{"id":583,"date":"2019-10-04T03:52:41","date_gmt":"2019-10-04T01:52:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=583"},"modified":"2021-06-13T04:07:08","modified_gmt":"2021-06-13T02:07:08","slug":"les-indigenes-de-la-republique-et-lart-africain-de-la-cour-dabomey-deux-pieces-a-verser-au-dossier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2019\/10\/04\/les-indigenes-de-la-republique-et-lart-africain-de-la-cour-dabomey-deux-pieces-a-verser-au-dossier\/","title":{"rendered":"Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et l&rsquo;art africain de la Cour d&rsquo;Abomey: deux pi\u00e8ces \u00e0 verser au dossier"},"content":{"rendered":"\n<p>       <strong>Avec Jean Clair\u00a0: dans le livre \u00ab\u00a0<em>Terre natale<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<em>Exercices de pi\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0(Gallimard-2019)\u00a0o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>Il \u00e9voque \u00e0 nouveau son enfance en Mayenne, ses parents dont il dresse\u00a0 des portraits \u00e9mouvants, presque d\u00e9chirants, la campagne des ann\u00e9es quarante et cinquante qui a disparu comme les haies qui la scandaient, revenant ainsi \u00e0 des th\u00e8mes dont ses lecteurs sont familiers.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Historien d\u2019art, Jean Clair a \u00e9t\u00e9 directeur du Mus\u00e9e national Picasso-Paris jusqu\u2019en 2005.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s\u2019agit d\u2019un livre aust\u00e8re, mystique, nourri de culture et de voyages, souvent d\u00e9coiffant, lorsque l\u2019auteur d\u00e9crit la soci\u00e9t\u00e9 actuelle par rapport \u00e0 celle du pass\u00e9 de notre pays.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans ses r\u00e9flexions sur l\u2019art, le lecteur ne peut \u00e9videmment pas manquer d\u2019y voir la marque du sous-titre de ce livre \u00ab&nbsp;<em>Exercices de pi\u00e9t\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je propose quelques extraits de son texte qui font \u00e9cho \u00e0 quelques-unes de mes r\u00e9flexions et publications sur deux sujets, la propagande du groupe de pression&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/em>&nbsp;\u00bb et la restitution d\u2019objets d\u2019art de l\u2019Ouest Africain \u00e0&nbsp; leurs pays d\u2019origine, anciennement le Dahomey, aujourd\u2019hui, le B\u00e9nin.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En ce qui concerne, ce deuxi\u00e8me th\u00e8me, le lecteur aura la possibilit\u00e9 de relier le propos \u00ab&nbsp;<em>religieux<\/em>&nbsp;\u00bb de l\u2019auteur \u00e0 la comparaison que fit un illustre hi\u00e9rarque de l\u2019association en question&nbsp;: ce dernier indiquait qu\u2019en privant le B\u00e9nin du Tr\u00e9sor de la Cour de B\u00e9hanzin \u00e0 Abomey, notre pays privait ses habitants d\u2019une sorte d\u2019\u00e9quivalent de la basilique royale de Saint Denis.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le blog de janvier 2017 a consacr\u00e9 de nombreuses pages au th\u00e8me pol\u00e9mique des Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique, notamment en citant de larges extraits du livre d\u2019Eugen Weber \u00ab&nbsp;<em>La fin des terroirs<\/em>&nbsp;\u00bb dans lequel l\u2019auteur d\u00e9crit le pass\u00e9 de nos terroirs.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La condition des paysans de France n\u2019avait rien \u00e0 envier \u00e0 celle de beaucoup d\u2019Indig\u00e8nes des colonies fran\u00e7aises,&nbsp; une comparaison historique ch\u00e8re \u00e0 certains groupuscules politiques et multiculturels vou\u00e9s \u00e0 la revendication, \u00e0 la repentance, et \u00e0 la r\u00e9paration, le plus souvent&nbsp;<em>en monnaie sonnante et tr\u00e9buchante\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Monuments aux morts, griff\u00e9s de haut en bas, au c\u0153ur du village, tables de marbre, dans la nef de l\u2019\u00e9glise, entassant des noms dont personne ne se souviendrait plus. Les paysans avaient fourni la pi\u00e9taille pour les charniers de la Premi\u00e8re Guerre. Cela avait permis de r\u00e9duire une classe sociale dont la n\u00e9cessit\u00e9 n\u2019\u00e9tait plus \u00e9vidente. On se servirait d\u2019eux, une derni\u00e8re fois. Les masses rurales, jusqu\u2019alors majoritaires, n\u00e9cessaires \u00e0 nourrir la nation, avaient \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es, du moins le voulait-on ainsi, dans une entit\u00e9 administrative qui leur assurerait la s\u00e9curit\u00e9, la sant\u00e9, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019arm\u00e9e, la&nbsp; police, les juges, les gendarmes, les instituteurs. Mais ces communaut\u00e9s furent en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9es de leurs droits communaux, pr\u00e9s communaux, droit de chasse et de p\u00eacher, code forestier, priv\u00e9s de leur fa\u00e7on de vivre, de penser et de parler, et soumis finalement \u00e0 des conventions et \u00e0 des langues qui leur \u00e9raient \u00e9trang\u00e8res, comme un conqu\u00e9rant l\u2019impose \u00e0 des colonis\u00e9s. Les colonies de ruraux \u00e9taient l\u00e0, clairsem\u00e9es et isol\u00e9s, pr\u00eates pour une exploitation \u00e9conomique.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus peut-\u00eatre. Il&nbsp; m\u2019arrive de penser que la fa\u00e7on dont les petits paysans furent les premiers appel\u00e9s au d\u00e9but de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie pour renforcer les effectifs de l\u2019arm\u00e9e d\u2019active, rappelant la fa\u00e7on dont on avait \u00e0 sa fin enr\u00f4l\u00e9 les harkis pour renforcer le contingent venu des villes. Les paysans de nos campagnes avaient \u00e9t\u00e9 les derniers des colonis\u00e9s, les idiots des Landes et les cr\u00e9tins des Alpes, les p\u00e9quenots des patelins perdus, plus proches des indig\u00e8nes, des autochtones d\u2019outre-mer, des djebels de Kabylie ou des Marquises, que des gens des cit\u00e9s qui venaient l\u2019\u00e9t\u00e9 les visiter. On les laisserait tomber apr\u00e8s coup, comme avait laiss\u00e9 tomber les suppl\u00e9tifs, pour achever de r\u00e9duire, jusqu\u2019\u00e0 la faire disparaitre, une communaut\u00e9 rurale devenue inutile, et inassimilable.&nbsp;\u00bb (page 103)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Quelle population aura connu une telle d\u00e9cimation&nbsp;? Ils auront perdu jusqu\u2019\u00e0 leur nom. De \u00ab&nbsp;paysans&nbsp;\u00bb, ils sont devenus des \u00ab&nbsp;agriculteurs&nbsp;\u00bb. Ou bien ailleurs, des \u00ab&nbsp;\u00e9leveurs&nbsp;\u00bb. Mais les paysans \u00e9taient \u00e0 la fois et n\u00e9cessairement des agriculteurs et des \u00e9leveurs. On les avait somm\u00e9s de choisir, comme l\u2019ouvrier \u00e0 la chaine doit se sp\u00e9cialiser. Les deux mamelles se sont taries. Et les \u00ab&nbsp;pays&nbsp;\u00bb ont disparu\u2026.&nbsp;\u00bb (page 107)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>L\u2019art de la Cour d\u2019Abomey<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>&amp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>\u00ab&nbsp;TERRE NATALE&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>Jean Clair<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>XXIII<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;La D\u00e9b\u00e2cle&nbsp;\u00bb (page 373)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-medium-font-size\"><strong>&nbsp;L\u2019art de la Cour d\u2019Abomey<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>\u2026 On a rempli les mus\u00e9es \u00e0 mesure qu\u2019on vidait les \u00e9glises Mais le sanctuaire est un lieu qui a un sens, ordonn\u00e9 qu\u2019il est \u00e0 l\u2019horizontale comme \u00e0 la verticale, par des objets, statues ou peintures, dispos\u00e9s selon leur destination, chacun ayant sa valeur et son sens, du portail o\u00f9 sont les saints \u00e0 l\u2019autel o\u00f9 sont les dieux, du niveau o\u00f9 sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s les Evangiles \u00e0 celui o\u00f9 l\u2019on se rem\u00e9more les Epitres&nbsp;: un espace plein o\u00f9 rien n\u2019est interchangeable, ne se soustrait ni ne s\u2019ajoute, un parcours qui a son d\u00e9but et sa fin.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le mus\u00e9e et la collection, eux, ne nous livrent jamais que des mat\u00e9riaux errants, indiff\u00e9rents, qui ont perdu leur destination, leur pouvoir et leur sens. Sans attache, et sans fin. L\u2019errance contre l\u2019orance.&nbsp;\u00bb (page 387)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&#8211;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J\u2019ai fini par ha\u00efr les mus\u00e9es auxquels j\u2019ai consacr\u00e9 ma vie&nbsp;; ils illustrent trop bien l\u2019\u00e9chec de notre temps. A quoi bon constituer les collections d\u2019art primitif, les quatre-vingt-dix mille objets ou plus venus d\u2019Afrique ou d\u2019ailleurs que conserve Branly et qu\u2019on pr\u00e9tend aujourd\u2019hui restituer&nbsp;? Des \u0153uvres d\u2019art&nbsp;? La notion \u00e9tait inconnue de ceux qui les fa\u00e7onn\u00e8rent&nbsp;: masques rituels, objets c\u00e9r\u00e9moniels, c\u2019\u00e9taient des instruments de culte, que les tribus d\u00e9truisaient, que l\u2019on br\u00fblait, apr\u00e8s qu\u2019ils avaient servi. Seule la curiosit\u00e9 des Europ\u00e9ens permit de les sauver, de les conserver, de les classer, de les inventorier et de les exposer.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les tribus africaines n\u2019agissaient pas diff\u00e9remment des soci\u00e9t\u00e9s de la Gr\u00e8ce et de la Rome antiques, dont les pr\u00eatres enfouissaient dans des&nbsp;<\/em><\/strong><strong>favissae,&nbsp;<em>ou jetaient au feu, les objets qui encombraient les temples, mais qui n\u2019en demeuraient pas moins la propri\u00e9t\u00e9 des dieux, et non des \u0153uvres d\u2019art destin\u00e9es \u00e0 la satisfaction des hommes.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les mus\u00e9es n\u00e9s de la modernit\u00e9 r\u00e9publicaine ne sont pas les fosses ni les b\u00fbchers des objets de culte o\u00f9 les conserver une fois que le culte a disparu. Tout au contraire pr\u00e9tendent-ils les sauver de l\u2019invisibilit\u00e9 pour les offrir au regard des terrestres. Ce faisant, ils leur retirent leur pouvoir et leur sens.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plus courageux serait de restituer \u00e0 l\u2019\u00e9glise les sculptures, les retables qui n\u2019ont jamais cess\u00e9 d\u2019avoir un sens et une vertu dans une soci\u00e9t\u00e9 et dans une culture qui sont toujours les n\u00f4tres. Retirer une&nbsp;<\/em><\/strong><strong>Pi\u00e9ta<em>&nbsp;de l\u2019autel pour lequel elle a&nbsp; \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue, et la raccrocher aux cimaises d\u2019un mus\u00e9e, entre l\u2019effigie d\u2019un Roi et les figurants d\u2019une bataille&nbsp;; c\u2019est priver l\u2019image d\u2019une puissance qui&nbsp; la faisait participer du sacr\u00e9 et repr\u00e9senter les traits non seulement d\u2019une personne, mais aussi de la force active qui \u00e9tait la sienne. Et finalement, au bout de quelque temps, c\u2019est effacer au regard du visiteur de hasard ce qu\u2019elle voulait si magnifiquement dire, selon une imagerie et des figures rigoureusement r\u00e9gl\u00e9es \u2013 pour ne plus \u00eatre qu\u2019un jeu gratuit de formes, un n\u00e9ant visuel dans lequel l\u2019art dit contemporain viendra puiser les raisons de sa fausse existence.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oserait-on faire chez nous ce que les Russes ont fait chez eux, quand le r\u00e9gime sovi\u00e9tique ayant disparu, on restitua aux orthodoxes les tr\u00e9sors d\u00e9rob\u00e9s apr\u00e8s la R\u00e9volution dans le but de cr\u00e9er un mus\u00e9e des Religions et de l\u2019Ath\u00e9isme\u2026&nbsp;\u00bb. ( page 397)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<\/em><\/strong><strong>Inanis et vacua<em>, informe et vide, sans forme et sans fond, c\u2019est aussi une fa\u00e7on cavali\u00e8re, en deux mots, de d\u00e9finir la nature de l\u2019art dit contemporain, dans les derniers instants de son aventure. Dissolution, dislocation, disparition de toute forme visible, dispersion des limites, explosion des enveloppes, mais \u00e9galement refus du dicible, du mot, du sujet, de ce que dit l\u2019image, et si pr\u00e9cis\u00e9ment et si bellement, au-del\u00e0 des incertitudes et des efforts des mots de la langue \u00e9crite et parl\u00e9e.&nbsp; Rien n\u2019est sorti de cet art moderne et contemporain, qui pr\u00e9tendait annoncer le futur et lui donner son sens&nbsp;. Rien n\u2019est sorti de lui que le tohu-bohu des mus\u00e9es sans forme et sans issue, et la rumeur des salles de vente hyst\u00e9ris\u00e9es.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019histoire humaine non plus \u00e0 sa gen\u00e8se, dans ce d\u00e9sert de feu o\u00f9 br\u00fblent les usuriers, les vendeurs, les marchands, tout empress\u00e9s dans leur vie, \u00e0 donner une valeur \u00e0 des objets qui n\u2019en avaient pas. Foires affol\u00e9es o\u00f9 rien ne se vend que du vide, ench\u00e8res o\u00f9 rien ne part qu\u2019\u00e0 des prix insens\u00e9s. Titrisation du n\u00e9ant, usure de l\u2019usurier qui perp\u00e9tue l\u2019illusion de l\u2019art, en magicien funeste qu\u2019il est, qui gesticule et qui crie, au-dessus du vide \u00e0 pr\u00e9sent b\u00e9ant\u2026&nbsp;\u00bb (page 400)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;En quel cercle de l\u2019Enfer faudra-t-il les jeter, plus bas encore que le cercle o\u00f9 r\u00f4tissent les damn\u00e9s de Dante&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La d\u00e9valuation des valeurs, Nietzsche n\u2019aurait os\u00e9 l\u2019imaginer. Une d\u00e9valuation des valeurs autrement radicale que les d\u00e9valuations mon\u00e9taires entrain\u00e9es par la guerre, puisqu\u2019il s\u2019agit \u00e0 travers la fiction nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;art&nbsp;\u00bb, de vendre de l\u2019argent pour avoir plus d\u2019argent. Car plus rien n\u2019est une valeur, mais le signe d\u2019un signe qui finit par ne plus rien signifier. Jeff Koons, Damien Hirst et les autres, \u00e0 quoi bon nommer ces faux dieux, qui n\u2019ont jamais&nbsp; remplac\u00e9 ceux que je craignais, que je priais et que j\u2019aimais jadis, au moment de quitter une terre natale, devenue terre vaine aujourd\u2019hui.&nbsp;\u00bb (page 401)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Commentaire&nbsp;<\/u><\/strong><strong>: \u00e0 lire ce texte sans concession et pour la d\u00e9finition de l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral aussi bien que celle de l\u2019art contemporain, peut-\u00eatre ne sommes-nous pas beaucoup moins loin de l\u2019art africain que l\u2019on ne pourrait le penser&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eloign\u00e9 de ses terres d\u2019origine et de ses croyances, quel sens peut avoir l\u2019art africain que les occidentaux ont mis \u00e0 la mode, un art africain que la soci\u00e9t\u00e9 moderne a plac\u00e9 comme cat\u00e9gorie de l\u2019art contemporain d\u00e9crite par l\u2019auteur, avec tout ce que cela a entrain\u00e9&nbsp; sur le plan de la sp\u00e9culation et de la mode&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour avoir trait\u00e9 \u00e0 maintes reprises sur ce blog de sujets d\u2019histoire coloniale ou postcoloniale et des controverses qui agitaient encore l\u2019histoire postcoloniale&nbsp; sur les h\u00e9ritages blancs ou noirs, vrais ou suppos\u00e9s, il n\u2019est pas interdit de penser que les revendications portant sur la restitution d\u2019objets d\u2019art africain (voir blog d\u2019octobre 2016), notamment dans le cas d\u2019Abomey, sonnent comme le symbole d\u2019un colonialisme qui a r\u00e9ussi tardivement, et dans ce cas-l\u00e0, \u00e0 rev\u00eatir un costume africain.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jean Pierre Renaud&nbsp;&nbsp;&#8211;  Tous droits r\u00e9serv\u00e9s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Jean Clair\u00a0: dans le livre \u00ab\u00a0Terre natale\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Exercices de pi\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Gallimard-2019)\u00a0o\u00f9 \u00ab\u00a0Il \u00e9voque \u00e0 nouveau son enfance en Mayenne, ses parents dont il dresse\u00a0 des portraits \u00e9mouvants, presque d\u00e9chirants, la campagne des ann\u00e9es quarante et cinquante qui a disparu comme les haies qui la scandaient, revenant ainsi \u00e0 des th\u00e8mes dont ses lecteurs sont familiers.\u00a0\u00bb &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2019\/10\/04\/les-indigenes-de-la-republique-et-lart-africain-de-la-cour-dabomey-deux-pieces-a-verser-au-dossier\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les Indig\u00e8nes de la R\u00e9publique et l&rsquo;art africain de la Cour d&rsquo;Abomey: deux pi\u00e8ces \u00e0 verser au dossier&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,8,7,6,5,4],"tags":[734,249,731,729,732,735,336,733],"class_list":["post-583","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actualites","category-colonies","category-communication","category-culture","category-histoire","category-politique","tag-abomey","tag-afrique","tag-art","tag-indigenes","tag-jean-clair","tag-la-debacle","tag-republique","tag-terre-natale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=583"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":585,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/583\/revisions\/585"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=583"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=583"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=583"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}