00e9rentes puissances coloniales, en s\u2019attachant \u00e0 d\u00e9crire les processus de d\u00e9cision politique de conqu\u00eate existant dans chacune des puissances concern\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le cas fran\u00e7ais que nous avons longuement examin\u00e9, il apparait bien que sauf dans les cas de l\u2019Indochine, du Maroc, ou de Fachoda, le&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;fait<\/em>&nbsp;<em>accompli<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e9tait largement \u00e0 la source des d\u00e9cisions politiques de conqu\u00eate, tout autant qu\u2019une grande ignorance de la g\u00e9ographie et des enjeux de pays concern\u00e9s, tout autant que l\u2019aveuglement et les illusions de puissance des gouvernements de l\u2019\u00e9poque.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Il aurait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement int\u00e9ressant que l\u2019auteur, grand connaisseur du dossier alg\u00e9rien, nous ait \u00e9clair\u00e9 sur le qui \u00e9tait responsable dans le processus de d\u00e9cision de la politique alg\u00e9rienne de la France, notamment apr\u00e8s 1945.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le cas d\u2019un homme politique radical-socialiste comme Ren\u00e9 Mayer, grand \u00e9lu de l\u2019Alg\u00e9rie Fran\u00e7aise, dans la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9&nbsp;la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, membre d\u2019une communaut\u00e9 influente en Alg\u00e9rie, avant m\u00eame la conqu\u00eate de l\u2019Alg\u00e9rie, m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre analys\u00e9 en d\u00e9tail afin de mieux&nbsp; comprendre le processus d\u00e9cisionnel du&nbsp;<em>pouvoir,&nbsp;<\/em>l\u2019une des trois composantes de la g\u00e9opolitique de l\u2019auteur au cours de cet \u00e9pisode historique, qui continue \u00e0 alimenter les pol\u00e9miques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ren\u00e9 Mayer avait une stature politique nationale et internationale, notamment sur le plan europ\u00e9en.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Notre questionnement final<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><strong>L\u2019auteur a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas conclure, compte tenu sans doute de la vari\u00e9t\u00e9 et de la complexit\u00e9 des sujets trait\u00e9s, mais il nous aurait permis de mieux comprendre ce qu\u2019il entendait dans sa g\u00e9opolitique du triptyque&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Territoires,<\/em>&nbsp;<em>Pouvoir, Repr\u00e9sentations<\/em>&nbsp;\u00bb, et dans sa mise \u0153uvre sur le chemin choisi de la 1)&nbsp;<em>Question-post-coloniale<\/em>, 2) des&nbsp;<em>Luttes<\/em>, 3) des&nbsp;<em>Repr\u00e9sentations.<\/em><\/strong><\/li><li><strong>Dans ses analyses, l\u2019auteur a accord\u00e9 une tr\u00e8s large place au Maghreb, et principalement au Maroc, o\u00f9 il est n\u00e9 et en Alg\u00e9rie o\u00f9 il a v\u00e9cu, et cette pr\u00e9f\u00e9rence donne \u00e9videment une couleur tr\u00e8s maghr\u00e9bine \u00e0 sa \u00ab&nbsp;Question post-coloniale&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/li><li><strong>Dans son analyse des \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentations&nbsp;\u00bb, l\u2019auteur a fait un sort au livre \u00ab&nbsp;<em>La Fracture coloniale<\/em>&nbsp;\u00bb, mais en faisant l\u2019impasse sur la source historique de ce courant de repr\u00e9sentations coloniales, le Colloque savant de 1993, anim\u00e9 par d\u2019\u2019\u00e9minents historiens qu\u2019il n\u2019a pu manqu\u00e9 de rencontrer au cours de sa carri\u00e8re.<\/strong><\/li><li><strong>L\u2019auteur fait un sort aux \u00ab&nbsp;grands ensembles&nbsp;\u00bb o\u00f9 il a v\u00e9cu, mais sans faire la d\u00e9monstration de leur repr\u00e9sentativit\u00e9 dans l\u2019\u00e9volution d\u00e9crite.<\/strong><\/li><li><strong>L\u2019auteur analyse longuement le cas et le r\u00f4le de Samory \u00e0 l\u2019\u00e9poque des conqu\u00eates de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, mais en s\u2019appuyant sur des sources qui font question, par rapport aux nombreuses sources que j\u2019ai moi-m\u00eame consult\u00e9es.<\/strong><\/li><\/ol>\n\n\n\n<p><strong>En r\u00e9sum\u00e9, la g\u00e9opolitique telle qu\u2019expos\u00e9e dans l\u2019ouvrage ne manque-t-elle pas \u00e0 la fois de rigueur et de clart\u00e9, d\u2019autant plus que le chemin d\u2019analyse choisi par Yves Lacoste \u00e9tait beaucoup trop sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Jean Pierre Renaud\u00a0\u00a0\u00a0&#8211;\u00a0 Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;La question post-coloniale&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Une analyse g\u00e9opolitique&nbsp;\u00bb Yves Lacoste &amp; Pour conclure cette lecture &nbsp;L\u2019auteur ne concluant pas, je me risquerai \u00e0 le faire apr\u00e8s une lecture critique approfondie, en concluant sur un questionnement de synth\u00e8se. Apr\u00e8s avoir lu et relu ce livre, il s\u2019agit donc de savoir si l\u2019analyse g\u00e9opolitique propos\u00e9e est pertinente, dans le &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/09\/22\/la-question-post-coloniale-yves-lacoste-pour-conclure-cette-lecture-critique\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La Question Post-coloniale-Yves Lacoste &#8211; Pour conclure cette lecture critique&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,14,8,7,6,5,10,4],"tags":[273,605,354,353],"class_list":["post-490","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-banlieues","category-colonies","category-communication","category-culture","category-histoire","category-immigration","category-politique","tag-colonies","tag-conclusion","tag-geopolitique","tag-yves-lacoste"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/490","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=490"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/490\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":491,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/490\/revisions\/491"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=490"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=490"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=490"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}