Chronique de la France d’en bas, ou plutôt de l’Eglise d’en bas Entre Dieu et César !

Chronique n° 6 de la France d’en bas, ou plutôt de l’Eglise d’en bas

Une Eglise de France en pleine confusion des ordres !  « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » Luc

            Entre laïcité et culte catholique dans la République « laïque », en pleine crise de « pédophilie », il est tout à fait étrange de voir les évêques de l’Eglise de France désigner un préfet pour présider la Commission nationale d’expertise indépendante chargée de conseiller les évêques dans l’évaluation des situations de prêtres ayant commis des abus sexuels.

           D’autant plus étrange que le nouveau Président exerçait ou exerce encore, les fonctions de directeur général de la Fédération française de football : quel saut olympique entre le foot et les sacristies !

            A lire son curriculum vitae publié par le journal La Croix du 22 avril dernier, (page 14), sa fréquentation du bon establishment de France, institution de l’Eglise « comprise », le méli-mélo multiculturel qui y règne, et sans contester les qualités de ce haut fonctionnaire, il est possible de se poser la question de savoir si cette nomination ne révèle pas une trop grande proximité entre  préfets de France et évêques de France, entre l’establishment qui nous gouverne encore et un establishment épiscopal qui ne dit pas son  nom.

          Décidément, l’Eglise de France est peut-être beaucoup plus malade qu’on ne pouvait le penser ! Et la France avec elle !

Jean Pierre Renaud

La France est entrée dans une ère de pleine fiction politique !

      La République française, place de la République ?

            Le gouvernement et le Parlement ont décidé de mettre la France en « état d’urgence », contre le terrorisme, et depuis plusieurs semaines, la Place de la République, est occupée par une sorte de coalition d’anarchistes, d’agitateurs professionnels,  et de rêveurs « innocents »,  mâtinée de bandes de casseurs.

            Résultat : les forces de sécurité sont quotidiennement détournées de leur mission nationale de protection et de défense.

         Conclusion : le gouvernement est incapable de faire respecter l’ordre public.

        Alors que la situation du pays échappe de plus en plus complètement et de toute part au Président,  ce dernier fait comme s’il ne se passait rien dans notre pays. Certains observateurs diraient qu’il passe plus de temps dans l’avion  présidentiel que dans son pays.

      D’autres observateurs trouveraient que la situation française ressemble fort à celle qui avait précédé en 1958 le retour du général de Gaulle au pouvoir, à la seule différence près qu’il n’y a plus de de Gaulle.

               Pourquoi ne pas dire que le pouvoir de l’Etat « part en couille » ?

Macron, le nouveau porte-étendard de Jeanne d’Arc !

            L’ancien pensionnaire de la banque Rothschild a-t-il vraiment beaucoup de choses à se faire pardonner pour tenter de capter un petit brin du mythe de Jeanne d’Arc ?

           Autre hypothèse : à  quel prince ou à quel roi le futur « puceau d’Orléans » a-t-il proposé son aide spirituelle ? Pour sauver la France ?

        Dans quel siècle vivons-nous ?

     Jean Pierre Renaud

« Guerre d’Algérie » Volet 3 « Japon-Corée », France Algérie », « Le Japon et le fait colonial »

« Guerre d’Algérie : réflexions »

Volet 3

« Le Japon et le fait colonial- II »

« Les débats du temps postcolonial, des années 1950 à nos jours »

« Japon- Corée, France-Algérie »

« Réflexions sur deux situations coloniales et postcoloniales »

Lionel Babicz (page 55 à 80)
Cipango
Cahier d’études japonaises Année 2012
Lecture critique
S’agit-il d’un « objet d’histoire » ?

            Indiquons dès le départ que l’auteur s’attaque à un sujet difficile, ambitieux, qui soulève beaucoup de questions de méthodologie concernant le concept de comparabilité historique, et nous verrons ce qu’il convient d’en penser.

            Avec une question préalable, s’agit-il d’un « objet d’histoire », alors que la Corée « coloniale » a disparu de la scène internationale après 1945, avec une partition en deux Corées, celle du nord et celle du sud ? De quelle Corée s’agit-il ?

            L’auteur écrit :

            « Histoire, paix, réconciliation. Si une quantité croissante de travaux sur ces thèmes ont été publiés en Asie orientale et en Europe, peu nombreuses sont les études comparatives. Le présent article résulte de ma participation à l’une de ces rares initiatives, un ouvrage japonais intitulé « Histoire et réconciliation publié en 2011 par les historiens Kurosawa Fumitaka …et Ian Nish. Ce livre, composé à la fois de travaux historiques et de témoignages directs, comporte également une partie comparative dédiée à des thèmes rarement abordés jusqu’à présent : mise en perspective des processus de réconciliation sino-japonais et germano-polonais, ou nippon- coréen et anglo-irlandais. Ma contribution personnelle fut une tentative de comparaison entre deux couples coloniaux n’ayant jamais encore été systématiquement confrontés, Japon-Corée et France-Algérie. Les quelques réflexions qui suivent sur divers aspects des situations coloniales et postcoloniales franco-algériennes et nippo-coréennes constituent une version remaniée et actualisée de ce texte japonais. » (p,56)

            L’auteur expédie le cas comparatif des mémoires de guerre de l’Allemagne et du Japon, effectivement très différentes de celui qu’il a l’ambition d’analyser, et écrit donc:

     «  Ces quelques pages se proposent ainsi d’examiner les parallèles et différences entre les situations coloniales franco-algériennes et nippo-coréennes, mais également de comparer la manière dont cette histoire porte une ombre encore aujourd’hui sur les relations au sein des deux « couples » .(p,57)

            Le lecteur aura bien noté que la réflexion porte sur les « situations coloniales », « parallèles » ou « différentes », les mots que j’ai soulignés.

            A la fin de notre lecture critique, nous verrons ce qu’il faut penser, de façon synthétique, d’une tentative de comparaison entre deux couples coloniaux n’ayant jamais encore été systématiquement confrontés, une comparaison qui soulève évidemment la question de sa pertinence historique.

         Je ne cacherai pas aux lecteurs que j’en doute sérieusement, et qu’à plusieurs reprises je me suis demandé quel maître à penser de l’INALCO avait pu souffler l’idée d’un tel sujet.

        « Le centenaire de l’annexion de la Corée (p, 57)

          Ces dernières années auront été emblématiques : les relations nippo-coréennes et franco-algériennes évoluent toujours à l’ombre de l’histoire et de la mémoire.

       L’année 2010 marqua le centenaire de l’annexion de la Corée par le Japon. En apparence, les choses se sont plutôt bien passées…    

       Le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

      « Pour ce qui est de la France et de l’Algérie, l’année 2012 aura marqué le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie et de l’indépendance algérienne. Là aussi, polémiques et divergences furent au rendez-vous…

     Au-delà des gestes politiques, il semble également que l’année 2012 aura été l’occasion pour la France intellectuelle, artistique et médiatique de se pencher sur le passé algérien comme cela n’avait jamais été fait auparavant…

     De manière apparemment paradoxale, le cinquantième anniversaire de l’indépendance algérienne sembla avoir suscité plus d’intérêt en France qu’en Algérie, et ce malgré une série de célébrations officielles  démarrant en juillet 2012…

      En fait, la manière dont le Japon et la France ont respectivement commémoré les anniversaires de 2010 et de 2012 révèle, me semble-t-il, une différence essentielle entre les mémoires coloniales des deux pays. En France, l’Algérie suscite un important débat intérieur passionnant une grande partie de la société civile… » (p61)  

      Questions : j’ai souligné les réflexions qui posent problème.

        Comment est-il possible de comparer, sauf à dire qu’il s’agit de deux événements complètement différents en chronologie et en signification, entre une annexion de la Corée  datant de 1910 et la fin d’une guerre d’indépendance pour l’Algérie datant de 1962 ?

       L’année 2012… une occasion de se pencher sur le passé algérien… ? Vraiment ?

      Une différence essentielle entre les mémoires coloniales des deux pays ?  Est-ce le cas, alors qu’aucune enquête statistique sérieuse n’a pas été faite à ma connaissance sur cette fameuse mémoire coloniale, avant tout chère à Monsieur Stora. Alors qu’il s’agit bien souvent d’une mémoire mise au service d’une cause politique ?

      « La force du lien colonial (p,62)

      « Aussi bien dans le cas de la France et de l’Algérie que dans celui du Japon et de la Corée, on ne peut véritablement saisir l’état des relations bilatérales sans se référer à la réalité de la période coloniale. Quelles sont donc les similitudes et les différences dans les situations coloniales franco-algérienne et nippo-coréenne ?

       La similarité la plus frappante est peut-être la spécificité du lien qui reliait les deux partenaires coloniaux..

       L’Algérie fut une colonie française durant plus de cent trente ans (1830-1962… une colonie de peuplement… la possession française… indispensable stratégiquement (l’Algérie était la clef de l’Afrique, du Maghreb et du Proche Orient, et aussi symbole de la grandeur de la France. » (p63)

       Questions et constats sur les mots soulignés :

       La spécificité, incontestablement !

 Une colonie française jusqu’en 1962, vraiment ?

 Une colonie de peuplement, incontestablement !

 Indispensable stratégiquement (l’Algérie était la clef de l’Afrique, du Maghreb et du Proche Orient ?

       Une affirmation historique hardie, pour ne pas dire plus.

Grandeur de la France, incontestablement ! Une des raisons qui ont trop souvent conduit les gouvernements français à vouloir s’occuper de tout sur la planète aussi bien pendant les conquêtes coloniales, avec Jules Ferry et après, et encore de nos jours avec les interventions extérieures multiples de la Cinquième République, sous les houlettes de Messieurs Sarkozy et Hollande.

       « Deux catégories de personne » (p,64)

        « Il y avait une différence, cependant. Le Japon avait développé à l’égard de la Corée une idéologie de proximité raciale. Les Coréens étaient considérés comme des frères de race égarés, destinés au bout du compte à regagner le bercail originel d’une civilisation commune. Ce sont des idées, déjà présentes au moment de l’annexion en 1910, qui furent à la base des mesures d’assimilation mises en place à partir de 1938.

         En Algérie, pas de proximité raciale qui tienne. L’Algérie était destinée à être assimilée à la France par le biais d’une colonisation française (et européenne) et par la « francisation » progressive d’une élite locale. Durant toute l’époque coloniale, il y eut  essentiellement deux catégories de personnes en Algérie : les colons – citoyens français bénéficiaient de tous les droits – (auxquels furent adjoints en 1870 les Juifs algériens), et les indigènes locaux, les « Arabes », régis par le Code de l’indigénat de 1881. Ainsi lorsqu’on parle d’assimilation, il s’agit des citoyens colons, et non de celles des Algériens musulmans. » (p,65)

      Questions relatives aux mots ou phrases soulignés :

Proximité raciale, annexion en 1910, et mise en place en 1938 seulement, juste avant le début de la guerre mondiale ?

        Est-ce tout à fait pertinent ?

 « En Algérie, pas de proximité raciale qui tienne. » « francisation » progressive d’une élite locale »… assimilation ?

      Idem, une analyse pertinente, il est possible d’en douter, mais les remarques relatives aux frères de race … au bercail originel d’une civilisation commune sont, elles, tout à fait pertinentes, car le facteur religieux, la présence de l’Islam, fut un des facteurs qui rendait difficile, sinon impossible toute idée d’assimilation.

      Je rappelle à cette occasion que dans les années 1900, les colons, terme inapproprié pour dénommer les européens d’Algérie, étaient composés pour un tiers d’espagnols, un tiers d’italiens, et un tiers de français, et qu’en 1870, il n’existait quasiment pas encore d’Etat algérien.

         L’auteur note d’ailleurs que les projets d’intégration des Coréens, même tardifs, ne réglaient pas le même type de problème :

       «  Ainsi dans les deux colonies, au nom d’une lointaine et utopique assimilation, les populations  étaient l’objet d’une ségrégation intense, et les opposants les plus farouches à l’assimilation des Coréens étaient les colons japonais, craignant de perdre leurs privilèges. » (p65)

       Mais alors, qu’en penser ?

        Qu’il s’agisse de l’avant 1939 ou de l’après, toute comparaison parait difficile à faire, compte tenu de l’irruption du facteur international, la guerre, la défaite du Japon et l’indépendance de la Corée le 15 août 1945, puis la guerre froide, la guerre de Corée (1950-1953), la division du pays en deux Corées, un élément de l’histoire coréenne qui rend difficile toute comparaison pertinente avec l’Algérie

    L’Algérie, elle-même, ne sortira pas indemne de la guerre, et sera rapidement prise dans les soubresauts de la décolonisation, les interventions des Etats Unis, de l’URSS, et du Tiers Monde, puis la guerre d’Algérie.

      Corée et Algérie avaient basculé dans un autre monde.

     « Décalage chronologique, décolonisation

       Ce décalage des chronologies constitue peut-être l’une des différences essentielles entre les deux situations coloniales. « L’Algérie est colonisée beaucoup plus tôt que la Corée (prise d’Alger en 1830, colonisation officielle à partir de 1905 pour la péninsule) et se libère plus tard (la Corée est libérée en 1945, l’Algérie se libère en 1962)…

        En France, la perte de l’Algérie française a été vécue comme « une sorte d’amputation ». la guerre d’Algérie est également à l’origine de la création de la Vème République…

Occultation

        Ainsi après l’indépendance, la guerre fut occultée en France. Benjamin Stora publie en 1991, un ouvrage intitulé « La gangrène et l’oubli » dans lequel il analysait comment cette « guerre sans nom » demeurait une page blanche de l’histoire de France, et rongeait comme une gangrène les fondements mêmes de la société »

Occultation également en Algérie…

       En Corée, le processus de décolonisation fut totalement différent… Ainsi pour le Japon, le traumatisme de la perte de la Corée se dilua dans le traumatisme général de la défaite.

       Cependant, là-aussi, l’occultation était au rendez-vous. Les deux décennies suivant la fin de la guerre (1945-1965) furent une période de désintérêt total à l’égard de la Corée. » (p,68,69)

       Questions :

        Indépendamment de la question de base, – à savoir sommes-nous vraiment dans des « situations coloniales » comparables ? -, l’auteur fait référence à un historien qui surfe depuis des années, sur la mémoire d’une guerre d’Algérie qui l’a fait rapatrier à l’âge de douze ans.

       Pour avoir participé à cette guerre au titre du contingent, et avoir été attentif à ce qu’on en racontait après, je n’ai pas le sentiment que cette guerre ait été occultée, en tout cas, pas par les groupes de pression multiples qui ont tenté de s’en approprier la mémoire, souvent avec succès, notamment, celui qu’anime l’historien-mémorialiste cité.

          Quant au constat « Occultation également en Algérie », je laisse le soin à l’auteur de nous dire sur quel fondement il formule ce constat.

       « Normalisation nippo-coréenne (p,70)

        En 1965, le Japon établissait des relations diplomatiques avec la République de Corée, au Sud. Ce traité de normalisation était le résultat à la fois de pressions des Etats-Unis qui aspiraient à renforcer la stabilité régionale, et d’une convergence d’intérêts, essentiellement économique, entre la Corée et le Japon….le Ministre des Affaires étrangères japonais, Shiina Etsusaburo exprima les regrets de son pays pour ce « passé infortuné ».

       Il est évident que dans le cas d’espèce, les Etats-Unis étaient devenus maître du jeu.

      « La France et l’Algérie après l’indépendance (p,71)

      Contrairement au cas nippo-coréen où l’indépendance amena une rupture des liens bilatéraux,  entre la France et l’Algérie, le contact ne fut jamais rompu. Il est même surprenant de voir comment malgré la violence et les atrocités de la guerre dès son lendemain, les deux parties manifestèrent leur volonté de maintenir un lien étroit…

   En 1981, le président Mitterrand se rendit même à Alger

     Dégradation franco-algérienne, amélioration nippo-coréenne (p,73)

     Mais l’année 1981 marqua également un pic

        Question : une fois de plus, compare-t-on des situations historiques comparables ? A mon avis, non, sans oublier que derrière le décor franco-algérien se profilait l’accord secret sur les essais nucléaires au Sahara.

       Point n’est besoin de noter, en ce qui concerne les relations nippo-coréennes, qu’en 1998, le Mondial fut un nouveau facteur de normalisation, mais avec quelle Corée ? Et sous le parapluie américain?.

      « Vers la fin de l’époque postcoloniale ? (p,75)

       … Les traités de sécurité liant Séoul et Tokyo à Washington ont l’allure d’une véritable alliance trilatérale, et il ne fait guère de doute que ce triangle de sécurité est à la base de la paix dont jouit l’Asie orientale depuis un demi-siècle. » (p,76)

           Question : en dépit de l’existence d’un autre morceau de la Corée, celle du Nord, encore communiste et agressive, et la montée en puissance de ce qu’on pourrait appeler la nouvelle Chine, et la forme moderne de son impérialisme séculaire ?

       « L’Algérie et la France dans la tourmente (p,76)

         L’auteur rappelle à juste titre l’existence de la guerre civile des années 1988-1990, la deuxième après celle des années 1954-1962, une guerre qu’il parait légitime de dénommer une guerre de religion, et ils ont été nombreux les Algériens qui sont venus en France pour y trouver refuge.

       Depuis, ces relations n’ont trouvé ni apaisement, ni nouvel équilibre, en raison notamment, et souvent des deux côtés de la mer de Méditerranée, de la culture de mémoires partisanes, lesquelles, ont l’ambition d’exiger de la France une repentance coloniale.

      « Une surabondance mémorielle » (p,79)

         Je ne suis pas convaincu qu’il existe de nos jours une surabondance mémorielle, alors que l’ancien passé  aurait été occulté, par qui ? A quel niveau ?

      En tout cas, pas dans les très nombreuses associations ou groupes de pression qui ont cultivé la mémoire de cette guerre, avec une immense majorité de soldats du contingent, dont je faisais partie, qui n’avaient jamais été convaincus, en débarquant en Algérie, qu’ils se trouvaient sur une terre française.

      Pourquoi ne pas noter que les groupes de pression qui font le plus de bruit en faveur d’une repentance qui ne dit pas son nom, ont partie liée avec des partis politiques ou des publics issus de l’immigration ?

         Comment adhérer, au terme de cette lecture critique à cette sorte de conclusion caricaturale qu’en tire l’auteur ?

           « Les couples franco-algériens et nippo-coréens semblent ainsi constituer deux variantes d’une même situation postcoloniale. Les deux couples entretiennent aujourd’hui des relations  dictées essentiellement par leurs situations géostratégiques et leurs choix politiques. Dans ce contexte, la mémoire du passé colonial est souvent instrumentalisée pour des besoins intérieurs et extérieurs. Mais ces débats, disputes, accrochages et affrontements sont également l’expression de plaies toujours vives et qui ne semblent pas près de se refermer. La colonisation travaille en profondeur tant les sociétés des pays colonisateurs que celle des pays coloniaux. « (p,80)

        Comment ne pas interpréter une telle opinion qui ne correspond pas aux réalités françaises, sauf pour une petite partie  de sa population, comme un appel – une fois de plus- à un « inconscient collectif » cher à beaucoup de chercheurs, lequel « travaille en profondeur », qui constituerait l’alpha et l’omega, pour ne pas dire le graal des relations entre ces pays désignés ?

        Un « inconscient collectif » cher à Monsieur Stora !

Ma critique de synthèse

– Question préliminaire : le but de cette chronique était-il de faire apparaître toutes les différences qui séparaient la Corée et l’Algérie ? Si oui, il parait atteint.

– Une chronologie pertinente ? Non ! Car comment comparer des situations coloniales, datant l’une de 1830, et l’autre de 1905, celle de la Corée ne durant que quarante ans contre cent trente-deux ans pour l’Algérie, la première à un moment de la vie internationale qui ne soutenait aucune comparaison avec le début du XX°siècle, et selon  des durées « coloniales » difficilement comparables.

 – Des situations coloniales comparables ? Bien sûr que non !

        Comment comparer l’Algérie des années 1830, dépourvue de tout Etat, sous la gouverne des tribus, avec le contrôle lointain et superficiel de l’Empire Ottoman, avec la Corée des trois royaumes peuplés d’une population partageant une civilisation commune, mixant les grandes religions d’Asie, avec une Algérie musulmane, une Corée qui existait bien avant son annexion par le Japon ?

      Une comparaison de la Corée avec l’Indochine, gouvernée par l’empereur d’Annam, fils du ciel, comme en Chine, n’aurait-elle pas été plus pertinente ?

–  Le facteur stratégique ?

       L’auteur en souligne l’’existence, mais autant un tel facteur a été déterminant dans la conquête de la Corée, comme le souligne les auteurs d’autres contributions, ce facteur était inexistant à l’origine pour Alger, puisqu’il s’agissait avant tout de mettre fin au trafic d’esclaves chrétiens par les pirates barbaresques, et alors que la distance qui séparait les deux côtes ne donnait pas à l’Algérie cette caractéristique de sécurité nationale.

         Il fallut attendre la deuxième guerre mondiale, et le débarquement de troupes alliées en Afrique du Nord pour que l’Algérie devienne momentanément un élément important d’une stratégie nationale, une situation qui dura peu de temps, car contrairement à ce qu’écrit l’auteur,  je ne sache pas que l’Algérie ait eu une importance stratégique pour la France au Moyen Orient.

–    Le volet des « situations coloniales » sur leur plan économique et financier ? Un volet qui fait complètement défaut, alors qu’une comparaison intéressante et utile aurait pu être effectuée entre les deux pays, de même et de façon plus pertinente avec l’Indochine entrée dans une ère coloniale à peu près à la même période que la Corée.

        Il aurait été intéressant, si cette hypothèse de travail est pertinente, que l’auteur montre comment les banques de Corée, entre les mains du Japon, ont été l’instrument d’un impérialisme secondaire du Japon en Chine.

        Cette lacune de données économiques est très fréquente dans beaucoup de recherches d’histoire postcoloniale, alors que de nombreux outils d’évaluation statistique sont disponibles.

        La Corée, quelle  Corée ? Celle du Nord encore communiste, ou celle du Sud,  alliée des Etats Unis et du Japon ?

        A la lecture de cette chronique, il est possible de se poser la question.

–    Le mot de la fin, avec la contribution du détective Napoléon Bonaparte, célèbre pour ses enquêtes dans le bush australien, notamment chez les Arborigènes, en partie exterminés ou discriminés par les anciens colons de ce continent, un détective dont les enquêtes ont été popularisées par Upfield.

          Aurais-je envie de dire, qu’à la grande différence des enquêtes fouillées de Napoléon Bonaparte, qu’il m’arrive de trouver que certaines recherches postcoloniales manquent peut être de la même rigueur dans leur évaluation des faits ou idées analysés.

          C’est à se demander si les romans policiers les meilleurs ne font pas preuve d’une plus grande rigueur scientifique, pour ne pas citer certains romans historiques qui pourraient sans aucun doute en remontrer à certains chercheurs !

          Nous nous proposons d’ailleurs de publier plus tard une petite chronique sur ce sujet passionnant.

Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés

Chronique de la France d’en bas N°5 « Le foot du fric ou le foot du sport ?

Chronique de la France d’en bas

N°5

Le foot du fric ou le foot du sport ?

 « Les sportifs doivent-ils être exemplaires ? »
Le journal Aujourd’hui en France du 28 mars 2016, page 17
A propos de la sex-tape Benzema-Valbuena !

         Deux « experts » ont été consultés, Roselyne Bachelot, ancienne ministre des sports (2007-2010) et Pascal Boniface, géo politologue, directeur de l’IRIS, nouveau juge de l’éthique du foot.

         Le titre des deux réponses résumait leur position sur ce sujet sensible :

        « Ils ont un rôle de citoyen à assumer », pour Mme Bachelot

       «  On ne peut pas leur demander plus qu’aux autres », pour M.Boniface.

         La réponse de M.Boniface est tout à fait inacceptable, d’autant plus qu’il fait partie depuis 2013, du Conseil national de l’éthique de la Fédération française de football.

      A lire certains propos du Président Thiriez, l’institution en question  parait en effet défendre plus le foot du fric que le foot du sport. (voir blog du 16/03/16)

        Aux yeux du politologue Boniface et nouveau juge de l’éthique du sport au sein de la même institution, il serait possible et acceptable, sur le plan éthique, d’être embarqué dans une affaire civile et judiciaire douteuse, et de représenter la France dans notre équipe nationale de football ?

     Une fois de plus, il y a décidément quelque chose de pourri dans le royaume de France.

      Certains ajouteraient que le mal n’est pas si grave que cela, à voir ou à découvrir que, dans certaines équipes de France, chargées de défendre les couleurs nationales, sur le plan international, des sportifs détiennent deux nationalités, et optent donc pour telle ou telle nationalité, selon la loi du plus offrant sur le marché.

Jean Pierre Renaud

Primaires à gauche, primaires à droite ? Macron ? Terroristes, Zorro, ou Zozos

Primaires à gauche, primaires à droite ? Macron,  électron libre, vraiment ?  Terroristes, Zorro, ou Zozos ?

           Les primaires –

         J’ai déjà manifesté mon opposition à ce mode de désignation des candidats à l’élection présidentielle, et je la renouvelle pour au moins trois raisons :

        La première : la contradiction qui existe entre l’article 4 de notre Constitution, qui reconnait le rôle des partis politiques dans la démocratie et cette nouvelle pratique politique qui donne la possibilité aux mêmes partis de se défausser de cette responsabilité en la transférant aux électeurs, quels qu’ils soient, ces derniers ayant la charge de désigner la ou le plus populaire d’entre eux.

       La deuxième : le constat que ces joutes politico-médiatiques misent beaucoup plus sur le coefficient de popularité de tel ou tel candidat, sur leur ego, que sur les projets, les idées, en faisant basculer une élection présidentielle vers un nouveau type de manifestation politique cosmétique.

      La troisième : le constat qu’avec la combinaison du quinquennat présidentiel et des primaires, le pays est plongé dans une campagne électorale permanente.

        Macron,

         nouvel OVNI, ni gauche ni droite, mais ministre d’un gouvernement socialiste ! Aurait-il honte d’être socialiste, mais alors que fait-il  dans ce gouvernement ?

        L’irruption de Macron dans le jeu politique n’est pas innocente : quels sont ceux ou celles qui tirent les ficelles ? Pour ajouter encore plus à la sorte d’anarchie des idées qui règne dans le pays ? Une sorte de relève de la gauche caviar qui ne dit pas son nom ? Une  manip de plus d’un Hollande manœuvrier qui a trop tendance à confondre la carte de France avec celle d’un Parti Socialiste, dont il fut longtemps le tireur de ficelles le plus averti ?

Terroristes, Zorro, Zozos ?

           Nos gouvernements et nos médias font une drôle de guerre !

         Ils s’empressent tous de faire de la pub à ces nouveaux barbares, on vous file leurs portraits sous les yeux, toutes les heures et tous les jours,  vous savez tout de leur passé, petits ou grands délinquants, mais aussi gentils petits garçons, de leurs allers et retours en Syrie ou d’ailleurs, de leurs exploits, c’est-à-dire de leurs lâches assassinats d’innocents et d’innocentes.

           Est-ce que dans certains milieux de France, certains jeunes convertis ou pas, ne se prendraient pas déjà pour des Zorro ?

Jean Pierre Renaud

« Guerre d’Algérie: quelques réflexions » Volet 2 suite et fin : « les scénarios des deux guerres »

« Guerre d’Algérie : quelques réflexions »

Volet 2

Suite et fin

Guerre anglaise de Malaisie (1948-1960) et guerre française d’Algérie (1954-1962)

&

Les scénarios des deux guerres

                Les buts de guerre étaient fondamentalement différents : dans le cas britannique, il s’agissait officiellement de lutter contre un ennemi communiste, de consolider les points stratégiques de l’empire britannique en Asie, notamment le port de Singapour, face à l’attraction nouvelle du modèle communiste chinois, tout autant que de préserver leurs ressources en  étain et caoutchouc.

             Les Anglais n’avaient pas du tout l’intention d’accorder la citoyenneté aux gens de Malaisie, mais ils tentaient d’aider à la mise en place d’institutions politiques nouvelles, capables de relayer leur pouvoir, sans perdre le bénéfice  de la poule aux œufs d’or qu’était encore la Malaisie.

               Rien de tel en Algérie où la présence d’un million de pieds noirs constituait un véritable casse-tête, un obstacle difficile à contourner compte tenu de son importance démographique, de son rôle politique, économique et financier, et pourquoi ne pas le dire de l’héritage qu’était le développement de l’Algérie, fut-il inégal, que le président Nasser reconnut lui-même, lors d’une de ses visites après l’indépendance.

               Officiellement, l’Algérie, c’était la France, et ses destinées s’inscrivaient toujours dans une perspective d’assimilation, puis d’intégration, avec une égalité des droits entre tous les habitants du territoire.

            En Malaisie, les Anglais n’ont jamais eu, ni l’intention, ni l’ambition d’accorder leur citoyenneté aux Malais ou aux Chinois de Malaisie.

                 Il ne faut pas non plus oublier deux choses, la première celle du rôle d’appoint et de charnière que jouaient souvent les députés d’Algérie dans la constitution des gouvernements de la Quatrième République, la deuxième relative au concours patriotique que les citoyens européens d’Algérie avaient spontanément apporté à la libération de la métropole, un facteur trop souvent oublié.

              Une fois la guerre engagée, à partir de 1954,  le discours politique a d’abord été, l’Algérie, c’est la France, disaient en chœur Mendès France, Mitterrand, mais au fur et à mesure de son déroulement, les objectifs devinrent moins clairs, celui de l’assimilation, une égalité entre citoyens, mutant vers l’intégration, et ce manque de clarté sur les buts de la guerre fut incontestablement une des raisons du flottement de notre politique, et en définitive du bâclage de ce dossier par de Gaulle.

            Avant la signature des Accords d’Evian, la situation du gouvernement en Algérie devint intenable, car on ne savait plus qui était contre ou pour de Gaulle, au sein même du pouvoir.

             Certains diront que l’occasion avait été manquée de confier le pouvoir à une élite algérienne pro-française, à la fois musulmane et française.

            Toujours est-il que si la rébellion touchait un maillon faible de la puissance française d’alors, elle n’était pas communiste, comme en Malaisie, et toutes les huiles politiques ou militaires qui ont déclaré que la France y combattait le communisme effectuaient une mauvaise analyse stratégique, sauf à dire que les dirigeants de cette rébellion rejoindraient à coup sûr le camp soviétique, une fois au pouvoir.

            La France éprouvait donc beaucoup plus de difficultés à fixer son ou ses buts de guerre  que la Grande Bretagne, en Malaisie.

           Toujours est-il que les deux pays mirent en œuvre des stratégies militaires de contre-insurrection très comparables, dans le cadre de l’Etat d’alerte des Anglais et  de l’Etat d’urgence des Français, mais selon des modalités et avec une intensité très différente dans la répression.

          Les Anglais mirent au point des outils de répression et de contrôle de la population à la fois très sophistiqués et très violents.

          A lire ce roman, je ne pense pas que la France n’ait jamais mis en œuvre et aussi longtemps un tel arsenal de répression, fusse avec l’emploi de la « torture », mais qui ne fut pas géographiquement et historiquement généralisé, quoiqu’on en dise ou écrive, mais je n’ai pas la compétence historique pour avancer une telle opinion.

         En Malaisie, la pendaison des terroristes, l’emprisonnement de rebelles, l’internement d’une partie d’entre eux, des techniques très sophistiquées de retournement de rebelles et de ralliement, les déplacements de population dans des camps d’internement entourés de barbelés et surveillées militairement.

        « Les prisons débordaient d’un assortiment de plus de trente mille suspects » (p,234)

           Une ambiance de suspicion généralisée avec l’utilisation de tout un ensemble de méthodes de  recherches et d’interrogatoire des rebelles ou des suspects de rébellion : 

       « On enfermait Ah Meï dans une cellule avec le suspect – toujours une jeune fille ou une femme…. Des noms, des noms, des noms » (p,140)

     L’action de ce roman se déroule beaucoup dans le camp de Todak :

      « A présent, Todak est un camp de réinstallation entouré de barbelés. C’est connu pour être un mauvais coin. »

        Les Anglais y faisaient une guerre psychologique, une expression qui eut son heure de gloire dans la guerre d’Algérie.

        Les rebelles capturés étaient classés en plusieurs catégories.

       « Il y avait les « PER », (partisans ennemis ralliés)… Les PER étaient d’un vif intérêt pour les sections de la « Guerre psychologique » et pour les étudiants américains désireux d’écrire des thèses de doctorat sur le communisme en Asie » (p,129,130

            « La bataille pour les cœurs et les esprits des habitants de Todak était déclenchée. » (p,191)

            L’auteure décrit les états d’âme d’un des officiers anglais, Luke :

            « Le malaise de Luke croissait. Même débordé de travail, traquant des hommes et des femmes pour leur credo politique, il s’interrogeait maintes fois sur ce qu’il faisait, tout  en se répétant que son devoir consistait à abattre le terrorisme, il lui arrivait de se demander pourquoi les moyens employés le bouleversaient tant. »  (p,206)

            Guerre totale ou guerre psychologique ?

            L’auteure met en scène une conversation tout à fait intéressante entre un ancien étudiant malais et un officier anglais, laquelle portait sur les méthodes de contrôle des esprits :

         « – Je vais te le dire dans un instant. Mahudin dit que le colonialisme britannique possède deux gros atouts. Le premier, c’est la comparaison avec la domination japonaise. Dans toute la Malaisie, on entend encore les gens déclarer : « Mais les Japonais étaient bien pire…

         Secundo, d’après ce que dit Mahudin, nous avons acquis une souplesse infinie. Il n’y a pas de limites aux déguisements, aux manteaux de vertu et de principe dont nous habillons les expédients qui nous servent à gouverner…

       Vous sapez notre confiance en nous-mêmes jusqu’à ce que nous n’existions que pour solliciter votre approbation. Pour vous « c’est injuste » équivaut à « ce n’est pas britannique » Vous nous gardez dans un perpétuel déséquilibre, péniblement conscients de notre infériorité, et voilà tout le secret de votre habileté et de votre pouvoir ?… (p343)

          Voilà ce que Mahudin appelle notre «  contrôle des pensées »…une hypnose d’infériorité provoquée, qui détruit confiance et initiative, et prolonge la période de tutelle que nous voudrions voir durer à jamais…

         Et je crois qu’en disant cela il a également mis le doigt sur sa propre faiblesse, car il a reçu une formation britannique dans nos écoles anglaises, et il ne peut nous échapper. Ainsi donc nous hait-il et nous aime-t-il tout à la fois » (p,344)

         Une admirable illustration d’une des formes de la domination de l’Empire britannique, vous ne trouvez pas ?

       La guerre coloniale anglaise était évidemment ambiguë, comme le soulignent les termes d’une conversation entre le général anglais et Quo Boon, le millionnaire chinois :

         « Nous faisons la guerre, une guerre à mort contre un ennemi dangereux, une bête menaçante qui rôde dans la jungle… et il nous faut toute la collaboration possible des gens de ce pays que nous protégeons contre cette bande de lâches assassins. Cette coopération, nous ne l’obtenons pas. Je sais ce que vous allez me répliquer… des arguments que j’ai déjà entendus : seul un peuple libre peut combattre le communisme…. Tant que  cette lutte anticommuniste est menée par un gouvernement colonial, c’est notre lutte, pas la vôtre. Voici pourquoi tant d’entre vous se prélassent en nous laissant tout le boulot. Vous êtes assis sur le mur. » (p, 368,369))

        C’était effectivement tout le problème, mais dans un contexte historique et politique très différent, la France rencontra le même type de difficulté, obtenir le soutien de la population, tel qu’elle put s’appuyer sur ce que certains appelaient une « troisième force », celle dont rêvait entre autres le général Challe, mais pour tout un ensemble de raisons, les jeux étaient déjà quasiment faits au moment de cette guerre.

&

« Le sacrilège malais »
Pierre Boulle

            Comme annoncé en début de lecture du roman « … Et la pluie pour ma soif… », il parait intéressant de relier son contenu à celui de Pierre Boulle, dont le roman décrit ce à quoi ressemblait la Malaisie anglaise avant la deuxième guerre mondiale.

          L’intrigue de ce livre mettait en scène la vie d’un jeune ingénieur français, Maille, aux prises avec l’univers parfaitement organisé des plantations d’hévéas de Malaisie, une des richesses de la colonie, avec l’étain, que la puissance coloniale tenta de préserver après le désastre qu’y fut l’occupation japonaise.

       Une plantation d’hévéa était organisée et fonctionnait à la manière d’une industrie textile ou mécanique.

       Le lecteur pourra y faire connaissance avec le monde colonial anglais de Malaisie, les soubresauts de la conquête de la Malaisie par l’armée japonaise, le traumatisme national que fut la reddition de Singapour, fleuron de l’impérialisme anglais sur la route des Indes.

         A la défaite du Japon, les grandes sociétés capitalistes de l’archipel engagèrent la reconstruction des plantations comme si de rien n’était.

Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés

« Guerre d’Algérie: quelques réflexions » Volet 2 Guerre de Malaisie et guerre d’Algérieaisie

« Guerre d’Algérie : quelques réflexions »

Volet 2

Guerre anglaise de Malaisie (1948-1960) et guerre française d’Algérie (1954-1962)

Les guerres de décolonisation anglaise ou française en Asie et en Afrique du Nord, années 1950

Esquisse de comparaison entre la guerre d’Algérie et la guerre de Malaisie, à partir du roman d’Han Suyin « … et la pluie pour ma soif » Malaisie, 1952-1953 (Stock 1956)

Les situations coloniales

Prologue

            J’avais lu avec beaucoup d’intérêt le roman mondialement connu de « Multiple splendeur », et je découvrais tardivement le roman cité plus haut, un roman dont le contenu était fort intéressant, non seulement par sa belle écriture, très souvent poétique, son intrigue humaine, celle d’une femme médecin, eurasienne, plongée dans une situation de décolonisation et de guerre coloniale, mais aussi par la description historique de cette guerre, dans sa situation de transition encore coloniale, avec ses acteurs, entre anglais « au poil roux », chinois et malais, entre les saigneurs des hévéas des grandes plantations de caoutchouc, les rebelles de la jungle, les membres de l’armée ou de la police, avec maintes évocations des méthodes de grande violence pratiquées par les deux adversaires principaux, les anglais et ceux de « L’intérieur », d’obédience communiste.

            Comme l’indique l’auteure, qui fut médecin en Malaisie dans les années 1952-1953, il ne s’agit que d’un roman, mais dont le contenu suffit largement à nous documenter sur le type de guerre de décolonisation alors pratiquée en Malaisie, sur le terrain, comparée à celle que j’ai connue et pratiquée en Algérie dans les années 1959-1960.

            Je me suis attelé à ce nouveau chantier de lecture critique parce que je continue à me poser la question suivante : est-ce que dans la Grande Bretagne d’aujourd’hui, les Anglais, ou certains milieux anglais, politiques, idéologues, historiens, gens des médias, sont continuellement en train, comme en France, de dénoncer les violences coloniales qui ont effectivement existé, de faire une pénitence historique, alors que la France n’a pas obligatoirement à souffrir d’une comparaison négative ou positive entre son passé colonial et celui du Royaume Uni, pas plus qu’entre la façon dont elle a mené ses guerres de décolonisation, compte tenu des situations coloniales respectives qu’elles avaient en face d’elles.

            Tel pourrait être effectivement le cas offert par le roman de Han Suyin.

            Ce débat a d’autant plus d’importance que dans notre pays, un courant d’histoire idéologique distille en permanence, auprès notamment des jeunes de certaines de nos banlieues, un discours permanent d’autoflagellation, pour ne pas dire de vengeance historique à accomplir, comme c’est notamment encore le cas pour l’Algérie.

            Pourquoi ne pas souligner aussi que le contenu historique d’un tel roman, écrit à hauteur d’homme et de femme, vaut sans doute largement des analyses ou des synthèses historiques trop souvent abstraites, qui se situent de préférence dans une histoire d’en haut, celles des élites ou des villes?

            Enfin, et avant de commencer, un mot sur la thèse qu’a défendue le capitaine Galula, après la guerre d’Algérie, et sur l’analyse critique que j’ai publiée sur ce blog à propos de ce qu’il a baptisé du nom de « guerre contre-insurrectionnelle ».

            Je rappelle que j’ai émis des doutes sur l’originalité et la paternité de cette thèse stratégique, compte tenu de ma propre expérience militaire, de ma culture stratégique personnelle, et des sources qui ont pu être celles de cet officier.

            Rappelons simplement que le capitaine Galula a été en poste diplomatique à Pékin au moment de la prise de pouvoir de Mao Tse Tung, de 1945 à 1949,  et qu’il fut aux premières loges des observateurs de la guerre de Malaisie et d’Indochine entre 1951 et 1956, alors qu’il était attaché militaire au consulat de Hong Kong.

            Il n’a d’ailleurs pas pris part à la guerre d’Indochine.

&

            En fin de lecture, il m’a paru intéressant de la relier au contenu d’une livre que Pierre Boulle a écrit sur la Malaisie d’avant le soulèvement, celles des années 1937-1939, avec la description de ce qu’était une colonie britannique riche, celle des plantations d’hévéas et des mines d’étain, avant l’invasion japonaise et la prise de Singapour.

           Il s’agit du livre « Le sortilège malais » (1955). Les lecteurs connaissent bien l’autre livre du même auteur « Le pont de la rivière Kwaï ». dont le sujet ainsi que le film qui l’a immortalisé, a fait le tour du monde.

&

L’analyse

            Au cours de l’année 2014, mes chroniques sur les « situations coloniales » ont été lues ou consultées par plus de 2 000 lecteurs ou lectrices. Je leur propose à nouveau le même canevas de lecture en trois parties : le théâtre colonial, ici dans le contexte de la guerre de Malaisie, les acteurs de cette lutte, leur scénario respectif de guerre.

Les théâtres de guerre  coloniale de Malaisie (1948-1960) et d’Algérie (1954-1962)

Luminosité et plein soleil méditerranéen avec Les Noces d’Albert Camus ou  chaleur tropicale et glauque de la jungle malaisienne avec «… et la pluie pour ma soif » de Han Suyi

            Comparé au théâtre de la guerre d’Algérie, celui de la Malaisie était assez différent, encore plus différent que celui de l’Indochine, où la France était en guerre contre le Vietminh, parce que l’Indochine avait une frontière commune avec la nouvelle Chine communiste, ce qui n’était pas le cas de la Malaisie.

            Géographiquement, l’Algérie était composée de trois départements français situés en zone méditerranéenne, avec pour frontières terrestres, les deux protectorats français de Tunisie et du Maroc, alors que la Malaisie se trouvait en zone tropicale, une zone occupée par une jungle mitée par de grandes plantations de caoutchouc.

            Hors Sahara, l’Algérie avait une superficie de l’ordre de 220 000 kilomètres carrés (2,4 millions avec le Sahara), et la Malaisie, de près de 330 000 kilomètres carrés, et respectivement, une population de l’ordre de 9 millions d’habitants, contre 6 millions d’habitants.

            Différence capitale entre les deux situations, l’Algérie comptait une minorité d’un million d’européens contre huit millions d’Algériens musulmans, alors que la Malaisie comptait une petite minorité d’anglais, les six millions de ses habitants étant partagés entre deux types de communautés, les Chinois et les Malais, un partage ethnique et religieux qui faisait problème, mais plus encore en termes de puissance financière, économique et urbaine.

         Rien à voir donc et non plus dans leur composition démographique, car la Malaisie était composée alors de Malais pour moitié et de Chinois pour l’autre moitié, les Chinois concentrés à Singapour, et dans quelques villes de l’intérieur, et les Malais dans  la jungle tropicale de la Malaisie.

            En termes de domination impériale ou coloniale, la Malaisie affichait la superposition d’une domination anglaise et d’une domination chinoise, avec le rôle capital de l’île de Singapour, dont beaucoup connaissent encore le rôle majeur que ce port a joué sur la ligne stratégique maritime de l’Empire Britannique vers Hong Kong, un port qui a attendu la fin du siècle pour être restitué aux autorités chinoises.

            Quo Boon, le banquier, le roi du caoutchouc, un des grands millionnaires chinois déclarait : « Otez les Chinois de Malaisie, et il n’y aura plus de Malaisie. » (p,317)

            La situation des deux territoires était très différente sur le plan politique.

            Après la deuxième guerre mondiale, l’Algérie, composée de trois départements français, plus une circonscription administrative du Sahara, était dotée d’institutions plus ou moins représentatives, notamment une Assemblée Algérienne, mais la France n’avait pas réussi à mettre sur un pied d’égalité politique ses habitants, pour tout un ensemble de raisons, dont l’existence de statuts personnels étroitement liés à la religion musulmane.

            Dirais-je que les petits soldats du contingent qui débarquèrent dans le bled pendant la guerre d’Algérie avaient pu constater que l’Algérie n’était pas la France, en tout cas pas encore !

            L’Algérie comptait des députés et conseillers de la République dans nos assemblées parlementaires.

            Une situation politique et administrative qui n’avait rien à voir avec celle de la Malaisie, établie en Fédération à partir de 1948 :

         « Singapour, était une colonie de la Couronne, la Malaisie c’étaient neuf sultanats  groupés en une fédération, neuf sièges médiévaux étayés par la puissance britannique. » (p,315)

          Rien à voir non plus sur le plan économique, car la Malaisie était riche en caoutchouc et en étain, et ces ressources comptaient dans l’empire britannique, sans comparaison avec celles de l’Algérie, où il fallut attendre la fin de la guerre d’Algérie pour que le pétrole du Sahara profite non pas à la métropole, mais à l’Algérie indépendante :

     «  Car le caoutchouc, de même que l’étain, c’était sacré. » (p193)

        Propos de Quo Boon :

      «  Tant qu’on aura besoin de caoutchouc, les Britanniques ne nous lâcheront pas . » (p,357)

         Les séquelles historiques de la deuxième guerre mondiale

        Singapour avait connu les horreurs de l’occupation japonaise, de la reddition des troupes britanniques, et les Japonais avaient dû lutter contre une insurrection de type à la fois communiste et nationaliste, dans une Asie au sein de laquelle le communisme de Mao Tsé Tung marquait des points décisifs.

        Il est évident qu’après la défaite du Japon, rien ne pouvait plus être comme avant, et la Grande Bretagne engagea un processus de décolonisation difficile, compte tenu du poids des anciens résistants communistes, et de leurs revendications, et faute de vouloir ou de pouvoir leur ouvrir les portes du pouvoir, ce furent ces anciens résistants communistes qui alimentèrent la nouvelle insurrection malaise.

          Le discours britannique était donc celui d’une lutte contre le communisme, avec la projection d’une stratégie de guerre contre-insurrectionnelle sur le terrain, une stratégie sophistiquée, incontestablement inspirée du type de guerre communiste que menait Mao Tse Tung en Chine, avec en mirage, le règne politique et social du prolétariat opéré grâce à un quadrillage idéologique, et quasi-physique du peuple.

         Ajoutons que la situation de la Malaisie britannique, et de ses  élites locales, était celle d’un pays assez corrompu : « A Singapour, où l’argent seul vous nantit d’un rang. » (p,307,308)

       A la même époque, le théâtre de la guerre d’Algérie était très différent.

        L’Algérie avait contribué à la Libération du territoire national, en mobilisant beaucoup de ses enfants, pieds noirs ou musulmans.

       La France avait incontestablement une dette à acquitter, alors qu’elle avait beaucoup trop tardé à y engager un vrai processus de décolonisation, mais il ne s’agissait pas pour elle de lutter contre un adversaire communiste, mais contre un adversaire, une partie des musulmans,  qui revendiquait la fin de leur traitement inégal.

        En 1945, la révolte très meurtrière de Sétif, avait constitué un signal annonciateur de toutes les difficultés à venir dans le processus de décolonisation de l’Algérie, avec le rôle et le poids d’une importante minorité européenne.

      Il est évident que le type de stratégie contre-insurrectionnelle mise en œuvre par les Britanniques en Malaisie n’était pas adapté au théâtre algérien, même si certains de ses « outils » pouvaient l’être, une perspective idéologique et politique combinée avec une lutte implacable contre un adversaire dont la seule ambition paraissait être celle de l’indépendance, une ambition qui trouva d’ailleurs vite ses limites après l’indépendance.

       La guerre que nous avons menée contre les nationalistes, et contre le FLN, qui avait éliminé tous ses alliés, dont le MNA, n’était pas, et ne pouvait être celle d’une guerre contre une insurrection communiste, et il s’agit là d’une des critiques de base qu’il est possible de faire contre les théories vaseuses qui animaient celles d’un Sauge, intellectuel promu comme le héraut de la lutte internationale contre le communisme, alors qu’effectivement, et depuis 1947, le monde était divisé en deux camps, entre le camp soviétique, marxiste- léniniste et le camp américain, libéral et capitaliste.

       J’ai raconté ailleurs que les conférences qui nous furent assénées à Saint Maixent par l’intéressé nous avaient paru se situer en dehors de la plaque, du contexte algérien auquel nous avions à faire face.

        Malheureusement, cette dérive d’analyse stratégique imprégna une partie de notre commandement militaire, obsédé par la guerre froide, et n’aida pas la France à trouver une solution politique réalisable.

       La Fédération de Malaisie acquit son indépendance en 1957, et l’Algérie en 1962, mais la guerre contre-insurrectionnelle dura jusqu’en 1960.

      En 1965, Singapour se détacha du système malais : une nouvelle Ville – Etat émergea et sanctionna donc l’échec d’une fédération groupant la communauté chinoise et les communautés malaises.

      Pendant ces périodes de guerre, la France mobilisa de l’ordre de 500 000 soldats, et l’Angleterre, de l’ordre de 150 000 combattants (p,82- Source journal du communiste terroriste (C.T.) Chan Ah Pak)). L’auteure cite par ailleurs le chiffre de « cent cinquante mille de ces miliciens, qui, armés de fusils, patrouillaient les forêts de caoutchouc. » (p, 222)

Les acteurs des deux guerres

       La lecture d’un livre comme celui d’Han Suyin, témoin de cette guerre de Malaisie, constitue une source historique inégalable, parce qu’elle nous décrit concrètement les acteurs de ces combats entre l’armée britannique composée de beaucoup de combattants Gurkhas venus de l’Empire des Indes,  entre les « poils roux » anglais, et leurs adversaires communistes de la jungle, ceux de l’Intérieur, dans un contexte de rapports ambigus entre blancs et asiates, de souche malaise ou chinoise, leurs portraits et leurs d’états d’âme.

        L’auteure nous fait vivre de l’intérieur la lutte militaire, idéologique, et politique entre les deux camps qui se faisaient la guerre, alors que le gouvernement anglais avait déclaré « l’Etat d’alerte », et que dans les années 1951-1952, elle exerçait ses fonctions soit à l’hôpital, soit dans des dispensaires, soit  dans les infirmeries des camps d’internement ou des prisons.

         « L’Etat d’urgence » mis en application pendant la guerre d’Algérie au mois de mars 1955, étendu à la métropole par le général de Gaulle en 1958 ressemblait étrangement à cet « Etat d’alerte » que la Grande Bretagne avait décrété en Malaisie.

        « Chinois, Malais, Indiens, trois mots, trois généralisations dont on a projeté de former une nouvelle nation, de créer un pays nommé « Malaisie », un seul peuple qu’on appellera peuple de Malaisie, toujours confondu à l’étranger avec les Malais, l’une des trois races qui composent la Malaisie….Déambulant dans les couloirs ténébreux de l’hôpital, j’écoutais parler les pauvres – Malais, Indiens, Chinois –  et je me demandais si de cette Babel, ici rassemblée, il sortirait une nation homogène. » (p,46,47)

        Les acteurs anglais tout d’abord, et l’auteure était bien placée pour ce faire, étant donné les relations quotidiennes qu’elle avait avec les officiers ou les policiers d’une organisation anglaise très sophistiquée de lutte contre-révolutionnaire. Elle avait entre autres nouée une relation amoureuse avec un officier anglais.

       Il s’agissait, soit d’officiers ou de policiers de la vieille école qui avaient connu la Singapour coloniale, puis la Palestine ou l’Inde, soit de ceux plus jeunes qui comprenaient mieux la situation actuelle.

      Luke Davis était l’un d’entre eux, et le lecteur a la possibilité de suivre son parcours, ses réflexions et ses états d’âme (p,206) sur la guerre dont il était un des acteurs, responsable d’une section de renseignement.

       « Le malaise de Luke croissait. Même débordé de travail, traquant des hommes et des femmes pour leur crédo politique, il s’interrogeait maintes fois sur ce qu’il faisait. Tout en se répétant que son devoir était d’abattre le terrorisme, il lui arrivait de se demander pourquoi les moyens employés le bouleversaient tant.

       Ainsi le doute habitait-il en lui, comme dans la jungle l’odeur et la matière de la putréfaction concourent à la naissance d’une vie végétale neuve. Il avait l’impuissante conviction de n’être pas convaincu en dépit de toute raison. Et il souffrait d’un point de vue où tout ce qui était des plus justes et convenables lui apparaissait sous un jour grotesque et trivial. » (p,206,207)

       Autre portrait d’officier, celui de Tommy Uxbridge, chargé d’un camp de réinstallation.

       « Le fil de fer barbelé fait corps avec le pays…Je roulai jusqu’à Todak, un dimanche, par une matinée étouffante, pour tomber au milieu d’un couvre-feu rigoureux. La police et l’armée perquisitionnaient de maison en maison, les autos blindées, chargées d’hommes et de fusils braqués vers l’extérieur, patrouillaient les pistes boueuses, entre les rangées de huttes … »(146)

     L’officier britannique, l’OZ, de la zone de réinstallation a été descendu.

      A Kuala- Lumpur, le général anglais déclarait à Quo Boon, le millionnaire chinois déjà cité : «  Nous faisons la guerre, une guerre à mort contre un ennemi dangereux… » (p,368)

       Avec l’Etat d’alerte, les Anglais avaient mis en place un dispositif de lutte militaire, policière, et idéologique, impressionnant, comparable à celui du communisme chinois, et son incarnation contre cette insurrection malaise.

       La vie mondaine continuait à Singapour comme si de rien n’était, comme si la jungle, l’Ennemi de l’intérieur, les gens de l’Intérieur, n’existaient pas, et l’auteur fait une belle description d’une grande réception, celle du millionnaire chinois Quo Boon :  une centaine d’invités, ses épouses et filles, des Anglaises, femmes ou fiancées de policiers, des Chinoises, des officiers de police britanniques en tenue de mess, des fonctionnaires du gouvernement en veston, les towkays chinois appartenant aux diverses compagnies, aux guildes, associations et clans fondés par Quo Boon, qui tous avaient quelque rapport avec la police…

       « Et au milieu de la foule, tel un vaisseau solitaire voguant avec décision sur les flots incertains et sinueux de l’océan…l’un des hommes dont la vie, consacrée à fabriquer de la richesse, avait créé la Malaisie…Il faut que nous apprenions à ramper avant déclara Sir Moksa… le gentleman malais sirotait son jus d’orange… en lui se manifestait un phénomène colonial, au contact des dirigeants étrangers émergent des types d’hommes qui, par leur fidèle mimétisme, sont d’incontestables caricatures de leurs maîtres. » (p,94,95)

        « Mais la jungle était présente au fond de l’esprit de tous ces hommes réunis. » (p,103)

        « …entre deux terreurs : celle de la police et celle des Gens de l’Intérieur » (p,57)

         Toutes les pages que l’auteure consacre à décrire la vie des Malais et des Malaises dans les camps de réinstallation, d’internement, mais principalement dans les infirmeries, lieux de toutes les ambiguïtés, les événements qui s’y déroulaient, entre la terreur des « poils roux », et la terreur des gens de l’Intérieur, met en évidence les très grandes difficultés que rencontraient les pauvres pour continuer à vivre entre le soutien spontané ou imposé à la rébellion  communiste, et un maintien de l’ordre rigoureux, sans concession.

            Y sont décrites les multiples destinées de ravitailleurs, de policiers, de miliciens, de rebelles capturés pendus ou retournés, ou d’habitants, hommes ou femmes en cours de rééducation idéologique… des descriptions qui démontrent que personne ne savait véritablement qui était qui ou quoi, entre le camp de l’ancien ou toujours actuel soutien à la rébellion et ceux qui étaient chargés de réprimer la rébellion, et d’arriver à faire le tri entre les détenus, tentant à la fois de les identifier, de pouvoir les condamner, éventuellement à mort, et de les rallier.

        On y fait la connaissance d’une des héroïnes du roman : « Ah Meï est l’Ennemi capturé N° 234, camarade communiste prise dans un combat de jungle. » (p, 25)

         « C’était principalement parce qu’Ah Meï n’était pas une PER. Elle était un oiseau plus rare, une PEC (partisan ennemi capturé), et elle était en vie. Les PEC, on les pendait, on les condamnait à une détention perpétuelle ou très longue. Ah Maï faisait exception. Son crime, punissable de mort, avait été commué en dix ans d’emprisonnement rigoureux, mais on l’avait détachée pour l’installer parmi les PER. » (p,131)

        Le roman déroule le parcours tourmenté de cette jeune femme entre les deux camps, sans que l’on sache vraiment auquel camp elle appartient, sauf à noter que pour la beauté de l’intrigue, l’héroïne a vécu dans la jungle une histoire d’amour, comme par hasard avec Sen, un des fils du richissime chinois Quo Boon, parti dans cette jungle.

       « Il y avait Sen, le fils de la jungle. Le fils de Quo Boon, Sen, de façon imprévue, s’était toujours montré impitoyable, violent en silence, catégorique, impétueux dans ses rêves et d’un entêtement intense et sauvage… Il rêvait d’un grand monde neuf, et pour cette cause il avait quitté son foyer, n’admettant nul délai pour sa justice. Sen ne savait pas que même le futur doit avoir un passé… Quo Boon se languissait de lui avec une nostalgie désespérée, mais ne voulait pas en parler. « Et je ne lèverai pas le petit doigt pour lui venir en aide. » « p 354,355)

         Le chapitre IV Ceux de l’Intérieur reproduit  « Le Journal du communiste terroriste (C.T.) Chan Ah Pak. Fiche de recherche N° 0789. Membre du 10ème Corps indépendant de l’Armée de Libération des races de Malaisie. En opération dans les jungles de l’Etat de Johore, Malaisie fédérale

       Une lecture utile qui nous donne la mesure de l’ordre implacable qui régnait dans le camp communiste :

       2 mars – A la réunion d’aujourd’hui, notre commandant nous a informés que notre journal, L’Etoile, nous blâmait de n’avoir pas accompli, l’an passé notre plan de travail. Nous étions en retard de quelques milliers d’arbres, d’après le plan, et notre quota d’exécution des traitres, intendants de domaines, de chiens rampants (1) se trouvait au-dessous du chiffre prescrit…. » (p,71)  – (1) Les Chinois qui « collaborent ».

      « L’Armée antijaponaise du peuple de Malaisie est à présent « l’Armée de Libération des Races de Malaisie » (p,74)

       A lire ce journal, le parti communiste faisait régner la terreur dans son propre camp, en procédant à des exécutions pour déviationnisme, imposait sa collaboration, faisait exécuter les traitres etc…

        Dans une telle ambiance, il ne devait pas être facile de s’y retrouver entre les suspects, les ralliés, ou les partisans de l’un ou l’autre camp.

        Il en fut de même pendant la guerre d’Algérie, mais avec des caractéristiques très différentes d’intensité et de gravité, selon les périodes et les lieux, entre la côte européenne et le  bled, ou le djebel,  et notamment entre douars dont certains furent effectivement pro-français et d’autres anti-français, comme le douar où j’ai servi comme officier de SAS, mais dans une conjoncture de guerre qui avait durci les contours des deux camps.

         Dans tel ou tel village, – qui était qui et pour qui ? -, c’était généralement la même et sempiternelle question, avec le soupçon,  toute l’ambiguïté qui colorait et imprégnait les rapports humains.

         Contrairement à ce que certains historiens idéologues racontent, la guerre d’Algérie se déroulait entre deux adversaires dont la nature était très différente de celles de la Malaisie, un  FLN devenu dominant du côté rebelle, et  de notre côté une armée qui, en dépit de certaines dérives difficilement évitables dans ce type de conflit, ne fut pas une armée coloniale, et dans un cadre d’une administration et d’un gouvernement républicain.

Le lecteur a pu se rendre compte que tel n’était pas le cas en Malaisie.

&

Suite du texte, le dimanche 10/04/2016

Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés

Nouvelles du Rif et du shit ! Maroc et France, des relations au beau « shit » !

« Les relations diplomatiques Maroc-France sont au beau « shit » ! »

Silence, on tourne !

Suite de notre feuilleton avec les Nouvelles du Rif !

            Petit rappel du blog ! Le 22 octobre 2012, un petit écho intitulé « le silence est d’or » et de « cannabis ».

            Le 29 juillet 2015, entre la Maroc et la France, « les relations diplomatiques sont au beau shit ».

            Le 22 mars 2016, « des bulles de champagne aux eaux troubles du port de Tanger »

            Aujourd’hui, avec les interviews de l’historien Pierre Vermeren dans les journaux Le Figaro (22/03/16, page 16), et Le Monde (24/03/16, page22) ;

           Avec le Figaro, nouvelles du Rif, le trafic du shit nourrit le djihadisme, détruit une partie de notre jeunesse, mais notre establisment ferme les yeux.

            « L’idée s’est imposée au fil des décennies dans les milieux  dirigeants (de droite comme de gauche) que le commerce du haschich est un moindre mal. Que ce trafic fait vivre une région explosive et pauvre du Maroc, le Rif. Que la stabilité du Maroc ami prime sur la santé publique des jeunes européens, comme si ce royaume ancien avait besoin de cela pour aller de l’avant. En outre, les élites tolèrent de fait cette drogue longtemps réputée douce, bien que les hôpitaux psychiatriques soient remplis de milliers de jeunes ayant décompensé sous son effet. » (Pierre Vermeren)

             Ce qui n’empêche pas combien de nos anciennes ou nouvelles éminences politiques ou médiatiques de France de fréquenter les cieux très agréables du Maroc, comme si de rien n’était !

Jean Pierre Renaud