{"id":774,"date":"2018-04-25T01:46:27","date_gmt":"2018-04-24T23:46:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/?p=774"},"modified":"2021-06-15T01:51:42","modified_gmt":"2021-06-14T23:51:42","slug":"propagande-postcoloniale-contre-propoagande-coloniale-fragments-du-jeu-academique-postcolonial-par-vincent-chambarlhac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2018\/04\/25\/propagande-postcoloniale-contre-propoagande-coloniale-fragments-du-jeu-academique-postcolonial-par-vincent-chambarlhac\/","title":{"rendered":"Propagande postcoloniale contre propoagande coloniale ? \u00ab\u00a0Fragments du jeu acad\u00e9mique postcolonial\u00a0\u00bb par Vincent Chambarlhac"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>L\u2019ACHAC\/BDM, fausse ou vraie sir\u00e8ne postcoloniale&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>Le moteur d\u2019une subversion postcoloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:23px\"><strong>La sir\u00e8ne ACHAC\/BDM<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00ab&nbsp;<em>Fragments du jeu acad\u00e9mique postcolonial (\u00e0 propos d\u2019un collectif, l\u2019Association pour la connaissance de l\u2019histoire de l\u2019Afrique contemporaine, ACHAC<\/em>)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:18px\"><strong>Vincent Chambarlhac \u2013 CAIRN INFO<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Pour embl\u00e9matique qu\u2019il soit, le d\u00e9bat sur l\u2019article 4 de la loi du 23 f\u00e9vrier 2005 vaut palimpseste, effa\u00e7ant parce que le r\u00e9\u00e9crivant le texte des pol\u00e9miques intellectuelles qui contribu\u00e8rent \u00e0 la structuration de la controverse coloniale. Partant, il ne s\u2019agit pas pour autant de restituer un sens cach\u00e9 \u00e0 ce d\u00e9bat (1), mais plut\u00f4t d\u2019\u00e9voquer \u00e0 grands traits un faisceau de pratiques universitaires, \u00e9ditorialistes et militantes qui concourent \u00e0 cette structuration dont le n\u0153ud gordien serait le lien tiss\u00e9 entre le pass\u00e9 colonial et le pr\u00e9sent r\u00e9publicain. Soit l\u2019irruption&nbsp; des postcolonial studies dans le champ acad\u00e9mique. Si l\u2019essentiel de mon propos vise \u00e0 restituer \u00e0 une part des acteurs de ce d\u00e9bat leur r\u00f4le singulier, le politique dans sa version parlementaire et partidaire demeure en hors-champ de l\u2019analyse. Dans la gen\u00e8se intellectuelle du d\u00e9bat, ces jeux d\u2019acteurs se saisissent \u00e0 mes yeux dans l\u2019horizon du postcolonialisme comme enjeu conceptuel simultan\u00e9ment universitaire et militant, \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 1990 dans le monde anglo-saxon (2), aujourd\u2019hui en France. Embrasser l\u2019ensemble du champ fran\u00e7ais du postcolonialisme outrepasse \u00e9videmment le cadre de cet article&nbsp;: il se restreint \u00e0 la part active prise dans le d\u00e9veloppement de ce champ par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et plus largement le collectif qu\u2019est l\u2019Association pour la connaissance de l\u2019histoire de l\u2019Afrique contemporaine (ACHAC) dans son lien avec l\u2019histoire contemporaine. Dans l\u2019historiographie fran\u00e7aise, leurs publications, et les strat\u00e9gies qui les animent, constituent \u00e0 mes yeux une part des d\u00e9bats en cours sur le postcolonial.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un transfert culturel ouvre l\u2019analyse&nbsp;: elle n\u2019est pas in\u00e9dite, reprend un argument souvent brandi dans les d\u00e9bats. Cette hypoth\u00e8se d\u00e9bouche sur la saisie de deux logiques compl\u00e9mentaires. L\u2019une se situe aux confins des pratiques universitaires et m\u00e9diatiques&nbsp;; elle d\u00e9signe autant un projet qu\u2019une mani\u00e8re de se situer dans le champ de l\u2019histoire universitaire. La seconde d\u00e9signe l\u2019appropriation politique de la probl\u00e9matique postcoloniale dans l\u2019espace public, et postule que celle-ci participe de l\u2019inscription du postcolonial dans le jeu acad\u00e9mique. Toutes deux signalent des lieux et des passeurs par quoi et par qui les d\u00e9bats adviennent, se structurent et s\u2019arriment au champ historique dans la r\u00e9currence des pol\u00e9miques.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>L\u2019HYPOTH\u00c8SE D\u2019UN TRANSFERT CULTUREL<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00abSur le fond, ce qui se joue dans ce d\u00e9bat sur le fait colonial tient \u00e0 ce que l\u2019histoire de ce pass\u00e9 fait aux universaux r\u00e9publicains. Cette position travaille finalement peu le monde colonial&nbsp;: seule importe la m\u00e9tropole. Li\u00e9 au pr\u00e9sentisme des enjeux m\u00e9moriels, ce questionnement de la R\u00e9publique \u00e0 partir du fait colonial convoque les apports des postcolonial studies anglo-saxonnes. Ce mouvement, qui commence \u00e0 partir du d\u00e9bat des ann\u00e9es 1990, se d\u00e9ploie \u00e0 partir de la culture comme objet. Significativement, l\u2019une des premi\u00e8res manifestations de cette irruption des probl\u00e9matiques des postcolonial et cultural studies dans l\u2019historiographie fran\u00e7aise est la longue recension que Christophe Prochasson donne de l\u2019ouvrage d\u2019Hermann Lebovics pour les Annales HSS (3) ce livre est finalement traduit chez Belin en 1995. Pour Christophe Prochasson, \u00ab\u00a0le retour \u00e0 une histoire politique passe par la publication&nbsp;\u00bb de tels ouvrages (4). C\u2019est dans la conjoncture du renouvellement de l\u2019histoire politique par l\u2019histoire culturelle que se d\u00e9ploient l\u2019appel aux travaux anglo-saxons et, dans le cas pr\u00e9sent, la question du postcolonialisme. La situation peut se lire dans la probl\u00e9matique de l\u2019appel au profane&nbsp;: en recourant aux travaux anglo-saxons, une partie des historiens fran\u00e7ais se distingue dans la reconfiguration en cours du champ historiographique par l\u2019histoire culturelle (5)\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On peut ainsi risquer l\u2019hypoth\u00e8se, \u00e0 propos de la question coloniale, d\u2019un transfert culturel paradoxal\u2026 L\u2019irruption des th\u00e9matiques propres au postcolonial studies bouscule en partie l\u2019histoire du fait colonial nagu\u00e8re pratiqu\u00e9e \u00e0 partir de l\u2019histoire politique et de l\u2019histoire sociale. D\u00e9pla\u00e7ant sur le sol m\u00e9tropolitain la prise en compte du fait colonial, elle fragilise l\u2019\u00e9quilibre des d\u00e9coupages jusque-l\u00e0 dominants o\u00f9 l\u2019histoire coloniale occupait un secteur historiographique marginal.(6) Cet appel au profane pr\u00e9suppose l\u2019hybridation des synth\u00e8ses pr\u00e9valant, multiplie les controverses possibles puisqu\u2019elle postule dans la trame du national (r\u00e9duite spatialement au m\u00e9tropolitain) la part du colonial, soit l\u2019argument embl\u00e9matique des racines coloniales de la r\u00e9publique au sens de l\u2019histoire politique.(7)\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ici, le r\u00f4le de l\u2019ACHAC et des publications qui lui sont li\u00e9es para\u00eet d\u00e9terminant. Son action se d\u00e9ploie \u00e0 la charni\u00e8re de ces deux logiques. L\u2019une est militante et universitaire&nbsp;; \u00e9ditoriale la seconde se marque davantage \u00e0 partir de 2003 des&nbsp; signes propres au spectaculaire. Cumul\u00e9es, ces logiques concourent simultan\u00e9ment \u00e0 la l\u00e9gitimation universitaire d\u2019une part des travaux d\u2019un collectif au titre du postcolonialisme, et \u00e0 l\u2019\u00e9vidence prescriptive de ces th\u00e9matiques dans l\u2019espace public. Dans son rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019historien parait ici&nbsp;<\/em><\/strong><strong>thaumaturge<em>&nbsp;puisque l\u00e9gitimant scientifiquement les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019une politique de la reconnaissance&nbsp;; dans son rapport l\u2019historiographie, l\u2019historien para\u00eet l\u00e0&nbsp;<\/em>challenger.<em>&nbsp;La possibilit\u00e9 des pol\u00e9miques et l\u2019impossibilit\u00e9 des controverses naissent de ce positionnement singulier.&nbsp;\u00bb (11)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>&nbsp;Commentaire<\/u><em><u>&nbsp;: &nbsp;&nbsp;<\/u><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce quime frappe dans cette analyse fort int\u00e9ressante du type de probl\u00e9matique historique ou m\u00e9morielle rencontr\u00e9e,&nbsp; de la nature d\u2019historicit\u00e9 racont\u00e9e, c\u2019est en arri\u00e8re-plan, la question d\u2019une historicit\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9e par sa scientificit\u00e9, et dans le cas pr\u00e9sent sa repr\u00e9sentativit\u00e9, sa validation dans une histoire quantitative dans le contexte historique m\u00e9tropolitain de la p\u00e9riode coloniale, d\u00e9nombrement des vecteurs et de leurs effets, mesure de la m\u00e9moire \u00ab&nbsp;coloniale&nbsp;\u00bb post-ind\u00e9pendance,&nbsp; et d\u2019un transfert suppos\u00e9 entre populations.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Transfert culturel ou politique, pourquoi pas, mais comment en effet tirer une conclusion, une prescription, \u00e0 partir du moment o\u00f9 les historiens, les sociologues, les anthropologues, les politologues, et ici les s\u00e9miologues, \u00ab&nbsp;b\u00e2tissent&nbsp;\u00bb une histoire ou une m\u00e9moire, en fondant&nbsp;&nbsp; interpr\u00e9tation, mais pis, \u00ab&nbsp;prescription&nbsp;\u00bb, sans \u00e9valuation scientifique des sources de validation&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Car, tel est bien le cas du discours pseudo-historique tenu par ce collectif.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les lecteurs de ce blog qui ont eu la curiosit\u00e9 de lire mes analyses des \u0153uvres d\u2019Edward Said, ont constat\u00e9 que je posais la question de base du \u00ab&nbsp;quantitatif&nbsp;\u00bb, \u00e0 savoir si les \u00ab&nbsp;<em>structures d\u2019influence<\/em>&nbsp;\u00bb suppos\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 effectivement mesur\u00e9es. Indiquons en passant que les travaux d\u2019Edward Said se situent \u00e0 un autre niveau d\u2019exigence intellectuelle que ceux de ce collectif.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur poursuit&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Une trajectoire historiographique<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019ACHAC participe depuis 1989 d\u2019une mani\u00e8re souvent d\u00e9terminante \u00e0 la promotion du concept de culture coloniale. La structure de l\u2019association articule le monde de la recherche (Bancel, Blanchard et alii), des \u00e9crivains (Daeninck), des cin\u00e9astes et des artistes militants, et reproduit en partie la morphologie anglo-saxonne des postcolonial-studies. Son action repose sur des supports vari\u00e9s&nbsp;: l\u2019exposition, le livre, l\u2019article, le documentaire vid\u00e9o, la radio\u2026&nbsp; A l\u2019ACHAC, on peut adjoindre, au moins pour son savoir-faire l\u2019agence les B\u00e2tisseurs de m\u00e9moire cr\u00e9\u00e9e par Pascal Blanchard qui consid\u00e8re&nbsp;<\/em><\/strong><strong>l\u2019histoire comme un vecteur de communication au service des entreprises<em>. Les travaux de l\u2019ACHAC ont graduellement balis\u00e9 l\u2019irruption des th\u00e9matiques postcoloniales. Ils se d\u00e9portent progressivement de l\u2019Afrique \u00e0 la m\u00e9tropole, interpellant alors la R\u00e9publique par le biais de la question coloniale.&nbsp;\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>&nbsp;Commentaire&nbsp;: &nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/u>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le texte ci-dessus est int\u00e9ressant parce qu\u2019il pose&nbsp; plusieurs probl\u00e8mes&nbsp;: &#8211; sur le qui fait quoi entre l\u2019associatif, ou le public, et le priv\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire sur le m\u00e9lange des genres, d\u2019autant plus que&nbsp;Pascal Blanchard \u00e9tait r\u00e9pertori\u00e9 dans un laboratoire du CNRS de Marseille ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>Sur le sens \u00e0 donner \u00e0 la derni\u00e8re phrase sur le&nbsp;<em>d\u00e9port progressif de l\u2019Afrique \u00e0 la m\u00e9tropole\u2026 par le biais de la question coloniale&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A proprement parler, le d\u00e9port n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait de l\u2019Afrique \u00e0 la m\u00e9tropole, mais de la m\u00e9tropole \u00e0 la m\u00e9tropole, \u00e0 partir d\u2019un corpus de repr\u00e9sentations coloniales diffus\u00e9es en m\u00e9tropole, des repr\u00e9sentations qui n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9es par le Colloque savant de janvier 1993, comme le fit l\u2019ACHAC.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L\u2019auteur d\u00e9coupe trois \u00e9tapes&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Trois \u00e9tapes marquent ce processus<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans une premi\u00e8re phase, les travaux de l\u2019ACHAC proc\u00e8dent de la mission fondatrice de l\u2019association, organisant autour de la biblioth\u00e8que de documentation internationale (BDIC) et de ses fonds des expositions sur l\u2019Afrique coloniale. Le choix d\u2019une entr\u00e9e par la culture coloniale implique l\u2019\u00e9tude des repr\u00e9sentations m\u00e9tropolitaines sur le fait colonial. Le catalogue d\u2019exposition prend ainsi comme cible la propagande coloniale, mais aussi dans le sillage d\u2019Edward Said, le regard des Occidentaux sur l\u2019Orient, et ce jusqu\u2019en 1962. L\u2019empire colonial fran\u00e7ais fut \u00e9galement en 1997, l\u2019objet d\u2019une exposition.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A partir de ce capital, une inflexion d\u00e9cisive se dessine avec la publication d\u2019un ouvrage collectif consacr\u00e9 aux zoos humains. Ici, la traduction spatiale s\u2019ach\u00e8ve. La m\u00e9tropole seule importe comme cadre g\u00e9ographique des repr\u00e9sentations coloniales, et la s\u00e9quence chronologique embrass\u00e9e par le titre (De la V\u00e9nus hottentote aux reality shows) signifie la pertinence d\u2019une grille de lecture postcoloniale. Ce travail sur les zoos humains fut pr\u00e9par\u00e9 par la publication d\u2019un ouvrage portant sur la continuit\u00e9 de l\u2019indig\u00e8ne \u00e0 l\u2019immigr\u00e9. Les travaux d\u2019Abdelmalek Sayad innervent cette probl\u00e9matique. L\u2019essentiel de cette translation tient \u00e0 sa dimension anthropologique o\u00f9 les repr\u00e9sentations du corps, ses usages, deviennent le lieu d\u00e9terminant de l\u2019analyse. La probl\u00e9matique se noue \u00e0 la discrimination positive, o\u00f9 le corps vaut marqueur social&nbsp;; elle \u00e9tablit \u00e9galement un pont avec la question de l\u2019esclavage. Au cours de cette seconde \u00e9tape, l\u2019approche s\u2019institutionnalise scientifiquement par la cr\u00e9ation du groupe de recherche GDR CNRS 2332 \u00ab&nbsp;Anthropologie des repr\u00e9sentations du corps&nbsp;\u00bb cr\u00e9\u00e9 en janvier 2001 dans lequel entre l\u2019Agence des B\u00e2tisseurs de m\u00e9moire, repr\u00e9sent\u00e9e par Pascal Blanchard et Eric Deroo. Au cours de cette seconde \u00e9tape, les probl\u00e9matiques employ\u00e9es se resserrent, \u00e0 partir du concept de culture coloniale, sur la question du rapport \u00e0 la m\u00e9tropole en termes de repr\u00e9sentations. Les objections de Claude Liauzu \u00e0 ces travaux d\u00e9signent cette r\u00e9duction du fait colonial au seul registre des repr\u00e9sentations m\u00e9tropolitaines. A ce stade \u00e9galement, l\u2019argument de la culture coloniale s\u2019entend dans la configuration plus ample du succ\u00e8s d\u2019une histoire des repr\u00e9sentations dans le champ historique o\u00f9 Sylvain Venayre d\u00e9c\u00e8le la fin de la soumission du monde mental au social. Le propos de Claude Liauzu proc\u00e8de en partie du refus de cette fin, comme d\u2019une historiographie aux paradigmes \u00e9rig\u00e9s avant le tournant culturaliste.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La troisi\u00e8me \u00e9tape voit la syst\u00e9matisation de cette entr\u00e9e sur le fait colonial maintenant plac\u00e9 au c\u0153ur du r\u00e9cit national r\u00e9publicain. L\u2019argument d\u2019une R\u00e9publique coloniale publi\u00e9 sous forme&nbsp; d\u2019essai prolonge la trilogie des Editions Autrement sur la culture coloniale. La publication en 2005 de l\u2019ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 la culture coloniale cl\u00f4t momentan\u00e9ment cette \u00e9tape. Avec ce dernier opus, la grille postcoloniale se donne comme une cl\u00e9 d\u2019explication possible de la question sociale contemporaine\u2026Cinq ans plus tard, le volume&nbsp;<\/em><\/strong><strong>Ruptures coloniales. Les nouveaux visages de la soci\u00e9t\u00e9fran\u00e7aise<em>&nbsp;&nbsp;proc\u00e8de du m\u00eame mouvement\u2026<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette relecture de l\u2019histoire politique au miroir du colonial emprunte nombre de ses arguments au questionnement des colonial studies anglo-saxonnes comme en&nbsp; t\u00e9moignent les entr\u00e9es de Ruptures postcoloniales. Les racines intellectuelles d\u2019un collectif s\u2019affirment face \u00e0 la pol\u00e9mique dans le champ scientifique ouverte par l\u2019irruption de ce postcolonialisme acad\u00e9mique.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ainsi ramass\u00e9e, cette trajectoire historiographique nou\u00e9e autour des publications de Nicolas Bancel et de Pascal Blanchard montre comment ceux-ci peuvent appara\u00eetre comme des passeurs dans le cadre d\u2019un transfert culturel des probl\u00e9matiques postcoloniales. Peu \u00e0 peu autour de leurs publications, s\u2019\u00e9bauche un syst\u00e8me \u00e9ditorial qui construit progressivement leur position dans le champ universitaire \u00e0 partir d\u2019une critique sans cesse plus resserr\u00e9e des repr\u00e9sentations r\u00e9publicaines. En ce sens, leurs travaux s\u2019apparentent \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de&nbsp; chercheurs l\u00e9gitimant ces nouveaux champs de recherche par l\u2019appel aux&nbsp;<\/em><\/strong><strong>cultural studies<em>. Les controverses universitaires suscit\u00e9es par ces travaux construisent \u00e9galement par leur m\u00e9diatisation, la r\u00e9putation de ces chercheurs. Cette strat\u00e9gie part des&nbsp;<u>marges&nbsp;<\/u>de l\u2019institution universitaire (l\u2019ACHAC, l\u2019agence les B\u00e2tisseurs de m\u00e9moire), elle trouve des points d\u2019appui dans le monde universitaire anglo-saxon et se nourrit de chantiers proches tel celui de l\u2019esclavage pour proposer&nbsp;<\/em>in fine<em>&nbsp;une autre \u00e9criture du r\u00e9cit r\u00e9publicain. Ce syst\u00e8me \u00e9ditorial ne set pas seulement cette position historiographique. La strat\u00e9gie qui anime son progressif d\u00e9veloppement structure pour&nbsp; partie la r\u00e9ception des probl\u00e9matiques postcoloniales dans l\u2019espace public, ouvrant ainsi intellectuellement la voie \u00e0 une appropriation large de ces travaux, questionnant le&nbsp;<u>r\u00f4le social de<\/u>&nbsp;<u>l\u2019historien dans la Cit\u00e9<\/u>.&nbsp;<\/em>Les enjeux politiques de l\u2019histoire&nbsp;<em>coloniale (de Mme Coquery-Vidrovitch&nbsp;, sorte de marraine de guerre id\u00e9ologique de Pascal Blanchard ne cessent ainsi de scander dans l\u2019espace public la question du postcolonialisme depuis 2005. N\u00e9cessairement celle-ci n\u2019est donc pas uniquement acad\u00e9mique,&nbsp;<u>accolant ainsi syst\u00e9matiquement \u00e0 la figure du chercheur celle du militant.<\/u>&nbsp;L\u2019assomption des propositions historiographiques de l\u2019ACHAC tient \u00e0 ce moment politique o\u00f9 la colonisation est convoqu\u00e9e dans l\u2019espace public.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<u>Commentaire<\/u>&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Compar\u00e9&nbsp;\u00e0 ces historiens entrepreneurs d\u2019un nouveau genre, et pour les initi\u00e9s, l\u2019historien Lavisse \u00e9tait un ange&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut dire les choses, et pas \u00e0 demi-mot, face \u00e0 beaucoup de ces chercheurs qui ignorent beaucoup de choses, sur l\u2019histoire coloniale et postcoloniale, mis \u00e0 part le cas de l\u2019Alg\u00e9rie, gr\u00e2ce, entre autres, au z\u00e8le m\u00e9diatique et m\u00e9moriel de Benjamin Stora, animateur du mod\u00e8le de propagande des Raisins Verts, que j\u2019ai qualifi\u00e9 ainsi dans une de mes chroniques, l&rsquo;<em>agit prop<\/em>&nbsp;d\u2019un nouveau Trotskisme, faute de l\u2019autre&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Est-ce qu\u2019ils ne sont pas d\u00e9finitivement f\u00e2ch\u00e9s avec les chiffres, ceux de l\u2019histoire quantitative&nbsp;? Ont-ils eu la curiosit\u00e9, comme je l\u2019ai fait, de tenter de mesurer l\u2019activit\u00e9 des vecteurs d\u2019une culture coloniale suppos\u00e9e, ainsi que de leurs effets qui n\u2019a jamais exist\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Histoire, m\u00e9moire ou plut\u00f4t politique, car ce collectif fait semblant d\u2019ignorer l\u2019importance des flux d\u2019immigration r\u00e9guli\u00e8re et irr\u00e9guli\u00e8re qui sont venus dans notre pays depuis pr\u00e8s de trente ann\u00e9es, dont une majorit\u00e9 d\u2019entre eux ignoraient presque tout de leur histoire coloniale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut donc dire que ce collectif surfe depuis le d\u00e9but sur un cr\u00e9neau politique nouveau, un nouveau \u00ab&nbsp;march\u00e9&nbsp;\u00bb, comme les analyses s\u00e9rieuses&nbsp;l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9, en pratiquant un m\u00e9lange des genres entre associatif, public et priv\u00e9, surprenant et choquant pour tout connaisseur des affaires publiques.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le nom de bapt\u00eame que l\u2019auteur a d\u00e9cern\u00e9 \u00e0 Mme Coquery-Vidrovitch m\u2019est all\u00e9 droit au c\u0153ur&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>sorte de marraine de guerre id\u00e9ologique de Pascal Blanchard&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em>car il s\u2019agit bien d\u2019une \u00ab&nbsp;<em>sorte de guerre<\/em>&nbsp;\u00bb masqu\u00e9e, qui ne dit pas son nom, mais qui sait y faire dans la marchandisation de l\u2019histoire, \u00e0 supposer quand m\u00eame qu\u2019il s\u2019agisse bien d\u2019histoire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Jean Pierre Renaud<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ACHAC\/BDM, fausse ou vraie sir\u00e8ne postcoloniale&nbsp;? Le moteur d\u2019une subversion postcoloniale. 2 La sir\u00e8ne ACHAC\/BDM \u00ab&nbsp;Fragments du jeu acad\u00e9mique postcolonial (\u00e0 propos d\u2019un collectif, l\u2019Association pour la connaissance de l\u2019histoire de l\u2019Afrique contemporaine, ACHAC) Vincent Chambarlhac \u2013 CAIRN INFO &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;Pour embl\u00e9matique qu\u2019il soit, le d\u00e9bat sur l\u2019article 4 de la loi du 23 f\u00e9vrier &hellip; <a href=\"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/2018\/04\/25\/propagande-postcoloniale-contre-propoagande-coloniale-fragments-du-jeu-academique-postcolonial-par-vincent-chambarlhac\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Propagande postcoloniale contre propoagande coloniale ? \u00ab\u00a0Fragments du jeu acad\u00e9mique postcolonial\u00a0\u00bb par Vincent Chambarlhac&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,7,5,4],"tags":[929,236,316,262,937,905,273,941,938,940,629,764,301,939,936],"class_list":["post-774","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-colonies","category-communication","category-histoire","category-politique","tag-achac-bdm","tag-algerie","tag-bancel","tag-blanchard","tag-cairn-info","tag-colloque","tag-colonies","tag-coquery-vidrovitch","tag-edward-said","tag-lavisse","tag-post-colonial","tag-propagande","tag-stora","tag-transfert-culturel","tag-vincent-chambarlhac"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/774","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=774"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":775,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions\/775"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=774"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=774"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.eh-tique-media-tique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=774"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}