Présidentielles 2022

Les destinées de Paris « Commune » ou « Etat dans l’Etat » ?

Dans la Capitale, les initiatives Hidalgo mettent en péril les relations institutionnelles actuelles nées dans le contexte historique des années 1970-1980

La Maire actuelle fait tout pour que Paris ne soit plus la capitale de la France ou que l’histoire revienne en arrière.

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Paris occupe une « position » politique  stratégique

            Il y plusieurs dizaines d’années, en 1993, avec la parution du livre « Paris un État dans l’État », et en 1997, avec la parution du livre « La Méthode Chirac », j’avais proposé une analyse approfondie des institutions parisiennes et des relations institutionnelles existant entre Paris et l’État sur la longue durée : elle démontrait que le mouvement historique entre le pouvoir de l’État, et le pouvoir local, continuait à affecter le couple, pour tout un ensemble de facteurs qui continuent à jouer dans une relation par nature inégale entre institutions étatiques et institutions locales.

            Presque quarante ans après les réformes des années 70-80,  les relations institutionnelles que j’avais décrites sont à revoir complètement, entre Paris, soi-disant commune de droit commun, les communes et départements sacrifiés de sa banlieue, une métropole qui peine à exister, une région dynamique, et un État central bureaucratique légitimement contesté par nos provinces, sur un écran permanent de communication et de manipulation politique tous azimuts de la part des élus parisiens.

            La problématique historique tourne toujours autour de la « position » politique stratégique qu’occupe Paris sur l’échiquier national et international.

L’équipe municipale actuelle a bien assimilé la partition, sans doute trop bien, sauf qu’elle n’a pas les bases politiques nationales nécessaires, et qu’en prenant toutes sortes d’initiatives sur tous les plans, elle met en question à nouveau le bon fonctionnement de ce « cœur » institutionnel français, à la fois sur le plan régional avec la banlieue, proche ou lointaine, et sur le plan national, en rivalisant avec l’État, une situation qui appelle donc une nouvelle réforme institutionnelle.

            Les lecteurs un peu familiarisés avec les questions stratégiques connaissent l’importance que les stratégies directes ou indirectes accordent à ce concept de « position ».

Évocation d’un long passé institutionnel

            L’histoire des institutions parisiennes n’a jamais été celle d’un « long fleuve tranquille », même si la Maire de Paris a lancé sa campagne sur les rives de la Seine, à Rouen, un fleuve qui a structuré l’histoire de France, alors que cette dernière a « privatisé » les rives dans une ville de plus en plus enfermée sur elle-même, aux petits soins pour les Bobo de France ou de l’étranger.

            Il est tout de même surprenant que le Parti Socialiste, en perdition il est vrai, ait donné sa bénédiction à sa désignation comme candidate aux Présidentielles.

            Rien n’a jamais été simple à Paris, rien n’est simple de nos jours, et rien ne sera simple dans l’avenir, dans une  région toujours en mouvement dans un des cœurs de l’Europe et du monde.

            L’histoire de France n’a pas toujours  été confondue avec celle de Paris, mais très souvent et fort étroitement, et les gouvernements ont longtemps gardé la main sur les institutions parisiennes, en s’en méfiant, à juste titre.

            Sous la Troisième République, la loi du 5 avril 1884 qui a constitué la charte des communes de France jusqu’aux années 1980 n’était pas applicable à  Paris : il fallut attendre cette période pour que le préfet, représentant du pouvoir exécutif, passe la main à un exécutif élu.

            En 1978, dans leur conclusion au Colloque du Conseil d’Etat sur les institutions parisiennes, MM Thuillier et Tulard écrivaient :

            « L’administration de Paris a ses règles, ses coutumes propres en dehors des pratiques habituelles de l’administration : Paris a toujours eu le goût de l’autonomie poussé jusqu’à la fronde, ses administrateurs prennent des initiatives – en matière hospitalière, sociale, scolaire – tentent parfois des expérimentations en dehors de toute permission : c’est traditionnellement un Etat dans l’Etat et les bureaux des ministres n’osent guère contrôler ce qui se passe à Paris (ainsi, à l’ordinaire, le Ministre de la Santé a bien de la peine aujourd’hui – à contrôler l’Assistance Publique qui tend à régler ses problèmes directement avec les Finances).

            Les hauts fonctionnaires qui dirigent l’administration parisienne cherchent traditionnellement à échapper à toute tutelle, règlent directement leurs affaires avec les ministres, le Premier Ministre, ou parfois le Château… » (page 96, 97 du premier livre cité)

            «  En 1978… » : Après la réforme qui a redonné un Maire à la capitale en 1975, avec Chirac, antérieure aux réformes successives qui ont attribué de plus en plus de pouvoirs aux institutions élues de la capitale, le Maire et le Conseil de Paris, notamment, la réforme Defferre du 31/12/1982, sur la décentralisation, avec la création d’un contrôle de légalité a posteriori, un contrôle bien improbable, en tout cas dans les grosses collectivités locales.

            Dans le premier livre, en 1993, j’écrivais : « …qui commande à Paris, le Président de la République, le Maire, le Préfet ?… Le pouvoir local est-il vraiment un État dans l’État, comme beaucoup le disent et l’écrivent ? Comment est-il organisé, comment fonctionne-t-il ? » (p,8), et plus loin, sur la longue durée historique :

« L’histoire des pouvoirs publics parisiens met bien en évidence la complexité des relations qu’ont entretenues pouvoir central et pouvoir local et la permanence des enjeux de pouvoir à partir du moment où Paris est devenue la capitale de la France. » (p,13),

L’histoire des institutions parisiennes a été pour le moins chaotique, avec une succession d’accès de fièvre aussi bien sous la Royauté, les Révolutions, les Empires ou les Républiques, pour au moins une raison évidente et permanente, la « position » capitale qu’occupe Paris depuis des siècles, une « position » politique stratégique qui nourrit toutes les ambitions de pouvoir : la tentation a toujours été grande de prendre le pouvoir à Paris, la clé de tous les pouvoirs.

Dans la conjoncture actuelle et avec les Présidentielles, la « position » politique et stratégique de Paris a nourri, une fois de plus, toutes les ambitions, aujourd’hui celles de la Maire de la capitale, d’autant plus que la capitale constitue une plateforme d’images, d’information, de communication, de toutes sortes d’ « influences » sur les réseaux sociaux, donc une plateforme d’influence et de pouvoir sans égale, et tout autant de manipulation.

La Maire de Paris n’aurait sans doute pas pu bénéficier du soutien d’une équipe municipale, politiquement multicarte, si ses membres n’y avaient vu également leur intérêt, celui de disposer d’un levier politique qu’ils n’auraient jamais eu avec les minorités politiques ou civiles qu’ils représentaient, les communistes, les fractions écolos, et un Parti Socialiste exsangue.

Est-ce que la Maire de Paris et candidate aux élections présidentielles de 2022 n’a pas abusé de cette « position », alors qu’avant tout, elle est la Maire des minorités, des réseaux sociaux, et des initiatives démagogiques ? Il est évidemment légitime de se poser la question ?

En 1993, je notais que la lutte était engagée sur le terrain de l’information (p,37), alors que la municipalité de Chirac se dotait d’un impressionnant service d’information et de communication, tout en se dotant également d’une Direction des Relations Internationales, sorte de petit Ministère des Affaires Étrangères au service de la Ville de Paris, celle de Chirac, puis de Delanoë, et de nos jours d’Hidalgo.

Rappelons à toutes fins utiles que Chirac avait pris Paris avec la même ambition présidentielle, mais en s’appuyant sur un parti bien installé et toujours vivant sur le territoire national.

Tout a changé en trente ans avec l’irruption explosive d’internet et des réseaux sociaux qui fonctionnent sans contrôle et mettent en péril les institutions de la République.

La « position » stratégique de Paris et ses incidences politiques

          Afin de bien comprendre toutes les possibilités que recèle la « position » de Paris, il n’ y a rien de mieux que d’éclairer notre analyse par celle, complète, qu’en a faite François Jullien dans ses ouvrages, notamment « La propension des choses  – Pour une histoire de l’efficacité en Chine » (1992) et son « Traité de l’efficacité » (1996).

            François Jullien a analysé en profondeur plusieurs concepts d’analyse et de raisonnement stratégique familiers à la culture chinoise, « la propension des choses », la « disposition », la « position », des concepts qui  permettent de bien comprendre comment agit la « position » qui n’est plus celle des Empires Chinois, mais qui fait jouer les mêmes mécanismes stratégiques à partir de toutes sortes de « positions » naturelles ou construites, militaires, politiques, ou civiles, culturelles ou religieuses, etc…

Les concepts en question éclairent bien le fonctionnement d’une « position politique stratégique » comme Paris, jusqu’au « potentiel de manipulation ».

            Dans le premier livre, François Jullien écrit : « Le potentiel nait de la disposition (en stratégie) » (p,23) – « La position est le facteur déterminant en politique » (p,37) – « En occupant sa position, le prince régit les hommes comme s’il était lui-même le Ciel (la nature) ; il les fait fonctionner comme s’il appartenait lui-même au règne invisible des « esprits ». Ce qui signifie que, en laissant simplement œuvrer le dispositif de pouvoir que constitue sa position, il ne peut (de même que le cours du Ciel) dévier de la régularité de sa conduite ni, par conséquent, prêter à la critique » ; et que hantant le monde humain sur un mode invisible (à l’image des esprits), il n’aura jamais à « peiner », puisque ses sujets se sentent déterminés non par une causalité extérieure, mais sous l’effet de la pure spontanéité. Ils sont agis comme s’ils agissaient d’eux-mêmes, ils se prêtent à la manipulation comme si c’était l’expression de leur propre intériorité. Pourvu donc, que la « position fonctionne », si rigoureuse que soit l’injonction, elle ne saurait rencontrer d’obstacles » (p,48,49)

            « Conclusion  I Une logique de la manipulation

I – Conduite de la guerre – gestion du pouvoir : en même temps qu’on pressent une affinité certaine entre ces deux objets… Même analyse, donc, de part et d’autre : sur le plan pratique, se laisser voir, c’est donner prise à l’autre et le laisser avoir barre sur soi ; sur le plan théorique, le vrai manipulateur se confond avec le fonctionnement du dispositif. » (p,56 à 59)          

Le sinologue et philosophe montre bien à la fois ce qu’est une « position » et comment elle fonctionne grâce aux multiples « dispositions » d’actions et d’influences qu’elle recèle, pour ne pas dire, comme c’est à nouveau le cas aujourd’hui, un potentiel de prise du pouvoir, dans un nouveau face à face entre le local et l’étatique, entre la Commune et l’État, mais tout autant entre Paris et sa banlieue, Paris et la Région dans un contexte de millefeuille où la métropole n’a pas réussi à trouver sa place, et ne peut pas la trouver.

Années 2020

Les Points de rupture institutionnels

            L’équipe municipale actuelle met presque chaque jour la Ville de Paris en ébullition, sens dessus dessous : très récemment en chamboulant les voies de circulation, en multipliant les travaux, les interdictions, au mépris des habitants de la banlieue et des activités économiques de la capitale, comme si les institutions de l’Etat n’existaient pas, les assemblées ou le gouvernement, l’ensemble des représentations diplomatiques, les Préfets actuels donnant l’impression d’être aux abonnés absents : la Maire donne les ordres.

Je serais très tenté de dire que la Maire de Paris commet des « abus de pouvoir » sans contrôle, alors qu’elle s’appuie  sur une majorité politique hétérogène et éphémère.

La politique menée, excessive, ignore le rôle vital qu’un « cœur », quelle que soit sa nature, accomplit pour une bonne circulation du sang dans un corps, dans le cas présent dans l’ensemble de la région et bien au-delà.

 Paris est ouvert à tous les vents, souvent de l’étranger, avec par exemple un Qatar qui occupe, avec le PSG, une « position » de choix dans la communication de Paris et donc de la France, une forme de capture d’image qui ne dit pas son nom, alors que Paris s’enferme comme dans une forteresse, aujourd’hui Bobo, avec une équipe municipale des minorités et des réseaux sociaux

Le « périphérique » n’est pas uniquement physique !

Paris a pris tout un ensemble de mesures de circulation et de stationnement qui valent bien  les « octrois » du passé – il faut payer cher pour y accéder -,  des octrois supprimés en 1943 par le Régime de Vichy, en biffant la solidarité nécessaire entre Paris et sa banlieue.

Ajoutons enfin que Paris  reste au cœur de l’etablissment français qui continue à gouverner notre pays, à imposer sa loi et sa bureaucratie à nos provinces  françaises.

Conclusion :

il faut à nouveau tout changer et redistribuer les pouvoirs de la cité entre des institutions qui soient au service des citoyens dans toute la région d’Ile de France, avec un Etat passif et immobile de peur qu’on ne l’accuse de violer les libertés locales.

  • Il faut rétablir l’égalité et la solidarité des chances entre Paris et les cinq départements du Val de Marne, des Hauts de Seine, de Seine-Saint  Denis, du Val d’Oise, et de l’Essonne  et sans doute revoir la répartition des compétences entre institutions,
  • Il faut transférer à la Région Ile de France les pouvoirs de l’Etat dans les domaines non régaliens : économie, emploi, environnement, enseignement, santé, culture…

           Jean Pierre Renaud    Tous droits réservés

Enigme ? Méthode ? Orgueil démesuré ? « Émile » du Siècle ?

« L’énigme Macron » (Le Carnet de Jacques Julliard – Le Figaro du 4 janvier 2021, page 25, une pleine page)

 « Le Président est confusionniste. Quelle marge de manœuvre ce ping-pong cérébral laisse-t-il à l’action ? »

L’auteur nous assène une leçon bien documentée sur l’analyse qu’il propose pour nous éclairer sur le « mystère Macron » :

« Plus il parle, et moins on l’entend. Plus il s’explique, et moins on le comprend. Plus le temps passe, et moins on y voit clair. « Le mystère s’épaissit » comme on dit dans les polars ».

Je me suis intéressé depuis longtemps aux stratégies, les directes et les indirectes (le livre « Chemins Obliques »), aux stratégies politiques, notamment celle de Chirac dans « La Méthode Chirac » (1997) : il est évident que celle du Président actuel fait plus qu’intriguer, compte tenu des conditions imprévues de son accession au pouvoir et de la méthode, sinon de l’étrange stratégie qu’il met en œuvre pour gouverner, s’il en existe une.

Le blog s’en est déjà fait l’écho en proposant une explication sans doute partielle, mais elle a le mérite d’être dans le goût du jour et des capacités algorithmiques de son groupe de Mormons, la stratégie politique des algorithmes, le verbe épousant successivement  le mouvement des vagues digitales de l’opinion publique.

Une interprétation crédible :

Le Président a cru, depuis le début à sa bonne étoile, mais sans doute autant à ses capacités intellectuelles et à son verbe, pour tout résoudre avec sa baguette magique et nous entrainer tous vers une France nouvelle.

Toutefois, il recourt en permanence à la méthode « du je passe à côté » de la colonne vertébrale des institutions républicaines pour s’appuyer sur la seule opinion publique, en misant sur ses Marcheurs pour donner une autre colonne vertébrale au pays : seul problème, cette autre colonne vertébrale n’existe pas. Le président continue à parler, parler, à tweeter, en court-circuitant les institutions, le Parlement, les collectivités territoriales, les corps intermédiaires, … mais il court toujours après un début d’enracinement politique dans les territoires…

Sa façon de gérer l’épidémie actuelle constitue un autre symbole de ses choix stratégiques en assumant, tout en ne les assumant pas, en renvoyant les solutions sur autant d’experts qu’il faut pour diluer ses propres responsabilités.

Aujourd’hui et faute de jouer le jeu démocratique des collectivités territoriales, il fait porter la responsabilité sur l’administration, la bureaucratie centrale…

Il invente donc des expédients pseudo-démocratiques : le Grand Débat, le Loto des conventions citoyennes tirées au sort, celle du « climat » ou de la « vaccination » qu’il accroche à l’une des institutions les moins représentatives du pays, le Conseil Économique Social et Environnemental.

Il n’est pas besoin d’être initié pour savoir que cette assemblée est composée de membres éminents désignés le plus souvent par les organisations professionnelles à titre de sinécures…

Ces expédients confinent à l’absurde dans la mesure où par exemple certains des membres de la Convention Climat revendiquent un « statut citoyen ».

 Pas de problème puisque je suis le meilleur ! Et donc que j’ai les capacités pour asseoir mon pouvoir de façon indirecte, en inventant une démocratie représentative bidon ! Le tirage au sort démocratique, il faut le faire !

Je me rallierais donc volontiers au commentaire qui figure en  marge de la longue tribune Julliard, un commentaire qui contient toute une gamme d’interprétations subtiles du type « psy » :

« Le quinquennat d’Emmanuel Macron fait songer à ce que les Allemands appellent « Bildungsroman », c’est-à-dire un roman d’éducation, analyse l’historien et essayiste que nos lecteurs retrouvent chaque premier lundi du mois. »

Son séjour à Élysée l’aiderait donc à poursuivre une éducation, sans doute trop protégée ?

Ne sommes-nous pas revenus en définitive au siècle de Jean Jacques Rousseau avec son Émile ?

Le 29 janvier 2020, mon vieil ami Auchère m’avait fait parvenir une photo parue dans Der Spiegel du 18 janvier 2020 : une photo de Macron à son bureau, en train de lire un document avec Brigitte debout derrière lui, à sa droite, la main sur son épaule, avec pour titre :

« Staatsoberhaupt Macron, Ehefrau Brigitte im Elysée : Die arroganten kleinen Sätze hängen ihm bis heute nach »

Avec son commentaire : «  Ce n’est pas Jupiter, c’est une professeure (aux grands pieds) avec son élève favori »

Jean Pierre Renaud  – Tous droits réservés

Imprimatur du 8/01/21

La Méthode Chirac et la Méthode Macron – A grands traits !

En 1997, j’ai publié le livre « La méthode Chirac » « De la Mairie de Paris à l’Elysée » qui décrivait la méthode de conquête du pouvoir de l’ancien Président.

        L’appellation de « méthode » a été souvent utilisée par les médias pour qualifier et comparer la gouvernance politique des Présidents qui se sont succédé à l’Elysée.

      Dans son numéro des 7 et 8 septembre 2019,  Le Figaro titrait en première page :

           « Proximité, dialogue : la nouvelle méthode Macron » 

       Sans avoir besoin de  procéder à  une analyse approfondie de la « méthode Macron », un gouffre sépare la manière de gouverner des deux Présidents : Chirac avait un passé politique connu et était le chef d’un parti politique  que les Français identifiaient.

       Ce qui n’est évidemment pas le cas de Macron, venu du « nulle part » d’une intelligentsia non encore identifiée par la grâce de l’affaire Fillon lancée par le Parquet Financier de Paris, intervention du pouvoir judiciaire qui a ébranlé les colonnes du temple républicain, sous les auspices de la République exemplaire que nous avons appris à connaître.

         Après un long passé politique, ses premières classes en Corrèze, sa conquête du parti gaulliste et de la Ville de Paris, en 1979, Chirac n’avait nul besoin de jouer la « proximité » ou d’afficher une volonté de « dialogue », car son ancrage dans le paysage politique, aujourd’hui les « territoires », était solide.

      Comme je l’ai indiqué dans ce livre et dans la synthèse de ma conclusion, la capitale a été au cœur d’un système de pouvoir démocratique « apparent »  mais en réalité, de pouvoir absolu sur les institutions récentes de la démocratie locale parisienne.

      Paris devint la plateforme politique d’un candidat permanent à la magistrature suprême, qu’il mit dix-huit années à conquérir, après maintes trahisons.

       Il a su utiliser tous les atouts qu’une capitale comme Paris mettait à la disposition d’un chef de parti politique, le Maire de Paris disposant de tous les leviers que lui donnait des institutions, dont beaucoup d’entre elles étaient et sont encore celles d’un État dans l’État. (1)

      Chirac a su magnifiquement en user en mettant en place un système de communication efficace et continu qui le faisait apparaître comme le grand maire qu’attendait Paris, le modèle proposé à la France pour devenir son Président.

       Il est évident que comparé à Chirac, Macron « rame » et ne peut que « ramer » comme chef d’un  parti qui n’a pas de doctrine, des « Marcheurs sans boussole » selon le titre d’un éditorial pertinent de Vincent Trémolet de Villers dans le Figaro du 9 septembre 2019.

      Chirac avait installé son personnage dans le halo d’un gaullisme encore vivant, fusse avec les ambiguïtés inévitables liées à sa durée. Je vous avouerai que j’ai toujours eu beaucoup de peine à entendre son propos « Chers compagnons », comme à la belle période du Général de Gaulle.

       Non seulement le Président actuel est venu d’un « nulle part » politique, mais a tout fait, depuis son élection pour court-circuiter les partis politiques en donnant la préférence à la méthode du débauchage, plutôt que de dialogue et de recherche d’un consensus minimum sur un programme de gouvernement républicain.

       De leur côté, les corps intermédiaires ont été ignorés, le Président actuel donnant la préférence à une gouvernance technocratique, et à l’occasion de la crise des gilets jaunes, au Grand Débat, confiant dans l’efficacité de la parole politique d’un « Premier de la Classe ».

       Faute d’ancrage sur le terrain, la vraie boussole de notre Président et de ses Marcheurs est sans doute constituée par la consultation d’une batterie d’algorithmes dont les résultats inspirent ses prises de décision.

         A la différence du Président actuel, Chirac avait le style et l’image d’un acteur de cinéma, et  connaissant à fond les faiblesses humaines, il ne s’était jamais mis en tête de vouloir ériger une République exemplaire, mais sans aucun doute le Président actuel le surpasse en volubilité et en dialectique de la parole.

     N’a-t-on pas un peu, et en effet, l’impression que le Président actuel est toujours en train de passer un Grand Oral de concours ?

Jean Pierre Renaud

  1. « Paris un Etat dans l’Etat »

« Paris, un Etat « Bobo » dans l’Etat ? »

En 1993, j’ai publié un livre d’analyse des institutions parisiennes et de leur fonctionnement, sous le titre : « Paris, un Etat dans l’Etat ».

        J’y décrivais ces institutions et je tentais de déterminer le qui faisait quoi dans l’exercice réel du pouvoir politique de la capitale, une fois transférée, en 1977 (réforme du 31/12/1975), à ses élus, une très grande partie des attributions des communes de droit commun que le Préfet de Paris, représentant de l’Etat, exerçait auparavant. Ce transfert de pouvoirs a été notablement accru par la charte de la décentralisation de la loi du 2 mars 1982, dont l’élément essentiel portait sur le contrôle a posteriori des « actes » de la commune.

        En 1998, dans le livre « La  méthode Chirac », j’expliquais comment Chirac, le premier maire de cette nouvelle ère politique, avait su capitaliser les atouts électoraux que lui donnait la capitale pour son élection à la Présidence de la République. Une fois élu, la Ville et le Département de Paris entretinrent une relation de pouvoirs pour le moins ambigüe.

       Un quart de siècle plus tard, pourquoi ne pas revisiter brièvement  ce « site » institutionnel et politique, afin de voir comment il a fonctionné, comment il a évolué ?

         A quel système politique de pouvoir avons-nous affaire, alors que sa nature de double-face soulève à mes yeux autant de problèmes qu’auparavant ?

      Comment Paris peut-il échapper à son statut de capitale de la France ? A sa banlieue, à sa région, à la France ?

       Dans l’historique résumé, je notais :

    « Les analyses qui précèdent ont montré que les gouvernements successifs, quels qu’aient été leurs fondements, n’ont jamais véritablement trouvé la bonne solution institutionnelle, le juste équilibre entre un pouvoir d’Etat qui ne peut être contesté dans sa capitale, et un pouvoir local exprimant une volonté parisienne. Le fait « Capitale » l’a toujours emporté sur le fait « Paris », sauf depuis une période récente. » (p,25)

       Question-clé : est-ce que ce que j’appellerais volontiers la « dérive » politique des institutions ne s’est pas accentuée ?

      Avant de poser quelques questions à ce sujet, il est utile de revenir sur quelques-uns des constats ou quelques-unes des questions que je posais dans la conclusion générale de cet ouvrage (p,235 à 264) résumés dans les extraits ci-joints. J’ai souligné quelques mots ou phrases clés.

    « LES INSTITUTIONS (p,241)

      « … Peut-être serait-il plus juste de parler de système parisien que d’institutions parisiennes ? Dans le sens que lui donnent les économistes, les sociologues, les juristes.

       Paris est un système parce que la capitale présente sur la longue durée historique un ensemble de caractéristiques dans son organisation, ses moyens, sa relation avec l’État central.

      Le système parisien, c’est un pouvoir local de nature très particulière, qui entretient des relations ambiguës avec le pouvoir central, que ce soit en configuration de pouvoirs étatique centralisé ou en configuration de pouvoir décentralisé.

      Le pouvoir local a beaucoup de mal à résister à la tentation de l’État dans l’État, et quelquefois de l’État local contre l’État central.

      De son côté, l’État central, monarchique ou républicain, imprime volontiers sa marque aux affaires de « sa » capitale. Son éclat ou sa munificence rejaillit sur le pouvoir local, renforçant son propre éclat, et ajoutant à sa propre munificence.

      Le système parisien, c’est un pouvoir local servi par une puissance administrative, politique, économique et financière, de type étatique, souvent bien secondée par l’Etat central.

        La véritable question que l’on peut se poser, et que nous avons choisie pour sous-titre, est celle de la nature exacte de la collectivité parisienne, étatique à maints égards, et pourtant collectivité locale : comment Paris peut-elle être une collectivité locale, ou comment peut-on être Persan ?

       …      La puissance médiatique est venue récemment s’ajouter aux attributs traditionnels de la puissance parisienne, le pouvoir local sachant merveilleusement utiliser la capacité de rayonnement que lui donne la chance d’être la capitale. Chaque jour, Paris fait l’actualité.

       La décentralisation étant récente, il est difficile d’émettre un pronostic très élaboré, mais il semble d’ores et déjà qu’elle ait contribué à renforcer la stature exceptionnelle du pouvoir local, ait confirmé sa  tendance traditionnelle à s’ériger en quasi-pouvoir d’État, sinon en contre-pouvoir d’État …

        L’observateur ne peut manquer d’être frappé par la complexité des relations entre l’Etat et les collectivités parisiennes, leur enchevêtrement, la représentation locale de l’Etat étant mal identifiée ou confondue avec ses fonctions d’ordre public.

      A l’évidence, les institutions locales parisiennes ne s’inscrivent pas dans le droit commun, et ne peuvent pas le faire en raison précisément du statut de capitale.

        Cette situation de double face, de Janus, donne un formidable levier au pouvoir local qui démultiplie ses avantages, d’autant plus que le pouvoir central aborde encore les affaires parisiennes avec mauvaise conscience, dès qu’on lui oppose en première ou en dernière raison l’argument massue de la démocratie locale. Les autorités locales ont donc le champ libre pour accréditer l’idée qu’à Paris tout relève de la collectivité locale.

      Il est normal de se poser la question de savoir si les institutions actuelles avec le potentiel de conflit et de coopération qu’elles offrent aux deux partenaires, Etat et collectivité locale, donnent un cadre juridique stable aux pouvoirs publics parisiens.

       Une question beaucoup plus importante se profile derrière cette première interrogation, celle de l’organisation des pouvoirs publics, étatiques et locaux, susceptibles d’assurer le développement de Paris, de sa banlieue, de la région.

      Il convient de raisonner cette fois en termes de fonctionnalité des organisations par rapport aux objectifs, aux ambitions que les hommes politiques proposent aux citoyens. Comme nous le verrons dans les pages consacrées au thème du Grand Paris, la véritable réponse institutionnelle fait encore défaut.

        Quels que soient les atouts de Paris et de l’Ile de France dans la compétition européenne et mondiale, ils risqueraient d’être en partie gâchés si les institutions adéquates ne se mettaient pas au service de leurs ambitions légitimes … » (p243)

       En ce qui concerne l’urbanisme, la révision du schéma directeur de l’Ile de France conduisait à fixer les grandes orientations de son aménagement pour les années futures, grandes orientations que nous résumerons ci-après.

        LE GRAND PARIS (p,243)

       « … LA CHARTE D’AMÉNAGEMENT DE PARIS (p,246)

     … La Ville entend sauvegarder par ailleurs le dynamisme économique de la capitale, la qualité de la vie, renforcer l’unité de Paris et de sa région.

      Attardons nous sur le dernier objectif.

       Les autorités communales veulent que leur ville soit le moteur du développement régional.

      On voit mal en effet comment le développement de l’Ile de France pourrait se priver de son pôle de croissance le plus puissant.

     … La charte trace une vision de l’avenir de Paris qui n’est pas dépourvue  de qualité, et qui s’inscrit bien dans le dessein de développement régional. Elle n’apporte pas de réponse précise en termes de pouvoir, tout en marquant une préférence pour la responsabilité des élus locaux… » (p,248)

      LA CHARTE D’AMÉNAGEMENT DU CONSEIL RÉGIONAL (p,246)

       « … La charte régionale a l’ambition d’inscrire ces actions (7) dans l’espace selon quatre directions, la valorisation globale de la ville de Paris et de la proche banlieue, le dynamisme nouveau des villes et de la grande couronne, un développement coordonné avec les régions voisines, une ambition européenne.

        L’idée d’une valorisation globale de la ville de Paris et de la proche couronne est incontestablement intéressante puisqu’elle tient compte de l’espace le plus urbanisé de la région dans sa globalité et dans sa continuité…

       Trois lignes d’actions sont envisagées : développement qualitatif du réseau urbain de Paris et de la petite couronne, en s’appuyant sur la diversité de leurs communes, de leurs centres et de leurs sites, assurer l’unité du réseau de transport de la capitale et de la petite couronne, y créer une trame verte bien nécessaire dans un espace aussi urbanisé. » (p,249)

     La charte régionale souligne par ailleurs ses points forts par département, et en ce qui concerne Paris, il y en a 7…

       La charte du Conseil régional aborde en toute clarté le problème des pouvoirs dans la région, en estimant qu’il ne serait pas raisonnable de fixer des orientations d’aménagement, sans que les institutions soient en mesure de les faire appliquer.

       La charte déclare « Il subsiste encore l’illusion tenace qu’on peut changer l’Ile de France par décret. » (p,251)

       LA CHARTE DE L’ÉTAT (p,252)

       L’État y défendait son rôle de façon très détaillée en se donnant des objectifs ambitieux : 

      … « l’avenir de l’Ile de France est inséparable de celui du bassin parisien  qui englobe évidemment les régions voisines, et évidemment de la France entière, dont elle est la province la plus riche et la plus dynamique ».

       « Deuxième argument : les déséquilibres constatés dans la région, et les intérêts pas toujours convergents des 1281 communes, de la capitale de la France, des huit conseils généraux de département, du Conseil régional. Leurs responsables étant tous des élus du suffrage universel, il n’existe pas la moindre hiérarchie entre toutes ces collectivités.

        Troisième argument « les grandes agglomérations sont dures aux faibles ». (p,253)

       Dans le résumé des propositions qui étaient faites aux différents niveaux de pouvoir, je notais en ce qui concerne Paris :

       « Il faut que les autorités de la capitale s’habituent à penser en administrateurs d’une très grande ville, une ville presque comme les autres, avec un horizon borné, alors que sa puissance éclate en permanence, qu’elle a pris en mains la transformation de ses derniers quartiers en friche. D’une façon générale, mais d’abord pour tout ce qui touche à l’aménagement des secteurs contigus à la banlieue, l’urbanisme ne peut plus se concevoir dans un cadre strictement parisien …

      Plus largement, et à partir du moment où l’urbanisation des communes de banlieue s’inscrit de plus en plus en continuité avec celle de la capitale, avec son image de prestige, son urbanisme de qualité, comment va-t-il être possible de relever le défi d’une capitale étendue à la petite couronne, d’une agglomération de qualité à peu près égale, compte tenu des problèmes que cela pose, et de financements à réunir, les ressources se trouvant plus abondantes à Paris et dans les Hauts de Seine que dans le Val de Marne ou  en Seine Saint Denis ?

        De temps en temps un responsable local fait une déclaration à ce sujet, évoquant la perspective  d’un Grand Paris, mais il s’agit d’un sujet tabou qui à peine esquissé soulève une montagne de difficultés, souvenirs du passé, prudence de l’État de voir se constituer une nouvelle puissance locale à sa porte, enjeux politiques au sein des différentes collectivités locales et entre elles        … L’intervention de Roland Castro, qui fut chargé du grand projet Banlieues 89, dans ce débat feutré, administratif, technocratique, lui donne un éclairage décapant.

Le numéro spécial d’Actuel consacré à Paris (Mai 1992) reproduit quelques propos vigoureux de Roland Castro (p,262):

«  On ne nous a jamais donné les moyens de faire grand. Il faudrait ouvrir la capitale, fabriquer cinq Paris…

       Dans le même numéro, Génération Écologie va dans le même sens (p,263) :

        « Enjamber le périf, c’est supprimer l’idée d’un Paris élitiste, l’idée que quatre millions d’habitants vivent au ban de ce lieu… »

        J’écrivais alors :

       « Il existe une distance entre le discours des responsables politiques ou administratifs et la conscience qu’ont beaucoup d’habitants de vivre dans la même ville, les entités administratives actuelles étant déjà ressenties comme artificielles.

       Il s’agit donc bien de savoir comment un pouvoir local, ou des pouvoirs locaux, avec l’aide de l’Etat, réussiront un Grand Paris, qui n’ait pas à rougir du Petit Paris en qualité d’urbanisme, en diversité sociale et en richesse d’équipements, d’activités et de services…(p,263)

&

Questions : plus de vingt-cinq ans plus tard ? Où en sommes-nous ?

Une municipalité de gauche gouverne la ville et le département depuis 2001, soit depuis plus de dix-huit ans.

         Le système parisien ?

         Le système politique et administratif de la capitale ne parait pas avoir évolué vers la simplicité et la clarté des pouvoirs respectifs de la municipalité et de l’État, notamment sous l’angle du qui fait quoi, entre maire, préfet de police ou préfet de Paris (Préfet de Région), représentant des autres services de l’État.

        Il est évident que seuls les spécialistes sont capables de savoir, et encore, qui exerce le pouvoir dans tel ou tel domaine de décision.

     Les autorités municipales savent parfaitement utiliser l’ambiguïté de ces rapports de pouvoir, quand il s’agit de troubles de l’ordre public (voir l’épisode fréquent des gilets jaunes) d’usage des espaces publics (vélos ou trottinettes), de la voirie (voir les voies sur berge de Seine ou les transversales entre banlieues),  des incivilités ou de la sécurité de proximité (le concept de tranquillité publique dans le droit commun), la maire de Paris ayant jusqu’à présent refusé d’assumer les responsabilités d’une police municipale.

      La politique d’accueil des étrangers, telle que la conçoit et la pratique la municipalité, est évidemment à la source d’une multitude de problèmes qui ne facilitent pas la vie des habitants, outre les charges de toute nature qu’elle impose aux budgets parisiens : ne s’agit-il pas d’un des dossiers politiques les plus sensibles que la ville nourrit volontiers, afin de marquer son ancrage à gauche et d’afficher son goût pour la solidarité internationale, quelques puissent être les doutes sur le bien-fondé de cette forme nouvelle d’ONG publique.

      Dans un tel contexte de pouvoirs, c’est toujours l’État qui est responsable, même si les autorités municipales font tout pour alimenter le feu, sauf à dire que selon les conjectures de pouvoir entre gouvernements et autorités municipales, l’observateur éprouve une certaine difficulté pour savoir s’il y a conflit de pouvoir ou complicité.

      En résumé, la répartition actuelle des pouvoirs n’est ni claire, ni stable. Il est possible de se demander s’il est possible d’atteindre un tel objectif.

       Mon diagnostic actuel est que le pouvoir municipal a dépassé ses limites de compétence sur un territoire qui est celui de la capitale du pays.

     Paris et sa banlieue ?

     Vingt-cinq ans plus tard, rien n’a vraiment changé sur le plan institutionnel, avec à Paris, un enchevêtrement superposé de pouvoirs en Ile de France, qui n’a jamais été simplifié, mais au contraire aggravé, tellement l’exercice soulève à la fois de grands enjeux de pouvoir et une grande complexité de solutions.

     A l’approche des prochaines élections, les autorités municipales déploient une activité débordante pour limiter l’usage de la voiture dans la capitale, et afficher une image de ville « écolo », en n’hésitant pas à lancer des gadgets écolos.

       Il est évident qu’une telle politique lèse les intérêts des habitants de la Petite et Grande Couronne : elle soulève la question de principe du fondement du pouvoir des autorités municipales dans la capitale, sauf à dire que dans la capitale, c’est la mairie de Paris qui exerce tous les pouvoirs.

       Comment est-il possible d’estimer que le territoire de la capitale de la nation et de la République Française appartiendrait à ses seuls habitants, alors que les grands axes de circulation sont nécessaires à la sécurité des services de l’État – dont bénéficie largement la ville de Paris – tout autant qu’aux besoins de déplacement des autres habitants d’Ile de France ?

      La politique municipale actuelle s’inscrit dans un registre social qui n’a plus grand-chose à voir avec le socialisme affiché par ses responsables depuis plus de dix-huit années,  sans aucun respect des autres habitants d’Ile de France et de la plupart de leurs collectivités moins favorisées.

     C’est ce type de caractéristique du  nouveau système parisien que j’ai retenu pour intituler ces réflexions, un Paris « État Bobo » qui ne dit pas son nom, car tout semble être fait à Paris pour une population souvent déjà bien gâtée, bien au chaud, avec son intelligentsia friquée, le véritable moteur du système parisien …

     La composition de la majorité municipale actuelle éclaire le jeu politique avec un zeste de communisme, un zeste d’écologie, aujourd’hui à marche forcée,  un zeste de socialisme en voie d’extinction, à l’ombre du grand capitalisme international et multiculturel …

       D’aucuns auraient raison de trouver que la politique anti-voitures de la maire actuelle rétablit, sous une forme modernisée, en supprimant des voies, en instituant  de généreuses taxes ou amendes de stationnement, les anciens « octrois » de l’ancienne Ville qui ne furent définitivement supprimés qu’en 1943, sous Vichy.

       Les relations politiques et administratives de Paris avec la petite Couronne et la grande Couronne soulèvent d’autres questions, de même qu’avec la région. Est-il imaginable qu’une simplification soit proposée à ses électeurs par référendum ? Cela serait souhaitable.

Jean Pierre Renaud  –  Tous droits réservés

2019 : la droite en France ?

    Coup de théâtre ou coup personnel comme la Chiraquie en a eu une longue habitude, celle des trahisons entre « amis » ?

            Les électeurs de droite ne se sont pas volatilisés comme par enchantement, – avec quel Merlin l’Enchanteur ? – comme feignent de le croire certains observateurs : ils manquent de repères pour distinguer entre une droite macroniste et mondialiste, une droite républicaine nationale et européenne, et une droite nationaliste.

            La défection de Pécresse, coup d’éclat ou coup d’épée dans l’eau sonne étrangement, à la veille du soixante-quinzième anniversaire du débarquement allié sur nos côtes, pour des gens qui prétendent porter l’héritage gaulliste.

            N’ont pas complètement tort ceux qui interprètent cette défection, comme  l’illustration, une de plus, de la fracture entre la France des territoires et la France parisienne ou francilienne !

            Jean Pierre Renaud

Les héritages et les amnésies de notre classe politique ! L’interview Philippe du Figaro

(Le Figaro du 13 mai 2019, page 2 et 3)

            En quatrième colonne, et à la question : « La gauche est éparpillée, la droite l’est un peu moins. La recomposition politique est-elle achevée ? « 

            « … Qu’il y ait en ce moment une reconstruction de la droite du Trocadéro, sans doute. Est-ce qu’elle se rapproche de la droite moderniste, pro-européenne,  pour laquelle je militais aux côtés d’Alain Juppé ? Je ne le crois pas. Je suis parti de mon ancienne formation politique parce qu’elle était incapable de dire si elle préférait voter pour Emmanuel Macron ou pour Marine Le Pen, en rupture complète avec l’héritage de Jacques Chirac. Cette droite du Trocadéro était déjà très forte dans le maniement des objectifs et des symboles mais, je le constate depuis que je suis à Matignon, elle n’a que des postures politiciennes à opposer à ceux qui font des choix courageux. »

            L’héritage Chirac ? Je ne reviendrai pas une fois de plus sur un héritage parisien qui laisse encore beaucoup de questions non résolues, mais la France doit-elle se glorifier de la gestion présidentielle de Chirac ? De son rôle dans la modernisation du pays, dans la maîtrise des courants d’immigration (intégration, quartiers sensibles = 0), dans une ouverture prématurée et démagogique de l’Union européenne aux nations de l’Est avec le Traité de Nice (Chirac-Jospin – 2001), conjuguée avec une mondialisation « sauvage », qui ébranle et déracine notre vivre ensemble (sécurité et laïcité = 0), tout en minant nos économies et en laissant le champ libre aux jeux des grandes puissances actuelles ? Non !

            Quant à l’héritage ou à la filiation Juppé, je dirais que je ne donnerais pas au « premier d’entre nous » un premier prix politique pour la ligne flottante qu’il a assumée et animée, lors des  présidentielles 2017, avec son ralliement à Macron, et ce qu’il faut bien appeler une « défection » politique pour le camp politique qui était théoriquement le sien.

            Pour avoir observé depuis des dizaines d’années l’évolution de la politique française, avoir estimé que, dans telle période de vie nationale prospère, il était juste et intelligent de répartir une partie de nos richesses (la gauche), mais que, dans telle autre période de vie nationale de crise, il valait mieux créer de la richesse (la droite), un type de balancement politique qui a toujours fait fureur chez les centristes, ne convient-il pas de conclure que dans le contexte stratégique actuel de l’Europe et du monde, ce centrisme-là, nouvelle mode juppéiste, c’est fini !

            Encore quelques mots sur les amnésies totales ou partielles d’une partie de notre haut personnel politique : pourquoi ne pas évoquer les exemples d’un Chevènement qui parait avoir complètement oublié le sort de son Alstom « chéri » à Belfort vendu aux Etats-Unis, ou d’un Moscovici (ancien député de Montbéliard-Sochaux), qui caracole à Bruxelles, donne des leçons, alors qu’il fut un des acteurs du Traité de Nice et de la dette publique qui plombe lourdement notre avenir, lequel a aussi eu le mérite de laisser vendre Peugeot à la Chine ?

            Qui aura le courage et l’honnêteté de s’interroger sur l’héritage que laissent ces élites politiques ?

        Avec ou sans notre complicité,  ils laissent à nos enfants et à nos petits-enfants, une dette colossale, l’absence d’un véritable virage écologique et climatique, un désordre de plus en plus grand dans le tissu des valeurs de liberté, de sécurité, de protection qui constituent encore notre vivre ensemble républicain, avec au surplus un grand doute sur l’avenir de l’Union Européenne.

    Jean Pierre Renaud

Elections européennes 2019 et la « méthode » Macron ?

   En 1997, j’ai publié un livre qui décrivait la façon dont Chirac, Maire de Paris avait organisé son « système » de pouvoir, et sa « méthode » pour conquérir la Présidence de la République, ce qu’il a réussi à faire.

            Mon analyse était tirée de ma longue, trop longue pratique des affaires parisiennes à la Préfecture de Paris. Le mot de « méthode » a semble-t-il fait florès.

            Je reviens donc brièvement sur le même sujet pour caractériser la « méthode » du pouvoir du Président actuel avec son catalogue d’annonces tirées d’un « Grand Débat », qui a « détourné » les Français de la « voie » et de la « voix » des institutions de notre démocratie représentative républicaine.

            Au rythme actuel de la débauche d’annonces « non soldées », la France court tout simplement le risque de voir ce scrutin européen capital pour nous tous, et avant tout pour notre jeunesse, réduit à un « Pour » ou « Contre » Macron.

       Jean Pierre Renaud

« Paris, un Etat Bobo dans un Etat Bobo ! » La piétonisation des voies sur berge !

    En 1993, j’ai publié chez L’Harmattan, un livre intitulé « Paris, un Etat dans l’Etat ».

         Ce livre décrivait dans le détail les institutions parisiennes et montrait comment la Ville de Paris exerçait, sous de multiples formes, au sein même de l’Etat central, national, la puissance d’un autre Etat.

         En 1997, dans un autre livre intitulé « La méthode Chirac »,  j’exposais la façon et les méthodes utilisées par Chirac pour faire de la Ville de Paris qu’il administrait sa plateforme de conquête du pouvoir présidentiel.

        A l’époque, ma longue pratique des institutions parisiennes et de leurs relations ambiguës avec le pouvoir central occupé par la gauche  ou la droite, apportait la preuve des multiples connivences politiques de gestion, que l’alternance de la droite et de la gauche au pouvoir, n’a jamais fait cesser.

       J’ai décrit les grandes difficultés que le contrôle de légalité préfectoral des actes et délibérations de la ville et du département de Paris rencontraient  pour être exécuté.

      Une sorte de négociation qui ne disait pas son nom s’engageait sous l’épée de Damoclès du délai des deux mois de contestation légale possible, un délai qui arrangeait bien certaines affaires, d’autant plus que les services de contrôle étaient submergés par un flux incontrôlable d’actes et délibérations de toute nature.

       A cette époque, le tribunal administratif était exceptionnellement saisi.

      La juridiction administrative a été saisie de la piétonisation des voies sur berge, et c’est une bonne chose, car dans l’exercice de mes compétences d’alors, j’aurais effectivement proposé de saisir le Tribunal administratif pour annuler cette décision.

      Est-ce que c’est le Préfet, représentant de l’Etat central qui a saisi la juridiction administrative ?

       Comme je l’ai déjà écrit sur ce blog, comment admettre que la Ville de Paris opère une « privatisation » publique d’un domaine public qui n’est pas le sien, parce qu’il s’agit d’une voie de circulation d’intérêt national et régional, d’une voie de circulation capitale pour tout ce qui concerne la sécurité, l’économie, la santé, les loisirs et les échanges humains en général ?

        Les élus de Paris oublieraient-ils l’exigence de solidarité citoyenne avec les habitants de banlieue ?

      A mes yeux, cette piétonisation faisait litière de l’intérêt général, du bien commun national et régional, et dans la logique politique de cette équipe municipale, cette décision était clairement antisociale pour les habitants de banlieue.

        Au fur et à mesure des évolutions politiques ou institutionnelles qui se sont produites à Paris, en Ile de France, ou dans le pays, une nouvelle forme d’Etat s’est développée : « Paris, un Etat Bobo  dans un Etat Bobo », sous le signe de nouvelles connivences.

      Depuis l’enquête publique en plein été 2011, j’ai manifesté à plusieurs reprises mon opposition à cette privatisation, laquelle constitue un véritable « fait accompli » juridique et politique.

      Sommes-nous encore au Moyen Age ou au siècle des « blanchisseuses » de Paris ?

      Il semblerait en tout cas que le « fait du prince » prospère toujours !

        Jean Pierre Renaud

        Petit post-scriptum : sans parenté avec le chanteur Renaud et son clip Les Bobos.

Humeur Tique Eté 2012 : Chirac et les médecins de Molière !

Chirac, malade imaginaire ou non ?

Le Figaro du 23 juillet 2012, page 3 :

« Hollande chez Chirac : une nouvelle démonstration d’antisarkozysme »

Un texte et une photo des deux hommes, avec le titre : « François Hollande a rencontré samedi Jacques Chirac, au château de Bity, à Sarran »

Une fois de plus, on prend les Français pour des cons !

Malade à son procès, grâce à un très beau certificat médical, l’air de la Corrèze lui fait incontestablement du bien !

            Un grand carabin de la Faculté de Médecine de Paris se serait-il pris les pieds dans le tapis de la médecine de Molière ?

Humeur Tique: Présidentielle et Coucou de Chirac, « Le Malade Imaginaire » du siècle ? Coucou, me revoilà!

A lire un écho journalistique paru dans le journal Les Echos du 18 avril, dernière page, intitulé « Présidentielle : Chirac pourrait voter Hollande », d’après l’entourage. Ah ! Les entourages !

Une résurrection, à beaucoup d’égards, étrange, quelques jours après celle célébrée à Pâques ?

 Un ancien Président de la République absent à son  procès, parce que reconnu comme une « sorte d’incapable majeur » par un membre éminent des facultés de Médecine, et défendu comme tel, dans un procès perdu par la basoche la plus huppée et la mieux rémunérée de la capitale !

Que de mystères ! Et bien dommage qu’un nouveau Molière ne se saisisse pas d’un aussi beau sujet !

Un Argan, caché à l’ombre dans sa chambre,  et une Béline, sa « deuxième épouse », toujours avide des feux de la rampe !