La Question post-coloniale ou la Question Algérienne ? Yves Lacoste « La Question post-coloniale »

La Question post-coloniale ou la Question Algérienne ?

&

« La Question post-coloniale »

Yves Lacoste

« Une analyse géopolitique »

Fayard 2010

Ou

« La Question algérienne » ?

&

Notes de lecture

« L’esprit critique c’est la propreté de l’intelligence.Le premier devoir c’est de se laver »

Marc Bloch 1914

Compte tenu du sujet traité, je reprendrai une devise qui m’est chère et qui précédait le livre « Supercherie Coloniale » (2008), d’autant plus volontiers que ce livre critiquait la méthodologie mise en œuvre par une équipe de trois historiens, afin de démontrer qu’il existait en France une culture coloniale et impériale. Yves Lacoste n’en parle pas alors qu’il mettait en cause les « représentations » coloniales et postcoloniales, un ses thèmes favoris, et qu’il s’attachait à critiquer le contenu du livre « La fracture coloniale » des mêmes auteurs, paru plus tard..

            Pourquoi « algérienne » au lieu de « postcoloniale » ?

            A lire cette longue analyse géopolitique, et compte tenu à la fois de la place faite à l’Algérie et de la sorte de plaidoyer qui imprègne de nombreuses pages du livre à l’adresse des jeunes français d’origine avant tout algérienne.

        J’avais lu ce livre de 432 pages, cette « somme » géopolitique, quelques années après sa parution, en me promettant d’y revenir plus tard, compte tenu de la richesse de son contenu, tout autant que de la complexité des faits, thèmes et interprétations « géopolitiques » contradictoires proposés sur l’histoire coloniale et postcoloniale française. Certains historiens classeraient peut-être cette dernière dans l’histoire « immédiate », celle de l’après-guerre, avec tous les problèmes d’éthique historique que cela pose.

             Grâce au « confinement », c’est chose faite !

            Avant de proposer mes notes de lecture sur cette œuvre riche mais complexe et ambitieuse qui soulève de ma part, selon les périodes et les sujets, à la fois accords, désaccords, et questions,il ne parait pas inutile de s’interroger sur le contenu de la géopolitique, sa définition, puisque l’auteur de cette analysela classe au départ dans la géopolitique, et qu’il estconsidéré comme l’une des références du monde géopolitique.

            La géopolitique a envahi depuis de nombreuses années la culture et les médias. Elle nourrit l’actualité, sans qu’on sache toujours bien de quoi il est question, et situer la compétence de la source universitaire ou non qui l’analyse : pour tout dire, la géopolitique est à lamode.

            La définition de la géopolitique est moins claire que celle de la géographie physique, humaine, économique, et guère plus claire que celle de la politique, d’autant moins qu’elle fait beaucoup appel à l’histoire.

            Ai-je besoin de souligner que l’histoire elle-même a toujours alimenté maintes polémiques sur sa définition et son contenu, parce qu’il est très difficile d’échapper à soi-même, au conditionnement religieux, culturel, idéologique, économique, politique, et même universitaire (voir écoles de thèses de doctorat), pour ne pas évoquer les « biais » toujours tentants et présents de l’anachronisme et de la non-représentativité ?

            L’historien Pierre Goubert a préféré échapper à ces périls en se consacrant à l’étude du Moyen-âge.

      De nos jours, la mémoire fait fureur en rivalisant avec l’histoire, et certaines écoles de pensée se sont ruées sur le nouveau marché de « l’indigène de la République ».

            Pour y voir plus clair, quelques définitions tirées du Petit Robert (1978) (obsolète ?) :

Géographie : Science qui a pour objet l’étude des phénomènes physiques, biologiques, humains localisés à la surface du globe terrestre, et spécialement, l’étude de leur répartition, des forces qui les gouvernent et de leurs relations réciproques.

            Politique:      Art et pratique du gouvernement, des sociétés humaines (Etat, nation)  Expansionnisme (colonialisme) V. Colonialisme =  Pej. Système d’expansion coloniale.

            Géopolitique : Etude des rapports entre les données naturelles de la géographie et la politique des Etats.

            Il convient évidemment de rappeler le rôle initiateur de Montesquieu (XVIIème siècle) avec la Théorie des Climats.

            Je retiendrai pour ma part la définition simple (rappelée par mon vieil ami Auchère) que nous proposait notre excellent professeur de géographie, en classe préparatoire, à Louis le Grand, Monsieur Varon :

            « Tirer une politique de considérations géographiques ».

&

Le Paradoxe de l’Algérie ou le paradoxe du Général de Gaulle ?

Question postcoloniale algérienne ?

            Dans un avant-propos, intitulé « Un avant-propos général qui mène à un paradoxe. » (pages 7 à 20), Yves Lacoste nous propose sa définition de la géopolitique, en même temps qu’il décrit les caractéristiques de la question postcoloniale.

            Notons dès le départ que son contenu fait une large part à l’Algérie, beaucoup trop à mes yeux, sauf à faire remarquer que sa description montre toute la part qu’il convient d’attacher au rôle géopolitique de l’immigration algérienne dans l’explosion de la question postcoloniale, paradoxale, comme il le note, compte tenu du fait que ces immigrés sont très rapidement venus ou revenus, pour une partie d’entre eux,dans un pays qu’ils ont combattu, soit pour le travail, soit pour y trouver refuge, au fur et à mesure des crises algériennes (épuration du FLN, puis années noires des années 1990)…. D’un FLN qui n’a pas encore réussi à introduire la démocratie, 58 ans après l’indépendance.

            L’auteur parle de « paradoxe », et je serais tenté d’ajouter que le regroupement familial, vrai ou faux, avec sa complexité religieuse et culturelle,  la double-nationalité, les accords passés entre les deux Etats sur les migrations, constituent d’autres éléments de ce paradoxe…

            La définition Lacoste :

            « En effet, la géopolitique – telle que je l’entends – analyse toute rivalité de pouvoirs sur du territoire, que celui-ci soit de grandes ou petites dimensions (notamment au sein des villes) et qu’il s’agisse de conflits entre des Etats ou de luttes au sein d’un même pays ces conflits pouvant se répercuter à plus ou moins longue distance. Les différentes conquêtes coloniales et la colonisation qui imposa son organisation des territoires conquis furent fondamentalement des phénomènes géopolitiques.»

            La définition Lacoste est donc à la fois généreuse et ambitieuse, étant donné qu’elle couvre toute l’histoire de l’humanité, et pas uniquement, les territoires conquis au 18ème, 19ème et 20ème siècles, en notant que dans le cas de l’Afrique noire, et historiquement, le « moment colonial » le disputa au « temps long ».

L’auteur note : « C’est seulement depuis une quinzaine d’années (par rapport à 2010), soit à peu près quarante ans après la fin des empires coloniaux, que l’on parle de post-colonial… Mais en France, c’est surtout depuis novembre 2005 et les grandes émeutes nocturnes qui se produisirent durant plusieurs semaines dans les banlieues de la plupart des villes françaises que l’on s’est mis brusquement à se poser, en des termes géopolitiques très concrets, ce  qui fut bientôt appelé la « question post-coloniale »

            « Question », car on se demande quelles sont les causes profondes d’une telle crise et « comment tout cela peut tourner. » On sent de plus en plus qu’il s’agit d’un problème complexe et controversé : « Post-colonial » ? A gauche comme à droite (mais évidemment avec des argumentations différentes), on s’accorde à voir dans ces spectaculaires manifestations de colère  localisées  le rôle de très nombreux jeunes dont les grands-parents sont venus il y a plusieurs années en France depuis des pays qui avaient été des colonies françaises, principalement du  Maghreb et d’Afrique noire. »

Brusquement ? J’ai fait partie de la minorité qui avait bénéficié, à titre volontaire, d’une certaine culture coloniale enrichie d’une expérience du terrain africain, et à titre involontaire, de celle, de la Petite Kabylie, comme des centaines de milliers de camarades du contingent jetés dans la guerre d’Algérie, sans aucune culture algérienne : à ces deux titres, je ne partageais pas l’aveuglement de beaucoup de groupes de pression politiques – effectivement « A gauche, comme à droite » – et intellectuels sur la capacité de notre pays à intégrer toutes ces populations venues d’ailleurs, sans limitation.

            Je savais la difficulté, sinon le saut culturel et social, que signifiait pour une femme et ses enfants, ne parlant pas français, nés en pays musulmans, venus par exemple des djebels d’Algérie dans la société française.

            Dans les années 80, j’avais été à l’Assemblée Nationale alerter le député de Montbéliard sur l’importance de quartiers sensibles en progression dans le Pays, et au cours de la même période, dans l’exercice des fonctions occupées, sensibilisé sur le même sujet une des Adjointes influentes de Chirac, dont le compagnon, si je me souviens bien, dirigeait un média influent.

            Tout au long de ma carrière, j’avais bien sûr constaté la progression dynamique de l’immigration, sans que les autorités publiques tentent de contrôler véritablement les flux d’immigrés, compte tenu de notre capacité nationale limitée d’intégration, et en l’absence d’une politique républicaine dans les quartiers sensibles.

            Yves Lacoste écrit à la fin de son avant-propos :

            « Le grand paradoxe (longtemps ignoré ou passé sous silence) fut que pour des raisons géopolitiques (que nous retrouverons plus loin, car la géopolitique n’est pas simple), nombre de patriotes algériens qui venaient de combattre l’armée française vinrent vivre en France, suivis par beaucoup d’autres. » (p,20)

La première parenthèse mériterait plus d’un commentaire. Rappelons simplement, si mes souvenirs sont fidèles, qu’à chaque occasion officielle de la visite d’un Président, Chirac en 2003, ou Sarkozy, en 2007, les médias soulignèrent une revendication permanente des gouvernements FLN, en faveur de l’ouverture de nos frontières aux jeunes algériens.

            Avant d’aller plus loin dans l’exercice critique, je remarquerai que l’analyse géopolitique réussie, pour autant qu’elle puisse l’être, suppose le classement des forces en action et leur ordre hiérarchique : les marxistes auraient choisi entre infrastructure et superstructures, entre capitalistes et prolétaires.

       Dans le cas de l’Algérie, il s’agirait d’abord de l’histoire du pourtour méditerranéen de Braudel, la Mare Nostrum, des anciennes Capitulations avec leurs racines chrétiennes, de la puissance de l’Empire Ottoman, et de l’influence de l’Islam jusqu’à Gibraltar, après les invasions arabes jusqu’en Espagne, du percement du Canal de Suez avec la rivalité française et anglaise, le hold-up anglais sur l’Egypte, autrement convoitée à l’époque que l’Algérie.

      L’Egypte fut d’ailleurs un des facteurs géopolitiques lourd de la guerre d’Algérie.

       Viennent ensuite les courants migratoires vers l’Algérie, des courants de faible importance comparés à ceux des Anglais, en Afrique du Sud, en Australie, ou en Nouvelle Zélande, des juifs marchands tout d’abord, et à la fin du dix-neuvième siècle, des migrants pauvres venus du sud de l’Espagne et de l’Italie, et dans des conditions comparables à ceux de l’Algérie indépendante, les proscrits de la République ou les réfugiés d’Alsace Lorraine.

     La présence d’une population européenne active localisée sur les côtes et leurs plaines a été, parmi d’autres, une des causes des tragédies algériennes, avec le continuel blocage des processus démocratiques projetés ou mis en œuvre entre les deux communautés, le parti radical-socialiste étant souvent à la manœuvre, avec son rôle charnière,  au sein d’une Assemblée Nationale toujours en quête de majorité sous la Quatrième, comme d’ailleurs sous la Troisième.

      Le rôle de René Mayer, homme politique influent aussi bien en métropole qu’en Algérie, dont il fut un des grands élus de l’Est algérien mériterait à lui seul un examen approfondi avec une question : quel fut son rôle dans la gestion de la crise algérienne ?

      La présence dans l’Algérie coloniale d’une communauté européenne  relativement importante constituait le seul cas français, à la différence des colonies de peuplement anglaises.

      Kabyles et Arabes partageaient la même religion, et comme l’a relevé l’historien Vermeren, la communauté musulmane vivait, en cote à cote dans un état de comptabilité religieuse et sociale avec la communauté européenne, chacun vivant dans son univers religieux, culturel et social.

     L’islam d’Algérie était imprégné d’un esprit de paix et de tolérance.

     Jusqu’à l’indépendance, en 1962, la population algérienne avait beaucoup augmenté, mais l’Algérie connut alors un véritable explosion démographique, alors que le FLN faisait preuve de beaucoup d’inefficacité pour développer son pays, et accueillir cette population active, d’où cette stratégie permanente « d’exportation » de ses excédents démographiques. En termes économiques, on dirait l’Algérie « externalisait » ses flux démographiques.

     Du côté géopolitique français, la guerre d’Algérie n’avait laissé que de mauvais souvenirs, et la « révolution » de 1968, « Faites l’amour et pas la guerre ! », avait déstabilisé la société  française, laissé libre cours à un cocktail de laissez faire, de démagogie et de veulerie des pouvoirs publics, des partis politiques en quête d’électeurs, de relativisme culturel, d’appétit mondial, de multiculturalisme, de repentance,  et de course aux images et au fric…

Le Paradoxe gaulliste ? Au lieu du paradoxe algérien !

     Résultat inverse de celui recherché par la général de Gaulle, dont l’ambition affichée était de donner l’indépendance afin d’éviter que la France ne soit submergée par l’immigration : ne s’agirait-il pas du véritable paradoxe de la Question Coloniale Algérienne ?

     Alors que quelques spécialistes du sujet avaient mis en garde notamment la France  sur l’explosion démographique déjà en cours, notamment Gaston Bouthoul, sociologue et polémologue dans son livre « La Surpopulation  L’inflation démographique »(voir blog du 12/07/2011).

     Avec au sein d’une école de pensée nourrie au lait du Maghreb, souvent marquée à gauche et imprégnée de marxisme, avant l’indépendance, et après, compte tenu du poids démographique de plus en plus lourd de l’immigration algérienne, une ressource inépuisable de recherches pluridisciplinaires très souvent orientées vers la culpabilité de la France, en faisant table rase de l’histoire telle que la pratiquaient les historiens des Annales?

     Nous reviendrons plus loin sur cette problématique souvent idéologique, ou tout simplement politique.

      Avant de proposer une analyse critique de cette « somme » géopolitique, il convient de préciser que j’ai toujours apprécié la Revue Hérodote et que je suis revenu au numéro 36 du premier trimestre 1985 « Les Centres de l’Islam » pour tenter d’éclairer ma lecture.

     Pourquoi ne pas cacher que je la sous-titrerais volontiers « Les Embrouillements géopolitiques de la Question postcoloniale », pour démarquer le titre utilisé dans cette Revue : « Les embrouillements géopolitiques des Centres de l’Islam » ?

 Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés

« La Question post-coloniale » Première partie

« La Question postcoloniale »

2

            Ce livre comprend trois parties :

            Première partie : La question postcoloniale en France (page 23 à 123)

            Deuxième partie : Les luttes pour l’indépendance (page 124 à 217)

            Troisième partie : Les conquêtes coloniales (page 218 à 410)

            Il s’agit évidemment d’un livre ambitieux dont nous allons proposer quelques notes de lecture, au fur et à mesure des chapitres, avec des constats, des questions, et des désaccords.

I

Chapitre 1

Les paradoxes français de la question postcoloniale

(pages 23 à 61)

            L’auteur décrit l’évolution de cette question :

       « Le paradoxe français de l’immigration post-coloniale est qu’elle fut principalement algérienne, en dépit de la guerre qui venait de se dérouler en Algérie. Mais restent encore assez obscures aujourd’hui les raisons pour lesquelles, malgré cette guerre et ses atrocités, des Algériens patriotes vinrent vivre en France peu après. Ce sont des questions que cinquante ans plus tard l’on évite toujours de poser, y compris parmi les enfants et les petits enfants des immigrés, et ce non dit est à mon avis, l’une des raisons profondes pour lesquelles la question post-coloniale prend depuis peu la forme d’une crise politique grave.  C’est un problème compliqué qui ne peu-être expliqué que progressivement. (p,24)

      L’immigration en France de nombreux patriotes algériens (p,24) … Dès 1963… »

Questions : « non-dit », tabou de l’information ? Manque de courage civique des deux partenaires, sur les chiffres de l’immigration algérienne ? Sur les vagues successives d’« Algériens patriotes » ?

       J’ai souligné les quelques expressions de l’auteur qui m’ont surpris de la part d’un géopoliticien dont la carrière lui a donné maintes occasions de contact avec les « Algériens patriotes», communistes ou non, à Alger, entre 1952 et 1955.

    Les « grands ensembles »

   « Un grand nombre de français qui avaient été logés dans les « grands ensembles » y furent progressivement remplacés par des familles nombreuses, principalement des familles immigrées, pour la plupart musulmanes. Ceux des occupants anciens qui ne voulaient pas s’en aller ne s’adaptèrent pas aux nouveaux résidents et  ne tardèrent pas à partir eux aussi. Tout cela apparait rétrospectivement comme un des facteurs majeurs de la question post-coloniale en France. »  (p,29)

Question : « Rétrospectivement » ? Qu’est-ce à dire pour un spécialiste des sciences humaines, c’est-à-dire à quelle date, en 2010 ? date de la publication de ce livre ?

    L’auteur consacre alors quelques pages à l’analyse des « grands ensembles » qui à ses yeux a joué un rôle important dans les origines de la question postcoloniale, les « points chauds de la question post-coloniale », et relève qu’à partir de 1980, avec l’appui des municipalités de gauche : sur 88 grands ensembles, 74 étaient localisés dans des municipalités communistes.

    L’auteur fut un bon témoin de ce développement : « J’ai habité durant dix ans l’un des « grands ensembles » de la région parisienne, et j’ai étudié en 1965 ce type d’habitat pendant 10 ans

     « … La proportion des « jeunes » qui s’y trouvent aujourd’hui est considérable : les moins de 25 ans forment plus de 50% de la population. » (p,35)

    « LA « DIVERSITE » CROISSANTE DES PERSONNES « ISSUES DE L’IMMIGRATION » (p,36)

    Vietnamiens dans le XIIIème arrondissement, Maghrébins et Africains dans les « grands ensembles : «  ces jeunes, tout en affectant de parler le français à leur façon, ne pratiquent guère l’arabe chez eux, et les jeunes africains n’ont pas de langue maternelle commune, tant les langues africaines sont multiples. »

Question : une question de géopolitique qui n’a rien d’anodin.

    L’auteur propose dans d’autres parties de l’ouvrage sa lecture de la décolonisation et de la colonisation sans attacher trop d’importance à ce facteur capital de la géopolitique de l’ouest africain.

    « Dissémination discrète des multiples sortes d’immigrés et, au contraire, émeutes post-coloniales spectaculaires dans les « grands ensembles » (p,39)

      « …. Cette immigration hétérogène, que l’on pourrait qualifier de « cosmopolite » ((de tous les pays, mais le terme est connoté négativement), s’est disséminée dans les quartiers populaires, et elle est fort différente de l’immigration post-coloniale. Dans une certaine mesure, celle-ci continue encore, de façon plus ou moins illégale, mais aussi par le système du « regroupement familial » qui autorise les immigrés disposant de moyens financiers à faire venir des membres de leur famille. L’l’immigration hétérogène, qu’elle soit légale ou illégale, cherche à être le plus discrète possible et à se diluer dans les quartiers pauvres ; on ne peut évaluer qu très approximativement le nombre des immigrés clandestins qui cherchent à échapper aux contrôles de police. » (p,40)

Questions

     Elles sont fort nombreuses, mais allons à l’essentiel : il était possible en 2010 de proposer quelques chiffres clés sur les phénomènes décrits, avec une évaluation comparée des valeurs démographiques entre les hétérogènes, les maghrébins, et les africains entre 1980 et 2010, les flux du regroupement familial année après année, de même que les statistiques de mariage ou des régularisations quelquefois massives de clandestins….

     L’auteur s’attache alors à décrire la problématique des « grands ensembles » « surtout en conflit avec la police » » (p,43)

   « Il y a donc rivalité de pouvoir sur un territoire entre les représentants de l’appareil d’Etat et les bandes de jeunes les plus déterminées. Le contrôle d’un « grand ensemble » apparait comme un véritable enjeu géopolitique » (p,43)

Commentaire : le Diable de la géopolitique se logerait aussi dans les détails ? Le propos est l’illustration de la thèse de l’auteur qui a tendance peut-être à voir la géopolitique partout, à partir du moment où il y a un « territoire ».

     « La grande vague des émeutes  de novembre 2005 »

     « En novembre 2005 et durant plusieurs semaines, la question post-coloniale s’est posée en France en termes beaucoup plus graves, pour la première fois, les émeutes se sont propagées dans toute la France et se sont répétées durant plusieurs nuits »

     L’auteur décrit ces événements et les animateurs de la contestation :    « Les revendications des jeunes des ghettos selon l’association ACJFEU » : elles sont nombreuses contre la discrimination et le racisme,  l’abrogation de la loi sur le voile, la lutte contre le chômage.

      L’auteur propose alors (en 2010) quelques informations  statistiques tirées d’une enquête faite en 1996 : 751 zones urbaines sensibles = 4,4 millions d’habitants (zus) (emploi et grands ensembles)

     En 2008, taux de chômage de 16,9% au lieu de 7,5 en France métropolitaine, avec une très forte proportion de jeunes, 41,2% pour les jeunes de 15-24 ans de sexe masculin et 29,6% pour le sexe féminin.

     L’auteur décrit alors l’activité d’une autre association influente, celle des « Indigènes de la République », laquelle diffuse une propagande postcoloniale qui fait largement l’impasse sur les situations coloniales et postcoloniales des territoires dont beaucoup d’adhérents sont issus.

     La remarque vaut largement de nos jours pour l’Algérie qui plus de cinquante ans après l’indépendance vit dans ce qu’il convient d’appeler une dictature.

      Il est dommage que cet ouvrage ne nous en dise pas plus sur les animateurs associatifs en question, leurs parcours en France, et sur le financement de leurs activités. Dans le même domaine, une autre association, l’«Achac » pourrait faire l’objet du même questionnement.

     A titre anecdotique, il m’est arrivé de poser ce type de question à Monsieur TIN, ancien Président des « Indigènes de la République », lequel m’avait adressé un mail en réponse en m’invitant à lui communiquer ma feuille d’impôt.

Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés

« La Question post-coloniale  » – Deuxième Partie – « Les luttes pour l’indépendance »

« La Question post-coloniale »

Deuxième Partie

Les luttes pour l’indépendance

(pages 123 à 213)

Chapitre 3

Comment les empires coloniaux ont-ils pris fin ?

&

 Avant-propos méthodologique

            L’auteur jouit de la réputation d’un géopolitologue sérieux et novateur, pour avoir fondé la revue savante et appréciée, la Revue Hérodote.

            Il n’empêche que l’analyse qu’il propose soulève des questions redoutables de déontologie intellectuelle, à partir du moment où les sujets traités, analysés, se caractérisent par un mélange des genres évident entre convictions, expériences, engagements politiques, même s’il est vrai que cette caractéristique a coloré toute une génération d’intellectuels et d’enseignants marxistes, une situation qui pèse sur le crédit scientifique des travaux.

            Ici, il s’agit de l’ensemble des historiens ou de géopolitologues qui se sont engagés dans les luttes coloniales, avec dans le cas de l’Afrique du nord, l’existence d’une matrice maghrébine très influente en métropole, déjà évoquée, avant et après les indépendances.

            C’est notamment le cas pour la guerre d’Algérie qui a donné naissance à une profusion de mémoires et de témoignages qui se sont largement substitués à l’histoire.

            J’ai déjà évoqué ce type de problématique, le plus souvent non résolue, des sciences humaines, et dans le cas de l’histoire, et rappelé les raisons du choix du domaine historique que fit l’historien Goubert.

            Les sciences humaines ont le redoutable défi d’accréditer leurs analyses sur des bases « scientifiques », et les situations décrites n’y échappent évidemment pas, compte tenu de la quantité de biais scientifiques qui sont à éviter, dans des contextes d’engagement et de fréquentation du terrain, pourquoi ne pas dire des « territoires », pour faire appel à un concept d’Yves Lacoste.

            Le même type de problème se pose quant à la « scientificité » des thèses de doctorat, à partir du moment où les présidents et directeurs de thèses sont les maîtres du jeu, et que la soutenance « publique » devant le jury est généralement confidentielle et que ses délibérations, non publiées, sont quasiment couvertes par un secret défense.

Les doctorats souffrent d’un véritable « secret de la confession », une carence de transparence, comme je l’avais écrit sur le blog « Etudes coloniales » et sur mon propre blog. J’en avais également fait part à la professeure Bergada.

            Une anecdote pour clore cet avant-propos : il m’est arrivé, il y a fort longtemps, et à l’occasion d’une rencontre non universitaire, d’évoquer le sujet auprès d’une professeure d’université (un temps à l’Elysée), laquelle n’avait pas caché  qu’il s’agissait effectivement des pratiques universitaires.

Chapitre 3

« Comment les empires coloniaux ont-ils pris fin ? »

&

Témoignage, mémoire, histoire, géopolitique ?

Un rapide passage en revue

            Compte tenu de mon passé d’officier SAS du contingent pendant la guerre d’Algérie (1959-1960), par hypothèse colonialiste et usager de la gégène, je me contenterai de passer en revue les thèmes traités et les quelques questions posées.

            D’autant plus que l’analyse fait l’impasse complète sur les centaines de milliers de petits gars du contingent de France qui pensaient faire leur devoir de citoyen !

            « Il y eut autrefois de grands mouvements d’indépendance sans indigènes. » (page 124) (notamment en Amérique centrale et sud)

            « … Au début du XXe siècle commencent d’importants changements dans les sociétés indigènes…… » (page 129)

            « … La Seconde Guerre Mondiale, principale cause de la disparition des empires coloniaux d’outre-mer… Mais les empires coloniaux en continuité territoriale se sont alors maintenus… » (URSS et Chine) « (pages 130,132)

            « La Seconde Guerre Mondiale et le mouvement national algérien (page 135)

            « En Algérie, les conséquences de la Guerre Mondiale furent extrêmement importantes. Elles sont d’abord à l’origine des massacres de Sétif du 8 mai 1945, jour de la capitulation de l’Allemagne et les souvenirs de ces massacres pèsent lourd, neuf ans plus tard, dans le développement de la « révolution algérienne »  contre la France. Cinquante ans après l’indépendance, la question post-coloniale qui préoccupe de plus en plus de Français, est pour une grande part un effet de l’évolution très singulière du drame algérien. On peut dire que le prologue de la tragédie a été constitué par ces massacres de Sétif que j’ai évoqué d’entrée de jeu. Les Algériens en parlent beaucoup encore mais sans en prendre en compte toutes les causes. » (page 135)

Questions :  les deux constats cités par l’auteur auraient mérité d’être statistiquement justifiés, 1) « la question post-coloniale qui préoccupe de plus en plus de Français ». 2) « les Algériens en parlent beaucoup encore »

            Un propos d’homme de science ? Sans justification statistique, alors que les sondages et enquêtes statistiques de toute nature nourrissent chaque jour l’actualité ? Les animateurs de ce type de propagande post-coloniale auront-ils le courage un jour de lever un légitime soupçon ?

            Pourquoi les Anglais ne se sont-ils pas cramponnés à l’Inde ? (page 140)

            Sans renvoyer le lecteur vers les analyses comparatives entre Empires coloniaux anglais et français que j’ai proposées sur mon blog, lesquelles sont beaucoup consultées depuis quatre ans, je dirais simplement que les situations coloniales n’avaient pas grand-chose à voir entre elles.

            Dans les pages 148 et suivantes, l’auteur cite in extenso le discours de Clément Attlee devant la Chambre des Communes, le 15 mars 1946, en le titrant :

 « Un très grand discours sur l’Inde que les Français devraient connaitre et méditer. »

Question dans quel univers géopolitique sommes-nous plongés ?

            L’auteur cite le cas de l’Irlande, qu’il m’est arrivé de citer moi-même, où le colonialisme britannique a régné très longtemps, et qui mériterait à lui seul une longue analyse géopolitique, géographique bien sûr, mais tout autant sociale et politique d’un pays qui gardait et garde encore une tradition sociale bien enracinée entre classes supérieures et classes inférieures : dans l’empire britannique l’administration coloniale était entre les mains de la classe supérieure.

            Pourquoi le Vietnam a-t-il dû mener de si longues guerres pour son indépendance et sa réunification ? (page 153-169)

            J’avancerais au moins deux raisons principales, sans aller plus loin, l’aveuglement des « décideurs » politiques de la métropole, dans un premier temps, et dans un deuxième temps, l’irruption de la Guerre Froide avec une Chine devenue communiste en 1949.

Chapitre 4

Les luttes pour l’indépendance en Afrique du Nord

(p,170 à 213)

            « Des colonies où le nombre des Européens était relativement élevé. »

            Commentaire : avant tout en Algérie, seul cas de figure dans l’empire colonial français !

            « Distinguer les luttes pour l’indépendance de celles qui autrefois avaient été menées contre l’invasion »

            « Des frontières anciennes » (p,172)

            « Une décolonisation assez bien menée en Tunisie et au Maroc, tragique en Algérie »

            « Comment expliquer cette différence de destin de ces trois peuples voisins et véritablement frères lors de leur lutte pour l’indépendance contre une même puissance coloniale ? Certes, l’Algérie était une colonie et constituait même « trois départements français », alors que la Tunisie et le Maroc étaient seulement des protectorats. Dans chacun d’eux régnait encore en principe un souverain indigène. Nous verrons que la conquête de chacun des trois pays avait été menée, à soixante-dix ans d’écart de façon tout à fait différente… »

            « Encore les conséquences de la Seconde Guerre mondiale » (p,175)

« Les luttes pour l’Indépendance de la Tunisie » (p, 175)

            « Les luttes pour l’indépendance du Maroc » (p,179)

« Les tragédies algériennes » (p,188 à 213)

     « Alors qu’au XIX siècle, la  conquête de l’Algérie par une grande partie de l’armée française a été une véritable tragédie tant elle a été longue et meurtrière (de toutes les conquêtes coloniales, elle a été la plus difficile) la lutte des Algériens pour leur indépendance, encore une fois contre la plus grande partie de l’armée française, fut, avec celle des Vietnamiens, celle qui dura le plus longtemps et fut la plus dure » (p,188)

Question : quel sens l’auteur a-t-il voulu donner aux expressions soulignées ? Curieuses !

    « Pourquoi les Français après le 1er novembre 1954 semblent s’être cramponnés à l’Algérie ? (p,188)

    « C’est l’image que la France a donnée sur le plan international. En fait, les « Français de France » ne savaient pas ce qu’y s’y passait habituellement : la morgue des grands colons, les fraudes électorales, la répression massive de Sétif. Ils croyaient que l’Algérie, c’était trois départements français comme les autres, à ceci près qu’il y avait des Arabes. En 1956, le gouvernement investi par des députés qui venaient d’être élus sur le mot d’ordre « Paix en Algérie»  a bientôt déclaré aux Français qu’il fallait envoyer des soldats, tous les soldats en Algérie, pour y rétablir l’ordre et pour garder le pactole tout juste découvert au Sahara.

     Les Français se sont-ils cramponnés à l’Algérie ? Ils ont surtout laissé faire nombre de partis politiques plus ou moins rivaux dont les chefs n’ont pas eu le courage ni surtout la possibilité de prendre des décisions fondamentales et les appliquer… » (p,189)

Commentaire : avec deux remarques, la première relative au fait que les Parti Communiste soutint la politique des gouvernements jusqu’en 1956, et la deuxième relative à la convergence de mon analyse historique avec l’auteur sur l’absence de culture coloniale de la France, même de l’autre côté de la Mare Nostrum.

     Je me demande pourquoi l’auteur n’a pas saisi cette occasion, déjà citée, pour illustrer son analyse historique en citant les flux d’« images » développés dans la thèse Blanchard-Bancel- Lemaire, et de la mettre en question, puisqu’il s’agissait de son choix d’analyse des « représentations », et dans cette hypothèse la « Fracture coloniale » des mêmes auteurs ?

    « La guerre aurait pu durer plusieurs années encore. «  (p,209)

     « … En définitive, la victoire du FLN résulte dans une grande mesure de la prise de conscience par de Gaulle et la grande majorité des Français des risques d’une prise du pouvoir par des militaires en Franc. Ceux-ci auraient pu s’appuyer en métropole sur un parti ultra-nationaliste réunissant, comme dans tout mouvement fasciste, des gens de gauche déçus, par les socialistes et d’autres venus de l’extrême droite, y compris d’anciens partisans de Vichy,  qui auraient pu dénoncer dans les médias la trahison de de Gaulle. Celui-ci pouvait être assassiné ; il échappa notamment à l’embuscade du Petit Clamart le 22 août 1962. »

Commentaire : je ne partage pas cette interprétation de la fin provisoire de cette histoire algérienne, d’autant plus que cette analyse fait l’impasse, étrange à mes yeux pour un homme de science qui déclare son amour pour la France, sur le sacrifice des centaines de milliers de petits Français que les gouvernements ont envoyé en Algérie, tout autant que le choix que de nombreux algériens et algériennes avaient fait en faveur de la France, dont nombre d’entre eux ont été les victimes de la barbarie du FLN.

   Dans la vallée de la Soummam, et dans les années 1954-1960, les douars n’étaient pas tous acquis au FLN et même à l’indépendance : je pense ici au douar que j’apercevais chaque jour en me levant, de l’autre côté de la vallée.

     En revanche, et comme  je l’ai déjà écrit pus haut, l’analyse Lacoste sur « La paradoxale émigration vers la France » (p,212,213) est intéressante, d’autant plus qu’elle déplace complètement les enjeux mémoriels.

     Je vous avouerai enfin que le contenu et le style évangéliste du paragraphe final « Puisse le récit – que j’ai fait à ma façon – (effectivement à sa façon), de ces luttes pour l’indépendance faire mieux comprendre aux fils et filles d Maghrébins nés en France pourquoi leur grand-père ou leur père y sont venus… » m’ont surpris.

     Je conclurai simplement en disant que les enfants et petits enfants des deux rives ont droit à la vérité.

        Jean Pierre Renaud  – Tous droits réservés

Humeur Tique – Chine :les trois virus – Europe: le test

Humeur Tique

Chine et Union Européenne

       Les trois virus chinois : tout le monde connait le nouveau Coronavirus chinois, mais cette pandémie a mis dans l’ombre deux autres virus issus d’une même source, le virus de la liberté et celui de la démocratie de Hong Kong et de Taïwan.

            Le Parti Communiste  Chinois aura de plus en plus de peine à lutter contre ces virus, et sans réformes institutionnelles majeures, le nouvel Empire Chinois risque donc de connaître le destin de l’ancienne URSS, c’est-à-dire un éclatement, et plus anciennement de faire revivre les crises de la Chine Impériale, avec les « Royaumes Combattants. »

Une Nouvelle Union Européenne, celle de la solidarité et de la subsidiarité, c’est le test européen actuel !

La crise actuelle donne l’occasion aux pays de l’Union de savoir ce qui les relie à l’Union ou pas.

            Que les pays décidés à partager les solutions nécessaires pour faire face à cette crise profonde qui déstabilise complètement nos sociétés et nos économies décident de refonder notre Europe sur des bases politiques, économiques, et sociales partagées, c’est-à-dire une nouvelle Confédération circonscrite aux  pays qui adhèrent à un tel projet !

    Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés

Osez le déconfinement intellectuel ! Lecture critique du livre d’Yves Lacoste « La Question Post-coloniale »

Avis de publication

Osez le déconfinement  intellectuel !

Sous le sceau de la parabole de la Bible « Les Raisins Verts »

&

Lecture critique du livre d’Yves Lacoste « La Question Post-coloniale »

Première publication avant le 15 juin 2020

Première Partie « La Question post-coloniale en France » (page 23 à 122)

Deuxième Partie : « Les luttes pour l’indépendance » (page 123 à 216

Deuxième publication en septembre 2020 :

Troisième Partie : « Les conquêtes coloniales » (page 217 à 398)

&

            Certains lecteurs de l’ouvrage auront  peut-être été surpris du chemin d’analyse géopolitique choisi, compte tenu du poids de l’analyse des conquêtes coloniales, près de la moitié des pages de l’ouvrage.

&

Un message aux jeunes Français originaires d’Algérie… une bouteille à la mer Méditerranée …

Sous le sceau du Livre d’Ezéchiel Chapitre 18, versets 1 à 9 :

« Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d’Isaïe : Les pères ont mangé les raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées ? »

         Il est difficile de ne pas lire le livre d’yves Lacoste « La Question Post-coloniale » sans entendre le message permanent, le leitmotiv, que l’auteur adresse aux jeunes français d’origine algérienne : vous allez mieux comprendre pourquoi vous êtes venus chez nous,  nous, peuple colonialiste.

            Pourquoi cette parabole des Raisins Verts que j’ai déjà citée dans mes chroniques sur l’histoire post-coloniale ? Parce que l’histoire post-coloniale qu’on nous sert depuis des années, sur les deux rives, est fabriquée par des parents ou grands-parents qui ont le plus souvent mangé des Raisins Verts.

            Sur notre rive, nous sommes encore sous les ordres du groupe de pression intellectuelle et politique issu d’une matrice maghrébine repentante, bien qu’il s’en défende.

            Pour avoir servi la France et l’Algérie pendant la guerre 1954-1962, mon expérience n’est pas celle qui est la plus racontée : j’ai eu pour  garde du corps un type formidable, un ancien fel ; nous respections les fels bien que nous les combattions, et l’armée que nous servions n’était pas « colonialiste », car nous étions tous engagés, armée du contingent et armée de métier, dans la transformation démocratique du pays.

            Nous avions engagé à nos côtés des Algériens et des Algériennes qui partageaient notre vision républicaine de l’Algérie. Elle n’était plus celle de l’Algérie colonialiste de papa. En 1962, le FLN en a exterminé beaucoup d’entre eux, et continue de nos jours – presque 70 ans après – à les traiter comme des ennemis de la patrie, comme si certains membres du FLN et le mouvement lui-même avait toujours été des modèles de cette guerre insurrectionnelle.

            Le livre d’Yves Lacoste a été publié en 2010, et le message qu’il veut délivrer n’est-il pas obsolète, compte tenu du soulèvement démocratique de la jeunesse algérienne, depuis le 22 février 2019 ?

       Je puis témoigner que le message que nous portions dans les années 1958-1960 était celui de l’espoir, de la démocratie, des libertés, identique à celui qui vous anime aujourd’hui.

       Est-ce qu’il vous arrive aussi de comparer vos espoirs à ceux qui furent les nôtres ? A ceux qui furent ceux des jeunes d’une Algérie française défunte qu’ils quittèrent,  une terre qu’ils considéraient comme natale ? A ceux des jeunes Français d’aujourd’hui d’origine métropolitaine qui ont du mal à comprendre ce qui empêche d’avoir des relations normales avec votre pays, en levant tous les tabous qui pèsent sur la transparence nécessaire et  démocratique en ce qui concerne les flux démographiques, financiers et économiques ?

       Je n’ai jamais aimé le propos de ceux qui cultivent la victimisation, la repentance, ou la réconciliation, avec qui et en quoi ?

      Je préfèrerais franchement que la jeunesse française d’origine algérienne ou algérienne parle le langage de la vérité et de la bienveillance, ce qui veut dire clairement « Cartes sur table » !

Jean Pierre Renaud    Tous droits réservés.

Les Mots et les Symboles Récup d’un Président

Notre pays a la chance d’avoir une Première Dame, ancienne professeur de lettres, et c’est sans doute la raison principale pour laquelle le Président  adore le langage et les images de transgression, sauf que les mots utilisés et aussi les images sonnent quelquefois franchement faux.

            Le 17 mars 2020, le Président déclare à la télévision «  Nous sommes en guerre ! »

            Seul problème, alors que l’on sait déjà, depuis au moins janvier 2020 qu’une grave épidémie d’origine inconnue sévit en Chine : le Président a-t-il mis son pays en état de faire cette nouvelle guerre ? Non.

            Ni masques, ni respirateurs, ni tests, ni mise à jour du plan pandémie existant depuis des années dans les cartons du gouvernement !

            Le 17 mars, le gouvernement est encore en pleine improvisation et la bureaucratie française s’en donne à cœur joie, alors que dans nos hôpitaux et sur le terrain les acteurs de cette nouvelle « guerre » sanitaire font courageusement face.

     Le Représentant Spécial des Affaires Étrangères en Chine n’en aurait-il pas informé son ami le Président ?

      A un Conseil des Ministres récent, le Président a invité ses ministres à « s‘armer »

      Pourquoi ne pas interpréter cette nouvelle guerre en relisant Sun Tzu, grand maître chinois de la stratégie indirecte ? :

       « 13. Tu Mu : « … En plein jour, je l’abuse par le jeu des drapeaux et des étendards, et le soir, je l’égare par des battements de tambour. Alors, tremblant de terreur, il divisera ses forces par mesure de précaution »

     Vrai problème : pas d’ennemi désigné, et pas d’armée pour faire face !

      Ne s’agirait-il que d’une impression ? Le Président a d’abord agité les drapeaux, le rouleau compresseur des statistiques de la peur, fait battre les tambours (avec les multiples déclarations des experts de tout bord, y compris le transgressif Professeur Raoult ), faute d’avoir les moyens et la stratégie utile pour la faire, faute aussi de pouvoir disposer d’une armée.

       Dernier épisode, le mea culpa à la mode chinoise de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière !

  Rien n’est moins sûr que dans notre République laïque il puisse lui être pardonné.

    Après Notre Dame Récup, le dimanche 17 mai, dans l’Aisne :  Charles de Gaulle Récup !

      Tout au long des dernières semaines, j’ai été effaré par la multiplicité des références à l’excellent livre de l’historien André Bloch, « L’étrange défaite », celle de 1940, avec des références et des interprétations allant dans tous les sens

      La question posée est celle de l’aveuglement de l’élite militaire et politique au pouvoir, en 1940, comme, de nos jours, celui de la technocratie algorithmique et politique qui nous gouverne.

Jean Pierre Renaud

Le grand emprunt de redressement national de 100 milliards d’euros Suite

Cette proposition a été faite sur ce blog le 25 avril dernier. La France a les moyens de remettre d’aplomb  son système de santé, sans en laisser le soin aux institutions européennes pour au moins deux raisons : 

– Les Français ont le devoir civique de prêter l’argent  qui dort dans leurs tirelires du Livret A.      

– « La fraude sociale, c’est 30 milliards d’euros par an » d’après Charles Prats, ancien magistrat de la Délégation nationale de la lutte contre la fraude, aujourd’hui délégué de l’APM : il estime que 2,5 millions d’individus « fantômes » bénéficieraient de 30 milliards de prestations sociales indues.         

    Il  y a donc du grain à moudre !

JPR    MCRV

Le Vaccin de SANOFI, la polémique

Le Vaccin de SANOFI

Vaccin ou pas vaccin « bien commun » ou pas, disponible pour tous chez Sanofi ou pas ?

Une belle polémique s’est engagée à ce sujet, comme on les aime chez nous.

Le Figaro du 15 mai 2020

En première page :

« VACCIN »

« Le Président de SANOFI répond aux attaques contre le laboratoire »

(page 11) »

« Macron et Philippe blâment Sanofi…

Serge Weinberg « Parler de préférence donnée aux Etats-Unis est absurde »

Le contenu de cette interview est intéressant, avec quelques éléments de la défense  du Président actuel de SANOFI, mais on aurait aimé en savoir plus.

            L’épidémie actuelle a mis le doigt, en tout cas pour l’opinion publique, sur l’extrême dépendance de la France vis-à-vis de la Chine et de l’Inde en ce qui concerne les substances nécessaires à la fabrication des médicaments, sinon aux médicaments eux-mêmes.

            Il se trouve que SANOFI a participé activement à cette course de la rentabilité maxima des capitaux qui a soumis notre pays à un grave péril de santé.

      Il faut aller plus loin dans les questions : faire le point des relations pharmaceutiques qu’elle entretient avec la Chine en ce qui concerne la liste des médicaments et des substances pharmaceutiques les plus sensibles, stratégiquement  parlant, pour notre pays.

            Il convient de rappeler que le patron actuel de SANOFi fait partie de cette cohorte d’anciens énarques partisans de la « mondialisation heureuse », lesquels, après avoir fourbi leur carnet d’adresse en passant par un Cabinet ministériel, se sont lancés à la conquête d’une petite fortune personnelle.

            N’est-il pas par ailleurs un des amis du Président actuel qu’il aurait aidé, il y a quelques années, à entrer dans une grande banque d’affaires française ?       

   Jean Pierre Renaud

« La Parole de la France »-  » Parole donnée et parole trahie » Indochine et Algérie- Conclusion – Fin

« La Parole de la France ? »

« L’Honneur du Soldat ? »

« Les Héritages »

Guerre d’Indochine (1945-1954)

Guerres d’Algérie) (1954-1962)

Conclusion

Parole donnée et parole trahie ou la mort de nos  officiers, sous-officiers et soldats !

En écho à l’introduction et au témoignage du colonel Hélie de Saint Marc, les témoignages du colonel Roger Trinquier, du général Gracieux, du général Valluy, et du petit-fils du général Crépin.

            Pour résumer mon analyse et pour comprendre tous les enjeux des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie et les sacrifices demandés, et acceptés jusqu’à la mort, par tous ces officiers, sous-officiers et soldats qui ont servi la France pendant les deux conflits, le témoignage du colonel Trinquier constitue une bonne introduction.

            Les officiers qui furent appelés à témoigner au procès Salan avaient le plus souvent partagé les mêmes épreuves et campagnes militaires de la Deuxième Guerre Mondiale, d’Indochine et d’Algérie. Nombre d’entre eux avaient servi sous les ordres du général Leclerc.

            Le colonel Trinquier est venu témoigner en mai 1962 au procès du général Salan qui fut un de ses chefs en Indochine et en Algérie, un chef qu’il a apprécié, d’autant plus qu’il avait compris le type de nouvelle guerre du peuple qu’il aurait fallu mener en Indochine, en suscitant et en animant des maquis contre le Vietminh dans les hautes régions frontalières de Chine : il y fut un des premiers acteurs des Services Spéciaux en Indochine, en même temps qu’un initiateur du nouveau type de guerre qu’il convenait d’y mener.

            Fort de son expérience, il fut un des inspirateurs de la nouvelle guerre psychologique  que l’armée française mena souvent avec succès en Algérie. Il livra son enseignement dans le livre « La guerre moderne ».

            J’ajouterai qu’à l’exemple du colonel de Saint Marc, il avait de l’amitié et de l’affection pour les hommes et les femmes qu’il avait réussi à rallier à la cause de la France, celle en laquelle ils croyaient, des hommes et des femmes qu’ils refusaient d’abandonner.

Quelques pièces du playdoyer

Déposition du colonel Trinquier  Audience du 21 mai 1962 (page 407)

            Questions de Me Tixier-Vignancour :

            « … Je voudrais qu’il indique ce qu’il pense de l’action du général Salan.

            Colonel Trinquier – Je suis effectivement un des officiers qui connait le mieux le général Salan. Je l’ai connu en 1934 en Indochine.

            Le témoin était alors lieutenant et Salan capitaine. Ils tenaient des postes aux confins de la frontière chinoise.

            Je donne un petit détail : le capitane Salan avait fait tout le tour et relevé la carte de son secteur, et sous ses ordres j’ai mesuré moi-même cinq cents kilomètres de piste au double décamètre. Ce petit détail n’a l’air de rien mais c’est la caractéristique d’un homme qui va au fond des problèmes.

Il a fait mieux : il nous a  appris à aimer les populations et à nous faire aimer d’elles. C’est cet amour des populations qui m’a permis moi-même, en 1952, de passer derrière les lignes dans notre région du Tonkin et de reprendre contact avec des populations que nous avions connues dix anas avant, et de lever en pleine zone Viet vingt mille maquisards avec des armes. Puis d’avoir en zone Viet onze terrains d’aviation où je me posais librement. Personne ne l’a su, ou n’a jamais voulu le dire. Mais si on avait écouté les directives du général Salan et du maréchal de Lattre, et si on ne s’était pas hâter de bâcler la guerre d’Indochine peut-être que nous l’aurions gagnée.

            En tout cas j’apprends aujourd’hui par les Américains que les maquisards que nous avons laissés se battent toujours. Et les Américains sont peut-être contents de pouvoir reprendre ce que nous y avions laissé.

            J’étais parti en Chine en 1938 – période de dépression pour la France et l’Europe – où on se battait pour défendre Shanghai. J’y suis resté pendant sept ans et demi. Je ne vous citerai pas toutes les péripéties que j’ai eues, mais en 1946 je retrouvai Ponchardier, et là j’ai appris que, bien qu’ayant suivi pendant sept ans dans des conditions difficiles, les ordres de mes chefs, moi-même et tous mes camardes d’Extrême Orient on nous avait rayé de l’armée française sans nous l’avoir demandé. Alors, estimant qu’un contrat avait été rompu entre moi et l’armée que j’avais servie, j’avais donné ma démission. Le général Salan l’a appris et m’a envoyé un mot en disant : « La guerre n’est pas finie, les problèmes de la France ne sont pas résolus, la guerre sera longue, on a besoin de gens comme vous. Restez. » Et je suis resté dans l’armée avec un certain nombre de mes camarades.

     Je précise qu’un des mérites peut-être les plus grands du général Salan c’est d’avoir refait cette armée qui, en1945 s’effilochait. Il y avait des gens qui venaient de partout, qui s’étaient battus entre eux, qui avaient servi sous le général Giraud, sous le général de Gaulle, et sous d’autres cieux. Or, c’était dans ce creuset d’Indochine, avec le général Salan, qui a  toujours été avec nous, que l’armée a pu atteindre le niveau moral de 1958 que vous avez connu.

            Voilà un des grands mérites du général Salan.

            Je vous dirai aussi un petit mot de la guerre d’Indochine, qui est nécessaire pour comprendre beaucoup de choses. A cette guerre d’Indochine où, nous les jeunes, nous allions, l’état-major ne s’y est pas intéressé, aucun officier général n’y est allé. Je vous citerai des chiffres. Sur les quinze généraux d’armée, que comptait l’armée française, et sur les trente généraux de corps d’armée, armée de terre seulement, – je me trompe peut-être à un chiffre près, je n’ai pas l’habitude de consulter l’annuaire des généraux – sur ce total de quarante- cinq ou de cinquante généraux, pas un seul n’est allé en Indochine. Ils déléguaient au plus jeune et ils attendaient avec l’escopette – excusez- moi ce mot- pour l’attaquer. Aucun n’y a résisté. La maréchal de Lattre est mort, les autres officiers en rentrant d’Indochine, on ne leur a pas tenu compte de ce qu’ils avaient fait, on les a seulement démolis et un homme comme le général Salan qui a été là-bas plus que tous les autres est forcément celui qui a été le plus démoli. Aujourd’hui on l’attaque dans la presse…

            Etant donné que l’armée française n’est pas allée en Indochine dans ses hauts grades, on a fait la guerre qu’à notre échelon, et si on a parlé des colonels, eh bien ! C’est parce qu’il y avait des colonels qui faisaient la guerre,  et que les autres ne la faisaient pas beaucoup. A notre échelon, on a essayé d’en tirer les leçons, on a fait ce qu’on a pu. On n’est pas des « cerveaux d’armée » mais malgré tout on a dit : « Dans cette guerre qu’on a fait depuis quinze ans, essayons d’y voir clair. » On a   été peu à y voir clair.

            Je vais ici, si vous voulez comprendre des tas de choses, vous expliquer ce qu’est la    guerre d’Algérie. On ne s’est jamais battu en Algérie contre les Musulmans de notre côté et la rébellion s’est bornée à une organisation terroriste dont le but était de plier les Musulmans à leur volonté. Lors de la bataille d’Alger, en étudiant notre adversaire  de jour et de nuit pour le battre, nous avons appris que nous avions seulement contre nous, une organisation de 5 500 terroristes dont 1 200 armés qui pressuraient la population et qui l’obligeaient à être à leurs ordres.

            On a démoli cette organisation. Pour cela on n’a pas eu besoin de chars et de canons, et quand  ça allait mal, les colonels étaient dans la rue, pas  derrière les PC, avec  leurs officiers. On y descendait…

            Au cours d’une opération en Kabylie, dans le secteur I, région de Michelet, avec une population un peu plus grande qu’un chef- lieu de canton, j’ai pris en septembre les archives militaires de cette région qui allaient du 1er novembre 1954, début de la rébellion, au 17 avril 1957.Eh bien ! dans ce secteur de canton, le FLN a condamné et exécuté 2 150 Musulmans. C’est effrayant. J’ai vu la liste et la petite fiche de condamnation. J’ai essayé de le faire savoir en haut lieu. Je l’ai dit au 2° Bureau, je suis allé moi-même voir des gens proches du général de Gaulle en disant : « Il faudrait le dire aux Français pour qu’ils sachent. » Impossible. On a caché tout.

            J’ai vu ensuite les élections de 1960, celles au Conseil d’Arrondissement. Je commandais un secteur. M.Tomasini m’a dit : « Il faut faire voter pour les listes UNR ». J’ai répondu : « Moi je ne peux pas, j’ai promis qu’ils choisiraient, pourquoi aujourd’hui je ferais pression sur eux ? Je me suis engagé vis-à-vis d’eux ; je leur ai dit : « Je suis peut-être dur pour vous mais je veux supprimer l’organisation qui vous enlève la liberté. Aujourd’hui on me demande de faire pression sur vous. Je refuse. »

     J’ai été convoqué par M.Delouvrier et par tout ce qu’il y avait comme grands chefs à Constantine et j’ai dit non. J’ai fait un rapport disant : après le référendum de 1958 j’avais pris les archives des fellaghas dans un petit village, or ceux-ci avaient exécuté cinquante-huit paysans dans ce village parce qu’ils avaient voté. Et j’avais la fiche par exemple de M.Mohamed Ben Choufre… : a pris part au référendum, a été condamné à mort tel jour et exécuté tel jour.

            J’ai envoyé ce dossier à M.Messmer lui-même  que je connaissais un peu. Et j’ai dit : « On me demande  de faire voter dans tel sens, je ne peux pas. » Alors j’ai réuni mes musulmans et  leur ai expliqué : « Je vous ai promis que je ferai aucune pression sur vous, je vous assure que je contrôlerai les urnes. » La commission de contrôle comprenait un membre des deux arrondissements. J’ai fait remarquer : « Ce n’est pas suffisant, j’ai un escadron de gendarmerie, nous allons mettre un scellé sur toutes les  urnes. » Et dans mon secteur, sur 10 000 inscrits, 1 000 ont voté, et j’ai eu le plaisir de voir que 500 avaient  mis des bulletins blancs.

            Je pense que, parlant d’autodétermination, il fallait d’abord rendre la liberté aux gens, sinon c’était une sinistre tromperie.

            Parlons du problème plus proche de l’OAS. Qu’est-ce que l’OAS ? dont on parle. Il y a une population française et  musulmane qu’on veut couper de la nation française. A partir du 1er juillet, plus personne ne se fait de doute, les choses allant ce qu’elles sont, ceux qui seront en Algérie ne seront plus  français. C’est impensable dirait quelqu’un qui entendrait qu’on ne les a pas consultés ! Eh bien ils se sont révoltés. La révolte est née de la population. Quels que soient les gens, cette révolte aurait eu lieu, et je connais assez le général Salan pour savoir que dans cette révolte, il a été certainement l’élément le plus modérateur par ce qu’il avait un âge plus grand et que je crois quand même  que la sagesse vient avec l’âge. Il était peut-être moins près des réalités et  il avait confiance. Le seul fait qu’on l’a arrêté  sans qu’il y ait personne pour le garder, seul au milieu d’Alger où les autorités se déplacent avec des automitrailleuses, car elles ne peuvent pas faire un pas, le prouve. Moi je lui tire mon chapeau.

            L’OAS n’est donc pas une organisation qui s’est faite, c’est un peuple qui se défend. Moi qui aime bien les Algériens et les Musulmans je suis assailli, ils viennent me voir tous les jours à Paris. Je ne sais pas ce que vous pouvez avoir comme renseignements, mais on sent  bien qu’ils ne lâcheront pas, que pour garder la nationalité française qui est le bien le plus précieux qu’on puisse avoir ils iront jusqu’au bout. Alors si l’on veut empêcher qu’ils aillent jusqu’au bout, je pense qu’il faudrait peut-être réviser le problème.

            Voilà ce que j’ai à vous dire. »  (Pages  407 à 410 du Compte rendu sténographique du Procès de Raoul Salan (Albin Michel-1962)

Deux commentaires : 1) en 1960, et à l’occasion des premières élections municipales que j’ai organisé dans ma SAS, une des trois communes avait voté blanc, des élections dont le déroulement pacifique et démocratique avait été exceptionnel.

            2) En préfectorale, j’ai eu la chance d’avoir à Paris, un collaborateur qui fut condamné comme ancien OAS et qui fut tout aussi exceptionnel, aujourd’hui décédé dans l’anonymat : il avait aimé l’Algérie et la France.

            A titre personnel, je n’ai jamais partagé la révolte OAS.

« La Parole de la France ? -Conclusion Deuxième partie et fin

Déposition du général Gracieux,  Audience du 19 mai 1962 (page345)

            Le nom du général Gracieux me rappelle évidemment deux souvenirs :

     – l’Opération Jumelles en Petite et Grande  Kabylie, au cours de l’été 1959 : il commandait les troupes de cette grande opération et après le parachutage de ses hommes, il avait implanté son PC à la cote 1621, eu dessus de la forêt d’Akfadou qui jouxtait la SAS de Vieux Marché, sur un des contreforts du massif de Djurdjura. – Cette grande opération fut un des succès militaires de la pacification, J’ai déjà rappelé ce souvenir plus haut.

            – le témoignage des officiers de Chasseurs Alpins qui furent invités à un briefing du général Crépin Commandant en Chef, le  14 ou 15 juillet 1960, en mission d’inspection dans mon secteur militaire.

            Les échos de son passage laissaient croire encore aux officiers que la France continuait à défendre ses couleurs en Algérie.

&

       M. le général Gracieux. – «  Les liens qui m’attachent au général Salan sont en effet très anciens. J’ai connu le le général Salan en 1937, au ministère des Colonies. Je l’ai connu ensuite à Dakar en 1941-1942, à Alger en 1943, et c’est à partir de 1944 que ma carrière s’est faite, si je puis dire, à l’ombre de celle du général Salan et sous sa houlette.

            En 1944 en effet, je suis parti comme chef d’état- major du 6°R.T.F que commandait le général Salan, régiment formé en Algérie, mixte, Sénégalais et en grande partie un personnel pris parmi les réservistes de l’Afrique du Nord, d’Algérie particulièrement.

            Le colonel Salan, si en tant qu’inférieur, je puis me permettre de le juger, a été un chef de corps remarquable en tant que conducteur d’hommes. Je puis dire que nous l’aurions suivi n’importe où et de fait je pense que nous l’avons suivi dans beaucoup d’endroits. Je voudrais y insister, quand je dis nous, je je ne parle pas des officiers de l’état-major seulement, je parle de tout son régiment. Le colonel Salan était réputé, soit dans les périodes d’action, soit dans les périodes de repos, pour être au plus près de la troupe, sans aucun geste théâtral, sans aucun geste de démagogie, mais toujours présent là où il fallait. »

            Le témoin expose comment sa carrière a été liée souvent à celle du général Salan et qu’il l’a toujours vu tant en Indochine qu’ailleurs attaché à rester dans le cadre des directives qui lui étaient  données.

            M. le général Gracieux – « Du moment qu’il estimait ne plus pouvoir servir en Indochine, il a demandé sa relève, je l’ai suivi d’ailleurs, et il est totalement rentré dans le rang, sans faire, je pense, absolument  aucune objection spectaculaire ou aucun geste contre la discipline.

            Après avoir servi en métropole en dehors du général Salan, je l’ai retrouvé en Algérie, où j’ai servi sous ses ordres en 1957 et 1958, jusqu’au moment où il est rentré en métropole.

            En 1957, j’ai fait un séjour comme adjoint  de corps d’armée, et  ensuite comme adjoint de la 9ème Division parachutiste. En 1958, je commandais une zone, la zone d’Orléansville, et à cette époque j’ai eu évidemment de fréquents contacts avec le général Salan, j’ai eu l’occasion de vivre toute la période du 13 mai, et  j’ai donc eu aussi, en 1957-1958, l’occasion de voir ce que je peux appeler l’engagement total de l’armée en Algérie, engagement total dans le domaine de la lutte contre les fellaghas et dans le domaine de la pacification.

            On a dit beaucoup de choses sur le 13 mai et  la période qui a suivi. On a surtout beaucoup parlé d’Alger, des manifestations de masse sur le forum. Je  voudrais, moi, parler de ce qui s’est passé dans le bled. Je pense en effet que lorsqu’on cherche les mobiles de ce qui a pu faire agir le général Salan, c’est un problème extrêmement important ; je pense même que c’est le problème numéro un, et que c’est le cas de conscience dont on a tant parlé pour beaucoup de colonels en Algérie. Le  général Salan devait se le poser en premier, puisqu’il avait été le chef suprême à l’époque.

            On a tendance depuis quelque temps, à faire passer ce mouvement  d’émotion de 1958 comme une erreur monumentale ou comme une gigantesque mascarade. Sous la foi du serment, je peux assurer qu’il y a eu vraiment de la part des masses musulmanes un mouvement d’espoir et de confiance totale envers la France.

            En résumé, connaissant  le général Salan et  l’aimant comme le chef qu’il a toujours été pour moi, j’estime que le mobile de ses actes est un mobile noble, et  absolument pas, comme on a voulu le dire aussi, un mobile d’esprit d’aventure et d’ambition. »  (pages 345, 346)

&

Déposition du général Valluy  Audience du 17 mai 1962 (page 85)

        Camarade de promotion de Saint Cyr, le général Valluy eut maintes occasions de servir sur les mêmes théâtres d’opérations que le général Salan.

      M. le Général Valluy – «  Lorsque j’évoque le 13 mai, tout cela est si peu en correspondance avec son sort actuel qu’il nous faut découvrir le choc extérieur qui a, à un moment donné, bouleversé cet homme et qui a fait de lui le chef d’une organisation secrète.

     Sentiment de frustration ? Au cours de notre dernier et bref entretien qui date déjà de plus de deux ans, j’avais eu, en effet le sentiment d’une grande amertume que j’ai retrouvée, du reste, neuf mois après chez le général Challe et pour les mêmes raisons, l’amertume de bons ouvriers experts et consciencieux qui n’ont pas pu, qu’on n’a pas laissés achever leur besogne, cette pacification qu’ils avaient si bien commencée.

     Frustration individuelle, personnelle ?…

    Non le général Salan a, en soldat, comme la plupart d’entre nous, éprouvé cette révolte naturelle qui, à un moment donné, s’est extériorisée en France contre les perspectives d’abandon d’une fraction du sol national et des gens européens ou musulmans qui y habitaient… » (page 186)

&

Juillet 1960 : les flottements de la politique du Général de Gaulle : Algérie Française ou largage ?

Guerre d’Algérie

Souvenirs personnels de juillet 1960

            Après l’Ecole Militaire de Saint Maixent d’octobre 1958 à mars 1959, je fus affecté dans les SAS. Je rejoignis la SAS de Vieux Marché (arrondissement de Sidi Aïch) en avril 1959, une SAS « pourrie » dans le douar « pourri » des Béni Oughlis, en Petite Kabylie, dans la belle vallée de la Soummam.

            Après la grande opération Jumelles, la pacification avait battu son plein, la paix civile était quasiment revenue dans le douar, et j’avais la possibilité de me rendre à pied dans tous les villages de la SAS avec mon seul garde du corps, un ancien fel formidable.

            La situation politique semblait complètement retournée.

            En septembre 1959, le Général avait pris l’engagement d’un référendum d’autodétermination avec trois options, 

            Ce référendum avait commencé à troubler le monde des officiers de même que celui des pieds noirs, d’autant plus que l’on connaissait l’existence de pourparlers secrets avec le FLN.

            Le climat politique avait changé et beaucoup d’officiers se posaient des questions sur la politique du Général, d’autant plus qu’à la fois le général et son entourage continuaient à prodiguer leurs encouragements à l’armée française en Algérie.

            Sur le terrain, j’ai moi-même eu des échos très précis sur les consignes que le général Crépin, Commandant en Chef, donna aux officiers présents de mon secteur militaire, lors de sa tournée d’inspection de juillet 1960.

            Le général Crépin avait été nommé en remplacement du général Massu Commandant en Chef de l’Armée en Algérie le 25 janvier 1960.

                        Chemini, le 15 juillet 1960

            « … Je rentre de la popote. C’est vraiment dramatique !

            Longue discussion à la suite de la visite du général Crépin, Commandant en Chef en Algérie. … il a dit à peu près ceci (propos répétés).

            Alors ces villages ! Lesquels sont pour vous, lesquels sont contre vous ?

            Nous ne savons pas. La plupart continuent sans doute de payer les fellouzes.

            Qu’est-ce que vous attendez pour descendre ceux qui ne veulent pas être pour vous. Cela fait trop longtemps que dure ce petit jeu !

            Votre Compagnie ne sert à rien. Depuis trois mois combien de fellouzes au tapis ? Zéro ! Je veux des bilans ou je retire les troupes. »

            En juillet 1960, et alors que l’armée française avait repris le contrôle de l’Algérie, il semblait en effet que le gouvernement avait toutes les cartes en mains pour conduire autrement que cela a été fait la politique algérienne.

            Le général Crépin quitta d’ailleurs son commandement le 1er février 1961, remplacé par le général Gambiez.

        Il convient de noter que Gambiez comme Crépin faisait  partie de la grande cohorte d’officiers qui avaient partagé les mêmes combats, en France, en Indochine, puis en Algérie.

      Longtemps après la fin de cette guerre, j’ai eu l’occasion de faire la connaissance du général Gambiez, un des théoriciens des guerres indirectes, un thème sur lequel je travaillais et qui a nourri le petit livre « Chemins Obliques » : ce livre a pour préface la lettre que le général Gambiez m’avait adressée sur cet essai.

     Le petit-fils du général Crépin, Jean-René Van der Plaetsen a publié une biographie de son grand-père dans le livre « La nostalgie de l’honneur » (2017), un ouvrage intéressant qui retrace toute la carrière du général Crépin avant, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, et après, avec les guerres d’Indochine et d’Algérie, sa contribution à la mise au point de la bombe atomique, enfin ses hauts commandements sur le théâtre européen.

      A lire le parcours de ce général, je me suis posé la question de savoir si le gaulliste qu’il était, et face au guêpier algérien, ne partageant pas les choix du général de Gaulle, et ce dernier le sachant, tout en comprenant ses états d’âme, ne l’avait pas « exfiltré » de cette guerre pour pouvoir continuer à compter sur lui dans le redéploiement stratégique qu’il avait décidé de mettre en œuvre en redonnant la priorité au théâtre d’opérations européen de la Guerre Froide et à l’arme atomique.

      En janvier 1961, le général Crépin avait en effet rédigé une note dans laquelle il faisait de sérieuses réserves sur les modalités qui étaient envisagées dans l’hypothèse d’un cessez-le feu éventuel, en cas de trêve unilatérales des opérations offensives : il ne les approuvait pas.

     Ci-après un des passages qui est consacré à l’une des versions proposée sur les propos tenus par le général Crépin, à l’occasion de sa tournée d’inspection dans mon secteur militaire, propos dont j’ai rappelé plus haut à la teneur rapportée par les officiers de Chasseurs Alpins du 28ème BCA :

       « Gaulliste un jour, gaulliste toujours ? »

      « … Alors, gaulliste un jour, gaulliste toujours ? Derrière cette formule en forme de boutade se dissimule une question, voire une possibilité, disons même une éventualité, qui m’a tourmenté et taraudé l’esprit pendant plusieurs années. Tout était parti de la lecture d’un livre intitulé : Les Gaullistes ? Rituel et annuaire, paru en 1963, de Pierre Viansson-Ponté, ancien rédacteur en chef de l’Express, puis éditorialiste au Monde. Dans cette enquête approfondie sur les us et coutumes de la famille gaulliste, ce journaliste chevronné consacrait un chapitre à Grand-Père, titré : « Le général Crépin a viré sa cuti », puis de façon extrêmement habile et persuasive, il reprenait, l’élaguant à grands coups de serpe, la vie de mon grand-père pour en tirer la conclusion que celui-ci avait rompu avec le général de Gaulle au cours de la crise algérienne, et qu’il fallait y voir la raison pour laquelle il avait été démis du commandement en chef au début de l’année 1961. J’avoue avoir été profondément ébranlé par la lecture de cet ouvrage dont j’avais découvert l’existence par hasard, chez les bouquinistes au bord de la Seine. En réalité, je l’appris par la suite, l’auteur de ce livre se fondait sur une rumeur qui avait couru les popotes au cours de l’été 1960 par les partisans de l’indépendance de l’Algérie afin d’enfoncer un coin entre le général de Gaulle et Grand-père, qui étaient unis l’un à l’autre par un lien quasi féodal, comme celui qui attachait autrefois le vassal et son suzerain. » (pages 174, 175)

     Le général Crépin ne fit pas de déposition au Procès du général Salan en mai 1962.

&

     Comme je l’ai déjà écrit, je n’étais pas pour « L’Algérie Française » de papa, mais pour l’indépendance de ce pays en association étroite avec la France, ce qui n’a pas été le cas, alors que fin 1960, cette solution aurait été possible à la condition de ne pas brader ce pays, comme cela a été fait, notamment, dernière chance, en bâclant la mise en œuvre des accords d’Evian et en laissant le pouvoir à un FLN qui n’était pas préparé à l’assumer, et alors que l’armée française avait encore les moyens militaires d’assurer la paix civile.

Conclusion : Fin

 Jean Pierre Renaud – Tous droits réservés