Humeur Tique : Madagascar, tournez, tournez manège !

Madagascar, tournez, tournez manège ! Dernier gouvernement de 32 ministres, dernier ou nouveau en  date ?

Avec le général Vital, accompagné de plusieurs officiers généraux, un observateur étranger ne peut qu’être surpris par cette nouvelle richesse en étoiles de l’armée malgache ! Une nouvelle armée mexicaine ?

            L’île rouge est-elle riche à ce point qu’elle puisse entretenir un personnel politique aussi important, toujours en mouvement et en renouvellement, sur le manège que fait tourner le président de la Haute Autorité de Transition ?

            Qui paie donc ces folles dépenses ?

            Combien d’anciens ministres, anciens ou encore à venir, au fur et à mesure des tripotages constitutionnels et politiques de ce « président » !

            N’aurait-il pas été plus simple, et moins coûteux pour le peuple malgache, avec ce « Président » d’une « transition » qui n’en est pas une, de procéder aux élections de retour à la normalité constitutionnelle qui s’imposaient après son coup d’Etat ?

            Une fois de plus, car il faut le répéter sans cesse, aux oreilles de ceux qui nous gouvernent et qui feignent de gouverner Madagascar, il n’y aura jamais de solution durable et respectable en dehors d’élections démocratiques contrôlées par des institutions internationales.

            La France s’honorerait en délivrant un tel message, car au-delà de ce manège politique, c’est l’intérêt général du peuple malgache qui est en jeu !

            Et pour les amis français de Madagascar, quelle tristesse !

Humeur Tique: – dans la « Dérision », une élection cantonale de Corrèze à une voix! – dans l »Espérance » les Dragon Ladies à Venise

Humeur Tique : – dans la « Dérision », une élection cantonale de Corrèze à une voix!

–      dans l’« Espérance » de la guérison de leur cancer du sein, les Dragon Ladies à Venise !

Dans la dérision !

Une élection cantonale dérisoire, à une voix près, en Corrèze !

L’ancienne première dame de France élue à une voix, la sienne ou celle de l’ancien Président de la République, s’il a voté par correspondance ou par procuration ?

 Que notre belle République Française est devenue petite !

Dans l’espérance !

Le Thalassa du 25 mars 2011 nous a offert un très beau cadeau d’espérance et de combat pour la vie de la part de femmes qui ont souffert d’un cancer du sein.

Ces femmes ont eu le courage d’assumer leur ancienne maladie et de se reconstruire.

Il s’agissait d’un reportage sur un groupe de femmes, vingt et une, qui s’entraînaient à ramer sur leur Dragon Boat pour participer à la 34ème régate Volalonga de Venise, en mai 2010.

 Et elles ont effectivement ramé pendant trois heures sur la lagune, le long d’un parcours de vingt kilomètres.

Quand on sait combien il est difficile de rééduquer un bras affaibli par la chimiothérapie ou la chirurgie !

Bravo à ces femmes courageuses qui redonnent de l’espoir à beaucoup d’autres, mais aussi à leur entourage qui a quelquefois de la peine à en comprendre l’ enjeu vital !

Bravo aussi à Thalassa !

Le Postcolonial ex ante ?, Georges Balandier, notes de lecture 3

Le Postcolonial ex ante ? 

« Le Tiers Monde »

« Sous-développement et développement »

Georges Balandier

Cahier 27 (INED 1956)

Notes de lecture 3

Le texte ci-dessous n’ a d’autre ambition que de proposer une lecture résumée, et toujours d’actualité, de la dernière partie des analyses de la Revue « Tiers Monde », avec citations des auteurs.

Notes de lecture 1 sur le blog du 11 février et 2 sur le blog du 25 février

« Troisième partie »

« Recherche d’une solution »

Après avoir « reconnu » le problème (première partie),  et l’avoir « analysé » (deuxième partie), l’équipe Balandier s’est lancée dans la « recherche d’une solution », et c’est dans ce processus que Balandier marquait l’importance du contexte socio-culturel et du coût social du progrès.

Le contexte socio-culturel et le coût social du progrès

(page 289 à 305)

En préambule, le sociologue posait la question de savoir si le développement à l’occidentale pouvait être considéré, en tant que tel, comme un modèle à imiter, et si certains pays, certains, musulmans, n’avaient pas raison de refuser les transformations, de peur de perdre  « leur âme », ou d’adhérer à des modèles de transformation qui ne s’accordaient pas avec la hiérarchie de valeurs qui n’était pas celle des européens.

Bonnes questions, mais l’auteur  relevait que les sociétés « attardées » n’avaient guère le choix, même si elles manifestaient un certain nombre de résistances légitimes  au changement qui leur était imposé, les « forces culturelles de résistance au progrès ».

Les conditions culturelles du progrès

« On ne peut contester le caractère contagieux de la civilisation technique, le prix que les nations nouvelles attachent à cette dernière en tant qu’instrument de leur indépendance. Toute la question est de savoir sous quelle forme il reste possible de faire accepter les éléments de cette civilisation par le grand nombre des individus de type traditionnaliste, qui sont les moins préparés à les recevoir. C’est un problème de « traduction », d’adaptation au langage particulier à la culture réceptrice. » (page 293)

« En face des économistes qui ont tendance à envisager le fait du sous-développement sous l’aspect primordial (mais non exclusif) de la capacité à investir, en face des anthropologies qui accentuent l’inertie des cultures traditionnelles, les obstacles que ces dernières dressent aux projets de modernisation technique et économique, il est nécessaire de tenir une position moyenne qui corrige les uns par les autres les différents points de vue. »

L’économiste Frankel notait  que la conversion des sociétés traditionnelles impliquait « nécessairement la lente croissance de nouvelles aptitudes, de nouvelles manières de faire, de vivre et de penser »

Les conditions sociales du progrès

Première victime du progrès, le paysan :

« Dans des sociétés où les activités agricoles restent prédominantes, alors que le processus d’industrialisation n’est apparu qu’à une époque récente, les problèmes sociaux posés par la modernisation concernent d’abord le milieu paysan. C’est le villageois qui est, en même temps, que le plus enserré dans le tissu des traditions, la première victime des insuffisances techniques et des relations inégales caractérisant l’ordre ancien. » (page 294)

D’où l’importance de la question agraire comme on l’a vu dans la Chine communiste, et les conséquences migratoires vers les villes du processus de transformation technique, avec la formation d’économies et de sociétés de type dualiste : société préindustrielle et société industrialisée, société précapitaliste et société capitaliste, société fermée et société ouverte.

« C’est montrer que le passage de l’individu, de l’un à l’autre de ces milieux, ne pourra s’effectuer sans heurts. »

Avec des conséquences dans les rythmes du travail, son organisation individuelle ou collective, ses motivations, donc un « coût social »

Le coût social du progrès.

« Il est fréquent d’affirmer qu’une industrialisation accélérée, et un développement économique rapide des sociétés « attardées », ne paraissent possibles que si une génération d’hommes au moins se sacrifie pour les suivantes. Mais ce n’est pas sous cette forme de comptabilité brutale que l’on peut seulement envisager l’expression : coût social du progrès ».

« Le progrès économique impose toute une série de bouleversements en chaîne qui affectent la structure matérielle des sociétés traditionnelles, comme leurs éléments immatériels… Ils créent des mécontentements et des tensions. Ils expliquent le besoin qu’ont les jeunes gouvernements de trouver des responsables étrangers sur lesquels puisse se transférer le ressentiment. Ils finissent toujours par exiger, à des degrés divers, le recours à la contrainte. »

« Mais c’est au regard du sociologue que les phénomènes « pathologiques » sont les plus apparents. La ville nouvelle présente souvent une structure démographique aberrante… d’un autre côté, la ville nouvelle apparaît comme une société improvisée, affectée par de continuelles transformations… la ville provoque une transformation dans les rapports familiaux traditionnellement prescrits…Il faut enfin rappeler, bien que son étude ne puisse être abordée ici, le problème que pose un prolétariat mal stabilisé, mal équipé techniquement, mal rétribué et souvent démuni des moyens efficaces qui lui permettraient dd défendre ses droits ; son instabilité même contrarie et son organisation et le développement de sa conscience de classe.

Il semblait raisonnable de penser que l’exemple laissé par l’Europe, assurant le démarrage de son industrialisation, permettrait d’éviter le renouvellement d’erreurs particulièrement « coûteuses ». Ce n’est pas la cas. Les leçons de l’histoire n’ont guère d’efficacité. » (page 303)

« Brèves remarques pour conclure »

(page 369 à 381)

Sous-développement et coexistence compétitive

« On ne peut plus douter que l’avenir prochain des pays sous-développés ne détermine aussi notre propre avenir. Leur inquiétude est devenue notre inquiétude ; dans la mesure même où elle conditionne une révolte qui se dirige contre les nations privilégiées. » (page 369)

Et Balandier de citer l’écrivain R.Wrigt qui, à propos de la conférence de Bandoeng (1955), évoquait l’incertitude de l’Indonésien éclairé : « Comment… obtenir la coopération de l’Occident et en même temps se défendre contre la volonté de domination des Occidentaux. »

L’actualité la plus récente révèle plus une compétition qu’une entente internationale à propos des pays sous-développés. »

Nous étions à l’époque de la guerre froide, mais est-ce que les choses ont véritablement changé ?

« Il n’y a donc pas d’équivoque. Nous avons à opter pour une politique de compétition mortelle entre grandes puissances ou pour une politique de paix favorable à la résolution du seul grand problème du XX°siècle: celui de la faim et de la misère, condition de la majorité des peuples du monde. » (page 370)

Et Balandier de citer la thèse de l’historien Abdoulaye Ly qui critiquait avec une égale violence « l’impérialisme (impérialisme du capitalisme financier et monopoliste) et « l’expansionnisme soviétique » (expansionnisme du monopole étatique et de l’Etat-Parti), cet auteur donnant la préférence à « l’action révolutionnaire des paysanneries sous-développées »

Première conclusion de Balandier : il est difficile de tirer quelques conclusions d’ordre général, alors qu’

« il semble par contre aisé de s’entendre quant à la liste des obstacles qui s’opposent au progrès des sociétés économiquement faibles. Le premier d’entre eux est d’ordre démographique. L’expansion des populations, si elle se poursuit avec son dynamisme actuel, annihilera pendant longtemps les plus sévères efforts d’investissement. Il est plus aisé de multiplier le nombre d’hommes (le coût des techniques sanitaires modernes étant relativement bas) que le volume des biens mis à leur disposition. Ceci est d’autant plus vrai que les pays en cause sont souvent les héritiers d’un passé culturel qui, selon l’expression de Engels, accordait plus d’attention à la « reproduction des êtres humains » qu’à la « production des moyens d’existence ». L.Henry a montré ici (page 149), après F.Lorimer, toutes les incidences du contexte culturel particulier aux sociétés traditionnelles sur la fécondité humaine. » (page 372)

Deuxième obstacle, l’épargne, c’est-à-dire l’investissement

Les évaluations sont difficiles, mais les pays pauvres auront beaucoup de mal à mobiliser le niveau d’épargne nécessaire à leur développement. Ils seront donc dans l’obligation de faire appel à un apport de capitaux étrangers, publics ou privés, avec les conséquences que cela comportera inévitablement en termes de relations extérieures, mais également avec le risque de création d’une structure économique de type dualiste, comme cela a été souvent le cas,  avant leur indépendance, ou celui d’une désarticulation de leur tissu socio-économique.

Donc une succession de choix difficiles !

« Le problème du choix a été fréquemment posé sous la forme du dilemme : industrialisation immédiate ou industrialisation différée ? La tendance la plus générale est d’opter pour la seconde solution…

Pour les sociétés de structure socialiste, la question ne mérite pas un instant de réflexion : l’industrialisation et la socialisation vont de pair, se portant l’une l’autre ; la création d’un prolétariat est nécessaire, dans la mesure où ce dernier reste par excellence le moteur du progrès…

P.Gourou, dans son ouvrage consacré aux Pays tropicaux, présente un opinion nuancée, qui a pu cependant être jugée comme la justification scientifique de comportements conservateurs… Il accorde la priorité aux programmes de modernisation agricole et d’action sociale. » (page 376)

Idéologies et réaménagement des structures.

Balandier faisait remarquer qu’il convenait de distinguer la croissance actuelle des pays « attardés » de celle connue par les sociétés occidentales du siècle passé :

«  D’autres considérations renforcent encore cette remarque et conduisent à distinguer la croissance actuelle des pays « attardés » de celle connue par les sociétés occidentales au cours du siècle passé. Elles sont en premier lieu d’ordre culturel… Elles tiennent aussi à la structure des sociétés traditionnelles… Alors que la transformation fut continue, et relativement étalée dans le temps, en Occident, la croissance des sociétés sous-développées doit s’effectuer aujourd’hui d’une manière soudaine et à un rythme accéléré. Sinon, l’écart entre nations riches et nations pauvres ne fera que s’accroître et les secondes continueront à subir les effets préjudiciables de cette différence de potentiel économique. » (pages 377et 378)

Et pour obtenir ce résultat, les nations pauvres seront conduites  à mettre en œuvre des « techniques de choc », pour mobiliser les énergies :

« Pour créer le dynamisme indispensable à la réalisation de leurs programmes, pour faire tolérer le prix d’une mutation qui exige de véritables « techniques de choc » et impose un bouleversement des comportements, les gouvernements des pays attardés doivent susciter un « New Deal des émotions » (A.Gerschenkron). Ils ont, d’une manière ou d’une autre, à réaliser une véritable mobilisation idéologique. Le prétexte commun reste la lutte contre le colonialisme et le racisme : ce fut le leitmotiv des représentants réunis à Bandoeng… En Inde, l’émulation entre l’Union et la Chine nouvelle et la formule du « neutralisme dynamique » riche de succès internationaux  jusqu’à maintenant, ont permis d’animer les masses, d’apaiser les conflits de classes et de castes, de différer des réformes de structure qui paraissaient urgentes. » (Page378)

Et Balandier de conclure sur la vision de F.Perroux :

«  C’est en constatant l’ensemble de ces phénomènes que F.Perroux a été conduit à définir les conditions d’un « dépassement » du capitalisme. L’Occident doit rechercher des méthodes nouvelles, s’il veut intervenir à bon escient dans le champ des pays « attardés ». Une économie de service, et non de gain, paraît de plus en plus nécessaire et le choix des investissements ne doit guère s’inspirer des habituelles normes de rentabilité. M.Perroux vient de reprendre une thèse qui lui est chère ; il affirme sans équivoque :

« Une espèce humaine respectueuse d’elle-même se prononce en faveur du principe que les vies humaines, et les conditions fondamentales d’une vie humaine pour tous, doivent être protégées par priorité. Pour ce faire, il faut accepter des formes d’activité économique sans rendement, c’est-à-dire des formes bien spécifiées de l’économie gratuite ou de l’économie du don pendant une suite de périodes. » (page 379)

Rêverie utopique d’un économiste distingué ou pronostic confirmé par la suite des événements qui se sont succédé depuis près de cinquante années, aux historiens économiques de nous le dire !

Quelques conclusions de lecture :

 « Le colonialisme en question » de Fréderick Cooper

 ou « Le colonialisme en action » de Georges Balandier ?

un Diagnostic et une thérapeutique de développement

Il est possible de se poser une première question, celle de savoir si les travaux de cette équipe sont devenus obsolètes, en comparaison des multiples travaux dont M.Cooper a fait état dans son livre, et ma première réponse serait non.

L’équipe Balandier a inscrit ses réflexions et ses propositions dans la longue durée historique dont le concept clé est la « domination », à la fois multiséculaire, planétaire, et multiforme.

Leur travail avait le mérite de proposer un diagnostic, quasi-médical, et une « thérapeutique » également, quasi-médicale, en dehors de tout  a priori intellectuel, raciste, ou idéologique, sauf si, en ce qui concerne cette dernière caractéristique, on considère que certains facteurs de modernité, tels que l’hygiène ou l’alphabétisation sont, par exemple,  les enfants des « jumeaux malfaisants des Lumières ».

  Sur le fond des analyses historiques, le cadre intellectuel tracé et proposé par l’équipe Balandier paraît donc avoir conservé toute son actualité.

Et pourquoi ne pas donner la parole à M.Balandier lui-même, en citant quelques-unes de ses réflexions dans sa préface au livre « La situation postcoloniale» (2007).

« Pour moi, le postcolonial commence en 1955, à Bandung… Puis il y a eu la « Tricontinentale » dont on ne parle plus,…Viennent ensuite le discours de la libération, le discours tiers-mondiste, auquel j’ai contribué, bien plus qu’en le nommant… Tout cela fait une généalogie que l’on ne peut pas ignorer. Cette généalogie n’est pas la propriété d’une nation particulière ou d’un groupe. Elle est un savoir commun dont il convient de tirer des leçons actuelles dans une nécessaire relation à une histoire immédiate, encore obscure, injuste et grandement dangereuse…

Le lien à l’histoire me semble décisif et je ne suis pas sûr que les tenants des postcolonial studies l’aient à l’esprit, pour prendre une distanciation par rapport à l’actuel, faire apparaître ses conditions de formation, sa complexité et ses ambigüités….

Je me souviens d’avoir affirmé – cela choquait ou laissait incrédule au début – que l’anthropologie politique, en identifiant les réalisations du politique dans l’histoire africaine, constatait une créativité qui était peut-être plus importante que celle de l’Occident, j’entends l’Occident dans les siècles passés. Tant de formes politiques, tant de modes d’organisation, tant de modes d’aménagement et de la pacification du vivre-ensemble, tout cela avait été éprouvé…

Une dernière observation : on parle beaucoup d’hybridation, d’imbrication, de métissage ; je tiens donc à rappeler que la fait métis est une donnée générale des sociétés et des cultures. Il n’y a pas de produit « pur » en ce domaine, et les produits supposés « purs » sont ceux que créent par des artifices funestes et la violence, les régimes totalitaires… Nous devons considérer un tout autre phénomène : nous sommes passés avec l’accélération des techniques, des sciences et des applications de la science, dans un temps où le techno-métissage est en train de gagner toutes choses, toutes et tous…

Partout se constituent ces espèces de « nouveaux Nouveaux Mondes » qui s’imposent à nous, qui s’étendent, indépendants des territoires géographiques, annonciateurs d’un nouvel âge de l’histoire humaine.

Le postcolonial désigne une situation qui est celle, de fait, de tous les contemporains. Nous sommes tous, en des formes différentes, en situation postcoloniale. » (page 24)

Jean Pierre Renaud

Les caractères gras sont de ma responsabilité

Humeur Tique: 79,5% d’abstention dans le Quartier Sensible DSK de Sarcelles!

Humeur Tique : le Sarcelles de DSK, Quartier Sensible : 79,5% d’abstention ! Pourquoi pas un jeu concours « républicain » entre éléphants roses ?

            Comment ne pas être surpris de constater qu’à Sarcelles, commune dans laquelle DSK, présenté comme le sauveur de la gauche, a exercé des mandats politiques depuis plus de vingt ans, (depuis 1989), l’abstention  électorale a battu un record, 79,5%, mieux qu’à Vaulx-en-Velin (72,5%) ou à Clichy-sous-Bois (74,4%) ?

            Et comme l’indique également le Monde du 23 mars, la participation y a diminué de 30% entre 2004 et 2011.

            Avec de tels résultats affligeants, il parait difficile de croire que les éléphants roses du Parti Socialiste ont trouvé la bonne solution pour aider les quartiers sensibles dont ils avaient la responsabilité à trouver ou retrouver le chemin de la République.

            De même qu’il semble difficile de dire « c’est la faute à l’Etat ! »

            Alors, pourquoi ne pas proposer aux éléphants roses du Parti Socialiste  un jeu concours « républicain » intitulé QS/PS, celui de la meilleure lanterne rouge républicaine ?

France et bien commun, séparation de l’église et de l’Etat, Barbarin et Bernheim

France et bien commun, séparation de l’église et de l’Etat et laïcité

Les interviews du cardinal Barbarin et  du grand rabbin Bernheim

Le Monde (le 5 mars 2011, page 11 ; les 20 et 21 mars 2011, page 14)

       J’avouerai, dès le départ, que la lecture de ces textes m’a beaucoup troublé, et voici pourquoi.

            Une première raison est relative à la problématique de la séparation de l’église et de l’Etat Elle dépasse largement celle de la laïcité qui a pris son essor dans les écoles primaires publiques dans les années 1880, bien avant la loi de séparation de l’église et de l’Etat, en 1905. Cette dernière a véritablement donné son assise républicaine à notre laïcité.

            La deuxième raison est liée au concept de bien commun, un concept habituellement familier à l’Eglise catholique.

            Il est tout de même curieux que la cardinal Barbarin n’ait fait aucune allusion au concept de bien commun, à sa valeur sociale, dans le sillage religieux de la cité augustinienne des hommes en regard de la cité de Dieu.

L’Eglise a toujours, sauf erreur, reconnu le principe du bien commun : « Tout comme le tout est plus important que la partie et lui est antérieur, la cité est antérieure à l’individu… et son bien est d’une dignité plus élevée que celui de chaque individu pris en lui-même. »

Le bien commun a donc toujours été un arbitrage entre des intérêts divergents qu’ils appartiennent à des individus, à des groupes, ou qu’ils soient ceux d’une collectivité, un arbitrage nécessaire pour qu’il y ait un vivre ensemble, et il est clair que les dossiers difficiles de l’immigration, de la laïcité, ou de l’islam en France, peuvent faire l’objet d’une analyse sous l’angle du bien commun de la société française.

A cette lumière, les Français sont en droit de considérer que séparation de l’église et de l’Etat et laïcité constituent leur bien commun, et ils ont beaucoup de raisons de le penser, étant donné qu’elle a été le résultat d’un combat difficile à la fin du dix-neuvième siècle, entre le cléricalisme et la société civile, l’expression politique de la maxime de l’Evangile :

 «  Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mathieu XXII)

Je suis d’autant mieux placé pour le reconnaître, qu’un de mes grands-pères, meneur d’une révolte de toute sa commune, a fait quinze jours de prison pour s’être opposé aux inventaires qui avaient pour but de mettre en application la loi de séparation de l’église et de l’Etat.

Historiquement, il avait tort,  étant donné que ce nouveau principe du vouloir vivre ensemble dans la République a été le gage d’une paix religieuse et sociale durable.

Et pour ceux qu’effraient les débats actuels sur la laïcité, je serais tenté de leur dire, compte tenu de la violence des luttes qui ont entouré le vote de la loi de 1905, que le débat actuel, même s’il est « instrumentalisé », a plutôt les allures d’une lutte aseptisée.

J’adhère donc à la phrase du cardinal qui sert de titre à l’interview: «  L’islam est compatible avec la République, à condition que les musulmans le veuillent… mais des progrès restent à faire », et le cardinal a raison de noter les problèmes de réciprocité que l’islam pose dans le monde, et de conclure son propos ainsi, car le point est sensible : 

 «  Cela dit, il est vrai que dans l’islam, le rapport entre le religieux et le social ou le politique est différent du nôtre. C’est une question de fond que posent les musulmans en France, et nous pouvons en parler avec eux. En outre, il est clair que des questions spirituelles ne vont pas trouver leur réponse dans la seule sphère du politique. »

Je suis beaucoup plus hésitant sur l’interprétation des propos du grand rabbin Bernheim, notamment lorsqu’il déclare, et c’est la phrase qui sert de titre à l’interview, à tort ou à raison : « Il est souvent difficile d’être musulman en France dans ce climat malsain. » qui risque d’être mise en relation, sinon en corrélation, avec sa phrase sur la « concurrence des victimes », le même auteur concluant du reste à ce sujet, « La comparaison à laquelle vous faites allusion est un outrage à la mémoire des victimes de la Shoah. »

Tout autant hésitant lorsqu’il déclare : « Mais le véritable enjeu est ailleurs, plus pervers et plus grave : c’est hélas la place des juifs et des musulmans dans la société française. »

Le véritable sujet de ces interviews porte sur la situation de la religion musulmane en France et de la capacité de ses fidèles à jouer le jeu de nos institutions républicaines, et à voir le débat actuel, il n’est pas encore démontré que ce soit le cas, pour une partie d’entre eux.

Pourquoi ne pas adhérer à l’analyse du cardinal qui range les catholiques dans trois catégories, ceux qui font silence sur les problèmes, ceux qui ont peur pour leur christianisme, et ceux qui ne se rangent dans aucun de ces deux camps, c’est à dire les troisièmes ? :

 « Enfin, d’autres refusent l’opposition violente comme la candeur, et savent vivre un chemin de respect, voire d’amitié. C’est l’exemple laissé par les moines de Tibihérine. »

Jean Pierre Renaud 

Humeur Tique: la Côte d’Ivoire et Orson Welles, le scorpion et la grenouille, Gbagbo et Ouattara, le conte de Monsieur Arkadin

 Le conte « le scorpion et la grenouille » dans le film « Monsieur Arkadin » pourrait sans doute servir de morale de l’histoire actuelle de la Côte d’Ivoire.

« Un scorpion voulant traverser une rivière demanda à une grenouille de l’aider ;

–   Non, car tu me piqueras et chacun sait que la piqûre du scorpion est mortelle, dit-elle.

–   Quelle sottise ! Si je te pique, je me noie avec toi. Est-ce logique ?

–   Alors la grenouille prit le scorpion sur son dos. Arrivée au milieu de la rivière, elle sentit une douleur affreuse la traverser, le scorpion l’avait piquée

–   Tandis qu’ils s’enfonçaient dans l’eau, elle cria, est-ce logique ?

–    Non je le sais bien, dit le scorpion, mais que veux-tu, je n’y peux rien…. C’est mon caractère. »

                                 (Source adfp)

Dans le film, deux aventuriers s’affrontaient, et tous les deux incarnaient le mal, la logique du mal, laquelle étant plus forte que tout !

En Côte d’Ivoire, M.Ouattara qui n’incarne pas, semble-t-il, un des deux aventuriers du conte, serait bien inspiré de ne pas ressembler à la grenouille de la fable !

Côte d’Ivoire en 1907: exhibitions et zoos

Eclats de vie coloniale : Côte d’Ivoire

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« 1907 : exhibitions et zoos en Côte d’Ivoire  »

Par l’africaniste Maurice Delafosse dans « Broussard ou états d’âme d’un colonial » (1923)

Petit rappel historique

            L’évolution a été tellement rapide dans la situation des relations entre l’Europe et l’Afrique, qu’il est souvent difficile de ne pas avoir un regard et une analyse historiques anachroniques.

Difficile de se représenter la Côte d’Ivoire des années 1900, alors que la colonie venait à peine d’être créée, par le décret du 10 mars 1893, et pour un Français du vingt et unième siècle, cette création ex nihilo, ce fait du prince, fruit de l’impérialisme de l’époque, est sans doute difficile à comprendre.

La France s’arrogeait donc une nouvelle terre africaine sur la côte de laquelle ne vivotaient jusque- là  que quelques comptoirs français de la maison de commerce Verdier, et beaucoup plus nombreux, des comptoirs étrangers, anglais notamment.

Depuis la fameuse Conférence de Berlin des années 1884-1885, la  « course au clocher », c’est-à-dire au partage de l’Afrique entre puissances européennes, se déroulait à un train d’enfer.

Lorsque la France se mit en tête de « coloniser » la Côte d’Ivoire, son territoire était habité par un grand nombre de peuples, dont le plus puissant était celui du royaume Baoulé. Les peuples de la forêt étaient généralement animistes, alors que ceux de la savane étaient musulmans.

Il convient de préciser que l’administration française commençait à peine à pénétrer dans la forêt, à y installer des postes, y tracer des pistes allant de la côte vers la savane, à tenter d’y faire régner une paix relative, en n’hésitant pas à utiliser la manière forte, et en abuser, sous le mandat du gouverneur Angoulvant.

C’était la première fois que des chaloupes à vapeur naviguaient sur la lagune, et reliaient les nouveaux postes français de la lagune.

C’est dans ce contexte historique que Maurice Delafosse fit donc ses premières armes d’administrateur et d’africaniste.

       Après avoir effectué des études à l’Ecole des Langues Orientales, Maurice Delafosse entra, en 1894, dans l’administration coloniale à un grade modeste de commis en Côte d’Ivoire, où il fit ses premières armes. Il poursuivit sa carrière comme administrateur des colonies en Afrique jusqu’en 1918, puis exerça différentes fonctions d’enseignant à Paris.

Son séjour en Afrique fut pour lui l’occasion d’engranger une quantité considérable d’informations linguistiques et ethnographiques dont il fit bénéficier tous les chercheurs qui s’intéressaient alors à ce continent.

Il publia de nombreux ouvrages sur les langues africaines, notamment son dictionnaire portant sur les 60 langues ou dialectes parlés en Côte d’Ivoire, son encyclopédie en trois tomes sur l’Afrique occidentale, et quelques autres livres, dont celui qui fait l’objet du présent commentaire, intitulé « Broussard ou états d’âme d’un colonial. »

Les pages qu’il consacrait à la question des exhibitions et des zoos sont intéressantes, étant donné qu’elles prennent à « front renversé », comme diraient les militaires, certaines thèses historico-médiatiques modernes qui montent en épingle les « zoos humains » des expositions coloniales, en expliquant savamment qu’ils correspondaient à l’opinion publique de l’époque sur les sauvages, les primitifs, et donc aux fameux stéréotypes du véritable « bain » dans laquelle cette dernière aurait été plongée.

La littérature coloniale de certains chercheurs s’est assuré un certain succès médiatique en s’emparant, quelquefois à des fins lucratives, d’images choc propres à flatter les goûts du jour pour les images, quelles qu’elles soient.

Le problème a toujours été, moins de nos jours qu’à cette époque où les communications, les médias, n’inondaient pas toute la planète, «  le comment l’un  a fait l’expérience de l’autre, noir ou blanc. »

Dans le cas présent, Delafosse racontait son expérience personnelle d’acteur de zoos blancs en Côte d’Ivoire.

Delafosse conversait avec un de ses amis :

« Oui, répéta-t-il songeur : voici venus les beaux jours – je l’espère du moins – et, comme d’habitude à pareille époque, nous allons voir surgir un peu partout dans les faubourgs de Paris des exhibitions dites coloniales : villages nègres, douars marocains, campements de Peaux Rouges. Le public de votre bonne ville aime ce genre de spectacle, moins que le cinéma assurément, mais suffisamment cependant pour que les organisateurs de ces sortes d’entreprises se sentent encouragées à ne pas changer de métier.

Pourtant, l’utilité de ces exhibitions est discutable, les gens qui les visitent n’en rapportent le plus souvent, en dehors du plaisir qu’ils ont éprouvé, que des impressions très fausses. Bien que les sujets exhibés ne soient pas recrutés aux Batignolles, quoi qu’en disent quelques esprits forts, et qu’ils aient été effectivement amenés de pays lointains, il s’en faut de beaucoup, la plupart du temps, qu’ils répondent à l’étiquette ethnique dont les affuble leur barnum. Je me souviens de soi-disant Touareg qui n’étaient autres que des Arabes, ouvriers de Constantine ou khammès de Batna, et qui ne sachant un traître mot de langue tamacheq, répondaient en arabe, avec l’obstination d’un soldat exécutant une consigne, à toutes les questions que je leur posais sur leur origine ; « Nous sommes Touareg, nous ne comprenons pas l’arabe. »

Suivait une discussion sur l’organisation de ces exhibitions, sur leur truquage, et sur la comparaison qu’il était possible de faire avec les exhibitions exotiques des grandes expositions qui avaient en général un indéniable cachet de vérité.

« Mais que l’on enferme entre des grilles quelques vingtaines de noirs, d’Asiatiques, ou de Peaux Rouges, comme je l’ai vu faire maintes fois, et que la foule se presse autour de ces grilles, comme elle le fait autour de l’enclos des otaries, pour assister aux ébats et repas des malheureux exotiques dans le même esprit qu’elle assiste aux ébats des kangourous et aux repas des fauves, c’est là une chose que je ne puis supporter et que je trouve parfaitement immorale ; j’oserais dire que c’est un véritable attentat à la dignité humaine. »

Et Delafosse de parler en connaissance de cause, compte tenu de l’expérience personnelle qu’il avait faite en Côte d’Ivoire, en 1907, expérience qu’il racontait dans son livre. 

Il s’agissait cette fois d’une inversion de rôles !

En 1907, Delafosse effectuait une reconnaissance en pays Ouobé,à l’ouest de la Côte d’Ivoire, dans la région de Man, en compagnie du regretté capitaine Caveng :

« Nous étions arrivés à Semien, assez gros village aujourd’hui pourvu d’un poste, mais nul européen n’avait pénétré avant nous en dehors du lieutenant Cornet. Celui-ci était venu visiter Semien en 1901, mais, depuis, six ans avaient passé, et les Ouobé n’avaient plus vu aucun blanc. Leur curiosité n’était donc pas satisfaite, et lorsque le bruit se fut répandu que deux blancs étaient présents à Semien, tous les villages voisins se vidèrent de leurs habitants, accourus pour contempler le phénomène.

Le phénomène, c’était Caveng et moi-même. Attablés pour un frugal déjeuner dans la hutte qu’on nous avait assignée, hutte étroite et basse où nous ne pouvions noi tenir debout et dans laquelle l’air et la lumière ne pénétraient que par une unique ouverture au ras du sol, haute de soixante centimètres environ, nous crûmes que nous allions périr étouffés : l’entrée minuscule, en effet, était entièrement obstruée par un nombre infini de têtes noires, serrées les unes contre les autres et dardant sur nous des yeux qui ne devaient pas voir grand-chose, vu l’obscurité, mais qui n’en avaient que plus soif de voir. Nous avions beau chasser les curieux, ils étaient immédiatement remplacés par d’autres. Nous dûmes faire appel au chef de village, un grand vieillard astucieux qui se nommait Dié. Ses efforts furent vains : la foule voulait nous voir. De guerre lasse, Dié nous conseilla de sortir et de faire à pas lents le tour du village, de façon à ce que tout le monde put nous contempler librement :  

 « Après cela, ajouta le chef, je pourrai exiger qu’on vous laisse tranquille, puisque tous vous auront vus. »

Il n’y avait pas d’autre chose à faire et nous nous exécutâmes. Toute ma vie, je me souviendrai de cette chose grotesque : Caveng et moi, bras dessus, bras dessous, circulant entre deux haires compactes d’anthropophages, nous donnant en spectacle à ces gens qui voulaient voir des sauvages. Car, c’était nous les sauvages, là-bas, offerts en spectacle à la curiosité d’ailleurs sympathique de la foule, qui détaillait avec intérêt la couleur de notre peau, la forme de notre nez, la coupe de nos vêtements, le son bizarre de notre voix, l’impression qui pouvait se lire sur notre visage.

Nous étions les exotiques exhibés en public, avec cette différence toutefois qu’aucune enceinte grillagée n’était là pour nous assimiler à des fauves et surtout qu’on n’était pas aller nous chercher : si la situation nous semblait gênante, nous n’avions qu’à nous en prendre à nous-mêmes ; si nous étions là, c’est que nous l’avions bien voulu, et nous savions ce que nous faisions et pourquoi nous le faisions ;

La plupart des malheureux exotiques qu’on exhibe en France, conclut Broussard, n’en pourraient pas dire autant. » (Pages 240 à 245)

Deux commentaires :

–       Si les fameuses exhibitions constituaient incontestablement, même à cette époque, une atteinte grave à la dignité humaine, elles n’eurent toutefois pas l’importance  que certains chercheurs leur accordent de façon un peu trop anachronique, et tout autant médiatique..

–       Et ces exhibitions ne furent pas réservées aux seuls noirs, car on y a présenté quelquefois aussi des Lapons, des Irlandais, des Bretons, et des Auvergnats, ce qui n’est évidemment pas une circonstance atténuante.

Jean Pierre Renaud

Humeur Tique: Editoriaux du Monde, la France, la Côte d’Ivoire, la Lybie, et pourquoi pas Madagascar?

 Edito du 11 mars 2011 : « L’avenir de l’Afrique se joue en Côte d’Ivoire »

            Edito du 16 mars 2011 : « Il est temps d’aider la rébellion libyenne »

            Bravo au journal de « référence » pour ces prises de positions claires !

            Encore un petit effort pour prendre le même type de position claire sur Madagascar, c’est-à-dire dire clairement au nom de la France, que notre pays veut le retour à des institutions démocratiques issues d’une élection contrôlée par des institutions internationales.

            Avec la complicité de la France, ce pays s’enfonce toujours plus dans la misère, sous le contrôle d’une « Haute Autorité », dite de « Transition », Transition qui dure depuis plus de deux ans, Haute Autorité issue d’un coup d’Etat.

            Il serait enfin temps que les citoyens français connaissent la politique étrangère qui est faite en leur nom à Madagascar, bien loin de notre idéal républicain !

Humeur Tique: Méhaignerie et les chiffres de l’immigration-Pakistan: la cruauté de deux photos et la croix de la Reine-Blanche

Humeur Tique : Méhaignerie et ses chiffres de l’immigration « implicite » – Pakistan : la cruauté des photos et la croix de la Reine-Blanche

Méhaignerie et sa connaissance des chiffres de l’immigration « implicite » :

Les Echos des 11 et 12 mars 2011, (page 2) sous le titre « Méhaignerie : « Supprimer l’ISF pour réduire les inégalités », pourquoi pas ?  Mais il n’est pas sûr que ses électeurs de Vitré ou de Bretagne comprennent bien cet enjeu qui reste tout de même très technocratique, très, très loin des enjeux du terrain des citoyens.

Arrêtons-nous un instant, sur un tout autre sujet, auquel les mêmes habitants sont sans doute plus sensibles, la laïcité.

Question : « Faut-il arrêter le débat sur la laïcité ?

Réponse du Président de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale :

Je n’ai jamais été très favorable à ce type de débats. S’il n’est pas bien cadré, il peut être mal perçu par la population. Attention à ce que les 5 à 6 millions de Français d’origine étrangère ne se sentent pas stigmatisés… »

Les Français ne seraient-ils pas en droit d’attendre de la part du président d’une commission des affaires sociales de l’assemblée nationale, concernée au premier chef par ce dossier, un peu plus de rigueur, et de la part de l’ancien ingénieur du génie rural, un peu plus de précision ?

5 à 6 millions, le chiffre est déjà approximatif, mais comment citer un tel chiffre, alors qu’en 1999, près de 14 millions de personnes étaient déjà d’origine étrangère, soit 24% de la population (1) ?

Il y aurait donc une population d’origine « implicite » dans le chiffre avancé par Méhaignerie, c’est-à-dire un non-dit politique, et une fois de plus ?

(1)  Voir livre Tribalat « Les yeux grands fermés » pages 155 et suivantes

Pakistan, la cruauté morale et religieuse de deux photos !

La croix de la Reine-Blanche !

La première photo parue dans « Valeurs actuelles » du 10 mars 2011, celle du ministre fédéral chargé des Minorités religieuses, Shahbaz Bhatti assassiné par des islamistes, photo dont le sous-titre est : 

« Il montre ici une croix sortie des décombres d’une église brûlée. Les islamistes l’ont tué le 2 mars. »

Deuxième cliché, paru dans « Capital » de mars 2011, page78 :

« Asif Ali Zardari, président du Pakistan : Après s’être rendu à l’Elysée en août, Zardari, souvent mis en cause pour corruption, a rejoint son manoir de la Reine-Blanche, en Normandie, dans un hélicoptère prêté par l’armée française ; (avec en médaillon sa photo, et en arrière- plan, vue de la propriété survolée par un hélicoptère)

Le film « Winter’s Bone » de Debra Granik

 Si vous avez envie de vous désintoxiquer des spots et sunlights d’Hollywood, ou de découvrir l’ouest américain autrement qu’avec des westerns, découvrir une certaine Amérique profonde, dans les monts Ozarks du Missouri, en bref, vous dépayser, allez voir ce film, un film dur, un film noir chez les blancs, un vrai film des ténèbres.

            Dans un univers humain pervers, l’histoire d’une jeune fille de dix- sept ans qui se retrouve seule pour élever son petit frère et sa petite sœur, avec une mère invalide, et un père en fuite, dealer en « met », comme il est dit dans le film.

            Le problème est qu’il a mis sa maison sous caution, et qu’elle a toutes les chances d’être vendue, à moins que l’on n’arrive à mettre la main sur le fuyard , mort ou vif. Et c’est effectivement mort qu’il sera retrouvé, au cours d’une scène d’apocalypse.

            Ce film nous plonge dans un enfer américain, des trafics de met, des règlements de comptes, entre des personnages et des familles aux mines le plus souvent patibulaires, avec toutefois le grand rayon de soleil de cette jeune fille qui fait face à toute cette violence pour sauver sa petite famille.

            N’allez pas croire toutefois que les images infernales de ce film puissent être représentatives d’un ensemble géographique et humain, qui pourrait être ici celui de la vie dans les monts Ozarks !

            Bien au contraire, si vous lisez le livre étonnant de Sue Hubbell« Une année à la campagne », un chant de découverte de la nature, et d’émerveillement, précisément dans les mêmes monts Ozarks.

            Jean Pierre Renaud