{"id":514,"date":"2020-07-22T01:53:27","date_gmt":"2020-07-21T23:53:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=514"},"modified":"2021-06-12T01:57:24","modified_gmt":"2021-06-11T23:57:24","slug":"la-question-post-coloniale-annexe-conclusions-regards-croises-1890-1920s","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/07\/22\/la-question-post-coloniale-annexe-conclusions-regards-croises-1890-1920s\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Question post-coloniale\u00a0\u00bb &#8211; Annexe \u00ab\u00a0Conclusions \u00ab\u00a0Regards crois\u00e9s\u00a0\u00bb 1890-1920s"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>\u00ab&nbsp;La question post-coloniale&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Publications Et\u00e9 2020<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Annexe propos\u00e9e le 21\/7\/2020<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Conclusions&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00ab&nbsp;<\/strong><strong><em>Ah&nbsp;! il fallait pas, il fallait pas qu\u2019il y aille<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Ah&nbsp;! il ne fallait pas, il fallait pas y aller<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Mais il a fallu, il a fallu qu\u2019il y aille<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Mais il a fallu, il a fallu y aller&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>\u00ab&nbsp;Telle pourrait \u00eatre la formule et le refrain les plus ramass\u00e9es de mes r\u00e9flexions sur la colonisation fran\u00e7aise&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Ainsi que le disait la chanson militaire bien trouss\u00e9e, intitul\u00e9e&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Le tambour miniature&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;\u00ab&nbsp;Mon ambition \u00e9tait de tenter de retracer les premiers \u00e9changes entre blancs et noirs, les premiers regards crois\u00e9s, et d\u2019examiner toutes les questions qui allaient se poser, au moment o\u00f9 la France installa d\u00e9finitivement son pouvoir colonial, en tout cas certains de ses enfants le croyaient-ils, en Afrique de l\u2019ouest, une entreprise hardie, et sans doute impossible.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019agissait pour moi de mieux comprendre le processus colonial de la premi\u00e8re phase de la colonisation, celle des ann\u00e9es 1890-1914, et je serais sans doute imprudent d\u2019en conclure que tel a \u00e9t\u00e9 le cas.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 une des questions qui me taraude depuis la p\u00e9riode de mes \u00e9tudes, le pourquoi des conqu\u00eates coloniales, le pourquoi de ma premi\u00e8re vocation, tr\u00e8s courte, qui fut celle du service de la France d\u2019Outre- Mer, et le pourquoi du large \u00e9chec de la colonisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout feu, tout flamme, \u00e0 cette \u00e9poque de ma jeunesse, le r\u00eave d\u2019un service au service des autres, les Africains, avait effectivement berc\u00e9 mes \u00e9tudes, alors que je n\u2019avais pas eu le temps, ou pris le temps de me pencher sur l\u2019histoire d\u00e9taill\u00e9e de nos conqu\u00eates coloniales et sur la connaissance que nous avions du continent africain. J\u2019en savais toutefois, d\u00e9j\u00e0 assez, pour ne me faire aucune illusion sur la p\u00e9rennit\u00e9 de notre pr\u00e9sence coloniale en Afrique, mais je croyais qu\u2019il \u00e9tait encore possible de fonder une nouvelle communaut\u00e9 de destins entre la France et ses anciennes colonies, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas, et en tout cas pas sous la forme caricaturale de la Fran\u00e7afrique.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S\u2019il est vrai que la conqu\u00eate coloniale de l\u2019Afrique de l\u2019ouest fut, par bien de ses aspects, et de ses exploits, une sorte de saga militaire qui vit souvent s\u2019opposer de grands adversaires, les couples Gallieni-Ahmadou, puis Archinard-Ahmadou, puis Archinard-Samory, les premiers pas de la colonisation s\u2019effectu\u00e8rent dans une paix civile relative, toute nouvelle, facilit\u00e9e par la destruction des grands empires du bassin du Niger, celui d\u2019Ahmadou, en pleine d\u00e9liquescence, celui de Samory, en pleine puissance, et l\u2019installation d\u2019une nouvelle paix civile, celle de l\u2019ordre public colonial.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelles conclusions tirer de cette analyse&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les temps courts de la colonie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les temps de la conqu\u00eate et de la colonisation ont \u00e9t\u00e9 des temps courts, une trentaine d\u2019ann\u00e9es au maximum, pour la conqu\u00eate et l\u2019installation du nouveau pouvoir colonial, 1880\/1890 \u2013 1910\/1914, une vingtaine d\u2019ann\u00e9es pour la \u00ab&nbsp;belle&nbsp;\u00bb p\u00e9riode coloniale, 1920\/1940, et moins de vingt ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, 1945\/1960, alors que l\u2019AOF \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9e dans un autre monde, qui n\u2019\u00e9tait plus celui de la colonisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ajoutez \u00e0 cela que deux guerres mondiales avaient interrompu ou perturb\u00e9 gravement les processus coloniaux&nbsp;: apr\u00e8s le retour des anciens tirailleurs de la guerre de 14-18, le Blanc n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus l\u2019homme \u00ab&nbsp;<em>miracle&nbsp;<\/em>\u00bb, et apr\u00e8s la d\u00e9faite de la France, en 1940, les changements intervenus chez les ma\u00eetres du monde, la toute puissance des Etats-Unis, le cours de l\u2019Afrique devait in\u00e9vitablement prendre un cours nouveau.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La colonisation fran\u00e7aise se d\u00e9veloppa donc dans un temps historique tr\u00e8s court, une p\u00e9riode \u00ab&nbsp;utile&nbsp;\u00bb de l\u2019ordre de cinquante ann\u00e9es, interrompue par les deux guerres mondiales, et d\u00e9bouchant sur un apr\u00e8s 1945, un nouveau monde, celui du d\u00e9clin de l\u2019Europe, de la tout puissance des Etats-Unis, et rapidement de la guerre froide, d\u2019une Quatri\u00e8me R\u00e9publique dont l\u2019objectif N\u00b01 \u00e9tait la reconstruction du pays.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est indispensable d\u2019avoir ces donn\u00e9es temporelles \u00e0 l\u2019esprit quand on a l\u2019ambition de vouloir appr\u00e9cier les tenants et aboutissants de la colonisation fran\u00e7aise, sinon ses r\u00e9sultats, car elles sont historiquement capitales.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<strong>Des yeux plus gros que le ventre, hier comme aujourd&rsquo;hui, la \u00ab\u00a0politique de grandeur\u00a0\u00bb de la France.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les gouvernements de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique ne manquaient pas d\u2019air pour se lancer dans de grandes exp\u00e9ditions coloniales en Afrique, en Asie, et \u00e0 Madagascar,&nbsp; alors qu\u2019ils ignoraient tout, ou presque tout des peuples de ces nouvelles colonies, et qu\u2019ils n\u2019avaient jamais arr\u00eat\u00e9 de politique coloniale.<\/strong><strong>&nbsp;Il y a beaucoup d\u2019anecdotes qui d\u00e9montrent la grande ignorance que nos hommes politiques avaient du domaine colonial, et cela jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9colonisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C\u2019est une des raisons, parmi d\u2019autres qui me font r\u00e9p\u00e9ter, que le peuple de France n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 concern\u00e9 par les colonies, ou de fa\u00e7on marginale, lorsqu\u2019il y eut de la gloire \u00e0 glaner, celle que Montesquieu avait d\u00e9j\u00e0 mise en lumi\u00e8re comme une des caract\u00e9ristiques de la psychologie des Fran\u00e7ais, ou inversement lorsqu\u2019il fut n\u00e9cessaire de lutter contre les r\u00e9voltes violentes des peuples qui revendiquaient une ind\u00e9pendance tout \u00e0 fait l\u00e9gitime.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le conflit indochinois, la Quatri\u00e8me R\u00e9publique se garda bien de mobiliser le contingent et fit appel aux \u00e9l\u00e9ments professionnels de son arm\u00e9e, d\u00e9cision qui marquait bien sa volont\u00e9 de tenir le peuple \u00e0 l\u2019\u00e9cart, et lorsque la m\u00eame R\u00e9publique envoya ses appel\u00e9s en Alg\u00e9rie, mal lui en a pris, puisque la pr\u00e9sence massive du contingent a plut\u00f4t \u00e9t\u00e9 un facteur d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous imaginez l\u2019inconscience, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la d\u00e9mesure, dont il fallait faire preuve, \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, pour lancer la France dans de grandes exp\u00e9ditions militaires sur plusieurs continents, en Asie, \u00e0 plus de dix mille kilom\u00e8tres de la France, ou en Afrique, \u00e0 quatre ou cinq mille kilom\u00e8tres, m\u00eame en tenant compte du saut technologique qui en donnait la possibilit\u00e9 th\u00e9orique, la quinine, la vapeur, le c\u00e2ble, les armes \u00e0 tir rapide, et le canal de Suez.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ou l\u2019inconscience politique pour avoir l\u2019ambition de conqu\u00e9rir des millions de kilom\u00e8tres carr\u00e9s sous n\u2019importe quel climat, sans savoir par avance ce qu\u2019on allait bien pouvoir en faire&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour former ces exp\u00e9ditions, les gouvernements de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique se sont bien gard\u00e9s de faire appel aux soldats de la conscription, mais d\u00e9j\u00e0 aux \u00e9l\u00e9ments professionnels de son arm\u00e9e, et surtout aux fameux tirailleurs sans le concours desquels aucune conqu\u00eate n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 possible.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le summum de cette folie fut l\u2019exp\u00e9dition de Fachoda, en 1898, la France nourrissant l\u2019ambition de contrer les Anglais dans la haute Egypte, alors que notre pays avait abandonn\u00e9 l\u2019Egypte aux Anglais, quelques ann\u00e9es auparavant, et que Kitchener remontait le Nil avec une arm\u00e9e moderne, des milliers d\u2019hommes avec vapeurs, canons, et t\u00e9l\u00e9graphe. En face, une dizaine de Fran\u00e7ais, avec \u00e0 leur t\u00eate le capitaine Marchand, pour y&nbsp; planter notre drapeau, alors qu\u2019il fallait faire des milliers de kilom\u00e8tres dans une Afrique centrale encore \u00e0 d\u00e9couvrir pour ravitailler la mission Marchand \u00e0 Fachoda.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les premiers regards crois\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au cours de la premi\u00e8re phase de contact entre les deux mondes, et hors p\u00e9riode d\u2019affrontement militaire, les premiers blancs, en tout cas ceux que nous avons cit\u00e9s, et qui nous ont fait partager leurs r\u00e9cits, leurs carnets d\u2019exp\u00e9dition ou de voyage, n\u2019ont pas port\u00e9 un regard d\u00e9pr\u00e9ciatif sur les soci\u00e9t\u00e9s africaines qu\u2019ils d\u00e9couvraient, plut\u00f4t un regard d\u2019\u00e9tranget\u00e9.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les lecteurs connaissent le d\u00e9bat qui a agit\u00e9 au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle le monde intellectuel et politique quant \u00e0 la question des races et d\u2019une sup\u00e9riorit\u00e9 suppos\u00e9e de la race blanche. Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 le sujet, mais sans introduire le crit\u00e8re racial. Il est \u00e9vident qu\u2019un officier de marine fran\u00e7ais ou anglais, car les officiers de marine ont tr\u00e8s souvent \u00e9t\u00e9 les artisans des conqu\u00eates coloniales, ne pouvait manquer d\u2019\u00e9prouver un sentiment de puissance extraordinaire &#8211; tout devait leur sembler possible &#8211;&nbsp; quand ils d\u00e9barquaient sur les c\u00f4tes africaines \u00e0 partir de leurs monstres d\u2019acier, car il faut avoir vu des images des parades des flottes militaires de l\u2019\u00e9poque, \u00e0 Toulon, \u00e0 Cherbourg, ou \u00e0 Cronstadt, pour en avoir conscience.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour faire appel \u00e0 une comparaison anachronique, la perception des choses que pourrait avoir le commandant d\u2019un paquebot de croisi\u00e8re, \u00e0 l\u2019ancre \u00e0 Pointe \u00e0 Pitre, une sorte d\u2019immeuble de grande hauteur, en apercevant de son neuvi\u00e8me ou dixi\u00e8me \u00e9tage, un pi\u00e9ton sur le quai.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un de ses romans,&nbsp;<em>Amadou Hamp\u00e2t\u00e9 B\u00e2<\/em>, parlait des monstres d\u2019acier, les vapeurs du Niger qu\u2019il avait vu dans son enfance, mais qu\u2019aurait-il pu dire alors s\u2019il avait vu les autres grands monstres d\u2019acier, avec leurs chemin\u00e9es monstrueuses, qu\u2019\u00e9taient les cuirass\u00e9s ou les croiseurs des flottes anglaises, fran\u00e7aises, russes, ou japonaises.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout a commenc\u00e9 \u00e0 changer quand le syst\u00e8me colonial \u00e0 la fran\u00e7aise s\u2019est mis en place, lorsque le colonisateur a voulu, pour des raisons de facilit\u00e9 et de simplicit\u00e9 \u00e9videntes, administrer les Noirs sur le m\u00eame mod\u00e8le, \u00e9tablir le nouvel ordre colonial en usant soit de la palabre, soit, et plus souvent de la violence, comme nous l\u2019avons vu en C\u00f4te d\u2019Ivoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du c\u00f4t\u00e9 africain, nous avons tent\u00e9 de proposer un aper\u00e7u des regards qu\u2019ils pouvaient porter sur ces premiers blancs, avec le sentiment que les Africains trouvaient encore plus \u00e9tranges ces blancs que les blancs ne pouvaient les trouver eux-m\u00eames \u00e9tranges, sortes de cr\u00e9atures venues d\u2019un autre monde, famili\u00e8res de leur propre monde imaginaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les apparences, un grand bouleversement des soci\u00e9t\u00e9s africaines en peu de temps, avec une grande immobilit\u00e9 au-dedans des m\u00eames soci\u00e9t\u00e9s africaines.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ce serait sans doute ma premi\u00e8re remarque sur les changements intervenus dans cette r\u00e9gion du monde, des changements qui furent souvent de vrais cataclysmes pour beaucoup de soci\u00e9t\u00e9s africaines repli\u00e9es jusque-l\u00e0 sur elles-m\u00eames, souvent aux prises avec des voisins pr\u00e9dateurs, des soci\u00e9t\u00e9s qui vivaient d\u2019une certaine fa\u00e7on en dehors du temps, dans leur propre temps, mais en m\u00eame temps capables de se refermer sur elles-m\u00eames comme des huitres.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les pages qui pr\u00e9c\u00e8dent le lecteur aura pris la mesure de l\u2019\u00e9cart consid\u00e9rable qui pouvait exister entre le fonctionnement de ces soci\u00e9t\u00e9s, le contenu de leurs cultures et croyances, et la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de la m\u00eame \u00e9poque, un \u00e9cart que seuls les bons connaisseurs du monde africain avaient pu mesurer tout au long de la p\u00e9riode coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous avons fait appel \u00e0 des t\u00e9moins comp\u00e9tents et non \u00ab&nbsp;<em>colonialistes<\/em>&nbsp;\u00bb dans le sens anachronique que certains leur pr\u00eatent, pour \u00e9clairer le lecteur sur les caract\u00e9ristiques de cette soci\u00e9t\u00e9 africaine, ou plut\u00f4t de ces soci\u00e9t\u00e9s africaines, tant elles \u00e9taient vari\u00e9es, des caract\u00e9ristiques religieuses et culturelles qui compliquaient la t\u00e2che du colonisateur, pour ne pas dire, la rendait impossible.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un bouleversement immense, peut-\u00eatre plus en surface, dans les organes politiques apparents, les circuits d\u2019un commerce encore faible, qu\u2019en profondeur, alors que le monde noir vivant restait souvent \u00e0 l\u2019abri, tr\u00e8s r\u00e9sistant dans ses convictions magiques et religieuses.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les t\u00e9moignages de&nbsp;<em>Delafosse, Labouret, Delavignette, et S\u0153ur Marie SaintAndr\u00e9 du Sacr\u00e9 C\u0153<\/em>ur illustrent bien cette situation paradoxale et marquaient bien les territoires de la pens\u00e9e et des croyances africaines qui \u00e9chappaient \u00e0 la colonisation, et ils \u00e9taient fort nombreux.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ces grands t\u00e9moins \u00e9taient lucides, et comment ne pas citer \u00e0 nouveau ce qu\u2019\u00e9crivait Delafosse dans le livre \u00ab&nbsp;Broussard&nbsp;\u00bb, paru en 1922, longtemps avant le temps des ind\u00e9pendances, quant \u00e0 la possibilit\u00e9 qu\u2019une bombe explose \u00e0 Dakar, comme elle avait d\u00e9j\u00e0 explos\u00e9 dans un caf\u00e9 d\u2019Hano\u00ef.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;La question post-coloniale&nbsp;\u00bb Publications Et\u00e9 2020 Annexe propos\u00e9e le 21\/7\/2020 \u00ab&nbsp;Conclusions&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! il fallait pas, il fallait pas qu\u2019il y aille Ah&nbsp;! il ne fallait pas, il fallait pas y aller Mais il a fallu, il a fallu qu\u2019il y aille Mais il a fallu, il a fallu y aller&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Telle pourrait \u00eatre la formule &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2020\/07\/22\/la-question-post-coloniale-annexe-conclusions-regards-croises-1890-1920s\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;\u00ab\u00a0La Question post-coloniale\u00a0\u00bb &#8211; Annexe \u00ab\u00a0Conclusions \u00ab\u00a0Regards crois\u00e9s\u00a0\u00bb 1890-1920s&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,8,5,10,4],"tags":[273,627,628],"class_list":["post-514","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-colonies","category-histoire","category-immigration","category-politique","tag-colonies","tag-conclusions","tag-regards-croises"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/514","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=514"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/514\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":515,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/514\/revisions\/515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=514"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=514"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=514"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}